‹ MirabeauChapitre 68 sur 104 · NE RE SO ETS CARS VE RE A VAE RE EE UN 7 RSS QUE ER RU · texte numérisé non relu

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donne et espère », lui écrivait La Fayetie le 29 octobre. Il ajoutait, en soulignant cette phrase : « Que diriez-vous si Necker menaçait de s’en aller dans le cas où Mirabeau arriverait? Pensez-y. » Cette lettre est la preuve décisive de l’adhésion donnée par le général à un ministère dans lequel le tribun aurait eu sa place.

Ces négociations n’absorbaient pas tout le temps de Mirabeau et il se gardait bien de négliger l’Assemblée où il savait qu'était sa principale force. Il y prit part à plusieurs discussions. Au lendemain d’une attaque injuste dans laquelle il impliqua à tort le comte de Saint-Priest, ministre d'État, il proposa, le 14 octobre, une loi sur les attroupements afin d'empêcher les désordres, qui non seulement peuvent « avoir les suites les plus funestes pour la liberté et la sûreté des citoyens », mais qui sont encore de nature à « compromettre l’union et la stabilité de la monarchie ». On voit que Mirabeau ne manque pas une occasion de rapprocher et d’associer les deux grands intérêts auxquels il s’est dévoué avec un zèle égal. Son projet, combiné avec celui de Target, aboutit, au lendemain de l'assassinat du boulanger François (20 octobre), à la célèbre loi martiale. Avant le vote, Mirabeau fit une observation, par où se marque sa préoccupation la plus constante, sur le « pouvoir exécutif qui se prévaut de sa

propre annihilation », et auquel il proposait de donner

les ressources et les moyens nécessaires pour le rendre agissant et responsable.

Le 30 octobre, il prononça un grand discours dans l’importante discussion qu'avait ouverte depuis quelques jours la proposition de l’évêque d’Autun d'attribuer à l'État, pour remettre l’ordre dans les finances, les biens dont il prétendait que le clergé n’était pas propriétaire, mais seulement usufruitier. C'était donner sa conclusion logique à la thèse exposée par Turgot dans son célèbre article de l'Encyclopédie sur les Fondations. Mirabeau, sans l’approuver entièrement, en reprit l’idée essentielle. Le discours qu'il prononça se recommande par sa dialectique et par une argumentation juridique dont ceux-là

le 70 DÉCÉPTIONS mêmes qui en contestent la justesse ou la justice ne peuvent nier la force. Sa rédaction ne ressemble en rien à léloquence habituelle de Mirabeau. Le tribun fit, à n’en pas douter, appel à la plume de l’un de ses collaborateurs, plus apte que la sienne à traiter un sujet de cet ordre. Mais c'étaient ses propres idées qu’il exprimait. Elles prévalurent dans le décret de l’Assemblée qui mit les biens ecclésiastiques à la disposition de la nation, en allouant à chaque cuté un minimum annuel de 1 200 francs. Cependant les négociations relatives à la constitution d'un ministère n’avançaient pas. Le garde des sceaux, trompant tout le monde, soudoyait Le Pelletier pour écrire contre Mirabeau le célèbre pamphlet Domine salvum fac regem. La Fayette, « également incapable de manquer de foi et de temr parole ad tempus », ne se décidait pas à prendre un parti. Ces hésitations périmettaient à une cabale de se former dans l’Assemblée contre Mirabeau. Il se résolut à prendre les devants. La faiblesse du ministère apparaissait de plus en plus. Il se compromettait doublement, par la maladresse de ses actes et par sa déplorable inaction. Mirabeau pensait toujours et disait avec force qu'il fallait « sortir l’Assemblée nationale de ses propres mesures ». En attaquant un ministère dont l’indécision était aussi dangereuse pour la royauté que pour la liberté, il mettait d'accord ses principes avec les desseins de son ambition. Le 5 novembre, il dénonça à l’Assemblée le grand prévôt de Marseille, dont les procédures, engagées contre les fauteurs de troubles, étaient contraires aux décrets récemment promulgués. Il accusa les ministres de cette situation et il représenta le danger d’avoir un pouvoir exécutif « ennemi du corps législatif au lieu d’en être l’auxiliaire ». Les conclusions qu'il fit voter par l’Assemblée, jalouse de ses prérogatives, et dont il flattait l’amour-propre, ressemblaient fort à un blâme empreint de défiance. Il avait raison d’y voir « une bataille gagnée ». La partie, croyait-il, avait marché à pas de géant. La Fayette allait-il enfin comprendre, se décider et agir? Mirabeau lui fit affirmer « sa fidélité indi-

MIRABEAU | | viduelle » et demander « carte blanche pour la composition d’un ministère de première force, ‘où il ne se glissât pas la moindre tolérance ». Sa confiance était telle qu’il allait jusqu’à laisser entendre au général qu’ « au jour de la bagarre, ce ministère pourrait bien arriver sans lui ».

Ainsi prêt à recevoir la commotion du renvoi de Necker, ayant pris ou cru prendre toutes ses dispositions, sûr de lui-même et sûr du succès, Mirabeau engagea la bataille, le 6 novembre, au moyen de ce qu’il appelait une évolution de tactique. La question des finances était à l’ordre du jour. Il y entra par un discours véhément et habile, où il accusait la rareté du numéraire, les abus de la Caisse d’escompte, l’insuffisance des subsistances de la capitale; il proclama que « le règne des illusions ‘était passé » et il préconisa, entre autres mesures, l’établissement d’une caisse centrale, uniquement destinée à la dette et dirigée sous l’inspection de la nation. Après avoir fait valoir les avantages de cette institution pour le crédit public et pour les créanciers de l’État, il se demanda pourquoi la nation n'avait pas le crédit qu’elle méritait. Il fit allusion à un Mémoire des ministres qui, pour se défendre, avaient découvert toutes les plaies de l’État et répandu ainsi de dangereuses alarmes. Ces « tristes malentendus » se seraient-ils produits si les ministres n'étaient pas absents de l’Assemblée et si le pouvoir exécutif et la puissance législative, se regardant comme ennemis, ne craignaient pas de discuter en commun sur la chose publique? Aïnsi était amenée, à l’abri d’une discussion technique et à l’occasion d’un simple incident, la grave question de savoir si un ministre pouvait faire partie de l’Assemblée nationale. Déjà le 29 septembre, dans un débat sur la responsabilité des ministres, Mirabeau l'avait effleurée. Son journal, le Courrier de Provence, l'avait traitéé à plusieurs reprises dans des articles remarquables. L'heure était venue de la résoudre. Mirabeau s’y appliqua avec autant de modération que de force, invoquant l'exemple de l'Angleterre, faisant valoir les avantages multiples d’une collaboration assidue éntre

+ Né

| DÉCEPTIONS amples et des ministres pris dans son sein, écartant

« les craintes frivoles, les vains fantômes, et cette timidité soupçonneuse qui se précipite dans les pièges, par la crainte même de les braver ». Parmi les conclusions qu'il soumit à l’Assemblée, la troisième avait pour but de faire décider que « les ministres de sa Majesté seraient invités à prendre dans l’Assemblée voix consultative jusqu’à ce que la Constitution eût fixé les règles qui seraient suivies à leur égard ».

La motion ainsi présentée SSsurait formellement la participation des ministres aux travaux de l’Assemblée et tranchait indirectement, mais par l’affirmative, la question de savoir si, choisis dans l’Assemblée, ils pourraient continuer à en faire partie. Peu combattue sur l'heure, appuyée par le comte de Clermont-Tonnerre, elle fut remise au lendemain. Il suffit de cet ajournement pour détruire l’impression produite par le discours de Mirabeau et pour compromettre le succès de sa proposition. Les conseils que porte la nuit ne sont pas toujours les meilleurs. La « cabale » formée contre Mirabeau avait repris confiance et audace. Un député lui rappela que, lors de la discussion de l'emprunt des trente millions, il avait demandé que la délibération n’eût pas lieu en présence des ministres. La contradiction n'était peut-être qu'apparente. Mais l’Assemblée s’y arrêta. Quand les questions de personne sont en jeu, les principes perdent aisément leur autorité. Un jeune député, Lanjuinais, en proposant d’édicter l’incompatibilité entre les fonctions de ministre et le mandat de représentant, et d'interdire même à un député démissionnaire de devenir ministre pendant trois ans, avait visé directement Mirabeau. « Un génie éloquent vous entraîne et vous subjugue, et que ne ferait-il pas s’il était ministre? » Dès ce moment, les « haïnes bêtes et atroces » étaient déchaînées. Mirabeau leur fit face avec un courage et un talent admirables. Le discours qu’il prononça pour combattre la motion prohibitive de Blin et de Lanjuinais présente, dans sa brièveté impérieuse et décisive, une souplesse et une vigueur d’ar-

MIRABEAU mn | gumentation irrésistibles. Aucune objection sérieuse ne put lui être opposée. Mais il arrive trop souvent que, dans les assemblées, les passions des partis et les préventions personnelles triomphent de la raison la plus lumineuse. Mirabeau en fit l'épreuve. Son éloquence et son bon sens se heurtaient à une résistance qu’il ne pou vait vaincre. La jalousie du triumvirat (est-ce ce jourlà que, de dépit, il le qualifia de friumgueusat?) trouva ‘ pour alliés les royalistes, auxquels le duc de Lévis n’a pas fait à tort le reproche « d’avoir déjoué un projet qu'ils avaient le plus d'intérêt à faire réussir ». Quand il sentit, devant une telle coalition, la partie perdue, Mirabeau joua d’une ironie supérieure : « Voici, dit-il, l’amendement que je propose, c’est de borner l'exclusion demandée à M. de Mirabeau, député des communautés de la sénéchaussée d'Aix. »

Il n’en éprouva pas moins une profonde amertume. Son ambition n'était pas vulgaire. Certes il ne pouvait pas être insensible à la réhabilitation éclatante, digne de son génie et de son courage, que lui aurait apportée un ministère, ni même, dans sa perpétuelle pénurie d'argent, à la certitude d’ « être sauvé aux jambes de tout chat subalterne ». Mais il mesurait surtout l'utilité de sa force pour la Révolution et pour le bien public. Plus que jamais il pensait que « la royauté était la seule ancre de salut qui pût sauver du naufrage ». Mais, tandis que l’anarchie faisait des progrès rapides, il y avait moins que jamais « quelqu'un à la barre ». À son défaut, et puisqu'on l'avait, au moins provisoirement, écarté, n’y avaitil pas un autre pilote qu'on pût charger de gouverner le vaisseau de l’État dans cette violente tempête? Il pensa au comte de Provence.

Ses relations avec Monsieur sont encore fort mal connues. Ce prince « ne montrant de conséquence que dans son parfait égoïsme » (Sorel) n’était, avant la Révolution, niaimé ni estimé du roi. Mais, après le 14 juillet, Louis XVI, craignant d’être retenu dans Paris et de mettre sa signature au bas d’une capitulation, avait, sur les conseils de

l'ambassadeur d'Autriche, Mercy, délivré à Monsieur les pleins pouvoirs de lieutenant général du royaume. Étaits ce un témoignage de confiance absolue? On peut en diminuer la spontanéité et l’importance si l’on songe que la désignation du comte d'Artois, chef du parti contrerévolutionnaire, aurait été prise pour un défi, véritablement impossible.

On a vu comment, après les journées d'octobre, saisi par M. de La Marck du mémoire de Mirabeau, dont l'exécution aurait exigé une réelle fermeté, Monsieur avait témoigné une absence complète de confiance dans les intentions et surtout dans la résolution du roi. Cette démarche ne fut pourtant pas inutile à Mirabeau. A plusieurs reprises, le comte de Provence lui envoya, pour avoir son opinion sur différents sujets, son capitaine des

gardes, le duc de Lévis. Ces relations ne furent pas

ignorées de La Fayette qui crut y voir des liaisons politiques, dont il était jaloux et inquiet, tandis que Mirabeau n’y avouait que des liaisons de causerie ou d'amitié. Le tribun ajoutait, d’ailleurs, avec une rude franchise, où perçait une déception que tant d'essais avortés justifiaient trop : « Les circonstances sont bien grandes, mais les hommes sont bien petits, et j'aperçois moins que jamais ceux avec qui je voudrais m'embarquer ».

A La Fayette, il reprochait son indécision, sa faiblesse, son goût des hommes médiocres, l'attention fâcheuse qu'il prêtait à des calomnies subalternes. Contre. ces calomnies, qui n’épargnaient rien de sa vie privée, ni ses amours, ni ses dettes, Mirabeau se redressait avec une dignité dont on voudrait retrouver plus souvent chez lui les nobles accents : « Croyez-moi, monsieur le marquis, si ce n’est qu’ainsi qu’on veut m'arrêter, ma course n'est pas finie, car je suis ennuyé plutôt que las, et las plutôt que découragé ou blessé; et si l’on continue à me nier le mouvement, pour toute réponse je marcherai. » Au comte de La Marck, rappelé par des affaires en Belgique, il écrivait, dans la seconde quinzaine de décembre, ses impressions, plus libres et plus pessimistes, sur la

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