DÉCEPTIONS
Lo 4 VE EE
« balourdise » de Necker, sur les incertitudes de l’Assernblée, qu'il qualifiait pourtant de « grande idole », sur
laggravation des symptômes de dissolution.
Autour de Monsieur, au Luxembourg, « on tremble et on meurt d'envie de se mettre en avant... On a peur d'avoir peur ». Brusquement, dans la nuit du 24 au 25 décembre, on arrête un gentilhomme conspirateur, M. de Favras, accusé d’avoir voulu soulever 30000 hommes pour assassiner La Fayette et Bailly, et qui passe pour l'agent d'exécution du comte de Provence. Inculpé devant l'opinion, le comte de Provence se rend à la Commune et y prononce un discours de protestation qu’il transmet au président de l'Assemblée nationale en le priant d’en donner lecture, « afin de ne laisser aux honnêtes gens aucun des doutes dont on cherchait à les affliger ». La démarche et le discours ont été inspirés par Mirabeau. Le succès en est assez grand pour que le tribun puisse espérer au profit de Monsieur « un grand ascendant, qui en fera le premier ministre ». Il rédige un mémoire, qu'une phrase caractérise : € L'autorité royale doit être le rempart de la liberté nationale, et la liberté nationale la base de l'autorité royale ». Malheu-
. reusement une insurmontable fatalité semble vouloir que
« la balle ne vienne pas au joueur ». Cajolé et déjoué par la reine, surveillé et désavoué par La Fayette, Monsieur mollit, et sa nolonté (le mot est de Mirabeau) l’écarte du Conseil où un peu d'énergie aurait suffi à le porter.
Du moins avait-il essayé de rapprocher Mirabeau de
- la cour et d'utiliser ses services. Il avait rédigé à cette
intention un projet de traité qu’il fit signer par Louis XVI et par Mirabeau. Le texte de ce traité, mal connu des Mémoires de La Fayette, est exactement reproduit dans l'Histoire du règne de Louis XVI de Droz (III, P. 97); l'original se trouve actuellement entre les mains du duc de Blacas. Le roi promettait à Mirabeau une ambassade et, en attendant, lui donnait un traitement de 50 000 livres par mois, pendant quatre mois au moins. En échange, « M. de Mirabeau s’engageait à aider le roi de ses lumières,
Re DÉCEPTIONS de ses forces et de son éloquence, dans ce que Monsieur jugerait utile au bien de l’État et à l'intérêt du roi, deux choses que les bons citoyens regardent sans contredit comme inséparables; et dans le cas où M. de Mirabeau ne serait pas convaincu de la solidité des raisons qui pourraient lui être données, il s’abstiendrait de parler sur cet objet. » La date exacte de ce traité, que l’on peut placer approximativement en janvier 1790, n'est pas connue. Mais il est certain que ce traité ne reçut même pas un commencement d'exécution. Quand Mirabeau se liera quatre mois plus tard avec la cour, ce sera sur d’autres bases et dans des conditions qui réserveront l’indépendance de sa parole. [ci il l’aliénait aux mains de Monsieur et il se faisait payer son silence. On doit se réjouir pour
sa mémoire qu'un tel traité n'ait pas eu de suites. Qui.
l'en détourna? Peut-être l'impression peu flatteuse qu’il avait de Monsieur. Il ne voulut sans doute pas associer
son sort à celui de cette « balle de coton », dont ses con-
seils, ses conquêtes et ses opérations n'avaient pas réussi à faire un homme.
Son activité, qui précédemment s’étendait et s’appliquait à tout, s'était visiblement ralentie. Plus ouvert avec le comte de La Marck qu'avec La Fayette, il écrivait au premier le 24 décembre : « Oh! que je suis las et ennuyé!
et que vous me seriez nécessaire pour me remonter! » Mais
cette crise de lassitude n’était pas une crise de décourage- ment. À la fin de l’année, il avait dicté à sa sœur, Mme du Saillant, une lettre pour sa femme, qui paraissait vouloir se rapprocher de lui. C'était un admirable examen de conscience où il appréciait, dans la liberté d’un épanchement intime, sans fausse modestie et sans exaltation d’orgueil, le rôle qu’il avait joué depuis huit mois. Il y faisait la part de ses services et de ses fautes, se défendant d’être « un ambitieux vulgaire de cordons ou de dignités », et se rendant cette vraie justice que si l’impéritie perfide du gouvernement et l’imbécillité maladroite des ennemis
de la Révolution l’avaient entraîné plus d’une fois « hors”
de ses ‘propres mesures », il n’avait pourtant jamais
EU Te PR NET ES
ARE DAS: te NS,
MIRABEAU tn an déserté « le principe » et avait toujours désiré rester ou revenir au juste milieu. Son programme restait le même : « Raviver le pouvoir exécutif, régénérer l’autorité royale, et la concilier avec la liberté nationale. » Ce programme le tentait comme une belle et difficile entreprise, pour laquelle il avouait son désir d’être d’un ministère nouveau. « Il faut que l’on revienne sur le décret des ministres. On y reviendra, ou la Révolution ne sera jamais consolidée. » Quelque isolé qu’il fût, il ne considérait pas que sa position fût aussi changée qu’on pouvait le croire de loin. Il attendait son jour de ce qu’il appelait la nécessité des choses, destiné à être ministre si les circonstances le voulaïient, à jouer simplement aux quilles s’il se trouvait une
suffisante fortune, ou, s’il n’en avait pas asser, à finir dans
« la retraite honorable et douce » d’une ambassade.
Ainsi résigné pour lui-même, il n'avait perdu confiance ni dans les destinées de la Révolution ni dans la vitalité du pays. Il jugeait la situation de la monarchie dans une phrase concise et profonde, qu'il écrivait au major Mauvillon : « La monarchie est plutôt en danger parce qu'on n'y gouverne pas que parce qu'on y conspire ». Il suffirait, pour mettre le vaisseau public à flot, d'y appeler comme pilote un homme de tête et de vaincre avec lui et par lui « tous les respects humains et la jalousie subalterne. Les ressources de ce pays, la mobilité même de cette
nation, qui est son vice capital, ménagent tant d’expé-
dients et de facilités qu’il ne faut jamais en France ni présumer ni désespérer. »
De moins en moins Necker lui apparaissait comme « l’homme de tête » capable de faire face aux circon- Stances. À coup sûr, ce n'était pas un homme d’État : sans pian, sans volonté, sans système, il allait au gré des événements, sur lesquels il n’exerçait qu’une action hésitante, incertaine et médiocre. Honnête homme, libéral sincère, banquier habile, il n’était même pas un financier émérite. Était-ce donc un problème insoluble que de faire supporter au « plus beau des royaumes » les 350 à 380 millions d'impôts que la situation exigeait? Mirabeau ne le
OP PP CRT Es NET TT AE