‹ MirabeauChapitre 71 sur 104 · ETC LÉ · texte numérisé non relu

ETC LÉ

| MIRABEAU PRE A Sn PA maux parlementaires, la peur, ont porté un coup irrémé- - diable aux destinées de la Révolution et du pays. Mirabeau ne rendait pas la Révolution responsable de l'injustice que l’Assemblée, « récalcitrante, tumultueuse et ostraciste » avait commise envers lui. Il lui restait obstinément et passionnément fidèle. Son ami, M. de La Marck, lui faisait des reproches et s’étonnait de ses écarts. C’est que sans doute il ne l’avait jamais bien compris. Attaché à la cour, confident et ami de la reine, le distingué gentilhomme s’intéressait plus à la royauté qu'à la Révolution, tandis que Mirabeau appréciait surtout dans la monarchie la condition et la garantie de la Révolution elle-même. Cette divergence suffit à expliquer que M. de La Marck reprochât au puissant orateur comme des erreurs de conduite certains discours et certains actes où il ne fallait voir, malgré les apparences et la violence même du langage, que la constance de ses opinions. Mirabeau n'était-il pas fidèle à lui-même dans cette séance-du 9 janvier 1700 où il le prenait « de sa hauteur » ‘avec le Parlement de Rennes, qui avait refusé d’enregistrer et d'exécuter les décrets de l’Assemblée nationale? Quelques jours auparavant, dans la lettre qu'il avait dictée à sa sœur, il disait qu’une destruction était encore

nécessaire : « L'autorité royale ne se coalitionnera jamais

de bonne foi avec le peuple tant que les Parlements subsisteront. Ils lui conservent, ainsi qu’à la noblesse, la fatale et décevante espérance de rétablir l’ancien ordre de choses. » Les Parlements de Rennes, de Rouen, de Metz, de Bordeaux et de Toulouse avaient, par leur résistance, justifié cette prédiction. Appelé à la barre de l’Assemblée, le président de la Chambre des vacations de Rennes, au lieu de se justifier et de s’incliner, n'avait-il pas eu l'audace d’invoquer les droits de la Bretagne? A cette « démence criminelle », qui, tolérée, eût été « l’anéantissement de la Révolution et le signal de l’anarchie pour toutes les parties de l'empire », l’éloquence vengeresse de Mirabeau opposait la souveraineté nationale, l’indivisibilité du royaume, les droits de la (208)

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