‹ MirabeauChapitre 72 sur 104 · OP RER ECO EC AN ON PE · texte numérisé non relu

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SE RE DÉCEPTIONS France. « Êtes-vous Bretons? Les Français commandent. N’êtes-vous que des nobles de Bretagne? Les Bretons ordonnent, oui, les Bretons, les hommes, les Communes, ce que vous nommez Tiers État. »

En intervenant, à plusieurs reprises, dans les débats soulevés par les troubles de Marscille, auxquels il consacra le 26 janvier son plus long discours, Mirabeau se souvenait d’avoir été député par cette ville turbulente aux États Généraux. Mais, révolutionnaire et patriote, il sentait, d’une part, que « la contre-révolution était là », et, d'autre part, qu’il s'agissait « d’asservir ou d’affranchir à jamais la Provence ». Ces débats provoquèrent entre l'abbé Maury et lui des incidents personnels d’une extrême violence. La droite paraissait vouloir prendre une revanche. Mirabeau fut son principal adversaire et S’opposa à ses desseins. Il ne croyait pas au retour du despotisme, mais, sans avoir tout à fait cessé de redouter la contre-révolution par la force, il avait l’appréhension de ce qu’il appelait « la négociation », c’est-à-dire l'excitation organisée des grandes villes, leur irritation, leur impatience, habilement fomentées et entretenues. Il songeait aux habitants des campagnes « qui n’entendent rien à notre philosophie, pour qui notre amour de la liberté, quel qu'il soit, ne peut être de longtemps qu’un accès de fièvre chaude; sans lesquels nous ne pouvons consolider la Révolution, et qui n’y prendront aucun intérêt, bien au contraire, s'ils n’y trouvent pas leur soulagement immédiat ct considérable. » Sa perspicacité s’alarmait des nouvelles qui arrivaient des provinces : « La guerre des élections, la guerre des contrebandiers, la guerre des impôts, la guerre de religion, sont en germe dans vingt cantons du royaume. »

Mais il ne voulait pas, sous prétexte de renforcer le pouvoir exécutif par des moyens provisoires, lui fournir des instruments qui risqueraient de faire obstacle à l’achèvement de la Révolution. Aussi s’éleva-t-il avec énergie contre la proposition de Cazalès d’investir le roi pour trois mois de la puissance exécutive illimitée. k

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TRE se

AS ARABE UE 0 A OMIRNARNe des Le 19 avril, il déjoua une manœuvre de la droite qui, sous prétexte de la limitation de certains mandats, demandait la séparation de l’Assemblée. À grands traits, il rappela les séances héroïques, les périls conjurés, les services rendus, l’œuvre accomplie, et il termina cette improvisation magnifique par le trait célèbre qui électrisa et entraîna toute l’Assemblée : « Je jure que vous avez sauvé la chose publique! »

Le 3 mai, une discussion sur l’organisation municipale de Paris mit aux prises Mirabeau avec Robespierre. Le député d'Arras, dont quelques interventions heureuses avaient commencé la réputation, mais auquel personne n'aurait songé à prédire son extraordinaire destinée, demandait la conservation des soixante districts qui avaient été créés au début de la Révolution pour faire face aux circonstances. Mirabeau vit le danger. Il n’hésita pas à qualifier de « monstrueuses » dans une démocratie ces assemblées primaires, soutenues « avec un zèle plus patriotique que réfléchi >. Deux phrases sont à retenir dans cette intervention significative : « Demander la permanence des districts, c’est vouloir établir soixante sections souveraines dans un grand corps, où elles ne pourraient opérer qu’un effet d'action et de réaction capable de détruire notre Constitution. » C'était juger et condamner un système. « Ne prenons pas l’exaltation

des principes pour le sublime des principes. » C'était juger un homme. On sait ce que devinrent, dans la Convention, le système et l’homme. Mirabeau, dont le coup d'œil prophétique avait deviné le mal, aurait eu sans doute seul la force de l’enrayer.

Son souci de l’ordre légal et sa volonté inflexible de sauver la Révolution en l’arrachant à l'anarchie ne le

Us Fine mettaient pas à l’abri des soupçons et des imputations du RER parti modéré de l’Assemblée. De nouveaux troubles, qui # avaient entraîné une effusion de sang, avaient éclaté à

Marseille. Des gardes nationaux s'étaient emparés des forts. Le roi en avait exigé l'évacuation et la restitution par la municipalité aux autorités compétentes. Mirabeau

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NS DÉCEPTIONS approuvait ces mesures. Mais il demandait qu’on n’allât pas au delà avant d’avoir pris des informations qui révéleraient peut-être des projets funestes ourdis contre la liberté. Avec une impitoyable logique il ajoutait : « Pourquoi le 5 octobre ne serait-il pas coupable ici et le 30 avril serait-il coupable à Marseille? » Les clameurs de la droite et de vagues insinuations tendaient à représenter le tribun comme l’instigateur des désordres. Il repoussa avec hauteur ces calomnies « de gens qui m'auraient, disait-il, condamné au silence qu’impose le mépris, s’il n'existait que des hommes comme eux... Ces langues empoisonnées n’ont pas pu me faire varier un seul instant des véritables principes. » Était-ce une allusion, incomprise de ses auditeurs, et qui devait porter plus haut, à des négociations occultes, poursuivies depuis quelques semaines, pour préparer une entente entre Mirabeau et la cour? Elles ouvrent dans sa vie tourmentée une phase nouvelle où son action publique se double et se complique d’une action secrète. Jamais la grandeur de son génie ne se sera mieux affirmée et déve= loppée, mais elle ne cessera pas, hélas! d’avoir pour rançon la triste servitude que sa destinée l’a condamné à traîner partout et toujours avec lui.

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