‹ MirabeauChapitre 82 sur 104 · Y NP · texte numérisé non relu

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gnait avec amertume de n’avoir pas même pu obtenir …

dans la formation du nouveau ministère un homme en

qui il eût confiance, et qui pût servir de ralliement entre

l'autorité légitime et ceux qui, comme lui, se dévouaient à la défendre. M. de Montmorin, ministre des Affaires étrangères, avait seul survécu au commun désastre. Mirabeau n'avait que trop de raisons pour ne pas songer à lui comme intermédiaire. Ce fut pourtant lui qui le devint.

M. de Montmorin, victime de cette fatalité générale qui semblait peser sur tous les ministres de Louis XVI, manquait totalement de caractère au moment même où la volonté, réfléchie et décidée, était plus que jamais néces-

.Saire et pouvait seule suppléer, dans une crise sans précédent, à l'absence de génie. Hésitant devant les résolu-

tions à prendre, effrayé par les responsabilités de sa fonction, ballotté et perdu au milieu des luttes violentes qui heurtaient les opinions et les hommes, il tenait, malgré tout, à rester ministre et il se pliait, avec plus de sou-

lesse que de dignité, aux changements d’attitude que les fluctuations des événements exigeaient de son indécision timorée et inquiète. Attaché tout d’abord à la fortune de

Necker, il avait repoussé, avec un dédain altier et impru- .

dent, les propositions de Mitabeau. La popularité de La Fayette l’avait ensuite attiré et il avait réussi, tandis que ses collègues sombraient sous leur incapacité, à conserver assez de sympathies dans l’Assemblée pour qu’on eût proposé avec succès de l’exclure formellement de la motion relative au renvoi des ministres. Cette exemption « inique » avait irrité Mirabeau qui voyait dans cette

mesure une manœuvre de La Fayette Mi Data ‘en rédigeant ses notes, combattue en des termes d’une : grande vivacité, soit à cause de cette subordination supposée, soit, ce qui valait mieux, en raison de la . gravité de la situation extérieure. Cette situation lui était d’ailleurs le sujet d'un de ces larges aperçus dans lesquels, attentif aux événements du dehors comme à veux du dedans, il était passé maître : « Parce que nous avons la fièvre, disait-il, nous nous croyons une grande | vigueur; parce que nous sommes malades, les étrangers | nous croient mourants. Nous nous Le et ils se - trompent! ».

La popularité de La Fayette subissant un déclin visible,

M. de Montmorin regarda du côté de Mirabeau. Il fit Fa « proposer à celui-ci une entente. Justement méfiant, Mira- beau, dont les relations avec la cour étaient en ce moment . assez refroidies, ne voulut pas s’ engager avant de connaître l'opinion de la reine, qui n'avait jamais traité avec faveur le ministre des Affaires étrangères. Il fit connaître à la souveraine sa première conversation avec M. de Montmorin. De même qu’il devait, au lendemain de la mort de Mirabeau, trahir tristement leurs relations pour conquérir la confiance de Lameth, le ministre, afin d'obtenir l'appui de Mirabeau, dont il soupçonnait vaguement les rapports avec la cour, abandonna La Fayette. Sous le prétexte, où il y avait sans doute une part de sincérité, de sauver, par le relèvement de l’autorité, le roi «et la nation, mais aussi pour conserver son portefeuille, : il fit appel au puissant tribun, dont il vanta le talent et la * gloire. Il lui proposa une coalition afin de tracer un plan à l’Assemblée, veiller sur les élections et rendre quelque popularité à la reine, dont il comptait que Mirabeau jui obtiendrait la confiance. (5 décembre.) La reine acquiesça . . à ces propositions. La principale préoccupation de M. de Montmorin était d'obtenir de Mirabeau un plan d'ensemble qui déterminât avec précision les moyens à employer pour réaliser leurs intentions communes. Mirabeau se mit à l’œuvre, et, « jouant tout à fait de son reste », il

ATION AVEC LA. COUR

re rédige et fit SRE à Ja cour, les 22 et 23 décembre, Eur? sa quarante-septième note, dont le titre est déjà un programme : Aperçu de la situation de la France et des moyens de concilier l'autorité publique avec la liberté’ royale.

C’est sur ce mémoire, le plus long, le Pr fouillé étre à tout prendre, le plus important de tous ceux qu'il a. « écrits, qu'on a coutume de juger la politique de Mirabeau. Il est devenu le témoin du tribun devant l’histoire. . Le point de vue est exact, mais à la condition de n'être pas exclusif. Il ne faut pas oublier, en.effet, qu’au moment . où il communiquait ce mémoire au comte de La Marck, Mirabeau était déjà, depuis sept mois, le conseiller de la 4 cour. Il avait donné son opinion, non seulement sur la situation générale, qu’il avait envisagée sous toutes ses faces et dans toutes ses conséquences, mais encore sur les faits particuliers qui s’y rattachaient. Ses conseils n'avaient pas été suivis. « Toujours réduit à conseiller, x . ‘ne pouvant jamais agir, j'aurai probablement, disait-il, le sort de Cassandre : je prédirai toujours vrai et ne serai

La jamais cru. » Ces paroles, qu'il avait écrites dans une Vs situation différente, s’appliquaient trop exactement à __ l’accueil que ses propositions avaient reçu de la cour. Il Rs y aurait donc une véritable injustice à juger de ses.

opinions et de ses projets uniquement sur un programme qui avait causé tant de vains efforts et de déceptions ! JTE ri accumulées. . L’inertie du roi et ses incertitudes avaient aggravé le mal dont le souverain demandait à Mirabeau de lui indiquer le remède. Déjà, au mois de mai, celui-ci ik EE trouvait qu’on avait laissé les choses s’empirer de la façon la plus désastreuse. En décembre, il pouvait pensets + que la situation était irrémédiable. Toujours courageux, il ne se déroba pas. ’, Cette quarante-septième note fut rédigée en une quinzaine de jours. Elle ne se ressent de cette précipitation que par une absence de méthode qui a contraint son auteur à se répéter. Il envisage les obstacles avant de fixer le but. On ne risque pas de trahir sa pensée, si on

| veut la résumer sobrement et clairement, en commençant par établir, d’abord, ce que Mirabeau voulait maintenir ét ce qu'il conseillait de changer, et en déterminant, ensuite, les obstacles qu’il redoutait et les moyens qu'il - | envisageait.

La Révolution a pénétré la nation de bienfaits inaltérables et de conquêtes irrévocables. « On ferait dispa- raître d’un seul coup une génération entière, on ôterait la mémoire à vingt-cinq millions d'hommes » qu’il serait

impossible de lui enlever ses espérances et le fruit de ses efforts. Même une contre-révolution armée n’aurait pas pour résultat de faire reprendre à la nation française sa première assiette. « Le royaume serait reconquis qu'il faudrait encore que le vainqueur composât avec l’opinion publique, qu’il s’assurât de la bienveillance du peuple, La qu’il consolidât la destruction des abus, qu’il admît le __ peuple à la confection des lois, qu’il lui laissât choisir ses administrateurs. »

Les destructions que la Révolution a opérées sont

| presque toutes également utiles à la nation et au monarque. Il faut les maintenir. Mirabeau entend par ces destructions : l'abolition de tous les privilèges, de toutes les exemptions pécuniaires, de la féodalité, des impôts désastreux, des corps de province et des pays d’États, des parlements, enfin du clergé et des possesseurs de fiefs, en tant qu'ils constituent des corps politiques. De même il faut conserver l'unité de l'impôt, la liberté de la presse,

Ja liberté des opinions religieuses, la responsabilité de

tous les agents du pouvoir exécutif, l’admissibilité de __: tous les citoyens à tous les emplois, la surveillance des : fonds publics, la répartition équitable des grâces et des . Secours pécuniaires. Ce sont là les bienfaits de la Révolution, ils sont intangibles. Ils ont pour adversaires la

noblesse et le clergé, tombés dans un tel discrédit que

€ si la cour veut recouvrer quelque influence, elle doit

bien se garder de laisser penser qu’elle veuille les servir ».

Donc pas de contre-révolution, mais une contre-con- stitution sage et mesurée. Les principes fondamentaux

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