RELATIO
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blée actuelle, ou par la seconde législature, qu'il faut tenter de faire corriger la Constitution? Mirabeau ne pense ni qu’on puisse obtenir de l’Assemblée existante la
réforme étendue qu’il juge nécessaire, ni qu'on doive attendre de son esprit d’abnégation qu’elle reconnaisse
ses erreurs et sacrifie sa popularité en les réparant. On
doit préparer l'opinion publique à un changement et
< pour faire rentrer dans son lit ce torrent qui a rompu
toutes ses digues », il ne faut pas hasarder le succès de l'entreprise par une précipitation qui ne permettrait pas une préparation suffisante et Systématique.
Mais comment agir avec l’Assemblée existante? Il peut
dépendre d’elle de rendre la revision des lois constitutionnelle impossible pour l’Assemblée qui lui succédera, soit qu’elle décrète que la Constitution ne sera pas ratifiée, soit qu’elle ordonne qu'il n'y aura de second pouvoir constituant qu’à une époque déterminée. Mirabeau oppose à ce double danger un plan que l’on peut se dispenser de résumer sans nuire à l’ensemble de sa conception. Mais il est un autre obstacle, dont il propose de triompher par une manœuvre sur laquelle il est impossible de garder le silence. Ce qu’il faut redouter de l’Assemblée existante, c’est que, en raison de son influence croissante, elle attache si fortement l'esprit des peuples à son ouvrage que celui-ci ne puisse plus être modifié. Pour diminuer cette influence, Mirabeau propose une série de moyens. D'abord, deux décrets : l’un, interdisant aux membres de l’Assemblée d’être réélus; l’autre, ne permettant pas, pour la prochaine législature, aux candidats d’être élus députés hors du département où se trouve leur domicile. Une seconde suite de mesures à prendre consisterait à provoquer des scissions parmi les chefs de l’Assemblée, en les trompant par l'espérance d’en faire des ministres après révocation du décret du 7 novembre, « et s’il ne suffisait pas de flatter leur ambition pour les séduire, c’est par d’autres moyens, et je n’en exclus aucun, qu'il faudrait
On ne peut donc que s'adresser a l'Assemblée des représentants du peuple: Laquelle? Est-ce pär l’Assem-
variation du thermomètre de l’opinion publique, et pour provoquer son hostilité contre l’Assemblée, il faut semer d'embüûches la marche de celle-ci, la tromper, la perdre, la dépopulariser, et, quand ses pas seront chancelants, précipiter brusquement sa chute. Il ne faut pas se contenter de profiter de ses fautes : il faut l’entraîner à en com- mettre, «influer seulement sur elle pour porter son attention sur des travaux inutiles ou sur des questions impopulaires; lui laisser rendre, sans l’aviser ni la contrarier, tous les décrets qui pourraient augmenter le nombre des mécontents ;… embarrasser sa marche pour montrer son impuissance et sa faiblesse; exciter sa jalousie pour éveiller celle des corps administratifs; enfin lui faire usurper de plus en plus tous les pouvoirs pour faire redouter sa tyrannie ». A ces indications générales, dont j'ai rapporté les termes essentiels, Mirabeau ajoute des précisions, soit pour séparer les: provinces de la capitale, soit pour exciter les rivalités des corps administratifs entre eux, soit pour provoquer des pétitions populaires, soit pour heurter, par un mauvais système d’impositions, « cette espèce d’instinct aveugle qui fait croire au peuple que la Révolution consiste pour lui à ne rien payer », soit enfin pour organiser la guerre systématique des ministres du roi contre les décrets de l’Assemblée.
A l’Assemblée ainsi discréditée, affaiblie etimpuissante, il faut faire succéder une législature qui, n'ayant pas les mêmes vues, ait tout à la fois le pouvoir et la volonté de corriger la Constitution. L'influence qui doit s'exercer en ce sens doit porter sur l’Assemblée nationale, sur Paris et sur les provinces. :
Dans l’Assemblée nationale, M. de Montmorin sera le lien d'une coalition associant, sans qu’ils soupçonnent une coopération, des membres du côté droit, MM. de Bonnay, l’abbé de Montesquiou et Cazalès, à d’autres députés, du groupe constitutionnel et du parti populaire, Clermont-Tonnerre, d'André, Duquesnoy, l’évêque
ébtenir plus de ie, >. Enfin, pour déternihee une
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d’un atelier de police, confié à Talon et à Semonville, afin
diques et sur les tribunes de l’Assemblée nationale.
et la rétribution. A
suivi : s’il ne l’est pas, il n’est aucun malheur auquel on
ae ED ES A TN TT AVES PAPER CA RELATIONS AVEC LA COUR :. : 1 ‘Autun, Emmery, Le Chapelier et Barnave. Seuls M. de +74 Montmorin et Mirabeau connaîtront ce groupe occulte et CR solidaire et détermineront, en trompant le plus souvent celui qu'ils emploieront, les démarches individuelles qui doivent concourir au but poursuivi. | Pour agir sur Paris, Mirabeau propose l’organisation
d’influer sur la gardé nationale, sur les corps administratifs et les tribunaux, sur le corps électoral et sur les sections, sur l'opinion publique, sur les ouvrages pério-
Pour agir sur les provinces, il faut monter un atelier de correspondance, composé de deux services de voyageurs, dont le plan de Mirabeau détermine avec les détails les plus précis l’organisation, les modes d’action
Enfin, pour influer à la fois sur l’Assemblée, sur Paris et sur les provinces, la note indique comment on peut 5 créer et faire fonctionner, sous la direction de Clermont- Tonnerre un atelier d'ouvrages.
« On peut tout espérer, dit Mirabeau, si ce plan est
ne doive s'attendre. » Et il termine par une invocation patriotique « au roi bon, mais faible, et à la reine infortunée » qu’il essaie de sauver en s’exposant à se perdre lui-même. : |
Comment juger ce plan fameux? Il est trop varié et trop complexe, et il accuse une trop grande divergence entre le butetles moyens, pour qu’on puisse lui appliquer une appréciation ramenée exclusivement à une approbation ou à une condamnation. « Malheureuse nation! s’écrie Mirabeau, voilà où quelques hommes qui ont mis l'intrigue à la place du talent et les mouvements à la place des conceptions t'ont conduite! » Ne lui offre-t-il pas, à son tour, confondus dans le plus étrange assemblage, du talent et de l’intrigue, des conceptions profondes et des mouvements suspects? Tant qu’il expose le mal, l'anarchie du royaume, les conflits des pouvoirs, les empiètements
de l'Assemblée, 1%: RibIESeN dangereuse pour l'ordre publié, du pouvoir exécutif, il est admirable, et par la pensée, et par l'expression. Quand il indique le remède;‘et qu'il fait la part des conquêtes inaliénables de la Révolution et des défauts qu’il faut corriger dans la Constitution, sa prévoyance prouve l'étendue de son : génie. Mais ses moyens d'exécution ne sont pas moins blâmables au point de vue moral que douteux au point de vue pratique. Son projet d’avilir l’Assemblée, de la pousser au mal, de lui tendre des pièges, déconcerte et répugne comme une mauvaise action. Est-il excusable, sous le prétexte de l'intrigue et de l'ambition à combattre, d'employer dés moyens qu'il qualifie lui-même « d’intrigue obscure et d’artificieuse dissimulation »? Le salut d'un pays peut-il dépendre de ces armes dange- reuses mises aux mains de la police pour discréditer une assemblée, diviser les partis et agiter l'opinion? Et quelles lamentables inconséquences! C’est Mirabeau qui avait fait repousser, dans un discours irrésistible, la dangereuse proposition d'interdire la réélection des députés. Et le voici qui, dans une note secrète, en inspire l’idée et en donne le conseil à la cour! Ce conseil ne sera pas perdu. Quand, peu de jours après la mort de Mirabeau, l’Assemblée refusera de se rendre aux raisons judicieuses de Duport, et, « cédant à l’exagération des idées publiques », écoutera la voix déjà menaçante de Robespierre, la droite, encouragée par la reine, ne manquera pas de s’associer au stupide suicide. Ainsi la fatalité aura voulu que Mirabeau n'ait été suivi par la cour que dans une seule circonstance, celle où, la prévoyance de son génie étant en défaut, 1l portait à la Révolution l’un des coups les plus redoutables qu’elle ait subis!
Son plan, du moins, pouvait-il réussir? A peine mis en œuvre, il se heurtait aux difficultés les plus grandes. Les ministres n'avaient pas été mis au fait, mais leur concours, inspiré et dirigé par Montmorin, était indispensable. Ils contrarièrent des projets qu’ils ignoraient. Le seul résultat, et assez médiocre, semble-t-il, fut