TROIS D
OA QT LU, FT O VLe A DUT
dire la sortie du royaume.
Mirabeau prit trois fois la parole. Il lut d’abord l'extrait d'une lettre qu'il avait écrite à Frédéric-Guillaume de Prusse, le jour de l'avènement au trône de ce prince, et où, au nom de l’éternelle équité, il combattait comme tyrannique toute loi interdisant les émigrations. Cette lecture achevée, il demanda à l'Assemblée de passer à l'ordre du jour. L'Assemblée voulut entendre le projet
du comité. Mirabeau, dès que le texte en fut connu, se:
précipita et s’imposa à la tribune. Avec une fermeté d’accent que les violences d’une trentaine de membres de l’Assemblée ne purent réussir à ébranler, il s'opposa à la discussion d’une loi inexécutable. Il proclama qu’il se
croirait délié de tout serment de fidélité envers ceux qui.
auraient l’infamie de nommer une commission dictatoriale. C'était un défi. Il en accentua la fierté par les paroles célèbres qui ont plus fait pour sa gloire d’orateur que tant d’éloquents discours : « La popularité que j'ai ambitionnée, s’écria-t-il, et dont j'ai eu l'honneur de jouir comme un autre, n’est pas un faible roseau; c’est dans la terre que je veux enfoncer ses racines sur l’imperturbable base de la raison et de la liberté! Si vous faites une loi contre les émigrants, je jure de n’y obéir jamais! » Les murmures’ redoublèrent. Se tournant du
côté de la gauche extrême d’où ils s’élevaient, il les domina
par un cri, dédaigneux et sublime : « Silence aux trente voix! » Cette concision valait un programme. Au dehors l'émeute grondait. On demanda le renvoi du projet de décret à tous les comités pour en faire l'étude : « Ajoutez, dit-il, que d’ici à l’expiration de l’ajournement, il n’y aura pas d’attroupements. » C'était rendre les « trente voix » responsables des désordres qui venaient battre les portes mêmes de l’Assemblée. Membre, depuis quelques semaines, du directoire de l'administration départementale de Paris, Mirabeau ne quitta la tribune que pour se rendre à ce poste, où l’appelait son devoir. Il y rédigea une proclamation dont les accents étaient l’écho du discours
SU
sp” * Y ee à : . 2) , ; . conseil de trois personnes le droit d'autoriser ou d’inter-
* qu'il venait de prononcer Fe) Les auteurs des troubles, disait-il, déshonorent la liberté; car la liberté ne consisté
point à ne reconnaître aucune autorité; elle consiste à n’obéir qu'è à la loi constitutionnellement faite ».
Le soir, il se rendit aux Jacobins. Il y avait déjà connu des orages. Le 6 décembre, dans une séance tumultueuse, il avait ‘rappelé Robespierre à l’ordre et au respect de la loi. Quand il entra, le 28 février, la salle était comble. Duport et Lameth, qui avaient gardé le silence devant l’Assemblée, comptaient bien prendre, dans ce. club surexcité ét vibrant, leur revanche contre Mirabeau.
Mirabeau le sut, ou le soupçonna. Avec un admirable
courage, il s’offrit à la redoutable bataille que les passions d'un auditoire partial rendaient inégale. Son arrivée fit
sensation. Des cris d’indignation s’élevèrent. Sans se laisser émouvoir, il gagna sa place, écouta et attendit.
Troublé par cette présence imprévue, Duport s’égara dans un long discours contre La Fayette. A la fin seulement, il dénonça les hommes les plus dangereux pour la
liberté : « Ils ne sont pas loin de vous », dit-il. La colère de l'auditoire, qui n’attendait que ce geste, fit explosion. De tous les côtés, les applaudissements éclatèrent, les regards se tournèrent vers Mirabeau et des spectateurs, debout, acclamaient et encourageaient Duport. Celui-ci
raconta la séance du matin; il accusa Mirabeau d’être le
chef d’une coalition contre les Jacobins; il déclara que - les espérances de la nation et de la liberté ne devaient
jamais reposer sur un seul homme, puis, dans un mouve- ment que tant de services rendus par Mirabeau impo- Saient à sa loyauté, il adressa au tribun un appel à la.
réconciliation pour la défense de la liberté publique.
- D'une marche brusque, Mirabeau se dirigea vers la tribune. Des clameurs forcenées, des injures, des menaces, l’accueillirent. Ii les domina.et obtint enfin le silence. Au lieu de s’en prendre à La Fayette et de détourner ainsi l'orage sur la tête de son rival, il eut l’audacieuse noblesse de le défendre et de se solidariser avec lui. Puis, il releva les paroles amères de Duport;