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CHAPITRE XIV

LES ESPRITS IMMONDES

Cette étude à fond sur la doctrine de la vie mystique ne serait pas complète, et l'on aurait le droit de nous accuser d'omission grave, si nous passions sous silence les anges déchus, leur péché, enfin leur action sur le monde dans son ensemble, aussi bien que sur l'Église militante et sur chaque âme en particulier.

La considération de ce sujet nous aidera à concevoir une juste idée de la Mystique. Cela nous montrera en même temps le sort réservé aux plus pures et plus brillantes créatures, lorsqu'elles se sont une fois séparées de Celui qui est leur vie,

et fera admirablement ressortir la sagesse et la puissancede Dieu, qui, decegrand mal qu'est le péché, sait tirer un plus grand bien, à savoir celui de la sanctification des élus et de la manifestation des trésors de son amour. En effet, l'Église de Jésus- Christ et chacune des âmes prédestinées seraient bien moins resplendissantes de sainteté, si elles n'avaient pas eu à supporter la dure épreuve des tentations des démons et de la persécution des méchants; et nous n'eussions jamais connu les excès de l'amour de Dieu pour nous, si le péché de nos premiers parents n'eut pas été l'occasion du terrible et doux mystère de notre rédemption par la croix.

Dieu dans sa sagesse permet au démon de se mêler des affaires d 'ici-bas. Nous avons à compter avec lui. On ne peut expliquer que par son intervention la .perversité plus qu'humaine de quelques personnages historiques, tels que Caïn, Pha-

LES ESPRITS IMMONDES raon, Antiochus, Judas, Néron, Domitien, Arius, Mahomet, Luther, Henri VIII d'Angleterre, Voltaire, Robespierre, l'Antéchrist qui doit venir ; ou encore la perversité plus qu'humaine d'associations telles que la Frapc-Maçonnerie ; ou encore les horreurs indescriptibles qui ont signalé certains bouleversements de la société tels que la prétendue Réforme au XVI® siècle, la Révolution française vers la fin du xviii*^, la guerre mondiale que nous venons de tr^verspr g.vec |5an orgie d'atrocités, de destructions sacrilèges et d'immoralités, commises par l'une dés parties belligérantes, non dans l'entraînement de Ic^ passion mais comme nioyen légitime d'assurer le triomphe de ce qu'ils appellent orgueilleusement le « surhomme ». L'activité de Satan ne se borne pas à ajouter simplement une troisième source de teqtqtipn ^i celles que l'homme rencontre déjà dans la chair et le monde : il

s'empare de tous ces divers éléments du mal moral ; il les organise et leur imprime une direction savante. L'homme tout seul, même dépouillé de Tinnocence primitive et de la grâce de Dieu, n'eût pas été capable de descendre à de telles profondeurs de méchanceté.

Les démons sont esprits de ténèbres.

Ils se sont donnés la tâche de produire d'épaisses ténèbres ici-bas, afin de conduire les hommes et de les faire tomber dans toutes sortes d'erreurs touchant la foi et les mœurs et par là d'assurer leur perte éternelle. Il est digne de la Sagesse infinie de Dieu, en laissant aux démons une certaine latitude, pour un temps déterminé, de faire servir leur malice à ses fins providentielles. Avec tous leurs efforts insensés ils ne réussissent, somme toute, qu'à battre le blé sur l'aire du divin Père de famille, et à séparer le bon grain de la paille légère. Les bons anges

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viennent recueillir le froment et l'emporter en paradis, ne laissant aux mains des démons que la bourre et la paille qui devront être jetées aux flammes de l'enfer.

Saint Jean Climaque, ce maître passé en matière de théologie mystique, nous montre dans son Échelle du Paradis, les démons, pleins de ruse et de malice, appliquant continuellement la pénétration de leur esprit et l'énergie de leur volonté perverse, à un but unique, à savoir de mettre le feu au temple de Dieu sur la terre, c'est-à-dire à l'Église de Jésus- Christ et à chaque âme individuelle ; portant dans leurs mains des charbons ardents, c'est-à-dire voulant se servir à cette fin des flammes de l'enfer qui les tourmentent eux-mêmes. Frères, dit saint Paul, revêtez-vous de la cuirasse divine, afin de pouvoir résister aux pièges du dérnon. Car nous avons à lutter, non

contre des choses de chair et de sang mais contre les principautés et les puis^ sances, contre les maîtres qui gouvernent ce monde de ténèbres, contre les esprits de méchanceté les plus hauts placés. Armez-vous donc de là cuirasse divine, qui vous rendra capables de résister dans les m.auvais jours, et de rester parfaits en toutes choses. Tenez-vous debout, les reins ceints de la vertu de vérité et la poitrine recouverte de la justice. En toute occurence, portez le bouclier de la foi contre lequel viendront s*éteindre tous les traits enflammés du mauvais. (Eph., vi, 11-16.)

Notre-Seigneur désigne les démons sous le titre d*esprits immondes. Il serait impossible de leur appliquer une épithète en même temps plus expressive et plus juste. A première vue il semblerait que l'idée représefttée par le mot « immonde » soit contredite par celle -que représente le — 2û6 —

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mot « esprit ». Les démons sont par nature des esprits, ic'èst-à-dire des êtres qui n*ont rien de commun avec la matière, dégagées par conséquent de toute passion de convoitise charnelle : comment donc peut-on les taxer d'être immondes? N*y a-t-il pas contradiction entre ces deux termes : « esprit » — « immonde »? Cependant, nous avons précédemment (au chapitre xi) prouvé que le péché en luimême, est une absurdité, une contradiction flag-rante, une anomalie, un essai crî^ minel de retour au néant, et, par conséquent, une corruption de Têtre coupable, qui le rend véritablement immonde. Cela doit nous aider à comprendre que Notre- Seîg-heur leur ait attaché Cette épithète.

Il est juste d'appeler immonde les démons, parce qu'ils ont embrassé l*état de péché et qu'ils y vivent pour toujours. L'artiour de Dieu est le seul arôme capable de préserver de la corruption la créa-

ture raisonnable : ils s*en sont dépouillés spontanément, de propos délibéré, pour toujours. Il est juste de les appeler immondes, encore pour cette nouvelle raison que le péché est désormais leur seule occupation. Haïr Dieu et le blasphémer, tenter les hommes, tourmenter les âmes des damnés leurs victimes, se haïr et se tourmenter les uns les autres, tels sont les seuls usages auxquels ils font servir leur vive intelligence et l'énergie incomparable de leur volonté.

Une dernière raison qui leur mérite l'appelation d'esprits immondes, c'est que, par leurs tentations, ils portent l'homme à commetre les péchés de la chair, desquels néanmoins, parce qu'ils sont purs esprits, ils ont naturellement horreur. Mais, par haine de Dieu, et pour le déshonorer dans ceux qu'il a faits à son image et ressemblance, ils excitent les hommes à des actes dont le cœur leur

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soulève de dégoût. C'est ainsi que l'on a vu quelque fois un homme, déchu de la noblesse à laquelle il appartenait par la naissance, l'éducation, un goût raffiné et de bonnes manières, s'abaisser, par la haine qu'il portait à un autre, jusqu'à prendre dans, ses mains des immondices, en se faisant violence à lui-même, pour en souiller le portrait de son ennemi dont il ne pouvait atteindre la personne. N'appellerons-nous pas immondes, ceux qui sont les instigateurs de toute espèce d'impureté?

En s'appuyant sur divers passages des Saintes Ecritures, particulièrement sur Ezéchiel (xxviii, 12-15), Isaïe (xiv, 13- 15), saint Luc (x, 18), et l'Apocalypse (xii, 1-9), les Pères de l'Église et les Docteurs du Moyen Age ont reconstitué l'his* toirc de la chute des mauvais anges. II5 nous assurent que le péché de Lucifer et de ses compagnons à consisté en un re^

l'i — Miracle et Mystique.

fus de leur part de se maintenir et de persévérer dans l'ordre surnaturel, dans lequel Dieu les avait placés dès le premier instant de leur existence. Dans le principe, tous les anges furent également créés en état de grâce. Dieu les fit anges de lumière, ses fils bien-aimés, prodigieusement exaltés, tous également destinés à partager son bonheur et sa gloire dans la vision béatifique, s'ils sortaient victorieux de leur épreuve. Non seulement ils se trouvaient doués d'une nature très excellente, purement spirituelle, exempte de tout défaut et de toute inclination vers le péché, mais de plus, élevés au-dessus d'eux-mêmes, par la grâce, à un merveilleux état de sainteté positive, enrichis de toute sorte de lumières et de vertus surnaturelles. C'est de hauteurs si sublimes, que les anges rebelles se sont précipités en bas, en connaissance de cause, par leur libre choix, sans l'excuse de la tentation.

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