‹ Miracle et mystiqueChapitre 17 sur 34 · IO · texte numérisé non relu

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LES ESPRITS IMMONDES

Il semble bien que ce qui révolta Lucifer, ainsi que ceux qui firent bande avec lui, ce fut la préférence montrée par Dieu n la ferveur de l'amour sur la splendeur de l'intelligence. Le vif éclat de leurs dons naturels paraît les avoir éblouis au point de leur inspirer le dégoût de l'ordre surnatuî^el, où l'on n'attache aucune valeur à la plus magnifique intelligence, si elle n'est accompagnée des vertus d'humilité et d'amour. Ils cédèrent à un profond sentiment d'irritation en découvrant, à la lumière de la révélation qui fut donnée à tous les anges également pendant le temps de leur épreuve, un grand signe dans le ciel, un autre Porte-Lumière, plus brillant que le premier des Séraphins, la Vierge-Mère, une simple femme, avec r Enfant-Dieu dans ses bras. Ils ne pou- H valent se faire à l'idée qu'une personne, inférieure par nature, dût-être un jour éle-

tvée au-dessus d'eux et devenir leur reine, :

et que la semence de la femme fût préférée à l'ange pour être le sujet de l'union hypostatique. Aussi, lorsque Dieu le Père, annonçant d'avance aux anges la venue de son Fils Unique, leur commanda à tous de l'adorer, comme saint Paul le rapporte dans son Épître aux Hébreux (chapitre i, verset 6). Lucifer lança son cri c!e*révolte qui fut répété par tous les mauvais anges avec les conséquences que nous savons.

Il s'ensuivit que les démons, sans cesser d'être de purs esprits, d'une nature absolument incorruptible, ont, dans leur intelligence et leur volonté, le vice d'un irréductible antagonisme à l'égard de l'ordre surnaturel. Ils protestent là contre ; ils lui font une guerre incessante, et Dieu leur laisse, pour un temps, libre carrière, dans les limites de leurs forces.

Saint Thomas, dans sa Somme Théologique, (Pars I^ Quest. 64, i, ad. 3,) dit que le démon « non hahet cognitionem

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matutinam neque vespertinam sed nocturnani ». Cela veut dire que, d'une part, le démon n'aura jamais la connaissance qui est le propre des élus et le résultat de la vision béatifique, et que, d'autre part, en perdant la grâce, il s'est trouvé privé de la lumière divine qui lui fut donnée dans sa création. Il ne lui reste que la lumière naturelle commune à tous les purs esprits, laquelle est très grande à la vérité, mais ne porte que sur les objets naturels et ne peut pas donner le vrai bonheur ; cette lumière, comparée à l'ordre de la grâce, n'est qu'épaisses ténèbres. Dans ses affections et dans l'emploi de sa force de volonté, le démon est monstrueusement déformé. D'ange de lumière qu'il était, le voilà changé en ange de ténèbres ; de la pure flamme d'amour que' Dieu voulait faire de lui, il est devenu un tison d'enfer, dévoré des flammes de la malice et de la haine la plus inextinguible.

Nos peintres naïfs du Moyen Age n'étaient pas si loin de la réalité lorsqu'ils se plaisaient à représenter le Maudit avec toutes sortes de déformités, dans les attitudes les plus grotesquement humiliantes.

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