CHAPITRE VII
HORS DE l'Église point de mystique
Hors de l'Église il n'y a point de Mystique tout comme « Hors de l'Église il n'y a pas de salut ».
Ceci peut paraître à première vue, non seulement une parole d'intolérance, mais une proposition injustifiable et indémontrable ; et pourtant, si.ron prend la peine de l'étudier de près, on trouvera que c'est, dans le domaine des vérités qui nous occupent, l'énoncé d'un axiome aussi rigoureusement scientifique que ceux qui sont à la base des mathématiques ou des sciences d'observation.
Tout d'abord rendons-nous compte du
HORS DE L'ÉGLISE POINT DE MYSTIQUE
sens que renferment ces mots : « Hors de l'Église ». Ils signifient ; Hors de la seule tt unique Ëglise que Dieu fit, hors de r Église bâtie par Jésus-Christ ; hors de l'Église qui est Une et Catholique et Apostolique, dont le chef visible est le successeur de saint Pierre, le Pape de Rome ; hors de l'Église des sept sacrements et du véritable sacrifice de la Messe. Hors de cette Église-là il n'y a pas de vraie Mystique, pas de vie mystique, pas de salut.
Au jour du Jugement Général, il se trouvera que tous les rachetés auront été pendant leur vie mortelle, des catholiques, vraiment et foncièrement catholiques, soit qu'ils en aient eu conscience ou non, soit que les autres hommes aient eu connaissance du fait, ou bien que Dieu seul l'ait connu. Il se trouvera qu'ils n'auront été sauvés par nul autre moyen que la grâce de Dieu, par la foi en Jésus-Christ, et
leur incorporation secrète ou manifeste à son corps mystique, l'Église ; en vivant la vie surnaturelle, la vie de la grâce. Ce n'est que de cette manière qu'ils seront reconnus et proclamés dignes d'être admis aux Noces éternelles de l'Agneau Divin. Pas d'autres, en aucune manière que ce puisse être, n'y seront admis.
Prise dans ce sens, et avec cette réserve que beaucoup de ceux que les hommes ne connaissent pas comme faisant partie de la maison de la foi sont réellement, aux yeux de Dieu, dans le giron de l'Église et non pas en dehors, ces propositions : Hors de l'Église point de salut, — Hors de l'Église point de Mystique — sont d'une rigueur de logique indéniable ; de ces vérités auxquelles on ne peut rien surajouter et desquelles on ne peut rien retrancher.
Est-ce que réellement nous prétendrions que seuls les catholiques puissent être
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mystiques? Mais très certainement, car cela est ainsi.
La grâce mystique est un don de Dieu.
Or Dieu est le maître de ses dons, et il a établi cette loi, précisément pour ce qui est de ce don, qu'il consisterait dans un commerce d'amour réciproque entre Dieu et l'homme. On ne saurait nier que Dieu soit le législateur de l'ordre surnaturel. Dans cette sphère d'autorité l'homme n'a pas voix. Toutes les fois qu'il a essayé d'inaugurer les rapports mystiques en dehors des conditions posées par Dieu toutpuissant, il a essuyé l'échec le plus évident et souvent il a versé dans des erreurs monstrueuses.
Dieu a posé comme loi fondamentale de toute vie mystique, que le seul moyen d'union de l'homme avec Lui serait la I ()i EN JÉSUS-CHRIST ; avant sa venue, la foi en Lui comme le promis de Dieu, le Messie ; après sa venue, la foi en Lui
comme celui qui a été reconnu être le vrai Fils unique de Dieu et le Rédempteur du monde .L'homme n'a ni le droit, ni le pouvoir de toucher à cette conditicai prescrite par Dieu Lui-^même, et d'en introduire une autre par laquelle on prétendrait procurer notre illumination, notre union à Dipu et finalement notre salut, car, dit saint Pierre {Actes, iv, 12) : Jl n'y a point sous le ciel d'autre nom donné aux hommes (que celui de Jésus) par lequel on puisse être sauvé.
C'est là vraiment un a^ciôme; il n'a pap besoin de démonstration. Ce qu'il y a d'étonnant, c'est qu'il soit nécessaire de le rappeler.
Ainsi donc, tout honune, soit dans le cours des siècles passés, soit dans les temps présents, soit dans l'avenir, qui revendique f>Qur lui-môme le droit d'ejiseigner la vérité surnaturelle et le pouvoir d'unir à Dieu ; s'il se trouve hors de - qB -
HORS DJS L'SGUSE POINT DE MYSTIQUE
l'Églisq, OU bien, si, faisant encore partie de l'Église, il se soustrait à §pn coptrple, est convaincu par là-rnerne d*être un halluciné, on un imposteur sacrilège. Nous avons le droit de dire à un tel hornme : Montrez-nous le signe manuel de Dievi, le miracle ; ou bien, s^ns miracle, montrez-nous l'approbation de l'Épouse du Christ, l'Église catholique.
Ainsi se trouvent réfutés et rejetas tous les cultes païens, idolâtriques, d'un seiil dieu ou de multitudes de dieuîf, ou des qémpns ou de la nature et dps objets naturels, pu dps morts. C'est du faux mysticisme. De rnême les sciences ou arts occultes c|es siècles passés : ils n'ont jamais pu procurer le commerce d'amour entre Pi^n Pt l'homme. Fgux Mysticisme, tous les ^i^çiens Mystères soit austères soit licencieux de Coré, d'Elpusip, de Dionysips, d'Adpnis, d'Athis, de M}tthra, des relii^^iops celtiques. Egalement
faux le mysticisme des 'philosophes grecs et romains, qui, dit saint Paul, avaient connu Dieu, mais ne Vont pas glorifié comme Dieu... car tout en faisant prof cession de sagesse, ils sont devenus fous (Rom., I, 21-22) ; comme aussi celui des néoplatoniciens des siècles suivants. Faux, le mysticisme des hérésies gnostiques, qui pullulèrent pendant les premiers siècles du Christianisme, et dont quelques-unes se rencontrent encore au Moyen-Age et même à l'heure présente. De même, le culte judaïque après la destruction du second Temple, puisqu'il consiste dans le rejet du vrai Christ et la vaine attente d'un Messie tout humain. De même la religion du Coran, inaugurée par cet aichi-imposteur Mahomet, laquelle se répandit si rapidement et sembla un instant sur le point d'anéantir le Christianisme. Faux, le mysticisme des panthéistes de tous crins, des Brahmanes, des Bouddhis-
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tes, des Hindous, des Shintoïstes, des Primitifs, anciens ou contemporains, avec Iturs totems, et ceux de l'antique Egypte: en un mot toutes les formes de divina* tion, de magie et de sorcellerie.
Faux, le mysticisme de toute secte protestante, en ce qu'elle a de propre à elle; de toutes les formes de religiosité émotionnelle sans aucune base doctrinale ; toutes les pieuses extravagances des « revivalistes » sous quelque drapeau qu'ils se rangent, tels que par exemple la prétendue « Armée du Salut » fondée par le « général » Booth. La théosophie, le spiritualisme, la « Christian Science », l'occultisme se trouvent sur le même pied ; comme aussi la franc-maçonnerie dans toutes ses branches et à tous ses degrés : aussi bien la franc-maçonnerie anglaise ou américaine, que celle du continent européen, car quoiqu'il soit convenu, qu'il y a une différence considérable dans l'esprit — loi —
qui anime Tuné et l'autre, néanmoins toutes lés délix s'aedordent à prendre à leur compte lirie doctrine relig-ieuse à elles, une hiéra-rchie spirituelle et des rites sacrés que l'Église n'a point sanciionnés, qu'elle désaj^pfouve au contraire et qu'elle cofldamne fot-mellementi
En dernier lieu et fermant la marche derrière tous ces faux mysticismes, vient cette « farrago » oU pot-pourri de toutes les hérésies mélangées ensemble, que le Pape Pie X, de sainte mémoire, a tîétri sous le nom sigtiificàtif de Modernisme*
Il est de toute évidence qu'aucune de ces inverttiotlS humaines ou diaboliques ne peut conduire l 'homme et l'élever jusqu'à Dieu et établir entre la créature raisonnable et son Créateur le doux oommêrcd d'amOUt- surnaturel.
Il se peut qu'un homme ait un penchant naturel Vers la vie intérieure, qu'il ait une tournure d'esprit vraiment ascéti^ -^ 102 -^
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que et des mœurs tout-à-fait pures et pustères, comme ce fut, dit-on^ le cas de Plotinj le fondateur dU néoplatonisme, et que cependant, avec tout feelà il ne soit pas slifhaturel. Alors la légère empreinte d^ ttiysticistiie que l'on aperçoit dans utt tel homme est à l'égard du Mysticisme authentique, dans le même rappon qU€ la nature est à l'ég^ard de l'ordi-e suf naturel. Ce n'est pas là réalité de la chose^ c'en est même à une infinie distance, et cependant cela sert à démontrer qu'il y a dans l'homme Une aptitude foncière à la mystique* Cette aptitude qui est 1^ naturellement, peut servir de fon^ dément ou de piédestal pour y élever la vraie mystique, si Dieu en fait la grâce k cet homme, €'est^à-dire si cet holrme consent k ouvfir son âme aux lumières de la foi surnaturelle et à l'invasion de l'amour de Dieu qui veut s'y précipite^ Les vralg mystiques, connus de Dieu
seul, qui ont existé avant les temps de Notre-Seigneurs Jésus-Christ, en dehors du Peuple de Dieu ; et après la venue de Notre-Seigneur, en dehors de l'affiliation publique à l'Église catholique, sont mystiques, non en vertu de leur schisme ou de leur hérésie, mais en dépit de ces contingences malheureuses. C'est en vertn de la vraie foi, soit explicite soit implicite, en Jésus Rédempteur, et de leur bonne volonté, qu'ils se sont trouvés capables d'accomplir la loi de Dieu selon leurs lumières. L'illustre patriarche de ridumée, s'écrie au milieu des olus cruelles épreuves : Je sais que mon Rédempteur est vivant, et qu'au dernier jour je me lèverai de terre, je serai de nouveau recouvert de ma peau, et, dans ma chair, je contemplerai mon Dieu... J'ai cette espérance : elle est là au fond de mon cœur. (Job, XIX, 25-27.)
Il nous semble très probable que Job
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est le type et le représentant d'un nombre relativement considérable de justes, qui se trouvèrent dispersés parmi les Gentils, pendant les siècles qui précédèrent la venue de Jésus-Christ ; et qui eurent le privilège de conserver la foi en la révélation primitive et de mener une vie vertueuse, et ainsi d'ouvrir leur âme aux communications mystiques de l'amour de Dieu. De plus, il peut en être de même, depuis la venue de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et encore à l'heure présente et aussi dans les temps à venir, pour un nombre d'âmes connu de Dieu seul, vivant au milieu des tribus sauvages des deux Amériques ou dans les sombres forêts africaines, ou dans d'autres coins du vaste champ des Missions-Étrangères.
Dans ces milieux peu favorables, plus d'une fois nos missionnaires se sont trouvés soudainement en face de traditions évidentes de la religion primitive, véri-
MIRACLE ET MTSTÎQVE
tables ruines majestueuses et indestructibles au milieu des supefstitioilfe les plus cruelles et les plus dégradantes. A vrai dire, ces peuples qui n'ont pas eriGore reçu des lèvres du missionnaire le message évangélique, semblent bien se trouver par rapport à la foi en Notre-Sei- ^^neur, dans des relations identiques à Celles des Gentils avant sa venue ; etj par conséquent, ils doivent se trouver sous le même régime, pour ce qui est de récoriomie générale de l'administration de la grâce divine à leur regkrd.
Merveilleuses^ eti effet, sont les voies de. Dieu et les inventions de son amour pt>ur procurer le salut des âmes de bonne volonté, où qu'elles se trouvent, à toutes les époques, dans les circoristàfiCes lés plus divei-sesj devant les obstacles eh apparence les plus insurmontables. Les théologiens nous assurent, que même Ces hérétiques qui n'otît pas été baptisés^ SOit — io6 —
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parce que dans leur secte la fofrrie dli feacfetnent est viciée, soit parce que on ne l'administre mêrne plus d'aUcune façon, peuvent se troUVet- néanmoins nantis di baptême de désir, c'est-à-dire de là i;râce du baptême sans le sacreiliéifit qui en est le véhicule Ordinaire. Alors il af^ i-ive ceci : c'est qiie le péché originel est dûment effacé et pat-dônné à cette âttie ; et qu'elle dévient aussi véritablement que les autres chrétiens l'enfartt adoptif de Dieu, le membre vivant de JésUs-Christ, un membre caché de l'Ég-lise, et qu'elle est par conséquent capable d'erttfef dans le édmmenie d'amour récipjroquë ftVec Dieu que ndUs dénommons la Mystique.
La Bible, là où son texte n'a pas été vicié pat Voie de mutilation ou d'irttetpolationj (comme elle est toUjOUrs ta vt^t parole de DleU, même eritre des maltls hérétiques,) rtide Urt grand nombre de bonnes âmes dont l'hérésie éSt bien plUs
matérielle que formelle, à obtenir certains aperçus de ia vie mystique, à s'en approcher de très prèsj voire même à commencer à en vivre ; lorsqu'ils ne lisent pas le texte sacré dans un esprit de contention et d'emportement fanatique, mais dans un esprit de prière et d'humilité, avec le désir sincère de chercher Dieu et de le trouver.
Il faut convenir toutefois que ces bonnes âmes se trouvent dans des conditions bien défavorables, de ce fait qu'elles sont livrées pour l'interprétation des Écritures à leur sens propre. Elles sont en grand danger, comme le signale saint Pierre dans sa deuxième Epître (ch. m, v. i6), de faire servir le texte sacré à leur propre perte, en l'employant à justifier les erreurs les plus grossières de leur esprit propre. L'évolution historique du Protestantisme n'a que trop démontré la grandeur de ce péril.
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Une autre condition terriblement désavantageuse ou se trouvent les hérétiques, c'est que, alors même, qu'ils ont la réalité du Baptême, ils se trouvent cependant privés des sacrements de Confirmation, d'Eucharistie, de Pénitence et d'Extrème-Onction, dont les trois premiers sont de si puissants moyens pour aider à la vie mystique. Le Schisme Grec et autres Églises Orientales, qui n'ont pas rompu la chaîne des ordinations valides de leurs évêques et de leurs prêtres, se trouvent, k ce point de vue, dans une situation bien préférable.
De tout ceci il doit ressortir combien grandement favorisés sont les catholiques, puisqu'ils sont les vrais enfants de la foi, vrais fils de la lumière, en pleine participation de tous les trésors de grâce qui se trouvent dans l'Église. Qu'il nous est donc aisé d'être mystiques si nous le désirons, comme, en vérité, c'est notrede-
vQJr 1 De quelle confusion ne serons-nous pas couverts si, au jour du jugement, nous sommes rejetés par notre faute, alors que de pauvres sauvages Qu des hérétiques, confrontée par les problèmes les plus embarrassants, au milieu des circonstances les plus défavorables, auront réussi à rencontrer Dieu et à vivre ayee Lui la vie d'amour. Quelle terrible condairmation, quoique d'une justice surévidente, si les enfants du Royaume méritent d'être jetés dehors, alors que ces étrangers viendront des quatre coins du monde, s'asseoir en paradis à la table du banquet divin avec Abraham et J^aac et Jaeo}} et tous les Saints !
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