‹ Miracles de Nostre Dame par personnages (volume 4)Chapitre 12 sur 16 · TV M · texte numérisé non relu

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Si tost conme elle vous verra, Si que, s^il vous plaist, vous vearez i6i5 Jusqu^a son lit et la verrez.

Et je tien et si ne doubt mie Qu^elle ne soit tantost garie Scelle vous voit.

BLANCHEPLOUm

Pour Dieu vous pri c^om m*y convoit; 1620 Car je vous ày certainement

Le cuer pour lui trop malement Me deult, ne n^aray bien ne joie Jusques a tant que je la voie Enmy le vis.

Le ROY ï2g a

1625 Dame, soit a vostre devis.

Tout en Teure vous i menray.

Alons : veoir la vous feray En brief termine.

La serve Ha t treschiére dame et royne, i63o Honneur et leesse vous croisse..

Mis nous avez en grant angoisse Certainement.

Blanchbflour Pour quoy, Maliste, ne conment?

C'est une parole couverte.

i635 Pour Dieu, dites moy que fait Berthe

Tost sanz demeure.

La serve Dame, sachez dès ycelle heure C^om lui dist que veniez deçà.

Son cuer tellement s^esdreça 164') En joie et prist si grant délit

C^onques puis ne leva du lit»

Ainsa moult de divers propos. -

XXXI BBRTHE 311

Un po est entrée en repot.

Si vous plaist, vous Vi laisserez,

Jusqu^a ja que vous revenrez, 1645

Que dormy ait.

Blanchbflour Maliste, m^amie, il me plaist.

E ! Dieux, corn fay le cuer dolent 1 Certes, de rire n^ay talent.

Un petit en sus me trairay, i65o

Mais pour certain n^en partiray Pour gaing qui m*aviengne ne perte S'aray baisié ma fille Berthe

Ënmy la bouche.

' Lb roy Dame, se le mal qui la touche i655

Vous fait mal, si que le portez, Pour Dieu que vous en déportez:

N^ara que bien.

BuUfCHEFLOlIR

12g b Non, se Dieu plaist, ainsi le tien.

Sire, bien m^én deporteroye 1 660

S^envers vous tant faire pouoie Qu^il vous plust a moy Tun donner De voz filz que puisse enmener En Hongrie, quant m^en iray ; Car ainsi Penconvenançay i665

A Floires mon seigneur le roy Qu'un en menroye avecques moy.

Se je pouoie nullement.

Nous le garderons chiérement Com nostre filz et nostre affin, 1670

Et si le ferons en la fin Roy de Hongrie.

Lb roy Ma dame^ et je le vous ottrie, Mais que bonne chiére faciet

212 M!ltACLB DE XXII

1675 Et que vostre cuer esleessiez

Par amour, dame, Blancheflour Filz, je ne puis, si ait Dieux m^ame, Ja soit ce que grant peine y mette.

Je vous pri, s'il ne vous dehaitte, 1680 Que n^aiez de moy nul soussy

Et que partez trestouz de cy.

Or faites brief.

Le ROY Riens que conmandez ne m'^est grief.

Sus, partons de cy touz ensemble :

i685 Puis que bon a ma dame semble,

Nous en yrons.

Aliste Mère, ne scé que nous ferons.

Le cuer me tremble de paour Que cy ne viengne Blancheflour.

1690 Scelle y vient, tost m'avisera,

Et honnir du corps me fera, Je n^en doubt mie.

La serve Souffrez vous, ma fille et m^amie, Et ne vous movez de ce point, 1695 Que cy ne venra elle point i^p c

Tant que g'y soye.

Aliste Certainement je loeraie Que nous nous appareillessions Et que nous loing en foissions, 1 700 Et menons avec nous Thibêrt ;

Il est assez fort et appert; 11 conduira nostre trésor Qu'emporterons d'argent et d'or; S'alons en une estrange ville

XXXI BERTHB 21 3

Ou en Calabre ou en Sezille 1705

Ou en Chippre ou en Surie Ou en la terre d^Ermenie;

Voir, je le lo.

La sbrtb • Belle fille, souffrez vous. Ho! «

De Blancheflour bien cheviray. 17 10

Par mes paroles tant feray, Se je puiSf qu^elle s^en yra Sanz ce que ja ne vous verra

Enmy la face.

Blancheflour Qu'est ce cy ? ne sçay conment face. 1715 Ne puis a ma fille parler, Ne jusques a son lit aier. Je vueil prendre le frain aus denSi Et si me bouteray dedens, Par la foy que doy saint Lembert, 1720

Laissiez m'aler, laissiez, Thibert,

Veoir ma fille.

Thibert Dame, sachiez c'om Fassemille. * Pour Dieu, attendez un petit Tant que soit couchée en son lit 1725

Et ordenée.

Blancheflour Et dya! c'est a la.symagrée, Vueillez ou nom, g'y enterray Tout maintenant, et la verray,

Car il me plaist. 1780

12g d La serve

Pour Dieu, dame, sanz faire plait^ Vueillez vous un petit retraire.

Le parler lui est tant contraire

2 14 MIRACLE DE IXVl

Conme menreille.

Blanchefloue 1/35 Je saray scelle dort ou veiUe,

Puis que je suis cy vraiement.

Et! qu^est ce la? Fille, conment Vous sentez tous?

Alistb Feiblementf Toir. Bien veignêe vous, 1 740 Ma tresdoulce et ma chiére mère.

Pour DieUy que fait Floires mon père ?

II me poise moult, ce scet Dieux, Que festoier ne vous puis mieux Ne conjoir.

Blancheflour 1745 . Fille, ne me puis esjoir

Qu^estes si de mal occupée Et si ceste chambre estoupée Qu^il n'est nul, tant bien vous sceust Regarder, qui vous congneust.

1 750 Que veult ce dire?

Aliste Dame, la clarté plus m'empire.

Ce dient les phisiciens, Que ne feroit les anciens, Et le parler m^est trop contraire.

1755 Plaise vous un petit retraire,

Dame: que Dieu honneur vous croisse.

Tourner me fault, tant sanz d'angoisse En ce costé.

Blancheflour Ostez, ostez ! En vérité 1760 Ce n'est pas cy ma fille Berthe

Qui me fait chiére si desperte ; Car se demie morte fiist Et si prés de lui me sceust.

Son mal point tant ne ii pcsast,

XXXI BERTHE 31 b

Que ne m'acolast et baisast. s 76 5

i3o a Mais en Teure mieulx le saray :

Ces custodes toutes trairay

Certes arriére.

La serve Et ! pour Dieu, mercy, dame chiére!

De ce que faites avez tort. 1770

Vostre fille mettez^ a mort,

Je vous dy bien.

Blancheflour Vielle, pour toy n^en feray rien :

Suelfre toy par maie aventure.

Egar ! ' voiz, ceste couverture 1775

Aray toute, qui qu'en soit liez.

E! Dieux, ce ne sont pas les piez Cy de Berche, bien les.cognois; Plus grans estoient quatre dois.

Ha ! bonnes gens, je suis trahie ! 1 780

Certes ne m^eschaperas mie, Serve, desloial tricheresse.

Aussi que m^as mis a tristesse

Je t'y mettray.

AUSTB

El Dieux, bonnes gens, que feray? 1785 Ostez moy des mains ceste femme Qui cy me fait si grant diffame Com peut sanz doubte.

La damoisbllb Mon chier seigneur, nVrestez goûte :

Venez la ou ma dame gist. 1790

Onques mais tel noise bom n4 fist Conme il y a.

RoY Pépin Non, dya? Suivez moy. Qu^estce la?

Ma dame, qui vous a meffait ?

2|S MIRACLB DE JUXI

PuBMint GHXVALIBR FRANCO»

Mon chier seigneuTi |e voui diimy.

Mon conseil est avant tout eutre Que ceste femme nous descucTre 1860 Ou par amour ou par gehine

Conment de Berthe U royne Il est aie.

Lb ROY

Cest sagement et bien parlé.

Avant, vielle, nel reniez :

i865 II fault que le voir nous diez

Plainement sanz toy faire force;

Ou s^il convient que len t^efforce,

Uen t^eSorcera tellement

Que n'aras membre vraiement 1 870 Qui ne s^en dueiUe.

La sbrvb

Franc roy, mercy. Vueille ou ne vueille,

Je voy bien que me fault voir dire.

Or entendez. A ce jour, sire,

Proprement que Berthe espousastes 1875 Et qu^en la chambre la laissastes, i3o d

Je li dis et fis mencion

Qu^aviez telle complexion .

Qu^avecques femme ne gisiés

Que son corps n^en fut mesaisiés 1 880 Jusqu^a la mort aucune fois.

Et que pour lui mettroie ainçois

Ma fille avecques vous jesir.

Mais que ce fust par son plaisir, •

Que ce que la peine endurast 1885 Qui du corps ainsi la grevast.

Et que veolr trop miex amoie

La mort ma fille que la soie.

Adonc Berthe ne detria;

De paour qu^elle ot me pria

220 MIRACLE DE IIXI

Le ROY PSPIN

Sa, Thibert, ça, Dieu vous maudic !

Dy nous que de Berthe feis 1 925 Et conment a mort la meis

Et en quel lieu.

Thibert

Mercy, franc roy, roercy, pour Dieu!

Elle ne fu pas a mort mise,

Si vous diray par quelle guyse :

1 930 Quant en la forest du Mans fusmcs

Et la mettre a mort la deusmes,

Je sachay pour lui le chief fendre;

Mais Morant la me vintdeffendre

Et jura, se je la feroie, 1935 Que le premier occis seroie,

Pour ce qu'il la vit doulce et belle

Et pour la pitié quUl ot d'elle.

Les autres deux point ne s'esmurent,

Mais avec Morant d*accort furent, 1 940 Et contre terre me jettérent,

Et lors Berthe aler en laissèrent.

Après convint que leur jurasse

Que jamais de ce ne parlasse ;

Puis fumes d'acort, ce me semble, 1 945 Qu'un cuer prendrions touz quatre ensemble

De pourcel, dont présent ferions

A Maliste, et si lui dirions

Que ce seroit le cuer de Berthe.

Certes je vous ay descouverte 1950 Vérité pure.

L^escujer

Maliste est, sire, en chartre dure,

Je vous promet. i3i b

Roy Pépin

Bien. Ce traistre aussi m y met

D'autre, part. M'as tu entendu ?

BERTKB

Traîné au gibet et pendu

rgSS '

Sera demain,

L'escuier

, Thibert, je met en vous la main.

Or sus, cy plus ne demourez;

Passez : en prison en venrez

Ou vous menray.

Thibbrt

Pour Dieu, mon chier ami, g'iray

Ou vous plaira.

Roy Pepiîj

Ore vezcy qui nous dira

Chose qui ne me plaira mie.

Voir, je la hé conme enneirie

A grani merveille.

Alists

Franc roy, mercy ! De moy vous vue

ile

Souvenir en miséricorde,

Qui par pitié a vous m'acorde

Aucunement.

Le roy Pépin

Je n'en feray riens vrayement :

Trop as mespris.

Pbeuifir chevalier

Sire, afin que de riens repris

^ft

Ne soiez, mais pour recouvrer

^Hi

Honneur, pensez ycy d'ouvrer

Par bon conseil.

Le roy Pépin

Seigneurs, ainsi faire le vueil.

Pourquoy le dites?

Premier chevalieh

es.

Vczcy pour quoy : esirc en vueil qui

Un roy se doit trop plus garder

Depechier, a bien regarder.

Qu-une autre personne ne fait.

Soit en parler ou soit en l'ait ;

El ce poini que j'ay cy touchié,

ic l'cQtens de moriel pechié.

Or vien j'a mon propos, chier sire.

De cesie dame vous vueil dire :

Puis quenfans d'elle eu ave»,

A mon mettre ne la devez,

lâ

Mais la devez mettre a délivre,

El de biens aussi pour son vivre

Et pour ses enfans gouverner

Estes lenuz de lui donner.

Et c'est de droit.

Dkukiesiig chevalier

C'est voir, et si dy cy endroit Que jamais, ce devez savoir, Ne pouez compagnie avoir Avecques elle chamelmeni, Que vous ne péchez mortelmem ;

Et les enfans qui en venront

Bastars et avoultres seront,

A brief parler.

Lk rov

Seigneurs, je ne voeil point aler

Contre raison par nul endroit.

Puis qu'ainsi est que je n'ay droit

De la faire a mon justicier

Et qu'aussi me convient laîssier

Sa compagnie charnelment

Se pécher ne vueil, vraiemeni

^^^^^^^1 aoio

G'y renonce pour louz jours mais, Qu'avet 11 ne gerray jamais N'dle avec moy, soit en certaine.

Si com voulra si se demaine Et face bonne.

Aliste

Plaise vous a moy faire nonne, Ce vous requier, sire, pour Dieu, A Montmartre; aussi est ce lieu

JtXXl BEHTHE

Fondé pour femmes.

Premier chevalier

Il y a de moult vaillans dames

El honnestes et charitables;

20 ao

Puis qu'elle les a agréables,

Mettez l'i. sire-

j3i d Le ROY

Ne vueil pas que de moy empire;

Puis qu'elle a fin de nonnain estre,

Je n'y pense nul débat metlre,

Mais a Montmartre la menez.

Dites a l'abbesse : « Tenez.

Dame, ceste femme qu'amain.

Le roy veult qu'elle soit nonnain

De vostre église, n

^H Deuxiesub chevalier

^H Mon .:hier seigneur, tout en la guise

^H Que le me dites le feray :

^H Vostre message bien diray.

^M Dame, alons y.

^H Le roy

^H OsTez moy ces enfans de cy.

^H Escuier; iratez les arriére,

^H Et si les menez la darriére.

^H Que ne les voie.

^H L'escuier

^H D'eulx vous vuîderay tost la voie.

^H Sire; ne vous courroucez pas.

^H Sus, enfans, venez ent bon pas

^P Avecques moy.

^K Hbudrv

^^1 Voulentiers. Venez eni, Reinfroy,

^^k Aveques nous.

■ Blanckkflour

^^1 Hay! Berihe, mon enfant doulx,

^H Vostre mort chiérement conipére.

2 24 MIRACLE DE SZXl

Que pourray dire a vostre père.

Quant de vous me demandera ?

Certes le cuer li partira ao5o De dueil, quant ii feray savoir

De ceste besongne le voir, Je n^en doubt mie.

Roy Pépin

Ma treschiére dame et amie,

Se douleur avez, aussi ay je.

2055 Dites moy, dites, que feray je?

J^ay matière, vous le savez,

De faire dueil plus que n^avez.

Et clèrement je le vous preuve : i32 a

Sanz compaigne demourray veuve, 2060 Que jamais n^en puis point avoir.

Quant de Berthe ne scè le voir,

Scelle est morte ou scelle est vivant ;

Ce mMert moult grief d^or en avant.

Si faudra il que je m^en passe, 2o65 Vueille ou non, dont se dueil s'enlasse

En vous, ne soit oultre mesure.

Je sçay bien qu^il fauit que nature

S^aquite, mais aiez cuer fort.

Car il n^est si biau reconfort 2070 Con de son dueil laissier aler.

Puis c^on ne le peut amender, Vous le savez.

Blanchbflour

Je sçay bien que voir dit m^avcz;

Et puis qu^ainsi est, sire dous, 2075 Je pren yci congiè de vous.

Retourner m^en vueii en Hongrie;

Ne m'est mestier que plus detrie.

Liée en party, mais je seray

Dolente quant gV enterray.

2080 A Dieu, chier sire 1

BERTHE 2^5

Dame, je ne vous say que dire:

Vostre départie me grîéve Tant qu^avis m'est le cuer me crève Certainement.

Blamcheflour 11 ne se peut faire autrement. 2o85

En plorant, sire, a Dieu vous dy!

Avant, seigneurs, partons d'icy :

N'y vueîl plus estre.

Deuxiesmb chevalier Alons. Que Dieu, le roy celestre, Touz nous conduie a sauveté 2090

Par son infinie bonté Et par sa grâce.

Premier chevalier de Hongrie Chicr sire, a Dieu, qui lié vous face I i32 b Seigneurs, et vousl

Premier chevalier francois A Dieu, ma dame! a Dieu, trestouz 2095 Quanque vous estes !

DeUXIESME chevalier FRANÇOIS

Sire, se vous que sage faites Et pour vostre dueil oublier, Je vous conseil a marier Le plus briefment que vous pourrez, 2 1 00 Et je tieng que grant sens ferez De Painsi faire.

Le roy Sur quanque vous pouez meffaire Gardez ne m'en tenez raison, Et vezcy pour quelle achoison : 2io5

Deux femmes ay eu, c'est voir ; De la première enfans avoir Ne poy onques; de la seconde N'ay point eu joie en ce monde,

aaÔ MIRACLE DE XUI

2 1 10 Car par traison Pay perdue,

Dont j'ay la pensée esperdue Et moult souvent triste et dolente, Si qu'a plain ce n^est pas m^entente Que j'aie plus femme jamais 2 1 1 5 Par nom de mariage ; mais

Aprestez vous, je vous conmans; AJer vueil au pais du Mans :

Pieça n'y fui.

Deuxiesme chevalier Chier sire, sachez tout prest sui :

2 1 20 Y a recréant ne me verrez

Dealer partout ou vous irez Tresvoulentiers.

Roy Pépin Nous irons premier a Angers, Car g'y ay bien a besoignier.

2125 Sus, trestouz, sanz plus eslongnier,

Paris laissons.

Premier sergent d'armes Par cy, sire, nous adressons ; Vezcy la voie.

Premier cheval ikr i32 c

De le dire en pensé avoie.

-3t 1 3o Avant : chemine.

Blancheflour Il ne fault pas que je devine :

Je voy bien qu'en Hongrie sommes.

Mon seigneur voy la et ses hommes, Que ne vy mais puis grant saison. 21 35 Saluer le vois, c'est raison.

Mon chier seigneur, se le puis dire, De courrons vous gan Dieux et d*ire Par son plaisir.

XXXi BERTHE 22?

Floires Dame, j avoie grant desir De veoir ceste revenue. 2140

Conment vous estes vous tenue

En France tant?

Blancheflodr Ha ! roy, n^avez mais nul enfant

Qui soit en vie.

RoY Floires Ma chiére compaigne et amie, 2145

Qu^est ce que dites?

Blancheflodr Certes Bertlie, sire, perdites, Quant en France Ten envoiastes Par les serves que li baillastes Et Tbibert en sa compagnie. 2 1 5o

Traye l'ont et engignic

Trop faucement.

Floires Pour Dieu merci, dame, conment?

Est Berthe morte?

Blancheflour Oil voir, qui me desconforte 21 55

Et me fait tant doleur au cuer Que ne le puis dire a nul feur.

La vielle ei^a, sire, esté arse Pour ce que sa fille la garse En lieu de Berthe ou lit coucha 2160

Du roy le jour qu^il l'espousa; i32 d Car telles choses li contèrent Du roy que si Pespoventérent Qu^avecques lui n^osa jesir.

Mais d*Aliste fist son plaisir ; 2 1 65

Et puis a Berthe Tendemain Bailla un coustel en sa main Dont s^estoit jusqu'au sanc férue ;

IIU

Ns ie cf ûh neas ne saToit.

«Mi

BâTihe roor esxre a mon

Desq:2e2x ni le auissre Thibeit; 1:77 ^ Il «iK ii''C!at 00 désert

De II fj?cs c'on dh do Maine.

La K pris:, c est chose certaine,

Prcnser a s'cspêe sachier

ThiScr: paar li le chief trancfaier; 2 :K} Mais les antres, qnant il la Tirent,

De piûé pxs ne li souffrirent.

Aies îeîréreatThibert a terre.

Et Benhe s'en for bonne erre.

Maïs 03 ne scet qu'elle derint 1 iSS Ne conxnent depuis li arint.

Et ce ti:t recognut Thibert

Et la Tîelle aussi en appert.

Et ^ dii que cette semille

Compassa, aâa que sa fille 2 19Ù Demourast revue de France ;

Et coament est a coognoissance

Ce fait Tenu, mon chier seigneur^

Autre foiz a loisir gteigneur Vous conteraj.

Rot Floires 2195 Dame, point ne demandeniy

Ou est Heudry que m'^amenez.

Puis qu^il n'^est pas de Berthe nez.

Je n^en vueil point.

BLANCHEFLOini

La mère est venue a ce point 2200 Qu^elie est devenue nonnain.

Ne feusscnt les (ilz, pour certain i33

Elle eust souffert mon si a mère

KXXI BERTHE 229

Con Teust arse avec sa mére,

Je vous promet.

Floires Ores, dame, puis qu^ainsi est, 22o3

En plorant dy : loez soit Dieux !

Si me poise que je n^oy mieux,

Ne Pen desplaise.

Blamcheflour J'ay porté angoisse et mesaise Assez, par la vierge Marie. 2210

Sire, ne la me croissez mie ;

Plourer vous voy.

Floires Dame, seez vous delez moy.

Sachez je ne m'en puis tenir, Tant ay Berthe en mon souvenir. 221 5

Laissiez ester.

Le ROY Pépin Biaux seigneurs, veuillez m'escouter.

Cerchié avons assez le Maine :

Puis que d^ Anjou sui ou domaine, En la forest me vueil esbatre 2220

Un jour ou deux ou trois ou quatre

Et y chacier.

Premier chevalier N^avons talent de vous laissier.

Sire; dites nous : quant sera ce Que vous conmancerez la chace 2225

En la bonne heure?

Le ROY Alez vous monter sanz demeure, Et m'amenez la un courcier; En Peure nous irons lancier,

Se suis monté. 223o

23o MIRACLE DE XXJQ

Deuziesme chevalier Le courcier est tout apresté :

Venez monter.

Le ROY Alons : j'ay grant fain sanz doubter

D'avoir Tesbat. i33 h

Constance 2235 SuS| toutes trois, sus sanz débat.

Tandis que nous sommes sanz presse, Alons men savoir s^orrons messe Toutes ensemble.

Ysabel Mère, bien dites, ce me semble .

2240 Ma suer et moy irons devant ;

Dame, et vous nous venrés suiant.

Si fera Berthe.

Constance C'est voir; la chappelle est ouverte ; Entrons toutes quatre dedans.

2245 Or sa, a genouz ou adens

Cy nous mettons.

AiGLANTE

Ma suer, noz surcoz estandons Cy devant nous.

Berthe En cest anglet cy a genouz 225o Seule veuil estre.

Le ROY Seigtieurs, a chemin nous fault mettre.

Puis que dessus noz chevalx sommes.

Maintenez vous con gentilz hommes En chevauchant.

Dbuxiesme chevalier 2255 Corner vueil, sire, en lieu de chant.

XXXl BERTHE 23 1

Puis qu^a Tentrée du bois sui.

Je n'oy si grant joye meshuy Cenainement.

Constance Mes filles, sus, venez vous ent :

J'ay oy corner en ce bois, 2260

Que ne fis plus a de dix mois.

Je ne scé se ce sont veneurs Ou se ce sont de gens robeurs.

Partons de cy.

YSABEL

Cest bien a faire, car aussi 2265

i33 c Ne sont il pas de nous moult loing ; Si devons avoir plus grant soing De nous garder.

AiGLANTAINE

Suivez moy, suivez sanz tarder;

G^iray bon pas. 2270

Le ROY Pépin Avant, seigneurs, n^arrestons pas.

Un grant cerf voy la, ce me semble ; Alons l'assaillir touz ensemble.

Avant : cornez.

Premier chevaubr Il nous faulsist estre ordenez. 2275

Alons men nous deux par deçà, Tandis que le roy va par la

Pour le chacier.

DeUXlESME CHEVAURR

Alons, et pour nous adrescier Encontre le cerf s^il s'enfuit ; 2280

Car de sa nature il est duit Trop bien du faire.

232 MIRACLE DE XXIt;

Berthk D^estre plus cy pourray meffaire, Puis que s^en va ma compagnie.

3285 Egar ! conment m^ont il laissie?

Mes heures ay clos, je m^ea vois Je n^y pense a venir du mois Sanz aucune ame.

Le roy

Egarl ne voy homme ne femme 3390 Entour moy, dont j^ay grant ennuy

Qu'est ce cy? Esgaré me suy.

De chacier ay trop diligent

Esté, quant j*ay perdu mes gens.

J'ày trop coru après ma proye; 339b Et fain de mengier si m^asproie

Et de boire. Se je sceusse

Quelle part trouver en peusse,

Voulentiers celle part alasse

Et le chacier un po laissasse ; 33oo Mais ne sçay quel chemin tenir.

Une femme voy la venir :

A rencontre de li yray, i33 d

Adresse ii demanderay

De trouver ville quelque part, 2 3o3 Damoiselle, se Dieu vous gart,

Enseignez moy par quel chemin

G^ray pour trouver pain ne vin Plus tost, m^amie.

Bbrthe

Biau sire, Dieu vous beneie.

33 10 Alez yci près : trouverez

Hostel ou bien venu serez

Et de vous servir diligens.

Certes, ce sont tresbonnes gens Courtois et doulz.

XXXI BBRTHE 233

Roy Pkpin Bêle, dites : ou alez vous? a3i5

N^aiez nulle doubte de moy.

Maistre suis de Postel du roy.

J^ay tant après un cerf coru Que ma compagnie ay perdu ; Ne finay dès la matinée. 2320

Dites moy : et estes vous née

De ce pais?

Oil. Ne soiez esbais :

Ce fu, se Dieu plaist, de bonne eure.

Avec un mien oncle demeure, 2325

Simon, un moult riche bourgois, Q.ui demeure icy en ce bois

Par vérité.

Roy Pépin Bêle, faites ma voulenté :

Se voulez devenir m'amie, 23 3o

Sachez je ne vous faudray mie; Ou pais vous menray de France, Et si vous di bien sanz doubtance Je vous y asserray grant rente, Ne joiel qui vous atalente 2335

N*y verrez, pour quoy soit a vendre, Que vous ne Paiez sanz attendre

En vostre bail.

Berthe i34a Sire, tout ce ne prise un ail :

Ne m^en parlez plus, par vostre ame. 2340 Je ne suis mie telle femme;

Laissiez m^ester.

Roy Pépin Belle, sanz vous espovanter, Soiez m^amie, je vous pri, Et sanz faire plus long detry 2845

334 MIRACLE DE ISJD

Acolez moy.

Bbrthb Sire, déportez vous ; bien voy Que me faites trop demourer :

Mon oncle doit tantost disner 23 5o Pour aler au Mans vers le roy.

Ne me faites point de desroy, Pour Dieu mercy.

Le roy Cest nient; ne partirez de cy, Doulce amie, sachiez de voir, 2335 S^aray de vous fait mon vouloir

Tout plainement.

Bbrthe Sire, je vous pri humblement En plorant tendrement des yeux, Pour si hault homme conme est Diex, 236o Que ne me faciez tel oultrage

Que vous m'ostez mon pucelage.

Ains que vous me faciez annui, Sire, vous diray qui je sui :

Le roy de Hongrie est mon père, 2365 Blancheflour sa femme est ma mère.

Par droit sui royne de France; Pépin m'espousa sanz doubtance Une foiz, de voir vous enorte; S^ameroie miex estre morte 2370 Que ce que me fust reprouvé

Qu^en moy fust tel meffait trouvé.

Pour ce de par Dieu vous deffens Ne me faciez cy tel offens Ne si honteux.

Le roy 2375 Belle, or n^aiez le cuer doubteus, 134 b

Que plus ne vous en requerray, Mais sauvement vous conduiray

XXXI BEltTHE 235

A vostre hostel, et en alant Yrons d'autre chose parlant, Et me direz, sMl vous agrée, 338o

Conment de Pepîn dessevrée Fustes, quant il onques ne jut Avecques vous, si conme il dut ; Car vous m'avez raconté, belle, Que vous estes encore pucelle : 2385

Conment peut c'estre?

Berthb

Vous vous pouez assez hors mettre

De savoir ceste chose, sire,

Et sy n'ay pas temps de le dire,

Qu*a Tostel sommes, autant vault. 23go

Vezcy noz gens : taire nous fault Jusques a pièce.

Simon Et dont venez vous, belle nyéce?

Mis nous avez en grant tristesce.

J'amasse miex que des mors messe 2395 N'eussiez oie.

Le ROY A toute ceste compagnie Doint Dieu bon jour.

Constance

Sire, et il vous ottroit s'amour

Et gart d'annuy. 2400

Le ROY Je vous fas savoir que je sui Maistre d'ostel au roy Pépin, Çt si sui bien près son cousinr.

Mais or laissons cecy aler.

Un po vueil, sire, a vous parler 2405

Secrètement.

Simon Et je a vous, sire. Alons ment :

Traions nous ça.

Le ROY Sire, celle pucelle la, / J^ c

2410 Qui est et gracieuse et belle,

Me dites le voir, qui est elle ?

Je vous en pri.

Simon Dame, venez ça sanz detri :

Bien y pouez.

Constance 2415 Je vois, sire; que me voulez

Entre vous deux?

Le ROY Ce que cy dirons soit conseulx.

Dites moy de celle pucelle Qu^ay ramenée, qui est elle, 2420 Se Dieu vous gart ?

Constance C^est une enfant de bonne part :

Nostre niepce est, en vérité ; Et sachez que pour sa bonté Je Tains autant conme ma fille.

2425 En tout bien touz jours se semille.

Long temps a qu^avocques nous maint.

Mais de vous malement se plaint Et dit, n'y vault riens le celer, Que maugré sien depuceller 2430 La vouliés en ce bois oraîns.

Mais, par saint Nycaise de Reins, Se ne fust pour Tonneur du roy, Chier comparessiez ce desroy Et la paour qu^elle a eue; 2435 Car je croy que dessoubz la nue

N'ait plus sainte femme de li.

Dieux est s'amour; Dieux est celi

Qui est sa gloire.

Le ROY Scelle m'a dit parole voire, Certes bien serez eurée 2440

De ce que l'avez hostellée.

Elle m^a dit que sanz doubtance Elle est la femme au roy de France.

Se c'est voir, ne le celez mie, i34 d Car vous en pourriez villenie 2445

Avoir et honte.

Simon Je vous diray, sire, a brief conte, Puis que tant vous a divisé.

Ce dont je puis estre avisé.

Il a bien neuf ans et demy 2460

Que je m'aloie esbatre enmy Ce bois, par une matinée.

La la trouvay toute esgarée, .Morant de fain, de froit tremblant.

Si que, selon le mien semblant, 245 5

En celui jour morte jeust, Qui eschaufée ne Teust.

Et après, quant fu repassée, Luy demanday dont estoit née :

Elle me respondi bonne erre 2460

D'Aussoy estoit, mais pour la guerre Qui y estoit s'estoit partie.

Depuis l'avons, sire, norrie.

Et l'avons touz jours appellée Nostre niepce, afin que doubtée , 2465

De touz fust plus de li meffaire.

Tant vous di je de son affaire Qu'en ce pais n'a, par ceste ame, De lui nulle plus preude femme.

Si com je croy. 247^

238 MIRACLE DE UH

Constance .

Sire, pour ce qu'estes au roy Je vous voy ceens voulentiers, Et si vous dy bien, sire cbiers^ Que le cuer m'a moult esjoy 2475 De ce que j'ay de vous oy,

Ja soit ce que pas ne le croy.

Et pour c^en suis en grant effroy.

Si vous diray que vous ferez :

La derrière vous mucerez, 2480 Et nous deux cy rappellerons

Et de cecy lui parlerons Ycy dehors.

Le roy Dame, c'est bien dit, je Taccors. * i35 a

Pensez de la chose adressier 2485 Tantdis que je m'iray mucier

Ileuc derrière.

Constance Berthe, venez, m'amie chiére, Parler a nous.

Bbrthe Voulentiers, dame; que plaist vous?

2490 Egar I qu'est devenu celui

Qui orains me fist tant d'annuy Quant revenoie ? Simon Belle nièce, il s'en va sa voie.

Mais nouvelles nous a conté 2495 Dont j'ay grant joie en vérité :

Il dit qu'a Pépin estes femme ; Et je me merveil moult, par m^ame.

Que le m'avez si longuement Celé, que trop plus richement 2 5 00 Et plus noble estât eussiez

Et plus honnorée feussiez

K%X\ X BERTHE 23g

Qu'esté n'avez Berthe Certes, doulx Dieu, savoir devez S'ainsi feust que loyne feusse Que pieça dit le vous eusse; 25o5

Mais ainsi li ay fait entendre Pour ytant qu'autrement deffendre Ne me sa voie de lui lors, Et certes je croy que du corps M'eust vergondé et honny, 25 lo

Quant ceste mençonge lui dy :

Je ne sçay q\^i m'y avoia Fors que Dieu, qui la m'envoia.

Voir est que j'avoie, chier sire, De Berthe pieça oy dire '25 1 5

Conment perdue sanz raison Avoit esté par trayson, Si m'en souvint.

Constance i35 b Belle niepce, bien vous en vint.

Alez faire aprester diner : 25 20

Maishuit est temps de desjuner.

Tantost iray.

Dame, voulentiers le feray.

Venez si tost qu'il vous plaira :

Vous trouverez que tout sera ' 2525

Prest pour seoir.

Simon Sire, or pouez vous bien veoir Que contraire est du tout son dit A ce que vous hous aviez dit.

N'en scé que dire. 253o

Constance Sanz doubte non fas je moy, sire.

Fors tant que trop foie seroit

Se ii'estoii elle et le celoit.

El Trop desvée.

Lu BOY

Ore, puis qu'elle le devéc.

Je m'en iray.

Simon

Sire, je vous convoicray.

Ou chemin vous metiray du Mans

Com ci] qui du lout voz conmans

Suï prest de faire.

Lb rov

A Dieu, ma dame débonnaire !

Vous soufferrez qu'il me convoie.

Qu'aussi ne say pas bien la voye

De cy au Mans.

Constance

A Dieu, chier sire, vous conmans. .

Il me plaist bien qu'avec vous voise :

Par lui serez sanz plaït ne noise

Bien adressiez.

Le rov

Symon, vous ne me congnoissez :

Je suis Pépin, le roy de France,

Quoy que de nul n'aye acoiniance

Cy que de vous. t35 e

SmoN

Mercy, pour Dieu, mon seigneur doulz.

E! las, pour quoy ne le savoie.

Quant en mon hostel vous tenoie?

Voir je vous eusse autrement |

Honnoré et plus grandement J

Que n'ay fait. ^^^H

Le roy ^^^I

11 m'a souffit ce qu'avez Tait. ^^^|

Mais ne puis mettre en obliancc H

Berthe, que j'ay par meschcance

Adirée si longuement;

Si me dit le cuer vraiement

C'est celle que nièce appeliez :

Gardez ce que je dy celez; 2565

Ne soit dit a personne née

Se n'est Constance la senée.

Mais j'ay trop grant melencolie

De ce qu'ele ainsi le me nie

Appertement. 2570

Simon

Sire, je doubte vraiement Que ce ne soit elle, au voir dire.

Mais quoy? quant je la trouvay, sire, Dedens le bois toute engelée , Toute lasse et toute affamée, 2575

Espoir qu^avoit voué a Dieu Que jamais ne venroit en lieu Ou elle deist que fust Berthe :

Pour c\ espoir, se tient si couverte ; Si vous dy bien, se voé Ta, 2 58o

Qu'a son pouoir le cèlera Toute sa vie.

Le roy

Vecy de mes gens compagnie.

Râlez vous ent, Simon, arriére.

Et tant com m'amour avez chiére 2585

Je vous pri que Berthe honnorez, Et je vous promet qu'en arez Bon guerredon.

i35 d Simon

Sire, ne vous en doubtez, non :

Tant en feray au paraler 25 90

Qu'en la fin en orrez parler.

A Dieu, chier sire !

MIRACLE DH

Premier caEVAUKB Sire, courrociez ei plains d'ire Enire nous forment estions

xïdn

De ce que perdu vous avions En ce boucage.

Lk boy Se ne fust ce preudomme sage Qui m'a ramené jusqucs cy, Je m'estoie esgaré aussi.

^^H 36uo

Alons men ; avis m'est, par m'ame.

Qu'il a une tresvaillani femme ; Ainsi le iteng.

Simon Ore Dieux y soît ; je revieng.

Voulez vous oir voir, Constance?

Je vous dy que le roy de France A cy esté.

Symon, dites vous vérité?

Est il ce qui de cy s'en va.

Qui Berthe seule oraîns trouva

Enmy te boys?

Simon Oil, dame, par sainte croys.

On ne H peut son cuer oster Que Bene ne soit sanz doubiei

^V 26vi

Celle q'une foiz espousa.

Combien qu'orains ta golosa.

Il la m'a conmandé garder Chiérement et plus honnorer Conques ne fu.

Constance E! loéssoit le roy Jliesu,

Quant sommes de telle puissance Qu'avons la royne de France

Tant hostellée.

i36 a SiMOK

Pour Dieu, que soit chose celée, Ma doulce amie.

Constance Si sera il, ne doubtez mie, 2625

Simon, moult bien.

Le ROY Entens moy, Godefroy, ça vicn :

Je vueîl que voises en Hongrie.

Garde que riens ne te detrie Jusques a tant que la seras. .26 3o

Geste lettre m'y porteras :

Au roy de par nàoy la présente, Et lui prie que sanz attente Il face ce que cy li mande.

Mais tout avant me reconmande 2635

Assez a lui et a sa femme Hlancheflour, ma treschiére dame.

Au revenir je te donrray Tant que riche homme te feray

Pour touz jours mais. 2640

Lescuier Sire, a Dieu ! ne fineray mais.

Puis que c'est vostre voulenté, Tant que li aie présenté.

Le cheminer point ne ressongne :

Par cy m*en voys droit en Bourgongne 2645

Et puis parmy le Daiphiné,

Puis que santé ma Diex donné;

Et pour mon droit chemin tenir

Me convient a Milan venir

Et de Milan droit a Venise; 265o

Celle voie ay je bien aprise,

XXXi VëMTUE 24^

Bien vegniez en aosire recet- Je verrav roulentiers qœ c'est. 2685

Dame, sachiez^ rtzcj nooTcUes, Dieu mercy, et bonces e£ belles.

Escoutez que dit ceste lettre :

« Je, Pepîo. me roiz entremettre De cbacier, sire, ce tous mans, - 2690

N^a pas gramment, es bois do Mans.

Après un cerf unt m'elcssaj Que mes gens perdv et laissaj.

Ainsi conme tout seul estoie.

Vint la par une estroite roîe 2693

Une gracieuse pucelle Qui s*en venoit d*nne chappelle.

Quant fu près de moy lui enqnis Dont elle estoit, puis lui requis Que compagnie a elle eusse ; 2700

i36 c Mais pour riens que dire scenssc Ne se voult a moy assentir ; Dont je, pour la faire matir, La voulz de fait lors efibrcier.

Lors la vi forment courroucier, 2705

Et en plourant me prist a dire :

« Gardez bien que vous ferez, sire ; « Ne me faites pas tel desroy.

« Femme suis a Pcpîn li roy, « Puis qu'il convient que je le die, 2710

« Et fiile au bon roy de Hongrie. »

Quant je ces paroles oy, Sachez le cuer m*esvanoy.

D^elle a tant prier me cessay.

Mais en un hostel la laissay 2715

En garde avecqucs bonnes gens.

Si vous pri pour Dieu diligens Vueiilez estre, au mains Tun de vous, De venir en France vers nous

2720 Pour lui certainement congnoistre

Et pour moy hors de doute mettre Se c^est ma femme. »

Blancheflour E! mère Dieu, tresdoulce dame, Quant nouvelle oy de mon enfant, 2725 Avis m'est que le cuer me fent

Tant de joie com de pitié.

Congié, sire, par amistié Me vueillez donner, et g*iray, Et vraiement je ne gerray 2730 Q'une nuit en quelconque ville

Tant que j*aie veu ma fille.

Le cuer si me dit que c'est elle, Puis que parole lui dit tele C'on nous escript.

Roy Floires 2735 Dame, se m'aist Jhesu Crist,

Je suis qui avec vous yray Et tout maintenant moveray. Seigneurs, cy plus ne vous tenez; Se m'amez, avec moy venez.

2740 Que dites vous?

Premier chevalier de Hokorie Tresvoulentiers, mon seigneur dous, i36 d

Quanque nous sommes.

Deuxiesme chevalier de Hongrie Voire, et fussion3 tel troys? cens d^ommes, Si irons nous.

Roy Floires 2745 Or venez donc après moy touz.

Vous deux, massiers, irez devant Et nous ferez voie. Or avant :

Pensez de vous a chemin mettre.

Et vous, mon chier ami et maistre, 2750 Je lo q'un po vous avanssiez

Et qu'au roy Pépin dire ailliez Que nous venons.

L^BSCUIER

Sire, voulentiers le ferons.

Je vois devant, ne vous desplaise.

Venez vous ent tout a vostre aise. 27^5

A Dieu, ma dame ! a Dieu, chier sire!

Mon chier seigneur, je vous vien dire Ne vient pas seul Floire le gent, Ains amaine foison de gent Qui sont d'estat et de valour, 2760

Et si amaine Blancheflour Aussi sa femme. Et sont il guères loin, par t'ame, Ou Hue ou deux?

L'escuier Se voulez aler encontre eulz, 2765

Ja si tost aus champs ne serez, Sire, que vous les trouverez Eulz et leur route.

Le roy Je vueil aler contre eulx sanz doubte.

Or sus, sanz nous cy plus tenir. 2770

Egardez ! La les voy venir :

Laissiez m^aler devant bonne erre.

Dieu vous doint ce que venez querre, Mon chier seigneur, trouver briefment.

Et a vous, ma dame, ensement. 2775

jjy a Conment vous est il a touz deux?

Dame, pour Dieu, laissiez voz deux :

Ne le faut point reconmancier.

Mais pensez de vous eslcessier

A ceste voie. 2780

MIRACLE DE ^^^^^^bSH

Rov Floibbs

Certes, c'est le miex que g'y voie.

Coiimeni vous est, Pcpin biau file?

Grant amour, de ce soïez fiz.

Cy nous amaine.

Roy Pépin

Puis que vous lien en mon dcmaine.

Jamais de moy ne partirez

Tant que bien festoie serez,

Ne vous, ma dame.

Blancheflour

Biau filz, je vous jur, par mon ame.

Je ne buray ne mengeray

Tant que celle veu aray

Qui Berthe est, si conmc il vous semble '

Menez nous y trestouz ensemble

Tresmaintenam.

Simon

Je vous avoie convenant

De venir a vous hui, cliier sire.

Ce qui vous plaira a moy dire

De cuer orray.

Le boy

Symon, a loy tost parleray. '

^■^ aSoo

Mon seigneur, n'aiez pas mal gré 1

S'a H parle un po en secré.

Simon, or voy, c'est chose apperie :

Cy endroit est le père Berlc

Et sa mère aussi Blancheflour.

Amis, sa*:hez que grant honnour

Te peut estrc de leur venue,

Se c'est leur tille qu'as tenue

En ion hostel.

Simon

L'en en a dit puis d'un puis d'el ;

Mais je tien, sire, vraiement

XXXt BERTHE 24g

Que c'est elle, et vezcy conment :

Quant Ten parle, couleur H mue, i3'j h Ne respont mot, ains devient mue

Et esbahie.

Le ROY Nous le sarons, n'en doublez mie, 281 5

Amis, a petit d'achoison.

Alons men sanz arrestoison Ou elle est ensemble trestouz.

Alez devant : conduisez nous,

Simon amis. 2820

Simon

Vez me la, sire, a voie mis, Puis que c'est vostre voulenté.

Dites moy, dites vérité.

Constance: ou est Benhe, m'amie?

Gardez bien ne la celez mie. 3825

Vezcy venir, c'est chose voire.

Le royde France et le roy Floire

Et la royne Blancheflour.

Faites la venir sanz demour *

Si qu'il la voient. 283o

Constance Je tieng qu'elle et noz filles soient La derrière ou el font besongne.

Appeller la vois sanz eslongne.

Sa, Berthe, sa!

Berthe Que vous plaist, dame? Je vois la. 2835

Ma treschiére dame, ma mère, Pour moy avez douleur amére Souffert grant pièce, bien le voy.

A voz piez cheoir je me doy

Et les baisier. 2840

2b0 MIRACLE DE X

Floires Or sus, sus ! pour nous apaisier Et pour acomplir mon désir.

Fille, vostre corps vueil saisir :

Acolez moy.

Berthr 2845 Treschîer père, faire le doy

Quant vous agrée.

B1.ANCHEFL0UR Sire, assez Tavez acolée :

Or m'en laissez aussy joir. i3

Mon cuer, ma joie, mon désir, 2850 M'amour, ma chiére fille Berthe,

De joie suis toute couverte Pour toy, nul ne m*en doit blâmer^ Mais de pitié m'as fait pasmer.

Qu'en puis je mais?

Le ROY 2835 Hé! Berthe, qui cuidast jamais

Que si longuement hostellée Vous fussiez cy ne tant celée, Sanz descouvrir vostre courage, Sanz dire a nul vostre lignage 2860 Ne que fussiez royne aussy ?

Ore, puis que il est ainsi Que je vous voy, loez soit Dieux!

Larmoier me faites des yex De pitié et de joie ensemble.

2863 Roy Pépin sui. Nous touz ensemble

A grant joie au Mans vous manrons.

La pour vous grant feste y ferons Huit jours entiers.

Berthe Chicr sire, g'iray voulentiers 2870 Conme vostre, quelle que soie.

Mais je ne vous recongnoissoie.

XXXt BERTHE 2 b I

Si ait Dieux m^ame. ^

Le ROY Non fesoie je vous Tautrier, dame^ Quant toute seule vous trouvay En ce bois. Avant sanz delay ! 2875

Aiez me tost faire venir, Sanz vous cy endroit plus tenir, Mes menesterelz qui joueront Devant nous et si nous menront, Faisant mestier, jusques au Mans. 2880

Faites tost ce que vous conmans.

Ou toy ou toy.

Premier sergent Ne vous mouvez, non; g'îray moy Et si revenray ens en Teure.

/ J7 d Je n'ay pas fait trop grant demeure. 2885

Vez les cy, sire.

Roy Pépin Or entendez que je vueil dire :

Juques au Mans nous convoirez Faisans mestier mieux que sarez, Pour nous touz rebaudir en joye, 2890

Quant Berthe que perdu avoie

Retrouvée ay.

Les menesterelz Nous le vous ferons sans delay, Sire, ainsi que le conmandez, Avant, seigneurs, plus n'atendezî 2895

Jouons ensemble.

Explicit le miracle de Berte.

Sen'cniois.

ouR touz amans mettre en joie a durer Assist Amours sept fleurs par courtoisie En un jardin glorieux, ou enter Voult sains Espirs un saint arbre de vie Que je treuve en Daniel figuré.

Par qui j'entens de Crist Tumanité; Fontaine avoit dont Tarbre prist croissance Ou jardin clos de sept tours par plaisance.

Que nommer peut qui cantiques entent La vierge en qui dcscendy la substance I r Qui est sans fin et sans conmancement.

Ainsi Amours, pour touz cuers doctriner, Mist ces sept flours de vertuz en Marie, Par lesquelles le filz Dieu voult entrer En ses sains flans sanz charnel compagnie, C est assavoir par vraie humilité, Atrempance, prudence et équité, Parfaite foy| de touz biens espérance, Et charité par qui Dieu prist naiscence, Qui fu norry du saint lait excellent Qui du jardin issi en habondance.

22 Loée en soit Amours parfaitement !

Dont doit amant qui est espris d^amer i38 a Servir Amour, c'est Dieu, qui par hachie Fist le saint sanc de son doulx fil couler En sept ruyssiaux pour humaine lignie.

Par picz, par mains, par chief, vis et costé Senti la mort ; lors fu Tarbre coupé

XXXI BERTHe 2b'i

Dont la terre trembla de grant pesance

Et le soleil noircy de desplaisance ;

Mais le jardin benoist et pacient

Demoura fort des sept tours sanz doubtance

Par bonne amour qui tout peut ctcomprent. 33

S'est eureux cil qui bien scet penser

Que quant Dieu voult par sa <^rant seignourie

Des saintes tours son saint jardin fermer

Première y mist sapience s'amie,

Entendement, conseil, force, pitié

Et science; tant fu beneuré

Qu'il y assist cremeur de sa puissance,

Dont puis li fist pour sa grant souffisance

En ame et corps de coron ne présent

Sur les sains cieulx quMl fist par ordenance,

Pour touz amans qui aiment loyaument. 44

Dame plaisant que je doy honnorer,

Servir, loer de toute m'estudie.

L'en irons doit bien jardin d'amours nommer,

Ou vint la flour dont parla Ysaye,

Clos virginal, qui par divin secré

L'arbre rendy de quoy nous sont donné

Sept sacremens de salut par créance ;

Et pour ces biens, royne de vaillance,

Fontaine dont toute grâce descent,

J'ay après Dieu en vous ferme fiance

D'avoir mercy par grâce entièrement. 55

Prince gentilz, servons sanz demourance Ce saint jardin de qui tout bien despent.

Et nous aurons au grant jour de vangence Des biens d'Amours tresplantureusement. 59

MIRACLE

DU

i' PERSONNAGES

OSANNE

Roy Thierry

La MéBB DU ROY BeTHIS, DAMOISBLLE

Renier, charbonnier

La charbonnière

NoiiTRE Dame

Dieu

Saint Jehan

Le premier ange

Michel, dbuxiesmb angb

I Alixandrb

I Rainfroy

I GOBIN

Le premier chevalier

Deuxiesmb chevalier i l'ostellier db jerusalem

t Dame Sbbillb, ostblliérb

i Le premier fil

Renier, deuxiesme fil

Troisiesme fil

GrOSSART, premier sergent D*ARMBa

LuBiN, premier veneur RiGAUT, deuxiesme sbrgbmt Deuxiesme veneur

^ Le MESSAGIBR

PtLLE AVAINE

Pierre le page, tabellion Le valet estrange

Cy conmence un miracle de Nosire Dame du roy Thierry, a qui sa mérejist entendant que Osanne, sa femme, avait eu trois chiens, et elle avoit eu trois fil:{, dont il la condampna a mort^ et ceulx qui la dorent pugnir la mirent en mer ; et depuis trouva le roy ses en/ans et sa femme. ^}9 ^

OSANNS

ON treschier seigneur, s^il vous plaist, Ne vous puis longues tenir plait; Plaise vous un po espartir A vous de ci endroit partir Et aler en autres parties, 5

Car je doubt bien que deux parties De mon corps faire ne me faille.

Hal Diex, vraiement je travaille D'enfant, chier sire.

Roy Thierry Dame, je ne vous sçay que dire : lo

Je m'en vois sanz plus de demeure.

La mère Dieu vous doint bonne heure !

Mère, tenez vous avec elle Et vous et vostre damoiselle :

Compagnie li convient il 1 5

Pour garder son corps de péril.

Vous le savez.

XXÏll ROY THIERRY 26 1

Puis qu'a ce vient.

La damoiselle Treschiére dame, il Tesconvient 5o

Qu^un petit encore endurez.

L^eure garde ne vous donrez Que Dieu si grant bien vous fera Qu^a joie vous délivrera,

J^en sui certaine. 35

OSANNB

i3g c Certes, je seuffre tant de peine

Que vie humaine en moy deflault Et que la parole me fault ; , Je me muir, voir.

La mérb du ROY Ore, Bethis, je vueil savoir 60

Maintenant se tant m'amerez Q'une chose pour moy ferez Que vous diray.

La damoiselle Quoy, dame? dites : je feray Quanque vous me conmanderez, 65

Si que je croy gré m*en sarez, Se le puis faire.

La ICÉRB DU ROY

Geste femme ne me peut plaire;

Ne me plut onc en mon aé,

Ja soit qu^ait mon filz espousé. 70

Ne scé se ce fu de par Dieu,

Car n'est pas venue du lieu

Que deust estre sa compaigne ;

S'en ay au cuer dueil et engaigne,

Et ce n'est mie de merveilles.

Je vueil que tantost t'apareilles,

Tantdis conme elle est en ce point,

Qu'elle n'ot ne ne parle point.

Que ces enfans ici me portes

MIHACLE nu nxil 1

Au bois, CI la ne te déportes |

D'culx lotiz les gorges si serrer ^^^^|

El après de les ^^^H

Si que jiimais n'en soit nouvelle. ^^^H

Au revenir je seray celle ^^^^|

Qui le pense a donner, par m'ame, ^^^|

Tant que te feray riche femme ^^^|

Pour touz jours mais, * ^^^|

La ^^^^I

Vosire vueil feruy, dame ; mais, ^^^H

Pour Dieu mcrcy, qu'il soit secre, ^^^^|

Et aussi que m'en sachiez gré ^^^|

Ça en. ^^^|

La MéRK ^^

N'en double pas, m'amie chicre ; iSç d

Si seroy je, je te promet. .

Or avant ! a voie ic met ^^^^d

Appertemeni. ^^H

La damoisellf: ^^^H

Je m'en vois délivrer briefment ;' ^^^^|

Tost revenray. ^^^^Ê

La au ROY ^^^^1

Puis qu'elle s'en va, querre iray ^^^H

Trois des chiens qu'a eu ma chienne, ^^^H

Dont mourir a home prouchaine, ^^^H

Se je ne fail, feray ma bruz : ^^^|

Mon lîlz a trop esté ses druz \ ^^^H

Par dyable l'ait il tant amée ! ^^^H

Egar ! encore gisi pasmée ^^^|

^^f roS

Corn la la5ssay : c'est bien a point, ^^H

Ne lu quier mouvoir de ce poini ^^H

Ne lî riens dire. ^^^|

La tiAMOtSELLE ^^^H

Or s'a! il fauli que je m'atire '^^^H

A ces enfans exécuter, ^^^H

XXXll ROY THIERRY 263

Et puis les en terre bouter; i lo

En ce bois suis assez parfont.

Egar ! ces enfans ci me font Feste et me rient par accort.

Et conment les mettray j^ a mort, Quant me rient si douicement ? 1 1 5

Je n'en feray riens, vraiement, Quant me font signe d'amistié.

Doulx enfans, plourer de pitié Me faites. De vous que feray ?

A mort pas ne vous inetteray, r 20

Car je tien, se vous y mettoye.

Pire que murtriére seroye ; Et s*a i^ostel je vous reporte, Du corps seray honnie et morte; Siques ne je ne vous feray 1 25

Mal, ne ne vous reporteray; Mais de feuchiére et d*erbe vert Serez ici par moy couvert :

Je n*i scé miex ore trouver.

140 a Cest fait : Dieu vous vueille sauver! 1 3o Je vous lais et si m^en iray ; A ma dame entendre feray, Afin de plus s^amour act^uerre, Qu'ocis les ay et mis en terre.

Sa! je revien. i35

La mérb du ROY Betbis, conment va ?

La damoiselle

Conment? bien.

J'ay fait ce qu'onques ne fist femme.

Pour vostre amour. Qu'est ce ? ma dame Ne mut elle puis de ce point, Dîtes, ne ne parle elle point ? 140

Ne scé se m'ot.

2^ MIBACLE DU

La Mé&B DU ROV

Bethis, elle ne dist huî mot.

En tel estât trouvée l'as Conmc cstoii quant m t'en alaa :»• 145 Dont me merveil.

Pour Dieu ! monstrez moy, veoir vueil.

Le fruit qui de mon corps est né; Puis que Dieu m'a enfant donné.

Que je le voie.

L* MÉBE DU ROY

1 5o C'est bien raison c'on le vous doîe

Monstrer. Tenez, pour Dieu merci?

Dame, regardez : vez le ci.

En devons nous bien faire feste Et joie avoir ? Par ceste leste,

i55 Se j'esioic conme du roy,

Mourir vous feroye a desroy Tel que sériés arsc en un feu ; Et je promet a Dieu et veu Que ci n'aitleurs n'arresleroy

160 Tant que monstre je li aray

Vostre portée.

Os ANNE

E! mère Dieu, vierge honnourée.

Secourez moi : je sui trahie!

Bien voi c'on a sur moy envie,

16^ Et ne scé pour quelle achoison

On m'a fait ceste traison; Car, certes, ce ne pourroit esire Qu'homme peust en femme mettre N'engendrer autre créature

170 Que telle q'umaine nature

A ordené ; ei on me monstre Que mérc sui de plus d'un monstre, Lesquelx ont semblance de chien.

Ha ! biau sire Diex, tu scez bien Conques ne pensay tel oultrage 1 75-

Qu'aie brisié mon mariage; Et je t'en appelle a tesmoing, Sire; et te pri qu^a ce besoing Me vueilles secourre et aidier.

Si com tu scés qu'il m^est mestîer, 180

Biau sire Diex.

La mère du roy Je vous ay pieça dit» biau fiez, Qui ne croit a mère et a père Il ne peut qu'il ne le compère.

Espousè avez une femme iSb

Que royne avez fait et dame, Dont tout le monde se merveille, Car n^estoit pas vostre pareille Ne de lignage ne d^avoir, N'aussi de meurs, je vous di voir; 190

Et quant son mal je vous ay dit, Vous m^avez touz jours contredit.

Et m^en avez souvent tenu Mal grè : dont il a convenu Que je m'en soie déportée. iqS

Or tenez! vezci sa portée :

En devez vous grant joie avoir ?

Certes, elle est digne d'ardoir, Quant tieulx trois cheaux vilz et ors Sont nez et issuz de son corps 200

Con je voi ci.

Le roy Mucez, mère, pour Dieu mercy I 140 c Je vueil avecques vous aler Ou elle est et a H parler.

Conment jeues tu de tieulx faiz? 2o5

Est ce l'onneur que tu me faiz, Faulse mauvaise sodomiie î Je l'afy tu n'en es pas quiite.

Or ne fu il onques mais femme

XTUtlI*

Qui a roy feist tel diffame.

Est ce pour ce que tant t'amolc Que ma compaigne fait t'avoie Que tu m'as fait cestc laidure Qu'en lieu d'umaine créature

Sont nez de ton corps ces clieaux ?

Faulse plus qu'autre desloyaux.

Jamais avec toy, se Dieu plaist.

N'avray compagnie ne plait; Je te reni.

OSANNE

Vueilliez avoir de moi merci, Chier sire ; certes ne peut eslre Voir !e fait que sus me voy mettre De vostre dame.

La kére du rov Escoutez de la faulse femmet

Qui la croit bien est deccuz :

Vezci qui les a receuz, Di je voir?iii.

Dame, oil; pas ne vousdesdi.

Sachiez de li sont nez, chier sire.

A grant peine et a grant martire Qu'elle a souffert Lkboï Mère, celé soit et couvert Ce fait ci, et je voos em pri ; Mais nient moins vueil que sanz dett La facicz, pour sa mesprison, | Mettre en si tresmiilc prison ' Com vous H pourrez pourveoir.

Car jamais ne la quier veoir.

De ci m^en Tois et la vous lais :

140 d ' Ordenez en si que jamais 240

N'en soit nouvelle.

L»k MÈRE

Puis qu'il vous plaist, je seray celle,

Biau filz, qui vous en cheviraf ,

Si que vostre honneur garderay,

Et tellement qu'on ne sara 245

Qu'elle devenue sera,

Je vous promet.

Le ROY Cest bien dit ; je la vous conmet.

De ci m'en vois.

La mère du ROY Osanne, n'arez pas un mois 25o

Pour vous efforcier de jesitte.

Maintenant, sanz plus de termine Ne sanz vous plus ici tenir, Vous fault en autre lieu venir

Ou vous menray. 255

OSANNB

Puis qu'il le fault. dame, g'iray, Soit pour ma mort ou pour ma vie.

S'on a ore sur moy envie, J'espoir q'un autre temps venra, Se Dieu plaist^ qu'elle cessera 260

Et que miex ira ma besongne.

Alons men, alons sanz eslongne; A Dieu m*atens.

La mère du roy Or avant! entrez ci dedans

Appertement. 260

Osanne Puis qu'il ne me peut autrement

a68 MIKACLE M)

Venir se n'est au pis du miex, Quant a ores, loez soit Diex De quanque j*ay.

Là MÉRB du ROY

270 Je ne scé s'estes pie ou jay,

Ou mauviz ou couion ramage ; Mais puis que vous estes en cage, Cest huis a la clef fermeray Et la clef en emporteray»

275 Afin que nulz a li ne viengne.

Je m^en vois. Ilecques se tiengne, Et runge le mur scelle a fain ; Car dès ore mais po de pain Et po d^yaue ara pour son vivre

280 Chascun jour, afin que délivre

Plus tost en soie.

Le chàrbonnibr Egar ! j'oy vers celle houssoie, Ce m'est avis, enfans crier :

G y vueil aler sanz detrier.

285 Dont viennent il ore en ce bois?

Il sont plus d'un, et a leur vois, Que venir de ci endroit sens.

Semblent qu^ilz soient inocens.

Certainement, ains que soit soir 290 GMray tant qu^en saray le voir.

Escoute conme ilz crient fort !

tê Pour certain j^ay a ce mon sort

Qu'avec eulx n^ait përe ne mère.

Il Ne fineray tant qu'il m^appére

^ 295 Et que veoir les puisse en face.

Je croy qu'ilz sont en celle place :

G'y vois; se sont mon, vez les ci, Et sont trois : sire Dieux, merci 1

l&XIl ROT THIERRY SÔÇ

Il sont de feuchiére couvers.

De lonc, de lé et de travers 3oo

Vueil regarder si venroit ame-;

C'est nient, n^y voy homme ne femme.

Enfans, n^avez gaires d'amis.

Quant on vous a ci endroit mis.

Par foy, j'ay de vous grant pitié 3o5

Et telle que, pour Tamistié

De Dieu, je vous emporteray

Touz trois et norrir vous feray.

Ne demourrez'plus en ce bois;

Puis que vous tien, a tout m'en vois. 3io

Je vous truis bien a point, ma famé.

Egardez que vous apport, dame ; Je les vous dotng.

La charbonnière 141 b Vous nous pourveez bien de loing,

Renier, qui m^aportez ici 3 1 5

Trois enfEuis. Et, pour Dieu merci.

Dont viennent il ?

Le charbonnier Le voulez vous savoir?

La charbonniâre

Oil, Je vous em pri.

Le charbonnier Je le vous diray sanz detri : 320

Ainsi com par le bois passoie Pour m^en venir vers la houssoie, Oy de ces enfans les vois ; Et, sanz plus dire, la m^en vois.

Pour ce que ttop forment crioient; 325

Si les trouvay ou ilz estoient, Touz trois de feuchiére couvers, Couchiez Tun delez Tautre envers

MIBACLB DU XXXIÎ

Sur l'erbe vert et arengiei;

Et pour la double que mengiez ,

Des besies sauvages ne fussent

Ou de mesaise ne morusseni.

Ne m'a fait pitié deporier.

Mais contraint de les appotter,

En bonne foy.

La chakbonni^kb

Lod soit Diei ! Renier, bien voy.

Puis qu'ainsi est, nous en ferons

Nozcnlansetlesnorrirons;

N'en avons nulz, bien m'y accorde :

Ce sera grant miséricorde;

Pour Dieu soit tout .'

Lk charbonnier

Vous dites voir; mais je me doubt

Que crcstiens ne soient pas.

Si que je; io qu'ynel le pas

Moy et vous ne nous déportons

Qu'a l'eglisc ne les portons

Et les façons crcsticnner;

Je le vous suppli et requier.

Ne laissons pas.

L* CHARBONNIÈRE /J/ tf—

Ce ne vous refuse je pas.

Sire Renier : c'est bon conseulï.

Prenez en un, j'en prendray deux;

Alons men, sus 1

Le CHARBONNIER

Alons ! je n'en vois point en sus :

Passez devant,

OSANNK

El mère Dieu, trop m'est grevant

La paine que je stuflrc ci port

XXXIl ROY THIERRY 27 1

En ceste prison, et a tort.

Biau sire Diex, a toy m^en plaing ;

Je n'en puis mais se me complaing. 36o

Estre soloîe une royne,

Et il n'a si povre meschine

En ce monde conme je sui

Ne qui tant ait meschief n'ennuy

Con je seufire en ceste prison ; 365

Car chascun jour de iivroîson

N'y ay q'un po d'yaue et de pain.

E ! mère au doulx roy souverain,

Ce m'est moult petite livrée.

Après pour punir sui livrée 370

A la personne de ce monde Qui plus me het (Dieu la confonde !} Et qui plus m'est grant ennemie.

Ha ! roy Tierry, ne vous ay mie Desservi que tel me fussiez 375

Qu'a celle baillié m^eussiez Pour justicer qui tant me het Et sanz raison, si corn Diex scet, Et qui tant m'est perverse et dure, Qui tant me fait souffrir laidure, 38o

Et m'a fait puis un an en ça ; Onqucs journée n'en cessa Que ne m'ait fait honte et meschief Assez, et dit que par tel chief Fera mon corps aler a lin : 385

Pour ce, mère Dieu, de cuer fin A vous dévotement m'ottri, 141 d Et tant conme je puis vous pri

Qu'en ceste grief peine et bataille A vostreaide pas ne faille 390

N a vostre grâce.

272 MIRACLE DU XlXll

NosTRE Dame Chier filz, ains que plus avant passe Heure ne terme de ce jour.

Plaise vous qu^alons sanz séjour 395 Conforter en celle prison

Celle quy est sanz mesprison, Qui si dévotement me tent Cuer et corps et a moy s^atent Que la sequeure.

Dieu 400 II me plaist : alons sanz demeure.

Mère, je vueil ce que voulez :

Li sien corps est trop adolez, Et, pour voir, sanz cause n^t pas.

Sus, anges, descendez bon pas, Jehan, et vous.

405 Saint Jehan

Vray Dieu, père de gloire, nous Touz ferons sanz nul cotitredit Vostre voloir ; or nous soit dit Quel part irons.

Dieu 410 Ce chemin devant nous tenrons.

Anges, alez vous deux devant, Et Jehan vous ira suivant Et nous après.

Le premier anqe Sire Dieu, nous sommes touz prestz 4 1 5 De voz grez faire.

Nostbe Dame Il ne vous convenra pas taire :

En alant un chant de musique Gracieuse a voiz angelique Vueil que chantez.

Deuxiesme ange 420 Puis que telle est vo voulentez

Si ferons nous, ma dame chiére.

142 a Avant! disons a liée chiére Ce rondel ici par amour.

RONDEL

Moult emploie bien son labour

Qui vous sert, vierge précieuse, 425

De cuer et pensée songneuse;

S^ame met hors de la paour

Qu'en peine ne voit ténébreuse.

Moult emploie bien son labour

Qui vous sert, vierge précieuse, 480

Et si acquiert de Dieu Tamour ;

Après li estes tant piteuse.

Qu'es cieulx a vie glorieuse.

Moult emploie bien son labour

Qui vous sert, vierge glorieuse, 435

De cuer et pensée songneuse.

Dieu Fille, ne soies paoureuse De nous, s*ensemble ici nous vois ; Je croi bien pas ne nous congnois.

Ne te met plus en desconfort : 440

Cy vien pour toy donner confort.

Qui sui de ma fille et ma mère Filz, frère, ami, espoux et père.

Or me peuz congnoistre par ten^ps.

Se tu bien ma parole entens 44S

Et en toy la scés concepvoir, Et qui je sui appercevoir ; Ce n'est pas double.

NosTRE Dame Osanne, m'amie, or escoute :

Pour ce que tu as t'esperance 460

Mis en moy et eu fiance En ta grant tribulacion, Te vien je consolacion

27^1 ^ MIRACLE DU XXXIl

Faire pour ton cuer esjoir ; 45 5 Et se plus oultre veulz oir.

Je te dy garde ne don ras

Que de ceulx vengée seras

Qui en ceste peine t*ont mis.

Dieu te sera touz jours amis, 460 Se bien l'aimes en vérité ; 142 b

Et, se plus as d aversité,

Seuffre la pour Dieu doucement :

Ton prouffit feras grandement.

Plus ne te diray quant a ore.

465 Or susl touz trois dites^encore

Ce chant qu^avez dit en venant»

Et nous en râlons or avant Sanz plus ci estre.

Le premier angb

Dame de la gloire celestre, 470 Voulentiers, puis que bon vous semble

Avant, Michiel : prenons ensemble

Et ne faisons ci plus demour.

RONDBL

Et si acquiert de Dieu Tamour ; Après li estes si piteuse 473 Qu'es cieulx a vie glorieuse.

Moult emploie bien son labour Qui vous sert, vierge précieuse.

De cuer et pensée songneuse.

OSANNE

Ha ! doulce vierge glorieuse^ d\io Trésor d'infinie bonté,

En qui, par vraie charité, Dieu se fist homme a nous semblable, Quant huy m*este8 si secourablCi Que m'estes venu conforter

XXXII ROY THIERRY 2j5

Et si doulcement enorter 485

De bonne pacience avoir, Je doy bien mettre paine, voir, A vous louer et gracier Et vostre doulx filz mercier; Et si feray je vraiement 490

De cuer dévot, plus ardenment Que n'ay fait, c'est m'entencion, Et de plus humble affection Qu'onques ne fis.

La mère au ROY

Se de touz poins ne desconfis 495

Ma bruz, si qu*elle en prison muire,

Je doubt qu'encor me pourra nuire ; 142 c Si ne peut elle guéres vivre

Par raison, car je ne li livre

Pour jour q un po d'yaue et de pain ; 5oo

Et tant conme je'puis me pain

Que de personne n'ait confort,

Car la clef de la ou est port,

Si c'on ne la peut conforter.

Sa livroison li vois porter ; 5o5

« Je ne vueil point qu'autre personne

Y voit, afin c'on ne li donne

Nulle autre chose qu'yaue et pain.

Morte fust elle ore de fain !

Entrer vueil dedans avec elle. 5 10

Es tu ci^ orde telle quelle?

Tien, mengue en maie santé :

Que fust ore en terre planté Ton puant corps!

OSANNE

Se Dieu, qui est misericors 5 1 5

Et doulx, né m'eust soustenu, Ce que desireifc advenu

Fust pieça, dame.

La MÈRE AU ROY

Je pri Dieu dampnée soitTame 520 Sanz fin de celui ou de celle

Qui premier apporta nouvelle A mon filz que fusses sa femme, Car onques mais si grant diffame N avint a roy.

OSANNE

525 La vilenie et le desroy

Que me faites et mettez sus, Dame, vous pardoint de lassus Dieu, si lui plaist.

Là mère du roy Tien te la ; tu as trop de plaît, b3o Qui t^a grevé et grèvera.

Mais hui personne ne verra.

Combien qu'il lui tourt a annuy.

De ce trop esbahie sui Que, pour paine qu'elle ait eue,

535 N'a riens de sa biauté perdue, /^ d

Ains a la cher polie et fresche. )p

Il fault qu'autrement m'en despesche ; Et vraiement je si feray, Qu'en la mer jetter la feray ;

540 Trop lay souffert et enduré,

Et aussi elle a trop duré :

Délivrer m'en vueil sanz attendre. Venez ça, venez, Alixandre, Et vous, Rainfrby, et vous, Gobin.

545 S'onques m'amastes de cuer fin,

A ce cop ci Tesprouveray.

Ce que je vous conmanderay.

Le ferez vous ?

Alixandre Je croy n'y a celui de nous Qui ne face, ma dame chiére, 55o

Vostre conmant a lice chiére; Ainsi le tien.

Rainfroy Quant est de moy, vous dites bien Et voir, amis.

GOBIN

Si feray je pour estre mis, 555

Certes, a mort.

La mère du ROY Puis que cfaascun se fait si foit De mon vouloir exécuter, Je vueil que vous m'alez jetter En mer Osanne la chetive : 56o

N'est pas digne qu'elle plus vive; Cest une bougre meschant garce Qui a bien desservi estre arse, Tant a mcffait.

Alixandre Chiére dame, il vous sera fait 565

^ Voulentiers et brief, sanz attendre,

Se vous nous en voulez defFendre Et délivrer.

La mère du ROY Alons : je la vous vueil livrer, 143 a Et vous promet a m'en chargier 570

Et vous de touz poins deschargier :

Vous souffist il?

Rainfroy Souffist, dame? certes, oil.

N'y a plus, nous le vous ferons; Le pais en délivrerons bjb

Pour vostre amour.

278 MIRACLE DU XXH

Là MéRB AU ROT

Issez horSf issez sanz demour, Bonne et belle, je mens sanz faille.

Tenez, seigneurs, je la vous baille ; 58o Menez Ten tost ou vous savez.

Et en faites ce que devez Appertement.

GOBIN

Bien. Ça, dame, venez avant.

Ci endroit plus ne nous tentons ; 585 Avecques nous vous en menrons

Un po esbatre.

OSANNE

Plaise vous, seigneurs, sanz debatre Par vostre doulceur et bonté, A moy dire la vérité 590 Ou me menez.

AUXANDRE

Dame, puis qu'en ce monde nez Sommes, une foiz nous convient Touz et toutes morir, c'est nient; '*

Passer nous fault touz par ce pas.

595 II me semble quMl ne plaist pas

Au roy n'a ma dame sa mère (Se je vous di parole amére Pardonnez le moy, je vous pri) Que vivez plus ; mais sanz detri

600 Vous fault huy par mort trespasser.

Ne vous en pouons repasser, Dame; et puis donc quMl est aiossi, Priez a Diex de cuer merci.

Que touz voz mefTaiz vous pardoint

6o5 Et a vostre ame gloire doint ;

Je n'y voi micx. 148 b

XXlll ROT THIERRY 279

OSANNE

Ha! biaux seigneurs, merci! que Diex

Vous soit a touz misericors ;

Espargniez par pitié mon corps,

Et ne me tolez pas la vie; 610

Car par haine et par envie,'

Sanz cause nulle et sanz desserte,

Vous sui baillie a mettre a perte.

Et se pour pitié me daigniez

Tant que de morir m^espargniez, 6 1 3

Certes, Dieu si le vous rendra

Et bien le vous guerredonra ;

Je n^en doubt mie.

Rainfroy Seigneurs, tout le cuer me lermie De pitié qu ay de ceste famme. 620

Je me doubt bien, par nostre dame, Que, se nous a mort la mettons.

Que nous ne nous en repentons

Au paraler.

GOBIN

A ce que Pay oy parler, 625

» Certes, je ne sui point d^accort

Aussi qu^elie soit mise a mort, Se Dieu me voye.

AUXANORB

Et )e vous demant quelle voie A nostre honneur pourrons trouver 63o Que de mort la puisson sauver :

Dites le moy.

Rainfroy Je ne scé. Si fas bien : j^en voy Une que je vous vueil compter.

En la mer la devons jetter. 635

Je vous diray que nous ferons :

En un batelet la mettrons

a80 MIRACLE DU XXXIt

Sanz gouvernement de nuUui,

Et si n^ara avecques lui 640 Perches ne voille n'avirons ;

Et ainsi aler la iairons

Ou la mer porter la voulra,

Qui tost la nous eslongnera, 143 c

Si que point ne sera trouvée ; 645 Et, s'elle doit estre sauvée,

Diex en fera sa voulenté;

Et si nous serons acquicté De nostre fait.

GOBIN

Alixandre, il dit voir : soit fait 65o Conme il a dit.

Alixandre Soit : je n'y met nul contredit.

Avant, alons quérir batel.

Sa ! veez en ci un bon et bel Qu'ai ci trouvé.

GoBIN

655 C'est voir, tu t'en es bien prouvé.

Du remenant nous fault penser.

Dame, pour vous de mort tenser, «

Entendez que nous vous ferons :

En ce batelet vous mettrons, 660 Puis que de vivre avez désir,

Et vous Iairons au Dieu plaisir

Aler ou la mer vous menra :

S'a Dieu plaist, il vous sauvera ;

Ou ci endroit vous noyerons 665 En Teure, plus n'attenderons ;

Siques dites nous qu'en ferez.

Lequel de ces deux amerez Mieulx a eslire.

Os AN NE

Seigneurs, de deux maux le mains pire

KOY THIBFRY sSl

Doit on eslire pour le miex. 670

Puis qu'ainsi est, loez soit Diex.

Quant ne puis autre chose avoir

Fors que mal, je vous fas savoir

J^ain miex ens ou batel descendre

Et les aventures attendre 675

Qui me pourront de mer venir

Que ce qu^ainsi doie fenir

Que me noyez.

Rainfroy 143 d Or tost donc, si vous avoiez

A rentrer ens. 680

OSANNE

Voulentiers, seigneurs, sanz contens.

G'y sui, veez.

Alixandre Dame, savoir gré nous devez De ce fait. Or nous en irons Et a Dieu vous conmanderons, 685

Qui vous soit en aide et confort Et vous vueille mener a port

De sauvement.

GOBIN

Ainsi soit il ! Sus ! alons ment :

Dealer tost avons bien besoing. 690

Egar ! conme la mer ja loing

L'a de nous mise.

Rainfroy Cest de la mer, Gobin, la guyse.

S'encore un petit y musoies.

Je te dy que tu ne verroyes 695

Batel ne femme.

Alixandre Ho ! souffrez vous : vezla ma dame Qui nous attent, je n'en doubt pas.

Avançons un po nostre pas

282 MIEACLE DU XXIU

700 D'aler a li.

Rainfroy Si faisons nous, n^y a celi, Si com moy semble.

La mère du roy Bien veigniez vous touz trois ensemble.

Or conment va?

GOBIlf ^

705 Bien, ma chiére dame; cela

Venons de faire que savez, Ainsi que dit le nous avez, Je vous promet.

La mérr Cest bien fait; et puis qu^ainsi est, 710 Je vous defFens (ame ne m'ot)

Que de ceci ne sonnez mot 144 a

A personne qui en enquiére.

Sur quanque m^amez n'avez chiére, Fors qu'a entre nous qui ci sommes; 715 Et je vous feray riches homes^

Foy que doy m'ame.

Alixandre De ce ne doublez, chiére dame :

Ja n'iert sceu.

' La mère du roy Ore, tant qu'aray pourveu 720 Ce de quoy vous pens riches faire,

Chascun de vous en son repaire Si s'en ira.

Rainfroy Nous ferons ce qui vous plaira, Dame; de vous prenons congié. 725 Alons mcn, n'y ait plus congié.

Partons de ci.

XXXII ROY THIEERT 283

La mère Sanz faille, puis quMl est ainsi Que ma bruz est morte a hontage, Maintenant en seray message Et IMray denuncer au roy. jSo

Bethiz, venez avecques moy ;

Délivrez vous.

La oamoyselle Voulentiers, dame. Ou irons nous

En la bonne heure ?

La mare do roy Nous irons sanz point de demeure y3b

Vous et moy par devers mon filz ; Je le feray certains et fiz D'une chose qu'i ne scet mie, Conment va d^Osanne s^amie.

Filz, Dieu vous gart! 740

f Le roy

Mère, bien veigniez. De quel part Venez vous? dites.

La mère du roy Biau filz, délivre estes et quittes 144 b D^Osanne qui fu vostre femme,

Qu^en prison ay pour son diffame 745

Gardée par vostre congié.

Sy po y a bu et mengié,

Pour Dieu, qu^elle est a fin alée.

Enterrer Tay fait a celée

Et coyement. 750

Le roy Mère, par vostre enortement M'avez tant dît et envay Qu'il fault que je Taie hay Et menée jusqu'à la mort.

Je ne scé s'avez droit ou tort, 755

Le premier chevalier Bon est qu'i alons touz ensemble, 785

Sanz fair^yci plus lonc devis, Et si en dirons nostre ad vis,

Je le conseil. «

Deuxiesme chevauer ' Chier sire, il vous dit bon fbnseil Et qui fait bien a ottrier; 790

Alons tost sanz plus detrier :

Cest bon a faire.

Le roy Alons, nous verrons son affaire.

Sainte Marie ! qu^est ce ci ^

Diex! con le vis li est noirci ^ 795

Et tout le corps !

Premier chevalier .

Doulx li soit et misericors Dieu, par sa bonté infinie I Certainement elle est finie

A grant martire. 800

Deuxiesme chevauer Biau sire Diex, que veult ce dire?

Conment li peut estre la face.

Pour cheoir en si belle place, Ne le corps devenu si noir?

Le cuer m'en effraie, pour voir, 8o5

Et m'esbahist.

Le roy Seigneurs, puis que ci morte gist (Plus la regars, plus ay grant hide), Faites que vous aiez aide Et que remportez la derrière 810

Et li pourveez une bière ; Sempres enterrer la ferons.

De son obséque ordenerons

Et en la parfin a tant fait 875 Qu'elle l'a fait morir de fait :

K Dont dolent sui, n*en doubtez mie.

v Ha ! Osanne, ma chiére amie,

1 Vostre mort plain et plainderay

. . ^ Tous les jours que je viveray :

j * 880 C'est bien droiture.

' Deuxiesme chevalier

Sire, sachiez j*ay tant mis cure \ ' Que vostre mère gist en bière

^ En la chappelle la derrière;

t Demain son service on fera,

885 Et sempres on Tenterrera, 14

Se vous voulez.

Le ROY Certes, je sui si adolez Qu^il ne m'en chaut : soit mise en terre, Et vous en délivrez bonne erre 1 890 Ligièrement.

Deuxiesme chbvauer Sire, vostre conmandement De cuer feray.

Dieu Michiel, entens que te diray :

Je vueil que t'en voises ysnel 895 Scez tu ou? la en ce batel,

Ou toute seule est celle dame.

Je Pains, car elle est preude famé.

f Ne li dy mot ; mais sanz déport

^ La maine et conduiz jusqu'au port

900 Qu'est de Jérusalem le plus près :

i Ce fait, vien t'en tantost après,

' Sanz li riens dire.

SPPS ROY THIRttBÏ

^H MiCMIEL

^H Vostre conmant vois faire, sire,

^H Sanz

^H OSANNE

^H E ! Diex, je me doy bien doubler

^^M Et avoir paour que n'afonde

^^M Et verse en cestc mer parfonde

^H Et qu'il ne faille que g'y muire.

^H N'ay de quoy ce baiel conduire ;

^H Et se j'avoie bien de quoy

^* Si ne saroie je, par foy.

Dont sui je bien en aventure.

E! femme, povre créature.

Le monde a touz ses biens te fuit,

Fortune a son pouoir te nuit,

La mer contre toy s'enorgueille :

^^ N'est riens qui nuire ne te vueille;

^^L Nis de pain ay je grant deffauli.

^^M E! lasse, et Fortune m'assault

^H^ Si fort, pour soy de moy vengier,

Tjj c Que jedoubt que mes mains mengier

Ne me conviengne par famine.

^^ E! mère Dieu, vierge bénigne

^^L Qui estes preste a tout besoing,

^H Qui secourez et prés et ioing

^F Ceulx qui ont en vous espérance,

Dame, si com j'ay ma fiance

Du tout en vous, ne me failliez;

Vostre doulx filz pour moy vueilliez

^^^ Prier qu'il me face confort,

^^1 Si voir conme il scet bien qu'a tort

^^B Sui ci mise en douleur amére

^H Dont n'atens que mort, par la mère

^H Principalmeni de mon mari.

^^ft Ha ! bon roy d'Arragon Thierry,

290 MIEACLE DU XXXII

La vostre amour m'est bien changiée ; Et vostre mère est bien vengiée De moy, quant par elle on m'a mis En tel péril. A Dieu, amis!

940 Ne vous verray plus, ne vous moy ;

Car, certes, je ne scé ne voy De quelle part secours me viengne Que ci morir ne me conviengne :

Dont le cuer de douleur me serre.

Ici se talst un po.

945 E ! biau sire Diex, je voi terre,

Ou ce batel va tout a trait

Aussi conme s'il y fust trait.

Ha! sire Diex, je vous merci

Quant a port sui venue ci.

950 Descendre vueil de ci bonne erre.

Mère Dieu doulce, en quelle terre

Sui j'ore? Certes, je ne scé.

Celle doy bien avoir en hé

Par qui j'ay esté si trahie, 9^5 Qu'aussi q'une beste esbahie

Sui ci, et ce n'est pas merveille.

Ore Diex adrescier me vueille !

Puis que suis en pais estrange,

Il couvera bien que je change 960 De mon grant estât la manière ;

Car se puis estre chamberiére

Et avoir un preudomme a maistre, 743 d

Il me souffira ainsi estre Toute ma vie.

L'09TELLIBR DE JHERUSALEM

965 Dame, se Dieu vous beneie,

Dites moy dont estes vous née Ne qui vous a si amenée.

Toute seule estes ?

XXXU ROY THIERRY 2g I

OSANNB

Sire, une demande me faites Dont vous vous pouez bien cesser 970

Et moy en paiz de ce laisser ; Mais, s'il vous plaist, vous me direz En quel pais sui : si ferez Grant charité.

L^OSTELLIBR

M 'amie, en bonne vérité, 975

Je le vous diray sanz déport t Sachiez que vous estes au port Plus prouchain de Jérusalem.

Je vous dy voir, par saint Jehan.

Pour ce qu'i arrivent esclaves 980

Et autres gens c^on dit espaves, Esbatre ici venu m estoie Pour savoir se g'y trouveroie Personne qui voulsist servir Ma femme et moy pour desservir 985

Qu^elle eust bon loier et grant.

Ariez vous point le cuer engrant De servir, dame?

OSANNE

SMl vous plaist, sire, oil, par m^ame, Voulentiers, de cuer, sanz envie, 990

Serviray pour gaingnier ma vie ; Et si croy que je feray tant Que vous tenrés a bien content De mon service.

L*OSTELLIER

Je tien qu^i estes bien propice. 995

Avant ! ci plus ne vous tenez, Avecques moy vous en venez :

146 a Je demeure ou miex de la ville.

Estes vous la, dame Sebillc?

292 MIRACLE DU XlXll

1000 Faîtes nous bonne chiére et haulte.

Egardez : n^arez pas defiTauUe De chamberiére.

L'OSTBLLIÉRB

Bien veigniez vous, m^amie chiére.

A certes dire me devez ioo5 Se pour ce que vous nous servez

Venez ici.

OSANNB

Oii, dame, s^il est ainsi Qu'il vous agrée.

L'^OSTELLIÉRB

Vous soiez la tresbien trouvée.

10 10. Je croy que vous aray bien chiére,

Car il me semble a vostre chiére

Que ne pourrez fors que bien faire.

Se vous m'estes de bon affaire,

Jamais de nous ne partirez 101 5 Tant que riche et comble serez^

Je vous promet.

Osànnb

Dame, en vostre grâce me met,

Et je feray tant, se Dieu plaist, ^

Que n^arez ne noise ne plait 1020 Par moy; mais tout a vostre guise,

Si tost con je laray aprise, Vous serviray.

L^OSTELLIÉRB

Or venez : je vous monstreray En quoy vous embesongnerez.

1025 Esgardez : ces liz me ferez,

Puis nettoiez ceste maison ; Mais aussi je vueil vostre nom Savoir, m^amie.

OsANNB

Je ne le vous celeray mie :

XXXII ROT THIERRY igS

Osannette m^appellerez, i o3o

S^il vous plaist, dame; voir direz :

Cest mon droit nom.

I^6b L'oSTELUéRB

Bien faites, tant que bon renom Je puisse de vous tesmoingnier.

Je m*en vois ailleurs besongnier; io35

Or faites bien.

OSANNE

Ne vous en soussiez de rien, Dame : quant de ci partiray.

Riens a ordener n*y lairay

N'a nettoier. XO40

Le premier fil De râler me vueil avoier Tant que soie en nostre maison, Puis que f ay vendu mon charbon. Da, avant, da !

Deuxiesmb fil Si tost ne vendi mais pieça 104^

Mon charbon conme j^ay fait huy.

Je m^en vois a Tostel maishuy Liement : ma journée est faitte.

Mon cheval dealer tost s^affaitte

Pour ce qu'est vuit. i o5o

Troisiesme fil Je ne cuit pas avoir ennuit De mon père chiérc rebourse :

Je li porte argent en ma bourse, Ne me devra pas laidangier.

Hé! mon frère voy. Ho! Renier, io35

Arreste, arrcste !

Deuxiesme fil Es tu la, mon frère ? or f apreste Dont de venir.

Troisibsmb fil Je m'en saray bien convenir.

1060 Alons men : sui je tost venu?

Se Dieu t*aist, combien as tu Vendu ta somme ?

Deuxiesme fil Combien? trois solz, a un bon homme Qui me semble doulx et courtois^ io65 Car il m^a fait une grant fois

De «on vin boire. 146 c

Le TROiSIBSME FIL

Plus aise du cuer en doiz, voire, Estre et plus lié.

Deuxiesme fil Je ne sui goûte traveillié, 1070 De ce ne fault il pas parler.

Ça ! pensons de nous en râler :

C'est nostre miex.

Premier fil Père, bon vespre vous doint Diex.

Est il bon que voise establer 1075 Ce cheval ci et afforrer

Tout avant euvre?

Le charbonnier Oil, filz; mais point ne le cuevre Mestier n'en a.

Le premier fil De par Dieu, point ne le sera, 1080 Au mains par moy.

Le troisiesme fil Egar ! nostre frère la voy Qui son cheval establer maine :

Il nous fault aussi mettre painc

XXXII ROT THIERRY 29b

Dealer les nostres establer,

Et puis si pourrons retourner io85

Touz trois ensemble.

Le deuxiesme fil Alons donc : puis que bon vous semble A faire, aussi je m'y ottroy.

Père, nous sommes ci touz troy, Qui bonne chiére avoir devons : 1 090

Noz trois sommes vendu avons De charbon, je vous compte voir ; Mais je vous fas bien assavoir Qu^orains vi un cheval baucent; Mais, par mon seigneur saint Vincent, 1095 Biau père, s^un tel en avoie.

Sachiez que je ne le donroye

Pour nul avoir.

Premier fil 146 d Mon père, vous diray je voir?

Certainement je vi orains j 100

Un escuier qui sur ses mains

Portoit un faucon par la voie;

Mais, par m^ame, se j^en avoie

Un tel, je Paroye plus chier

Que cent muis, ce puis afRchier, i io5

De bon charbon.

Troisiesmb fil Et j'un lévrier si bel et bon.

Si gentil et si netelet, Ay hui encontre qu'un vallet Assez matin menoit en destre, 11:0

Que sohaiday quMl peust estre Que cent livres pour lors eusse Et toutes donner les deusse Par couvent que le chien fust mien ; Car certes il le valoit bien, 1 1 1 5

A mon advis.

296 MliACLE DU XXni

Lb CHARBOlfHIKR

Mes enEanSf laissiez voz devis :

Ce sont choses ou avenant Ne pouez estre maintenant. 1 1 20 Seez vous ; si reposerez.

Assez tost a diner arez, Mais qu'il soit prest.

Le ROY Seigneurs, je vous dîray qu^il est :

Sachiez je vueil aler chacier ; 1 125 Mandez aux veneurs qu'adressier

Vueîllent la chace.

Premier sergent dVrmes Sire, vous plaist il que )e face Ce message ? Tantost iray, Et ce que dites leur diray ii3o En Tcure, sire.

Le roy Oil ; tu diz bien : vaz leur dire Que je leur mant.

Premier sergent Je vois faire vostre conmant.

Seigneurs, il vous fault tout laissier 14^ a Il 35 Pour venir en au boys chacier ;

Mettez tost voz chiens en arroy, Et vous en venez : car le roy Si le vous mande.

Premier veneur Tantost ferons ce qu'il conmande.

1 140 Hardiement li alez dire

Qu avant y serons que li, sire :

Voit s'en devant.

XXXII ROT THIEftRT 397

PrEMIBR SERGBlfT

Voulentiers, seigneurs; or avant!

Chier sire, a voie vous mettez :

Les veneurs, ne vous en doubtez, 1 145

Et les chiens au bois trouverez

Touz preZf ja si tost n^y venrez ;

Avancez vous.

Le ROY Cest bien dit. Sus, aux chevaulx touz !

Alons monter. 1 1 5o

Deuxiesmb sergent Faites ci voie, ou, sanz doubter, Je vous serviraj sur les dos De ceste mace ci grans cops.

Alez arriére.

Druxiesme veneur Alons nous ent par ci derrière, 1 1 55

Lubin,et noz chiens en menons.

Si qu'avant que le roy venons En la forest.

Premier veneur Alons ! je m^i accors : dit est

Et fait sera. 1 1 60

Le rot Seigneurs, maishuy nous en fauldra Aler, puis que sommes montez; D*aler devant moy vous hastez Trestouz ensemble.

Premier chevalier Alonsl je voy la, ce me semble, 1 165

l^es veneurs en ce quarrefour :

147 b II nous diront se ci entour

Ont rien veu.

MIRACLE DU DeDXIKSKE CHKVALIEII

C'est voir; lantost sera sccu :

Alonsa euli.

Lu ROY

Avant dites moy voz conseulz.

Seigneurs, ne m'en faites debaire :

Quelle part nous pourrons embatre A ce que ne puissons faillir

D'une grosse besie assaillir. Cerf ou sanglier?

Sire, se Dieu me vueilleaïdier.

Ne fauderez en nulle tin.

Se vous alez par ce chemin.

^^K iiSo

Que bricfmeni assez n'en Iruissîez; Mais gardez que vous ne laissiez Point ccste senie.

Le ROY Nanil, ce n'est mie m'enienie.

J'en vois, biaux seigneurs; or avant!

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