‹ Mirage [microforme]Chapitre 8 sur 12 · MIRAGE · texte numérisé non relu

MIRAGE

de la » Chàjolies, occu-

ieds

intsaient usines 's pas 1 que nt ce l'était

mira-

rue Saint-Hubert commençait à battre l'enclume, les voitures passaient et repassaient avec des roulements sonores; des sifflements aigue venant de l'atelier de la comjagnie des tramways qui est à proximité déchiraient l'air ; les locomotives passant sur la voie du Pacifique, à quelques arpents de distance, sonnaient leurs cloches à toutes volées ; jamais le père Beaulieu et sa famille n'avaient entendu autant de bruit et n'avaient vu autant d'animation, Et de minute en minute, du côté de la rue Saint-Denis, un vacarme assourdissant s'élevait : une course folle soudain arrètée, des coups frappés sur un gong sonore, puis un démarrage soudain dont le bruit se changeait en un ronfiement sourd qui se perdait au loin: c'était le tramway.

Marie eut la vision d’une maison cachée entre des arbres, loin de la route, dans une campagne où il n'y avait pas d'autre bruit que Île souffle léger et berceur du vent d'une belle journée d'automne, où il n’y avait pas d’autres passants qu'un ‘homme marchant paisiblement dans les guérèts derrière sa charrue, où il n'y avait pas de trot-

toirs en pierre et en asphalte, pas de pavages, pas de voitures roulant dans la poussière, pas de charretiers conduisant leurs chevaux avec des jurons, pas de toits tout autour de l'horizon : elle aperçut la belle plaine moissonnée, les pentes vertes couvertes de sapins, les maison-

nettes du village groupées autour du clocher et les montagnes qui ‘s'é-

levaient plus loin, aussi loin que la vue pouvait porter, le tableau admi-

rable peint par l’Auteur de la nature, les scènes rafraichissantes qu'elle

avait contemplées pendant toute sa jeunesse et dont il était demeuré

un reflet pur et profond dans ses yeux ; elle vit tout cela, puis le décor

changea ct ellé se trouva dans la réalité des choses, dans une petite . épicerie située en pleine ville et qui était loin, bien loin de Saint-Au-

gustin, autant que les époques successives de la vie sont loin les unes

des autres, séparées par cet obstacle infranchissable qui est le Passé et

qui ne permet pas de retour en arrière.

La jeune fille faiblit un instant et une larme vint à sa paupière. Mais elle réagit énergiquement contre cet accès soudain de nostalgie et s'empressa de se mettre au travail pour changer le cours de ses idées.

L'ouvrage ne manquait pas: Dulieu n'avait fait mettre qu'un ordre relatif dans l’épicerie. Le dernier occupant avait laissé la cave pleine de caisses éventrées et de débris de toutes sortes. Ces restes d’un commerce abandonné devaient être sortis et jetés dans la ruelle avant qu'on pût ranger les marchandises, les quarts de melasse et d'huile de charbon. Les deux garçons s'employèrent à cette tâche, pendant que les trois autres membres de la famille époussetaient et netioyaient en haut et servaient la clientèle.

On avait eu vent de l’arrivée des Beaulieu, dans le quartier, et les commères s'étaient rendues en nombre chez le nouvel épicier, pour se livrer à des observations qui pussent leur permettre ensuite de faire des cancans sur le compte des nouveaux arrivants. Elles feignaient d'être très étonnées de se rencontrer, alors qu’elles s'étaient donné

rendez-vous la veille au soir, “Ah! bonjour madame Leblanc”, disa

la Fournier,—comme on l'appelait dans le quartier, —‘“comment êtes vous ?”

paient paisiblement de leurs maris et de leurs enfants et qui ne goù taient pas ses commérages, “madame Leblanc” faisait force amabi lités à “madame Fournier” dont les mauvaises langues disaient qu’ell recherchait l'amitié de “madame Leblanc” pour Que celle-ci ne fit pa: part à monsieur Fournier des visites que recevait “madame Fournier’ en son absence.

“Madame Leblanc” achetait une pinte de melasse et “madame Fournier” se munissait d'une “barre” de savon. Les deux commères Causaient avec velubilité et elles s'informèrent sans façon de la mère Beaulieu d'où elle venait, combien son mari avait payé l'épicerie, si c'était la première fois qu'il faisait le commerce d'épicerie. La mère Beaulieu, qui n’était pas folle, laissa des questions sans réponse, ce qui contraria beaucoup les questionneuses. “Ces habitants’ » dit la Leblanc, en sortant, ça pense que c'est quelque chose, Parce que ça a un peu d'argent !” :

La Fournier n'était pas une méchante âme, quoiqu'elle fût souvent en compagnie de l’autre commère, qui avait du fiel plein le coeur. Elle ne répondit donc pas et la Leblanc continua: “ils ne feront pas fortune ici, avec ces grandes airs-là.”

“Si toutes les femmes sont comme celles-ci”, disait pendant ce temps Marie à sa mère, “Ça ne sera pas amusant.” Mais toutes les mères de famille et les ménagères du quartier n'étaient pas ainsi: il y avait parmi elles €: bonnes mères et de bonnes épouses, et la mère Beaulieu et sa ff. : ‘prirent courage quand vinrent les acheteuses sérieuses, dont la vis.te n'avait pas uniquement pour but de lier connaissance avec elles et d'aller ensuite faire des potins et des cancans.

Quand le père Beaulieu ferma son magasin, le soir, et compta son gain de la journée, il constata qu’il avait vendu pour trois Piastres de marchandises. Ce n’était certainement pas autant qu'il s'attendait à vendre, mais on ne peut faire fortune en un jour et il était convaincu que c'était un bon début. En effet les ventes augmentèrent toute da semaine, jusqu’au samedi, où elles atteignirent Pour cette seule jo::rnée le total de vingt piastres. Le quartier Saint-Denis, dans la parti: nord, est en effet habité Surtout par des salariés qui travaillent à la semaine et qui font leurs principaux achats à chaque paie. C'est le

jour où l’on dépense le plus dans ce quartier.

Peu à peu, le père Beaulieu et ses fils s’accoutumèrent à leur nouvelle occupation. Ils se Partagèrent la besogne: le père Beaulieu et Joseph servaient la dient le, Henri portait les paquets et soignait le cheval. La mère Beaulieu et sa fille s’occupaient de 1a maison, où elles se trouvaient singulièrement à l’étroit, accoutumées qu'elles étaient

aux grandes demeures hospitalières de la cam e. Marie, qui était J vive pour servir, descendait à l'épicerie quand ses frères ou son père s'absentaient.

Deux fois pai semaine, le mardi et le vendredi, le père Beaulieu descendait au marché de la Place Jacques-Cartier, pour acheter des

A der 4 légumes pour sa clientèle, C'était pour fui les jours les plus heureux amabi- D de la semaine: il causait avec les cultivateurs et parlait récoltes, bes-

tiaux et t ature. Mais il était fort scandalisé, quand venait le moment d'acheter et de remonter chez lui, des prix qu’on lui faisait, 4 Il était obligé de payer littéralement au poids de l'or les carottes, les 4 navets, les choux qu'il avait en abondance et pour rien quand il était 4 à Saint-Augustin. Et les oignons! qu'on lui vendait par petites quantités, pour des prix déraisonnables!....11 n’en revenait pas.

En dépit du prix fabuleux qu’il payait pour tout et des prix encore plus élevés auxquels il était obligé de revendre ses marchandises, il remuait beaucoup d'argent, sans cependant faire des bénéfices bien

ce qui considérables. Il avait un gros loyer à payer, des impôts, des répara- | la Le- tions à sà voiture et une foule de dépenses imprévues à faire. Il comaaun mençait donc à comprendre pourquoi les gens de la ville se plaignent É: de la cherté de la vie et il n’était pas loin de s’en plaindre lui-même. ë t sou- Duflieu se présenta à l’épicerie, un ‘our, comme le père Beaulieu ä coeur. se livrait à ces réflexions. 11 était en automobile et son chauffeur fit à nt pas bruyamment résonner la corne de la voiture, en arrêtant devant la porte, vers laquelle le père Beaulieu se précipita, effaré par ce vacarme. s. ant ce L'agent d'immeubles venait s'enquérir comment allaient les affaires. E les les I ne fut pas longtemps et ne laissa pas le père Beaulieu dire un seul 4 i: il y mot, l'accablant de félicitations sur la bonne tenue de son épicerie et E mère sur sa mine prospère. Il s’excusa de n'être pas venu plus tôt, prétex- ä es sé- tant ses nombreuses affaires, puis il dit au père Beaulieu qu'il avait 4 con- besoin d'épiceries et qu’il était venu lui donner une commande. “Il À icans. faut encourager le commerce”, s'exclama-t-il, avec un bon gros rire. a a son Il acheta du sucre, de la farine, des patates et des conserves, — à es de qu'il eut bien soin de choisir dans le lot nouveau qu'il avait placé dans lait à l'épicerie, — puis s'en alla, en promettant de revenir et d’enaincu voyer ses amis acheter chez le père Beaulieu. Il laissa six piastres en te da partant et l’épicier se coucha fort content de sa journée et flatté de rnée constater que Dulieu lui conservait son amitié. artiz

L'agent d'immeubles revint à intervalles réguliers, faisant chaque

à la fois des achats, et s’implantant de nouveau dans la confiance du père st le Beaulieu.

Des gens qui se disaient envoyés par lui venaient aussi faire des ; nou- emplettes chez le père Beaulieu, qui était charmé des bons procédés de ke: u et Dulieu. Les affaires allaient bien à l'épicerie et avec les quatre mille it le dollars qui avaient été mis à la banque après le dernier paiment de » OÙ Dulieu, la famille Beaulieu jouissait de la plus grande prospérité et se

croyait à l'abri de tous les coups du sort. lis auraient été parfaite-

mr.

ner nn b lt Anar iamenr que

ment heureux si l’apprentissage des:coutumes et des usages de la v ne les avait souvent exposés à des désagréments imprévus. {

fut d’abord le policier de service dans leur rue qui survint regarda d’un air mécontent le bel étalage de marchandises que Jose et Henri avaient fait sur le trottoir, Pour attirer la clientèl Beaulieu Courut à la porte, en voyant le policier, croyant avoir trou

Puis les querelles avec les voisins commencèrent. Ils se pla gnirent du bruit que l'épicier et sa famille, très matinaux au gain, faisaient en ouvrant leur magasin à des heures v sitées: le père Beaulieu descendait quelquefois à l'épicerie' à cin

‘heures et demie! Naturellement, ses fils le par les craquements du plancher sous ses grands espaces et n'ayant jamais eu de voi ils parlaient à tue-tête, chantaient et faisaien Causaient dans la rue, en face de d’épicerie, On entendait alors des voix irritées qui disaient : “laissez donc dormir le monde, si

voulez pas dormir! vous n'êtes pas à l'Abord-à-Plouffe, ici.” Et même, une fois, Joseph, qui s'était innocemment appuyé à une muraïlle, juste sous une fenêtre, reçut sur lh tête le contenu d’un récipient qui aurait plutôt dû être versé à l'égout.

s se levèrent donc en tapinois avec d'infinies et risibles précautions et n’osèrent plus parler à voix haute dans la bruit n’y fût devenu assez grand pour dominer lle son

la Leblanc et de la Fournier brisèrent une des vitrines en jouant à la

balle devant l'épicerie, en dépit de la défense du père Beaulieu. Il fut

très contrarié de cet accident et il se fit injurier de la belle fa eblanc, lorsquil essaya de gronder les enfants.

tre vitre, vieil avare”, lui dit-elle.

I fe tent. Je voudrais bien Savoir ce que faisaient les vôtres quand ils étaient petits ?” Tant de

concerta le père Beaulieu, qui fit remplacer la

rie, les bénéfices de la semaine.

de la ville

survint et 1e Joseph

Le père ir trouvé ordonna ises dans Beaulieu

se plairès âpres ent inu- ‘à cinq réveillés

t-elle.

e que e dér daquarmité, leine faire

Caisle,

leur appel.

Somme toute les Beaulieu n'étaient pas mallieureux et ils se faisaient peu à peu à leur existence nouvelle, La mère Beaulieu était une épouse et une mère dévouée ; il lui était indifférent de vivre n'importe où, pourvu que ce fût avec les siens. Marie commençait à lier connaissance avec quelques jeunes filles du quartier et Joseph et Henri commençaient aussi à avoir des amis. Quant au père Beaulieu, il se trouvait trop vieux pour faire des amis et il ne se liait pas aussi vite.

Les deux jeunes gens et letir soeur allaient de découverte en découverte. Ils visitaient (a ville, le dimanche, et les spectacles nouveaux qu'ils voyaient les plongeaient dans le plus profond étonnement et dans la plus grande admiration. Ils n'avaient jamais cru qu’un aussi grand nombre de belles maison pût se trouver réuni ni que d'aussi belles rues existassent. Chez Henri l'admiration dominait, chez Marie l’étonnement et chez Joseph un autre sentiment éveillé par les annonces dont étaient remplis les journaux ct par les nombreux récits de for- : tunes rapides faites au moyen des spéculations sur les inmeubles : il voyait surtout dans les maisons et les édifices superbes la valeur monétaire qu’ils représentaient, l'argent qu’ils devaient rapporter à leurs propriétaires.

En effet, on parlait beaucoup d'immeubles parmi les clients et les connaissances des Beaulieu, et ces discours où on prononçait souvent . le mot de “piastre”, où l’on mentionnait négligemment et familièrement des chiffres incroyables, frappaient vivement l'imagination de: Joseph et émouvaient même le père Beaulieu. Ce dernier ne disait rien, mais il écoutait avidemment et il calculait à part lui les beaux bénéfices qu'il pourrait réaliser s'il faisait comme ceux qu'il écoutait et s’il plaçait son argent sur des “lots”.

On ne s’en douterait guère, mais les gens qui font actuellement le plus de spéculations sur les immeubles, après les gens très riches, sont les gens très pauvres ou au moins ayant des ressources très restreintès. La partie du quartier Saint-Denis où les Beaulieu étaient venus s'établir offre un exemple frappant de cet état de choses : elle n'était pas bâtie, il y a vingt ans: il n'y avait que quelques pauvres cabanes en planches par ci par là : l’église Saint-Edouard, dont le sous-sol seul était affecté au culte, parce que le reste de l’édifice n’était pas terminé, se trouvait au milieu d’un champ quasi-désert. du quartier se rapellent encore de l'aspect étrange que présentait l'église, avec son toit à fleur de sol et son clocher rudimentaire, qui ne dépassait le toit que d’une quinzaine de’ pieds et où le curé n'avait pu loger qu'un unique cloche,

Aujourd'hui, tout cela est changé: une église de fort belle allure domine une mer de toits, qui et'qui couvriront bientôt au Sault-au-Récollet :

RE Troie agree nus an

et ils ont préparé des plans, puis ils ont appelé les Ouvriers, les t: vailleurs, jar le voix des ‘journaux. Ils offraient des “homes” à: hommes de coeur désireux d'assurer l'avenir de leurs familles. n'avaient d’autre but que la spéculation, mais ils ont obtenu, incide ment, des résultats éminemment bienfaisants pour tous... Ceux qui o répondu à leur appel étaient des braves, trajets pour se rendre au travail, qui ne craignaient pas d’entreprend de leurs propres mains, une fois leur journée terminée à l'usine ou d'atelier ou sur les les chantiers de construction, le creusage des fond:

breux abris temporaires où se logeait toute une famille, en attendar qu’on pût construire une meilleure habitation. I] y eut ibien des sou! frances dans ces maisons improvisées, où on ne payait plus de loye: où l’on était chez soi, mais où le froid et l’humidité se faisaient sentir

fallait. Ces autres “lots’ augmentèrent de valeur et leur vente rapports de beaux bénéfices.

Toute une population ouvrière se trouva ainsi installée, en quelques années, dans un beau quartier sain, où il y avait de l'air et du eil en abondance pour les petits, pour les enfants, qui sont da richesse du pauvre. Ces enfants grandiront dans la demeure acquise par leurs parents aux prix de privations qui leur seront à eux-mêmes épargnées. Puissent ces Privations, puissent ces travaux longs et patients ne pas être inutiles et puissent les les parents enseigner aux enfants à perpétuer les vertus familiales d'ordres, d'économie et de travaïl; puissent-ils leur enseigner le respect des autres et d'eux-mêmes et toutes ces fortes vertus qui contribuent plus encore que la seule santé physique à la croissance et au prestige d’une race.

J'ai parlé là des bienfaits réels de la spéculation intelligente et réfléchie, de celle dont les vieux du quartier entretenai

fois le père Beaulieu, en causant au coin de la rue ou e l’épicerie; mais en

expansion de la ville devait aller encore plus rapidement qu'elle n’é-

es ait allée jusque là, et ils escomptaient déjà leurs profits. é des rues L'argent fait rapidement se dépense facilement ; les plus hasar- , les tra- Ddeux agissaient comme s'ils eussent été des richards et on parlait de nes” aux Ætel propriétaire qui, voyant son voisin acheter une automobile, avait les. Ils Evendu sa maison pour én acheter une lui aussi. La machine s'était incidem- Ætout de suite détraquée; après l'avoir payée deux mille piastres, il x qui ont Maävait dû la sacrifier pour cinq cents! es longs Tous ces propos semblaient étranges aux cultivateurs, habitués à eprendre Æ réfléchir longuement, avant de faire la moindre dépense et de risquer me Où à Da plus petite somme. Ils en étaient très émus, mais, ils se demans fonda- LE daient parfois s’ils étaient dans un monde réel et si tous ces chiffres de nom- Det toutes ces fortunes réalisées en si peu de temps n'étaient pas des gra fantasmagories.

= nr £ On était au commencement de l’hiver et le père Beaulieu songeait t sentir au à Saint-Augustin les cultivateurs se reposaient, à cette époque, après squ'à ce les labeurs d'automne et le battage du grain, en attendant la neige pour ‘on eût les charroyages. Il comparait avec les paisibles travaux des cultivaulement M teurs la besogne d’un épicier, qui lui semblait exiger une activité fiéd'u vreuse, et il se demandait si, après tout, leur lot n'était pas le meilleur. qu'il A Il en était R dans ses réflexions quand il reçut la visite du père apporta Duverger, de Saint-Augustin, au commencement de décembre. Louis Duverger était venu à plusieurs reprises voir ses concitoyens de Saint-Augustin. Il n’était pas enorgueilli U: son titre d’étun quel- D diant et il était venu causer familièrement avec le père Beaulieu et ses et du À amis d'enfance, Henri, Joseph et Marie. Son père avait acheté une da ri- couple de maison à Montréal et il venait retirer ses loyers, à l’auacquise D tomne; c'était la raison de son voyage à Montréal. Louis avait ac- FRURES compagné le père Duverger chez l’épicier, qui les recut tous deux avec "8 et D'un vif plaisir. Le père Beaulieu aimait toujours à recevoir Louis, FX €n- D dont la conversation amusait ses enfants et qu’il voyait avec un secret de tra- espoir causer avec Marie, mais la visite du père Duverger était pour lui memes D un évènement particulièrement heureux, car il allait pouvoir s’entreteseule D nir des gens et des choses de Saint-Augustin, choses et gens auxquels il s’intéressait encore beaucoup plus qu’à tous les évènements de la nte et grande ville où il demeurait.

elque- Le père Beaulieu ne voulut pas que son concitoyen re retirât ailporte leurs que chez lui en dépit de la gêne que cela imposait, car s’il y a touausait jours de la place pour un de plus à la campagne, ce n'est pas la même acon- chose à la ville, où les maisons ne sont guère aménagées au point de ir en vue de l’hospitalité.

isons Le père Duverger accepta l'invitation qu’on lui faisait avec tant cons- d’insistance, Le soir venu, on s'installa dans l’épicerie, comme autres, se fois, à la veillée, après îe “train” fait, et on parla du bon vieux temps. hetés Le père Duverger dut renseigner son hôte sur tout ce qui se passait au ne si

village et le père Beaulieu apprit avec intérêt que “Joséphine à Catherine” était morte, qu'Amanda Perreault s'était mariée avec “Joseph à

Pierre Plante”, que Philias Lado sa jument blanche, que Pierre La qu'il ne voulait PaS nourrir pendant l'hiver, que Jean-Baptiste BI chard avait “foutu une volée” à sa femme, un jour qu’il s'était eni avec le résultat qu'elle s'en était aïée Chez ère.

l'avait beaucoup plu, à Saint-Au in, gnait que cela n'eût “abimé Ja terre”,

aque question du père Beaulieu et Chaque réponse de son int locuteur faisait surgir x s

a autre, ct fermait les Yeux, pour voir en imagination celui ou ce dont ils parlaient.

Marie s’informa de Madame Doré et de Marcelle. “Elles doive s'ennuyer toutes seules, tout l'hiver”, dit-elle au père Duverger. “El ne sortent avec Personne.”

LA * répondit le cultivateur.

Sais il n'ira chez Jui qu'à Noël, it rien; se préparent à Je recevoir.

— Elles l’aiment beaucoup.

—Oui, il est bien chanceux. Je ne sais Pas ce qu'il ferait s” n'avait pas quelqu'un qui Prenne soin de Jui Comme cela. Eles n vivent que pour lui. | S venir nous voir?” demanda ensuite Je pèr.

Duverger à l'épicier. : * répondit celui-ci; je ne viens que d'arriver, je Craindrais de m’absent i

* —Je crois que je serai obligé de passer 1a Noël ici. —C’est dommage, les ami Ï imé à

PV A ORNE LAN fa 445

montréalais, qui le considérai village natal et qui recherchai

Un peu parsemés de Pierres mais si beaux quand <a Augustin.

eaulieu, où il Prenait autant plaisir à venir Etant absorbé Par ses études et ne fré:

imait du moins à se trouver dans un intéélasser un peu.

SE à Joseph et Henri avaient été ses compagnons de jeux, à l'école, et tist Bis D avait “marché au catéchisme” avec eux. Quant à Marie, il la consi- Fe SlanSiérait aussi comme une camarade et les saillies originales et spiritualles de la jeune fille le divertissaient fort. C'était surtout sa compa- É . Mgnie et celle d'Henri qu'il recherchait, car le père Beaulieu n'était pas

8er CraiEoujours d'humeur à plaisanter et Joseph avait une mentalité qui lui déplaisait, ne parlait que d'argent et ne songeaït qu'à en amasser, Avec enri et Marie, c'était autre chose: ils étaient toujours de bonne hu- : meur et n'avaient aucun souci, quoiqu'ils travaillassent avec autant ’ardeur que les autres membres de la famille. Ils étaient, par intuition, de vrais philosophes, ne demandant pas à la vie ce qu’elle ne peut donner et se contentant de faire face aux tâches et aux évènements du jour sans appréhender ce que réservait le lendemain.

Marie aimait beaucoup aussi la compagnie de Louis. Ce n'était

es pas qu’elle fût sentimale: la sentimentaiité, la langueur est le fait des ; désoeuvrés et elle n'était pas précisément désoeuvrée. Il lui fallait partager avec sa mère les soins du ménage. apprèter les aliments, aider rait si] D 2U raccommodage et. quand elle en avait |: temps. servir les clients. Nes ne Elle avait pour Louis une sincère et franche amitié, qu'elle lui témoignait sans rougir.

le père Son esprit naturel suppléait à la supériorité que l'instruction avait 6 donnée à Louis et ils faisaient une fort bonne paire d'amis. De la part » JneE du jeune homme, il n'y avait non plus auçun sentiment tendre et il verger aurait été étonné qu'on lui parlat de la possibilité d'un pareïl sentiment, * D car il était accoutumé à considérer Marie comme une demi-soeur.

Si la jeune fille eût été plus raffinée et plus instruite, elle aurait village. peut-être songé à la possibilité d’une union avec wuis, mais son esnis ‘du prit ne s'arrétait à aucun semblable projét. : Elle était encore très jeune t et le et elle avait peu lu, de sorte que les idées romanesque lui étaient nt du inconnues. Elle était beaucoup plus heureuse ainsi, différente en cela

de ces jeunes filles de la campagne qui gâtent leur vie, parce qu'elles La ont reçu trop d'instruction, qui deviennent des déclassées et qui sont — absolument malheureuses. Marie pouvait épouser un homme ayant EE peu d'instruction et d’une situation sociale égale à la sienne et être : était heureuse, tandis certaines jeunes filles de la campagne qui passent cinq Frac ou Six ans au couvent, après un premier stage à l'école élémentaire, ns trouvent difficilement des compagnons avec qui elles soient en commu- : and nauté d'idées. Elles se sont élevées au-dessus de leur milieu et il leur est pénible d’y redescendre en épousant un homme qui est leur égal au a point de-vue social, mais qui est leur inférieur au point de vue de la culture intellectuelle. Les unions entre des personnes si mal assorties à “ont quelquefois de désastrenx résultats.

tard L'instruction a du bon, mais quand elle aboutit à rendre une femme té. malheureuse, atteint-elle un but désirable? C’est là le problème déli-

£at Qui se pose.

L'homme profite plus facilement de son instruction pour s'élever, ‘pour améliorer sa situation. Mais la femme dont les parents, dont les

{ i | Mais le voisin ne voulait pas se faire jouer de cette façon-là et exigea que Joseph ne continuât pas à demeurer chez son père. Ce que voyant, Joseph, qui ne voulait rien laisser à l’imprévu, de-

ee manda avant de partir, sa “part”’d’héritage.

tro- La loi de at province le père le droit de léguer

fait ses biens à qui il veut et même de déshériter ses enfants, mais l'usage

bre établi sous l'empire de l’ancien droit français est souvent encore suivi dans les campagnes et chaque enfant considère qu'il a droit à une part

Sa de l'héritage, “part” qu’il n’hésite pas à demander s’il quitte le logis

eur paternel du vivant de son père. Joseph ne faisait que suivre cet

son usage en réclamant la sienne.

res Le père Beaulieu fut absolument accablé par la demande de son

nir fils, qui le plongea dans la plus grande consternation. Il en perdit le

ent sommeil pendant plusieurs nuits et il devint si changé que les clients lui

iné demandaient s’il était malade.

ou Il crut cependant qu'il ne pouvait refuser: Joseph avait toujours

et été un bon fils. Les quatre mille dollars qui restaient du prix de vente

al- de la ferme enlevaient tout prétexte au père Beaulieu pour ne pas se

ui rendre à la demande de son garçon. Il lui donna donc mille piastres,

er u réservant de lui donner davantage plus tard, si les affaires allaient

ien.

n La donation fut faite pardevant notaire.

ë Le père Beaulieu remplit toutes les formalités, donna les signa-

tures nécessaires, mais il sortit de chez le notaire plus vieux de dix ans.

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