X..., de Ploemeur, matelot
Y..., natif de Quimper, infanterie coloniale, i883.
Plus loin, je découvre :
Vive la Bretag-ne ! i885.
et ces inscriptions, très naïves, laissent en moi comme une émotion douloureuse.
.le rapproche ces dates mentalement... 1880... 83... 85... et je revois l'époque héroïque où les créneaux que les cycas et les capillaires effritent aujourd'hui se hérissaient de lances et d'oriflammes, tandis que les gongs rappelaient à la guerre sans merci...
Combien sont revenus de ces gars, de ces gars bretons, qui, comme nous, s'extasièrent devant
ie magistral spectacle de la mer (rAiinam brisant ses hautes vagues contre la côte de granit ; de la mer aux îlots déchiquetés comme des ruines, et de la campagne ensoleillée où des roches aiguës jaillissent comme les clochers hardis de TArmor des binious et des pardons mélancoliques?
Un moment, notre pensée se recueille, et, comme ces marins ou ces troupiers, insensiblement^ nous arrivons à établir des parallèles qui nous feraient peut-être écrire :
« Vive le pays natal ! » sur les grands murs plaqués de moisissures...
Vive le pays natal! car, malgré sa splendeur, cette nature aux firmaments et incelants, cette nature où le soleil s'endort dans la féerique apothéose des couchants radieux, n'éveille jamais en nous la douce sentimentalité de nos crépuscules métropolitains.
Jamais d'elle ne vient, vers notre cœur ému, la tiède caresse de ces brises qui apportent, en même temps que les odeurs des moissons mûres, la chanson des angélus qui vibrent dans les très lointains ; sa beauté nous éblouit, nous écrase ; mais, au fond, une étrange indifférence fait que
l'enchantement du pays d'annam 43
nous nous sentons toujours, devant elle, les « errants »..., les gens qui passent...
Nous partons...; avant de reprendre le chemin ardu de la descente, je me retourne, et il me semble que cette porte devient plus g-rande au fur et à mesure que le soir tombe.
Oui, elle grandit, et tandis que derrière les créneaux, droites comme des lances, tremblent les tiges lisses de quelques bambous effeuillés, j'éprouve l'illusion très nette que ses murailles en ruines se redressent encore pour menacer ou pour défendre...