‹ MiragesChapitre 26 sur 30 · PAROLES · texte numérisé non relu

PAROLES

bous les remous du voile que j'éploie, prenez mon front, mystère taciturne, prenez mes yeux et leur flamme nocturne, et mes deux mains, fraîches coupes de joie...

Nous partirons vers des rives sereines, vers des jardins aux fleurs miraculeuses ; nous apprendrons toutes les nébuleuses qui sont là-haut d'impériales traînes ;

nous connaîtrons le chant des brises molles dans l'infini qu'une aube divinise, les vagues soirs lunaires de Venise, et le sommeil au rythme des gondoles ;

nous voguerons en de muets caïques le long des ifs et des palmes mouvantes, et nous suivrons de défuntes Infantes jusqu'aux parvis d'or et de mosaïque ;

les nuits du Sud aux profondes haleines nous porterons des Indes jusqu'en Chine où nous ferons un souper, j'imagine, avec de blancs magots de porcelaine ;

04 nous baignerons en des sources d'opale,

en de grands lacs dont frissonnent les ondes, et nos désirs, et nos tendresses blondes, et nos langueurs nostalgiques et pâles ;

je vous dirai, plus doux que des oranges, plus merveilleux que les pas d'une danse, des vers bercés par la souple cadence... Vous vous perdrez dans mes songes étranges !

Prenez, prenez ces longs cheveux de cendre sous les remous du voile que j'éploie, et mes deux mains, fraîches coupes de joie, et mon amour tenace, faible et tendre.

bouviENS-TOi — le jour las et moite... la croisée mi-close... un peu de ciel orageux à travers le rideau frémissant des mois feuillages verts : jeu dansant et changeant de lueurs tamisées.

Un Bouddah japonais, de grands coffres indous, des bibelots épars, des coussins et des livres... Souviens-toi — nous sentions que le charme de vivre se goûte avec lenteur comme un vin rare et doux !

Et d'un lied oublié je retrouvais les notes; tu te penchais un peu vers moi, pour écouter ; dans ces vagues senteurs d Orient et de thé vibrait étrangement ma musique falote...

Ah ! souvenirs ! Ce jour défaillant, ce parfum, ce chant, cette langueur éparse dans les choses, et puis soudain, pareils à des neiges décloses, les pétales tombant d'une rose, un à un.

06 Ll

Uevant une eau perfide et qui fuit mon étreinte ou dont l'âme tarit aux soleils de Juillet mon cœur a pressenti les longs soirs inquiets... Car en nos voluptés se glisse un peu de crainte.

Aimer... Et puis craindre d'aimer!... Sais-je pourquoi l'amour nous enferma sous un réseau fragile, pourquoi brève est la flamme en sa lampe d'argile, moins sonore l'écho qui répond à ma voix?

Sais-je pourquoi l'été, déjà, sur mon visage

a disposé les plis de ses voiles flottants,

pourquoi se meurt le jour... pourquoi l'ombre s étend?

Or d'ombres et d'échos sont tramés les présages.

Je sais qu'au philtre doux se mêlera demain sans doute, une saveur étrangement amère... Et cornment ignorer ce qu'elle a d'éphémère, la rose impériale ouverte dans ma main !

Page 1