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OMBRES

Fantômes dansants, fols et fluides corps

devinés à peine, vous qui me parlez avec la voix des morts,

cette voix lointaine...

lorsque vient la nuit, la donneuse de paix

et de solitude, vous m'apparaissez — et je vous reconnais

avec certitude.

Je vous vois surgir comme à pas de velours

de l'alcôve sombre,

ou d'un vol furtif chassant un rêve lourd,

ô légères ombres !

Vous touchez mon front, mes cheveux dévoilés,

mes paupières closes,

et je vous écoute, et vous me rappelez

de très vieilles choses ;

car c'est du passé, des souvenirs secrets,

des lèvres fanées,

c'est de mes loisirs et c'est de mes regrets

que vous êtes nées.

C'est ainsi qu'en vous mes meilleures amours

ont jeté l'amarre ;

08 que la cendre gît encore de mes jours

dans vos doigts avares ; qu'un reflet encore, émouvant et vivant,

dans mes yeux persiste

du visage étroit où mon regard d'enfant

brûlait, déjà triste...

Vous rythmez mon cœur, visiteuses de nuit,

et je vous redoute,

et sans vous pourtant je n'aurais nul appui

sur l'hostile route;

j'irais pas à pas vers l'avenir difius,

sans but et sans bible,

si vous n'attachiez à tout ce que je fus

des fils mvisibles.

Guidez, guidez-moi hors des brumeux chemins,

loin de ces dédales

pleins d'obscurs dangers!.. Ombres, voici mes mains,

mes mains sororales.

... Votre voix ressemble à cette voix des morts

lointaine et diverse...

Fantômes dansants, fols et fluides corps

qu'une voix disperse!

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