REPROCHE
v-'HERCHERAS-TU jamais, à l'heure trouble et sombre, chercheras-tu son ombre au seuil mouvant de l'Ombre?
Peut-être diras-tu de cette ombre ingénue :
« C'est par un même soir de deuil qu'elle est venue.
« Elle était une sœur des branches inclinées, « des étangs nébuleux, des pâles destinées ;
« elle craignait l'aurore et ses fantômes ; nulle « mieux qu'elle n'a senti la paix des crépuscules ;
« ses mains que poursuivaient un bleu reflet de l'âtre « ressemblaient à deux fleurs de lumière et d'albâtre,
« et l'on voyait courir emmêlant leurs méandres « les bleus réseaux autour de ses deux poignets tendres ;
« ses doigts ne portaient point de bagues inutiles, « mais se pliaient au jeu des caresses subtiles ;
« ses gestes déliés avaient de souples grâces « qui s'épanouissaient librement dans l'espace ;
1 1 0 « sereine était sa voix dont les notes égales « multipliaient l'écho des choses musicales ;
« fluide était son rire et chantant comme une onde ; « dans la nuit de ses yeux dormaient les nuits du monde ;
« ses voiles bruissaient au milieu des feuillages, « et son esprit léger savait de longs voyages!...
« C'est par un soir pareil, un pâle soir de lune, « que je la vis entrer, pâle, fragile et brune ;
« ce n était qu'une enfant, une enfant brune et douce... « Il fallait à ses pieds du sable et de la mousse;
« il fallait à son front des oreillers de soie, « à son oisiveté des fleurs et de la joie ;
« il fallait à ses bras des étreintes moins brèves, «à son âme il fallait plus d'espoirs, plus de rêves!
« Or moi je déchirais sa robe parfumée... « Et je sais à présent que je l'ai mal aimée. »
RYTHME AV PAPILLON MORT m
r ASSANT miraculeux, fleur bizarre et fatale,
vos antennes, vos doubles pétales
qu'une rose tremblante embauma longuement,
lunaire papillon, chose furtive et tendre
à la robe d email et de cendre,
vos ailes désormais reposent, frêle amant
qui suiviez tant et tant de méandres !
Hésitant et muet, votre vol a touché
— ah ! le front endormi de Psyché
sur ce nocturne seuil où se meurent des lampes ;
vol hésitant et doux, muet et sinueux,
vol léger dont les sillages bleus
mêlent aux voluptés paresseuses qui rampent
des caprices, des rires, des jeux.
Vol muet et léger... Merveille des merveilles!
Tout dormait... Tout s émeut et s'éveille
lorsque vous pénétrez aux blancs jardins d'ennui ;
une haleine soudain sur les corolles danse,
et la lune sur l'eau se balance,
et les brouillards touffus oubliés dans la nuit
luisent, luisent d'étranges nuances...
1 2 Et je dormais aussi quand votre aile a touché
— ah ! le front endormi de Psyché, faible adorablement, virginale et captive... Et ce vol sinueux plein d'aise et de langueur a frôlé tour à tour d'autres fleurs...
Et je vous ai senti comme une flamme vive palpiter, palpiter sur mon cœur !
Mais voici que défunte est l'ivresse fugace ;
effacés, le sillage ou la trace
des pétales de cendre et d'émail-champlevé-.-
Et vous reposerez désormais, frêle chose,
voyageur qu'embaumait une rose,
dans l'immobile ardeur du poème achevé
sous la lune — la lune morose.
RESOVVENANCES >I3
... Vw^AR j'ai peuplé toute nostalgie, toute heure floue au charme des lampes, et toute veille, un doigt sur la tempe, de souvenirs — fugace magie...
de souvenirs, de reflets d'opcJe, fantômes bleus dont l'étreinte est douce et qui semblaient glisser sur la mousse... de souvenirs fugaces et pâles.
Aubes, midis, brumeux crépuscules, s en vont dansants et parés de nimbes, et nous suivons aux bords de ces limbes les temps défunts, les temps qui reculent ;
le parc muet s'anime, frissonne comme une femme inquiète et triste ; ma guimpe est blanche, en frêle batiste ; les rossignols se sont tus... Personne...
Mais notre amour caché dans les branches, ardent et trouble, et tendre, et qui cède ; dans votre main, ma main, jouet tiède... et vous froissez la batiste blanche !
114 — Amour, Amour, qu'à travers les choses
votre parfum rôde et s'insinue !
J'ai deviné votre épaule nue comme un parfum révèle une rose...
N'est-il, hélas, n'est-il nulle digue pour protéger de vos influences?...
Que votre voix se vêt de nuances, Amour, Amour en baisers prodigue !
... Ah! j'ai peuplé toute nostalgie, toute heure floue au charme des lampes et toute veille, un doigt sur la tempe, de souvenirs — fugace magie...
de souvenirs, de reflets d'opale, fantômes bleus dont l'étreinte est douce et qui semblent glisser sur la mousse... de souvenirs fugaces et pâles.