DE L'ORAGE ET DE L'EAV
L'HEURE est chaude, languide, moite.
L'eau
sous le flottant et faible fardeau
des nymphéas, l'eau miroite où j'ai baigné mes mains étroites.
Un cygne glisse- Beau dédaigneux indolent, il plisse l'épaisseur lisse de cette eau, et frôle ces dormants calices.
L'orage est proche... C'est un vague malaise
qui, se mêlant à ces roseaux,
pèse !
Les oiseaux
dans les feuillages ombreux se taisent.
Molle torpeur... Enchantement fade- Halo d'une buée sur l'étang de jade.,.
Ah ! perdre dans l'eau Mon âme orageuse et malade !...
f* SOLITVDE AV BORD DE L'EAV
V ENEZ avec moi, suivez-moi, Solitude ; venez — nous prendrons un pénombreux chemin, et vous glisserez votre main dans ma mam... Et sur l'eau, voici qu'une brise prélude.
Fuyons les torpeurs, fuyons le blanc silence de midi qui pèse à ces vignes en fleur ; voici l'ombre et l'eau, le voile et la rumeur — Venez avec moi, ma sœur en ressemblance!
Nos yeux se plairont à suivre les nuées qui lancent leur robe aux quatre vents du ciel, ou l'ardent essaim des insectes à miel butinant le cœur des sauges remuées ;
venez, votre main confiée à la mienne, lusqu'au lent chemin pénombreux et profond ; alors, inclinant vers le mien votre front, vous évoquerez des choses très anciennes...
Nul ne les saurait discerner ou comprendre, ces choses dormant dans l'alcôve des nuits, mai3 Jadis alors s'éveillera sans bruit et me sourira, noble, discret et tendre ;
nous laisserons fuir au loin la source vive et nous atteindrons le miroir nébuleux... Venez, Solitude — et nos vains songes bleus mêleront leur trame au bord d'une eau captive.
20 SOLEIL SVR L'EAV
I^OLEIL, soleil, vous dispersez
à travers les rameaux blessés
par l'Automne aux rigueurs naissantes,
vous dispersez votre trésor,
l'essaim muet des guêpes d or
lumineuses et frémissantes.
Soleil, vous dont l'aube a rêvé, pour vous accueillir, j'ai levé mes mains en forme de corbeille ; vous glissez le long de mes doigts...
Sur le sable, à mes pieds, je vois l'ombre mince qui m'est pareille.
Je vous offre tout ce que j'ai, Soleil ! Le jardin négligé, le mur vêtu d'un lierre triste, la vigne où pend un raisin noir, et la terrasse, et ce miroir :
l'étang d'opale et d'améthyste.
Parmi les nymphéas déclos, jouez, Soleil, jouez sur l'eau
que ride une brise, au passage... 21
Jouez! Ce miroir est à moi, et j'irai voir dans son œil froid,
nimbé du vôtre, mon visage!
22 REFLETS DANS L'EAV
Ctendue au seuil du bassin, dans l'eau plus froide que le sein
des vierges sages, j'ai reflété mon vague ennui, mes yeux profonds couleur de nuit
et mon visage.
Autour de moi dansaient, légers à travers les blonds orangers,
de vains atomes...
Mes doigts souples demeuraient joints ; il me semblait venir de loin,
comme un fantôme !
Et dans ce miroir incertain j'ai vu de merveilleux matins...
J ai vu des choses pâles comme des souvenirs, dans l'eau que ne saurait ternir
nul vent morose.
Alors — au fond du Passé bleu — mon corps mince n'était qu'un peu
que ride une brise, au passage... 21
Jouez! Ce miroir est à moi, et j'irai voir dans son œil froid, nimbé du vôtre, mon visage !
22 REFLETS DANS L'EAV
Ctendue au seuil du bassin, dans l'eau plus froide que le sein
des vierges sages, j'ai reflété mon vague ennui, mes yeux profonds couleur de nuit
et mon visage.
Autour de moi dansaient, légers à travers les blonds orangers,
de vains atomes...
Mes doigts souples demeuraient joints ; il me semblait venir de loin,
comme un fantôme !
Et dans ce miroir incertain j'ai vu de merveilleux matins...
J'ai vu des choses pâles comme des souvenirs, dans l'eau que ne saurait ternir
nul vent morose.
Alors — au fond du Passé bleu — mon corps mince n'était qu un peu
d'ombre mouvante ; 23
sous les lauriers et les cyprès j'aimais la brise au souffle frais
qui nous évente...
J'aimais vos caresses de sœur, vos nuances, votre douceur,
aube opportune ; et votre pas souple et rythmé, nymphes au rire parfumé,
au teint de lune ;
et le galop des aegypans, et la fontaine qui s'épand
en larmes fades...
Par les bois secrets et divins j'écoutais frissonner sans fin
l'hamadryade.
J'aimais la ruche aux larges flancs, le chant des abeilles, les blancs
troupeaux de chèvres ; avec le miel ensoleillé, l'acre saveur du lait caillé
monte à mes lèvres !
24 Dans l'ojmbre molle qui consent,
j'ai parfois sucé votre sang,
grenades mûres ; et pour mes cheveux j'ai mêlé des fleurs, des pampres et des blés
à des ramures...
0 cher Passé mystérieux
qui vous reflétez dans mes yeux
comme un nuage, il me serait plaisant et doux.
Passé, d'essayer avec vous
le long voyage!...
Si je glisse, les eaux feront
un rond fluide... un autre rond...
un autre à peine...
Et puis le miroir enchanté reprendra sa limpidité
froide et sereine.
BRVMES SVR L'EAV 25
i RiANONS, Trianons, votre âme puérile et double, dans les bassins dormants, dans les ronds bassins troubles,
ce soir votre âme s'est mirée aux fraîcheurs des miroirs. Ses charmes surannés, ses grâces noblement frivoles ont mêlé des rires défunts aux parfums dispersés par Octobre avec les feuilles qui s'envolent, les vaines, jaunes feuilles molles.
C'est une âme lunaire — à pas légers et sourds elle se glisse sous un bosquet sombre ; ses cheveux argentés luisent parmi les voiles d ombre, tour à tour, ou le long des furtives allées qui s'habillent d'herbes échevelées...
Et les marbres figés en satyres galants auréolent leurs fronts durs et blancs de ses dansantes mélancolies...
Trianons, Trianons, et de ses folies!
Sur vos troubles bassins j'aime cette âme, ô Trianons, cette âme vôtre tour à tour éprise de bals poudrés, de damas rose et de linon ; cette âme qui revient en capuchon de brumes grises.
ce soir !
Cette âme qui se penche... se penche au miroir,
noblement surannée et frivole, et que le vent disperse avec les jaunes feuilles molles...
PÉTALES SVR LEAV 27
L)e tout cela qui fut l'Eté — de cette joue ardente et lourde, de ce front qui penchait, accablé sous les guirlandes et les grappes, de cette gorge que brunit le hâle et de ces chants touffus dans la robe des blés, il nous reste, dans votre robe, dans vos mains de fraîcheur, Automne,
il nous reste un reflet... un écho...
une douceur encore fiancée à 1 eau.
Et puis une rose dernière!...
Votre souffle promène les acres senteurs humides des forêts.
Automne belle ! — De votre cœur secret monte une nostalgie étrange
et comme un regret; et des lueurs encore dansent sur le liquide et lisse miroir où j'allais voir une rieuse Flore de marbre et de mousse... Et pareille à la douce, à la rouge bouche de l'Eté défunt, sur ces calmes eaux pâles,
28 pétale h pétale
la rose douce et rouge effeuille son parfum-
PÉTALES SVR L'EAV 27
L)e tout cela qui fut l'Eté — de cette joue ardente et lourde, de ce front qui penchait, accablé sous les guirlandes et les grappes, de cette gorge que brunit le haie et de ces chants touffus dans la robe des blés, il nous reste, dans votre robe, dans vos mains de fraîcheur, Automne,
il nous reste un reflet... un écho...
une douceur encore fiancée à 1 eau.
Et puis une rose dernière!...
• Votre souffle promène les acres senteurs humides des forêts.
Automne belle ! — De votre cœur secret monte une nostalgie étrange
et comme un regret ; et des lueurs encore dansent sur le liquide et lisse miroir où j'allais voir une rieuse Flore de marbre et de mousse- •• Et pareille à la douce, à la rouge bouche
28 de l'Eté défunt,
sur ces calmes eaux pâles, pétale à pétsJe la rose douce et rouge efleuille son parfum.
FEVILLES SVR L'EAV 29