‹ Miranda dans la révolution française: Recueil de documents authentiques relatifs à l'histoire duChapitre 4 sur 17 · LE DOCTEUR JUAN PABLO ROJAS PAUL · texte numérisé non relu

LE DOCTEUR JUAN PABLO ROJAS PAUL

PRÉSIDENT DES ÉXATS-DNIS DU VÉKÉ2UÉLA,

Vu la participation du Venezuela à l'Exposition Universelle qui aura lieu cette année dans la ville de Paris, afin de célébrer le premier Centenaire de la mémorable Révolution Française de 178i), qui est un des événements les plus grandioses de l'histoire du genre humain ; et

Attendu :

1? Que le Général François de Miranda, né à Caracas, a été le seul américain du Sud qui ait pris une part notable à la grande œuvre de eette révolution, en vertu de quoi, une fois celle-ci réalisée, sou nom a été inscrit sur la brillante liste militaire de la première République Française, avec la haute dignité de général de division de ses armées ;

29 Que grâce à son intelligence, bou courage, ses services et ses vertus civiques, qui l'avaient tant distingué depuis la guerre de l'Indépendance de l'Amérique du Nord, il a su s'élever au-dessus des orages politiques de son- temps et occuper un rang d'honneur dans les annales de la nation française, si puissante et éelai- Tée, laquelle a inscrit son nom sur l'Arc de Triomphe

(le l'Etoile, et ooiisoive sou t-tVigio iwpc. c( eô!ôbiit(''s dans une des galuiics ilii piilfiis ilo >

^? Qu'un pavillon du looal do l'Exiioaitiou est cou saoïô il l'exhibition des objets iiréeioux et autres l'eli ques ayant appartenu aux i>ei's-onuagos do la Révolu tion Fran«;aiso de 89, parmi lesquels a figuré Alirauda

Sur le vote affinnatiï du Conseil Fédéral,

Jkkrvle :

Art. 1*' La ceinture militaire du Ciéuéral ilirauda celle qu'il a portée dans I<^s L-ampagnes de Belgique e de Hollande, dont a hérité sa famille et (jui est ae tuellement conservée au Muséi- National, comme un de, souvenirs historiques de ce grand fiitoyeii, sera euvo yée par le Miuistt're des Affaires Etrangf'-res à la lé gation du Venezuela à Paris, et par l'entremise de cel le-ci et avec l'assentiment du Président de la Républi que Franvaise, sera offerte, avec prière de restitution pour figurer dans la salle de l'Exposition affectée au: objets historiques.

Art. '2. — A l'occasion des l'êtes du Centenaire, & attendu que le nom de Miranda doit figurer dans l'uu( d'elles, le Président des Etats-Unis du Venezuela en ven-a au Président de la République Fran<,-aise, avei une Icftro autographe et par l'entremise do la légatioi du Venezuela, le diplôme et les insignes qui correS' pondent j'i la première classe de l'Ordre du Buste di Libérateur.

Art. ;> — Le gouvernement du Venezuela fera frap^ per, en commémoration do (jette date, une médailU

d'or de cent ciiiq millimètres sur quatre-vingt-quatre, laquelle portera sur sa face, eu relief, le buste de Mirauda avec sou uom iuscrit au-dessous, et sur le revers l'écussou uatioual, également en relief, entouré de l'inscription suivante:

Les Etats-Unis du Venezuela à îa République Française, à l'occasion du lyremier Centenaire de sa grande Révolu tion—1 789—1889 .

Paragraphe. — Cette médaille sera envoyée à la légation résidant à Paris, afin que celle-ci la présente au gouvernement de la Eépublique Française au uom du gouvernement du Venezuela.

Art. 4. — Le gouvernement fera publier un livre contenaut le portrait, la correspondance, les notes officielles, les proclamations, etc., etc., du Général Mirauda, à l'époque de la Révolution Française, ainsi que quelques opinions qui lui sont favorables, émises par plusieurs contemporains célèbres; le titre de ce livre sera : Miranda dans la Révolution l''rançaise.

Art. 5. — Les frais occasionnés par les dispositions du présent Décret seront à charge du Trésor publie.

Art. G. — Le Ministre de l'Intérieur est chargé de l'exécution du présent Décret.

Fait au Palais Fédéral de Caracas, le 26 Avril 1889— l'an XXVI de la Loi et XXXÏ de la Fédération.

Signé: .1. P. ROJAS PAUL.

Contresigné: le Ministre de l'Intérieur,

Febnasdo Abvelo.

Miranda daiiN la Ik'volntion Fraiii;ahe : tel est le titre du volume offert par lu gonveruement du Venezuela au gouvernemeut de la France. Les pages de cet ouvrage sout reraijliesj do documents officiels et privés, relatifs aux services de ilirauda en France de 1792 à 17!)?, formaut le recueil lo plus complet qui, jusqu'à présent, ait vu le jour. Les futurs historiens de la Révolutiou Frau<;aise trouveront un grand intérêt dans l'acquisition d'un ouvrage rarissime, iuconua de Jomioi, Tliiers et Lamartine, mais qui a été consulté par Boisjoliu, Sainte-Preuve, Miehelet et Louis Blano, ainsi qu'on peut voir d'après les justes appréciations que ces écrivains modernes ont faites de Miranda.

Mais, avaut de continuer, qu'il nous soit permis de faire le récit de l'histoire de ce volume, car autrement sa publication pourrait paraître inutile.

Après le désastre des deux expéditions que Hiranda entreprit contre le gouvernement espagnol du Venezuela en ISOG, ce général fut obligé de se retirer à Londres et d'y séjourner, en attendant la suite des événements. Peu après vinrent les jours de 1808, époque à laquelle commence l'efEerveseence révolutionnaire dans les colonies hispano-américaines. Gai'aeas donne le signal de la révolution lo 19 Avril 1810, et bientôt toute l'Amérique espagnole se lance, comme par enchantement, dans la voie des conquêtes politiques; quelques mois plus tard, Jtirauda, accompagné du jeune Bolivar, arrive au sol de la patrie, après une absence de quarante ans. C'est avec fierté et joie qu'il contemple le pays de sa naissance, et, inspiré par l'amour qu'il a toujours pro-

fossé ponr lui, il s'estime heureux de le servir. Mais iliranda apparaît comme uu étranger îl Caracas, après uue absence si prolongée. Presque tous ses compagnons d'enfance avaient disparu, et il ue rencontrait partout que des individus qui ne savaient rieu du rûle important qu'il avait joué dans le monde politique. Ils ignoraient la brillante éducation qu'avait rei,'ue leur célôbre compatriote; les services qu'il avait rendus à la cause do la liberté, et dans l'Amérique du Noi-d, et en Europe ; les importantes relations qu'il entretenait avec le.s hauts personnages de cette époque; et, enliii, tout co que la presse des deux mondes avait publié à l'égard do son caractère, de son talent, de ses .services à la liberté, do son instruction solide et dos autres qualités sociales et morales qui le distinguaient.

Mais Miranda, qui prcssoutait tout cola, avait cru devoir se présenter devant ses compatriotes muni d'un état de services ([Ui le ferait conuaîtro jiar la nouvelle génération ; et dans ce louable but, il fit publier à Londres uu livre, sous la directiou d'un de ses amis, M. J. M. Antepara, natif de Guayaquil: livre riche eu documents écrits en e.spagnol, eu fraudais et eu anglais, et qui datent de 1770 à 1808, Cet intéressant volume contient des lettres et des recommnndatious do souverains et d'hommes célèbres; des correspondances officielles do Mirauda eu Europe et en Amérique ; des appréciations d'historiens, de ministres et d'hommes d'état; des extraits de journaux; des documents d'an caractère privé: c'est uue volumineuse collection, sans ordre chronologique, qui embrasse la vie do Miranda

depuis son début dans l'avmée espagnole envoyée pour contribuer à rémaneipation de l'Amérique du Nord, jusqu'aux événements de 1808 qui encouragèrent la révolution américaine de 1810 et aidèrent grandement à son développement et à ses progrès. Le livre précieux dont nous faisons mention porte le titre suivant :

South American Emancipation.

Domments, historical and expîanatory,

sheiving the designs which hâve been in

progress, and the exertions made by

General Miranda,

for the attainment of tliat object âitring the

last iiventy-five years.

By J. M. Antepara.

London, 1810.

Laissant de côté les documents de cet ouvi'age concernant la vie publique de Miranda, avant et après la révolution de J789, nous avons pris ceux qui ont rapport .seulement à l'histoire de la Révolution Française. Après avoir étudié ces pièces, nous les avons rangées méthodiquement, d'après la chronologie des événements, en prenant soin de les purger des nombreuses faute.s typographiques de l'édition primitive. Nous avons ajouté à cette collection de nouveaux documents omis par Miranda dans l'édition de 1810 ; et, en plus, un appendice où se trouvent les appréciations de quelques historiens, anciens et modernes, à l'égard de Miranda; et enfin cette préface qui pourra guider le lecteur dans PétQde du i-ecueil intéressant que nous lui offrons.

Cette édition, qui remplit uos désirs, assure l'exécution de l'ordre du Président de la République exprimé dans sou décret du 27 Avril de l'année courante. [•]

Le gouvernement du Venezuela a été guidé par une intention louable et généreuse, en tenant à publier cet ouvi-age. "Miranda avait douné de très-bonne heure des gages à la liberté", a écrit le célèbre historien Louis Blanc. ■ A notre tour nous disons qu'an ouvrage portant le titre de Miranda dans la Révolution Française est un hommage du Venezuela à la France républicaine. Voici un ensemble d'appréciations et de faits: c'e,st une nouvelle contribution, parmi tant d'autres et de si importantes, à l'histoire de ces jours de progrès général qui constituent une époque spéciale dans les conquêtes intellectuelles du genre humain. Et, afin que l'importance historique soit à la hauteur de la justice historique, nous n'avons pas voulu inscrire dans ces pages les opinions d'écrivains anglais ou américains, à la louange de Miranda; tout dans ce volume sera français: documents, appréciations et jugements de ceux qui furent les contempoi-ains et les témoins de la grande révolution de 1789 ["].

I*] La correctiou de ce volume et la tradnetîOQ de notre préface en frani^aîs, tm élé faites par notre ami distingué M. Pedro José Kojas, auquel nous devons nos plus sineères remercîraents. M. Rojas a corrigé de nombreuses erreurs du texte original, en respectant toutetois la forme employée dans les ccir. respondances, laiiiicUo n'est pas toujours telle qu'on aurait pu l'espérer. Il a laissé aussi ft chaque auteur, spécialement aux modernes, l'orthographe dont chacun se sert pour écrire les noms géographiques et parfois mitme les noms historiques.

[•■] Un très-remarquable ouvrage, encore inédit, doit t-n-

Mais il y a quelque chose oneove, qui satisfait le sentiment américaiu, qui est un honneur et un ti-iompho pour l'histoire : c'est la complète réhabilitation de Miranda, entreprise par quelques historiens de la France actuelle, lesquels ont éelairei des faits que les historiens précédents n'avaient pu apprécier i\ cause du manque de documents. Michelet a écrit: "Le récit de Dumouriez, paifaitemeut calculé pour obscurcir tout ceci, a été accepté sans débat par Jomini ; tous ont copié Jomini. Il u'en a pas moins été démenti, ce vécit, détruit et pulvérisé: 1" par les ordres écrits que Dumouriez donna lui-même; 2? par Miranda, un honnête homme, dont la parole vaut beaucoup mieux que la sienne; 3? par un témoin à coup sûr impartial, le général des autrichiens, Cobourg, qui dans son récit s'accorde avec Mirauda. C'est avec raison que Servan et Grimoard, les meilleurs juges des guerres de ce temps, ont préféré le récit conséquent de Mirauda à celui de Dumouriez, insoutenable et contradictoire, qui se trom-

ricliîr la bibliogmpliio mirftudiouuo, et ORCupera une place d'hounenr daus lu littoraturo hispano-américaine. Nous voulons parler de la Vie de MrRAîJDA., écrite par notre ami distînffué M. Miguel Tejera.

Apri'S avoir étudié tous les documenta connus jnsiju'à ce jour, favorables ou eoiitrairos i\ Miranda, depuis sa jeuuesâe jusqu'en ISIU. Tauteur, inspii-é par nn jugement impartial et une sévère ei'itique, nous présente Miranda non pas sons le point do vue des sentiments du biographe, mais tel qu'il est dépeint par les doeumcntH ofliciels, les seuls guides suivis par les historious modernes loi'squ'its cliereliont h réiwudre la lumière sur la vie des grands hommes.

pe [voloutai rement] sitr les nombres, les beiiies, les lieux, les choses et les personnes." [•]

Ajoutons à ropiniou de Miclielet celle do Louis Blanc: "Dumouriez u'aimait poiut Mivanda, en qui il redoutait le républicain sincère, l'ami du Pétion, ie général favori de la Gironde . . . Cette droiture républicaine n'était pas faite pour piaire :ï un esprit de la trempe de Dumouriez. . La vérité est que, eaus aller jusqu'aux limites extrOmes du jacobinisme, Jlirauda avait donné de très-bonne heure des gages à la liberté" [**].

Ce livre est accompagné d'une médaille ayant sur sa face le buste de Mïranda, et sur le revers les armes de la République du Venezuela ; ces deux objets sont un présent fait par le Président du Véuézuéla au Président de la République Frau(,-aise, comme souvenir d'une date mémorable dans l'histoire du moude: la révolution de

Puisse cette marque de déférence, si amicale et si éloquente, d'une république jeune encore pour la grande République Française qui brille aujourd'hui à la tête de la civilisation universelle, être un lien d'union entre deux peuples qui ont lutté avec gloire pour le triomphe de la liberté.

L'humble devient grand, et le grand devient sublime, lorsque les peuples d'une même origine combattent, soufErent, triomphent, s'immortalisent comme champions des nobles idées. Au moment où nous célébrons la plus grande des conquêtes politiques du genre humain, la

I*] MiCHELET. — Histoire de lu Révohitiou Fmn^aiae. |"*J Loms Bl^KC. — Histoire tie la Béi-oîulion Fmnçaine.

MIRANDA

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