‹ Miranda dans la révolution française: Recueil de documents authentiques relatifs à l'histoire duChapitre 6 sur 17 · IU · texte numérisé non relu

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tiou, puisqu'il m'avoit assuré très-positivement dans nos derniers entretiens, qu'il ne mettroit jamais les pieds en

France, et je l'avois quitté sur la frontière Je me

proposois de faire cet exposé exact à la Convention Nationale le lendemain de mon amvée; c'étoit à cet effet que j'écrivis au Président pour lui demander d*être admis à la barre ; mais n'ayant pu obtenir mon admission, malgré que je me sois présenté tous les jours, je mo suis décidé à le publier dans un mémoire imprimé qui contient tous ces faits.

Soixante-unicmc question.

Avez-vous (lonnoissance que les citoyens Pétion et Bancal aient fait paivenir à la Convention Nationale vos déclarations qui étoient d'une ai grande importance I

Ecpoiise.

Le citoyen Pétion m'a informé qu'il les avoit communiquées immédiatement au Comité de Défense Générale ; le citoyen Bancal étant parti pour se rendre à la frontière, je ne l'ai pas vu depuis.

Soirante-deuxicme question.

Avez-vous eu connoissance que le citoyen qui vous a accompagné à Paris, et qui servoit auprès de vous h l'année, ait fait part à quelques membres de la Convention Nationale des trahisons de Dumouriez et des lumières que vous pouviez donner sur ces trahisons, si vous étiez entendu sur-le-champ à la barre !

Eéji07ise.

Oui, n'ayaut aucune couuoissauue iutime avec aucun membre de la Conveution Nationale, et étant informé par le citoyen Q. Dulae [qui est auprès do moi en l'absence de mes aides-de-eamp] de l'intégrité du citoyen Magiiet, membre de la Conveution, qu'il counoissoit intimement, je le priai de lui faire cette confidence, pour qu'il la communiquât à ses collègues, pour qu'ils passent remédier aux maux qui menavoient la République par les desseins perSdes de Dmnou riez.

Soirante-troisicme question.

Le Général Dumouriez vous a-t-il donné ordre de faire exécuter le décret du 15 Décembre dernier dans la partie de la Belgique conflée îi votre commandement f Réponse.

Je n'ai pas re^u d'ordre positif du Général Dumouriez pour faire exécuter le décret du 15 Décembre; mais d'après les conférences qui avoient en lieu avec les commissaires de la Convention, je l'ai fait exécuter dans l'armée que je commandois.

Le Général a rerais eu appui de ses réponses un registre des lettres et ordres de service, le tout en original, et les inteiTogats ont été clos aujourd'hui 10 Avril 1793, à minuit.

[Signé] MiRANDA.

[Signé] Olivier Gereste,

Président du Comité Militaire.

— HjG —

Plaidoyer de Chauveau-Lagardc pour le Général Miranda,

accusé (h haute trahison et de complicité avec le

Général en Chef Dumouriez, [•]

Citoyens Juvés.

C'est uue bieu extraordinaire destinée que celle d'un homme qui, dans toute l'Europe, est connu par sa philosophie, par SCS principes et par son caractère, pour l'un des phis zélés partisans do la liberté, qui chez les deux nations les plus libres, avant la révolution fran- Vaise, l'Angleterre et l'Amérique, a pour ami les hommes les plus rocommaudablos par leurs vertus, leur génie et leurs travaux en faveur de la liberté; qui, pour la liberté, a été persécuté par le despotisme d'un pôle à l'autre; qui toute sa vie n'a i-éfléehi, respiré, combattu que pour elle, et lui a fait tous les sacrifions possibles de fortune, d'ambition et d'amour-propi'e : c'est, dis-je, ime destinée bien extraordinaire que celle d'un tel ami de la liberté, qui se trouve pourtant aci;usé de l'avoir trahie, au moment même où il la défeuclait glorieusement les armes à la main, et de l'avoir trahie de concert avec l'homme qui était alors t!on plus mortel ennemi, dont il dénonçait les projets liberticides, et qui, lo ealonmiant alors auprès des représentans du peuple, le livrait comme un traître à la vengeance nationale précisément parce qu'il ti'ouvait en lui rincorruptiblo ennemi de sa trahison.

l'j Aiij(((/'..v (hi liornaa Fniiiçah: Bairean Moierae, tome XII.— Pîins, 1847.

■.jM

Mais ce qui n'est pas moins extraordinaire, peutêtre, c'est que cette accusation qui, par ses détails, semblait d'abord devoir être extrêmement compliquée, se trouve aujourd'hui, par le résultat des débats, réduite à une si grande simplicité, qui s'il est uue chose difficile pour moi, ce n'est pas de chercher ce que je dois dire, mais de trouver ce qui me reste à dire encore.

En effet, Citoyens Jurés, le Général Miranda, par ses réponses, a tout expliqué, tout éelairci, tout prouvé, de manière qu'après s'être montré dans les conseils et dans les armées l'un des plus éclairés et des plus intrépides défenseurs de la République, il s'est montré dans ce tribunal le plus éloquent défenseur qu'il pût avoir pour lui-même; et que s'il m'a laissé quelque tâche à remplir, c'est moins pour sa justification que pour son apologie; encore cette apologie ne sera-t-elle pas difficile : je rapporterai quelques unes de ses paroles, et jo peindrai ses actions,

Je vais donc. Citoyens Jurés, me boruei à vous tracer le tableau fidèle de sa vie, et surtout de la conduite qu'il a tenue au service de la République Françoise ; et cet exposé seul, avec quelques réflexions très- EÎmples, suffira pour démontrer qxi'au lieu d'avoir trahi la patrie, il eu a toujours bien mérité ; et que loin qnll doive attendre d'elle aucun blâme, il pourrait lui demander quelque reconnaissance, s'il ne se croyait pas trop bien payé par le bonheur de l'avoir servie.

Mais il sait qu'en la servant il a rempli son devoir, sa récompense est dans son cœur; loin de se plaindre

de la calomnie qui l'amène devant vous, il s'en félicite, puisqu'il y trouve l'avantage de rendre à ses concitoyens un compte honorable de sa conduite; et cette accusation, loin de ternir sa gloire, ne la rendra que plus éclatante, en ajoutant sur son front la couronne de l'innocence aux lauriers de la victoire.

Et vous, Citoyens, qui remplissez cotte auguste enceinte, vous qui no seriez pas républicains «i vous n'étiez humains et justes! daignez in'écouter avec la dignité d'un peuple libre, qui, eu craignant de voir absoudre le crime, désire surtout de voir triompher l'innocence : et songez bien, je vous en conjure, aux preuves éclatantes que vous a déjiL données ce tribunal, que si la patrie offensée trouve en lui des vengeurs redoutables, la justice reconnaissante y trouve aussi des organes consolateurs.

La famille de Miranda, originaire d'Espagne, est établie depuis deux siècles ù l'Amérique du Sud, où elle a toujours vécu avec considération, dans la province de Véuézuéla, occupant des places civiles et militaires ; et lui-même est né, en 1754, sur les montagnes des Audes, daus la province de Caracas. C'est une observation par laquelle j'ai dû commencer, parce que la calomnie, pour donner au moins quelque ombre de vraisemblance aux délits qu'on lui imputait à Maëstricht, a supposé qu'il avait pris naissance dans cette ville, et qu'il y avait même encore ses pareus.

Je ne parlerai pas, quelqu'avantage que je pusse en tirer, du caractère qu'il a déployé dès son enfance, et la première éducation qu'il reçut alors dans l'Université do Caracas.

Je vous demanderai seulement, "Citoyous, qu'il me soit permis de dire quelques mots de sa vie morale et politique, avant l'époque où il a eu le bouLeur de servir les armées de la République Fi'am;aise : vous y verrez comment il esD possible qu'un pareil homme ait jamais eu l'idée de trahir la liberté.

Sa haine contre le fanatisme et l'oppression qxii régnent dans cette partie de l'Amérique lui fit souhaiter de bonne heure d'eu sortir et do voyagei-.

Plein de ce sentiment iuvenciblo, il partit à l'âge de dix-sept ans, pour l'Europe. Le roi d'Eapague offrit à sa famille, dans un des régimeus de l'armée, une compagnie, qui lui fut donnée, lors de sou avrivéo à Madrid. Mais, moins occupé dos emplois et des rangs que de son instruction, il fit venir de France des maîtres de mathématiques et de génie, qui l'instruisirent dans ces différentes sciences, le gonvorneuioiit ne voulant pas lai permettre do sortir du royaume.

La guerre qui éclata eu Afrique contre l'Espagne, lui fournit l'occasion do faire son premier essai dans l'art militaire; ce qu'il fit dans les campagnes d'Alger, et dans la défense de la place de ilélilla en Afrique,

Cette guerre 6tant finie, celle de l'Amérique du Nord contre l'Angleterre lui fit demander l'honneur d'aller servir la cause des américains. Il fut encore refusé.

Alors il fut à Gibraltar, où il eut occasion d'examiner les troupes anglaises et hauovriouaes, qui étaient arrivées pour relever la garnison, qui se rendit en Amé-

rique; et là il fit«sa première étude comi l'infanterie.

Dans cet intervalle, il cultivait la philosophie et la littérature ; ce qui ne manqua pas de lui attirer la haine de l'inquisition, qui, ne pouvant faire de ea personne un auto-da-fé, se vengea sur sa biblothèque philosophique, en la livrant aux flammes.

La guerre entre l'Angleterre, la France et l'Espagne sur l'iudépeudance de l'Amérique du Nord, ayant été dôelarée, il demanda du service pour passer dans cette dernière contrée; co qui lui fut accordé à l'armée espagnole, qui marchait eu Amérique. Il partit en qualité d'aide-(lo-eamp du Général en Chef. L'ouverture du port de la Havane pour le commerce américain ; la conquête de la Floride de l'Ouest; celle des îles de Bahama; le départ de M. do Grâce pour Chésapéak,' dont le résultat fut la prise do l'armée anglaise et l'indépendance de l'Amérique du Nord; eufiu, l'invasion projetée de la Jamaïque, furent, plus ou moins, l'ouvrage de ses conseils; il prit part à leur heureuse exécution, pourl'intérêt de la liberté dans le Nouveau-Monde.

L'affaire importante de l'iudépeudance étant termiiiée, et l'Espagne ayant pris quelqu'orabrage au snjet des relations de Miranda avec l'Amérique du Nord, de ses idées sur la liberté du peuple, et de son aversion pour la tyrannie qui régnait dans le gouvei'nemeut des colonies espagnoles, il quitta le service pour se soiistrairo à la persécution qui le menaçait et se dévouer entièrement aux voyages et à son instruction.

Il commença par examiner l'Amérique du Nord, d'an-

bout à l'autre, observant la forme de son gouvernement, et les moyens par lesquels s'était opérée cette immortelle révolution. La fréquentation des sociétés et des principaux individus qui eurent part à ce grand événement, le mit à portée de recueillir toutes les informations qu'il pouvait désirer; et les sites des difEérens lieux où les batailles se donnèrent, ainsi que les conversations avec les généraux qui y furent acteurs, lui firent juger du modo par lequel un peuple, agricole et simple, défendit sa liberté contre les troupes les mieux disciplinées de l'Europe, et jeta les fondemens d'une autre révolution, qui pût étendre ce même bonheur dans tout le Nouveau- Monde.

Cette recherche terminée, il passa en Angleterre, pour examiner également la forme du gouvernement. En vain y sonda-t-il ses dispositions, pour coopérer au bonheur général de son pays, qu'il avait en vue ; elles lui semblèreut, par l'embarras où ce gouvernement se trouvait alors, ne devoir pas être de longtemps favorables à ce projet philanthropique; il résolut de s'en occuper encore, en parcourant tous les pays de l'Europe, et, pour l'exécution de cette glorieuse entreprise, il fit, à l'exemple de Platon, le sacrifice d'une partie de sa fortune, et par là se montra digne de nous rappeler cot ancien sage, dont l'imagination, même dans ses écarts, prouve les grands talens et les grandes vertus.

Il quitta Londres pour se rendre en Prusse, où il assista aux grandes revues que Frédéric faisait de ses armées en 178,3 ; et cet examen lui fit connaître jusqu'à quel degré de perfection cet infatigable guerrier

avait porté l'art militaire: il eu étudia les principes peudant deux mois à son école.

De là il passa en Saxe et on Autriche, où les mômes observations lui firent juger comparativement de i'avt militaire en Europe.

Ensuite il fut eu Italie, où le mélange de presque toutes les formes de gonveniement, offre, dans leur nuances diverses, le tableau des difEérens degrés de malheur ou de bonheur que l'esclavage ou la liberté peuvent procurer aux peuples; passa eu Grt'ce, où le port du Pyrée, les villes d'Athènes, de Corinthe, d'Argos, de Sparte et do Thèbes, offrent encore dans leurs restes antiques une confirmation de tout ce que l'histoire nous rapporte des peuples illustres qui les ont autrefois occupés; partit pour l'Egypte et pour l'Asie mineure, autrefois si fameuse par les colonies grecques qui établirent et soutinrent la liberté sur ses côtes ; alla jusqu'à Constantinople, dont le gouvernement extraordinaire présente un contraste singulier avec tous les antres gouvernemens répandus sur le globe; traversa la mer Noire, dans le désir d'y étudier l'histoire du commerce et de la navigation de la Grcce ; et parcourut enfin toute la Tauride, cette province possédée depuis quelques années par la Russie, et dans laquelle une armée de soixante mille hommes, qui l'occupait alors, lui présentait le tableau de la foi-oe teiTCstre de ce vaste empire, qu'un génie heureux a tout à coup, et comme par l'effet d'un pouvoir magique tiré du sein de la barbarie où il était plongé depuis des siècles, pour le porter à la civilisation, et pour ainsi dire au plus haut degré de puissance.

Dana ee voyage i! vit le prince Potemkin, pi-iucipal ministre de l'empire, qui désirant connaître le système politique des différens pays de l'Europe que Miranda venait de parcouiir, l'invita à l'accompagner dans les voyages qu'il faisait dans la Tauride ; ce qui produisit eutre eux une amitié tiès-vive.

A la fin de ce voyage, Potemkin l'ayant engagé de la part de l'impératrice, à l'aller voir à Kiew, il y consentit avec quelque répugnance, craignant que cela n'interrompît le cours de ses voyages, qui se dirigeaient au Nord, L'impératrice le rei,ut avec les plus grandes marques de distinction, en l'invitant à faire quelque séjour auprcs d'elle, et il eut occasion de voir encore l'empereur Joseph JI et le roi de Pologne qui étaient près de KieTv.

Cette circoustance lui fit connaître tous les pevsouuages de 06 temps, ainsi que leur cour; ce qui ne laissa pas d'ajouter beaucoup .'i ses observations à cet égard, et à sou éloiguement pour tout ce qui environne la royauté.

Il vous prie, Citoyens, de permettre ici qu'il vous dise uu mot des offres qui lui furent faites alors par Hmpéra triée, non pour eu tirer une vanité qui ne serait que lidicule, surtout devant des l'épublieains, mais pour vous montrer le prix qu'il a mis dans tous les temps aux faveurs des cours, et îi la pompe des distinctions et des rangs....

D'après les sentimens exprimés dans cette lettre, l'impératrice offrit alors à Miranda tel poste qu'il voudrait dans ses armées où à sa cour, en lui donnant pour motifs que les préjugés fanatiques et la politique mes-

quiue de l'Espagne ne pourraient jamais convenir h ses principes. II la remercia, en lui disant que ses voyages n'avaient point pour but l'ambition, mais seulemeut lo désir de s'instruire, et de rendre un jour cette instruction utile à ses pauvres conipatriotes excessivement opprimés par un gouvernement arbitraire. Mais sans désapprouver ses sentimens, elle lui déclara qu'il pouvait dès lors regarder la Russie comme sa propre patrie : et (c'est un hommage qu'il doit rendre à cette femme célt'bre) inutilement le ministre espagnol, an nom (le sou maître, le réclama-t-il comme un individu nécessaire à l'Espagne; on ajoutant, sur le refus de l'impératrice, que s'il n'y retouraait pas, Vmnpire espaffnol était en daiir/cr. Elle répondit: "que sa personne " ne pouvait pour lors être mieux qu'en Russie, et *' qu'elle serait charmée qu'il voulût bien y rester pour " toujours."

Ces offres, honorables et flatteuses pour un homme qui n'aurait pas préféré la liberté à tout, croyez-vous, Citoyens, que Miranda fût tenté même do les accepter t Il les refusa, comme il aurait fait de l'esclavage, et continua ses voyages, déjà trop longtemps interrompus, au gré do ses projets philosophiques.

De Pétersbourg il se rendit en Sui''(le, où il eut oeca.sion de voir, dans la Dalcearlie, les beaux restes de cette nation libre et célcbre. De là il passa en Norvi'ge, où la liberté bannie du reste de l'Europe s'était réfugiée avec les arts, ainsi qu'eu Islande, sous la forme républicaine, et préparait, dans les onzième, douzième ot treizième siècles, la conquête de l'Ecosse.

De Norvège il fut en Danemark, où il apprit que le gouvernement espagnol, plus jaloux que jamais de son entreprisse, avait, mais inutilement, fait des démarches pour l'arrêter à Stockolm. Ensuite il fut voir les fameuses villes anséatiques de Lubeck, Dantzick, de Brème et de Hambourg, où le commerce fleurissant sous les auspices de quelque liberté, offre encore les restes de leur ancienne splendeur. Il se rendit en Hollande au moment on le peuple faisant des efforts pour secouer le joug du Stathouderat, fut malheureusement opprimé par la puissance prussienne ; et enfin passa dans les Pays-Bas autrichiens, qui, pour se soustraire au despotisme de l'Autriche, faisaient des efforts d'autant plus inutiles, que leur entreprise avait pour mobile le fanatisme beaucoup plus que l'amour de la liberté, et ne pouvait, par conséquent, ni réussir, ni rendre le peuple heureux.

Il partit ensuite pour la Suisse, où le tableau des différens gouvernemens, plus ou moins libres, lui fit voir ce que la politique peut produire pour le sort des hommes, et le confirma dans l'idée qu'il avait particulièrement rapportée d'Italie, que le peuple n'arrive jamais au dernier degré de bonheur que dans les gouvernemens démocratiques.

La France alors attirait ses regards ; il brûlait d'y aller observer uu peuple encore esclave, mais dont l'antique bravoure, éclairée par la philosophie, les sciences et les arts, annon(,>ait assez qu'il n'était plus fait pour l'esclavage.

Mais aloi-s la France, encore alliée de l'Espagne, ne

lui offrait pas mi asile assez assuré contre la tyrannie du gouvernement de Madrid ; il fut obligé d'attendre un temps plus heuieux ; t!t, apr^s avoir traversé rapi- • demeut la partie méridionale de la France, et visité ses arsenaux et ses villes maritimes, pour y suivre la marche de l'industrie et du commerce, il se rendit en Angleterre, emportant avec lui l'espérance de voir bientôt los fraii(,-iii8 républicains, tant il avait trouvé dans leurs assemblées populaires de ce bon sens qui devait nécessairement les conduire à l'indépendance.

A son arrivée ù Londres, il apprit avec plaisir les progri''s rapides que la liberté venait do faire dans la république américaine du Nord, pour le bonheur du peuple, et la disposition du gouvernement britannique, à seconder sou projet de l'établir enfin dans tout le coutineut américain; et il s'en rencontra bientôt après une occasion favorable dans l'affaire de Nootkafond ; mais par une fatalité siugulière, qu'on ne peut attribuer qu'il l'inepte avarice du ministère britannique, ou à sa malveillante jalousie pour la liberté des autres peuples, cette affaire importante fut terminée par une simple convention, et l'occasion échappa d'étendre les vrais principes sur tont le continent de l'Amérique, et de préparer ainsi, par une alliance nécessaire entre l'Amérique du Sud et l'Angleterre, la prépondérance absolue de la liberté sur le despotisme.

Enfin, ce que Miranda n'avait pu', faire à Londres, il conçut alors l'espérance de le faire à Paris.

Déjà le trône, ébranlé jusque dans ses fondemens, y était près de sa chute, lorsqu'il y vint enfin dans

le mois d'avril 1792 ; et la joarnée du 10 août l'ayaut convaincu que le peuple avait toute l'énergie nécessaire pour défendre sa liberté, il conçut l'espoir de voir exécuter ses plans qu'il offrit alors comme un don patriotique fait à la Fran ce ; et le Conseil Exécutif l'engageant à accepter An service dans les armées, il y consentit, et prit le rang de maréchal-de-camp.

Arrivé le 7 septembre à l'armée qui était aux ordres de Dumouriez, à Q-rand-Pré, il fut envoyé le lendemain, par ce général, faire une reconnaissance sur les ennemis, qu'il trouva aux villages de Mortome et Briknai, et il eut l'avantage de les repousser avec une force de deux mille hommes, contre une de six milie, tant infanterie que cavalerie.

Le 14, il fit une reconnaissance sur la Croix-au- JBois, où il découvrit le mouvement rétrograde de nos troupes sur Vouziers, et la position avantageuse que les ennemis avaient gagnée, ce qui occasionna cette fameuse retraite que nous fîmes dans la môme nuit du camp de Grand-Pré, et qui pour lors sauva Tarmée.

Dans cette retraite, il eut l'honneur de commander le corps de l'armée, ayant conservé sa division entière réunie à Vargemouliu, dans le moment même où, par une de ces terreurs paniques inexplicables, qui ont, au rapport de nos historiens, fait fuir à la fois deux armées en présence l'une de l'autre, toutes nos troupes S'étaient débandées depuis Courtemont jusqu'à. Ohâlons.

Bientôt cette conduite lui valut un grade supérieur; il reçut le 3 octobre, sans le demander, le raug de lieutenant-général des armées de la République et

prit le commandement d'une division que était en marche vers Valenciennes, pour faire lever le siège de Lille.

Le Conseil Exécutif ayant désiré alors qu'il vînt & Paris pour le consulter sur des plans politiques et militaires, relatifs à l'Amérique du Nord, etc., il s'y rendit et présenta ses observations au Comité Diplomatique et et au Conseil Exécutif: elles furent jugées conformes aux intérêts de la République ; en conséquence, il écrivit au Président, et aux Ministres des Etats-Unis, et c'est une bien douce consolation pour lui d'apprendre que ses lettres ont coopéré essentiellement en Amérique & faire reconnaître l'indépendance de la République Française.

A son retour à l'armée, il reçut un ordre d'aller prendre le commandement en chef de l'armée du Nord, qui se trouvait paralysée devant Anvers; et je vous prie, citoyens, d'observer comment il s'est comporté à cette époque où on lui confiait une armée entière de la République, et dès lors de grands moyens de trahir, s'il avait été capable de trahison.

Quand il arriva devant Anvers, la tranchée commençait à s'ouvrir, il n'y avait pas encore un mortier d'arrivé ni une batterie de tracée: c'est en destituant un officier d'artillerie et on menaçant plusieurs auti"es du même traitement qu'il parvint à ranimer dans tous l'activité nécessaire et qu'il obtint un prompt succès t en cinq jours les préparatifs furent achevés, les ouvrages construits, la citadelle prise ; et le langage répnblicain de cette capitulation mérita les éloges de tous les représentans du peuple.

Oe premier succès obtenu, fait-il île sou pouvoir ■ un moins bon usage î II mai-ebe rapidement depuis Anvers jusqu'à Maeseyek, passe eu six jours la Mea^o et la Roër, et s'empare de Ruremonde et de toiitf- la &ueldre autrichienne, après avoir battu un corps de cinq à six milles hommes, postés dans cette ville, et leur avoir fait repasser le Rhin, ainsi qu'aux troupes du roi de Prusse, qui pour lors se trouvaient dans le duché de Clèves, le comté de Meurs et la Tîneldre prussienne.

Il fait plus, après avoir ainsi défendu la pati'ie de son épée, il la sert encore de ses conseils. Duuioiiriez venait de concevoir le projet de s'emparer de la Zélande: projet digne d'un filibustier, par sa folie, autaut qu'il aurait été funeste par ses eonséqueuces ; et, sur ses observations, le Conseil arrête, et Diiraoriez Ini-mtV me reconnaît que ce projet doit être abandonné; que dis-jeî Citoyens, i! sert la patrie par ses cou>ieils ! il la "sert au dépfeus même de sou amour-propre et de ses intérêts personnels: Dumouriez lo rappelle à Liéye pour lui communiquer un ordre du Pouvoir Exécutif, qui lui proposait le commandement eu chef de quelques possessious d'outre-mer: rien n'était plus fait pour flatter son ambition; mais rien no lui paraissait moins intéressant pour le service de la Républi»iuo ; il n;fu- 86 tout, et fait abandonner ce plan, comme il venait de faire rejeter celui de la Zélande, et comme il avait fait suspendre les entreprises hasardées relatives à l'Amérique du Nord, etc.

De plus, cet intrépide défenseur de la patrie, ce

sage eonseillei' de l'Etat, S6 montre encore nn administrateuv éclairé de l'armée. Elle se voyait sur le point de manquer do subsistances, ot par ses soins les subsistances lui sont rendues, et l'ordre se rétablit dans toutes les parties de l'administration. Enfin, sur les plaintes qui lui sont portées par des soldats volontaires, contre les commis et domestiques des bureaux d'un commissaire des guerres ; et, sur ce que le commissaire justifiait mal ces derniers, il eu prend occasion de prouver ses sentiments patriotiques pour les défenseurs de la patrie, dont il parle avec une sorte de vénération

Ici commencent les faits plus relatifs à l'accusation, <^t c'est pour cela. Citoyens, que je vous prie de les suivre avec une attention plus particulière: vous ne le? trouverez pas moins favorables à l'accusé.

Tout le mondo convient que Maiîstrieht est nue place extrêmement forte; et si ce fait notoire avait besoin de preuves, il suffirait de diro que Maurice de 8axe, avec cent trois mille hommes, cent dix bouches à feu, et après vingt-sept jours de tranchée ouverte, n'en avait pas pris encore un ouvrage extérieur, et n*a pu l'occuper que par suite des préliminaires de la paix.

Mais il n'importe, Dumouriez charge Miranda, non pas (Vassu'uer cette ville, comme avait fait Maui-iee de Saxe, mais simplement de la bomharder; non pas de l'assiégev, comme a fait Maurice de Saxe pendant l'espace d'un mois entier, mais de la bombarder en sept à. huit jours; nou pas de Vasaieger, comme avait fait Maurice de Saxe,^)C«(J'flH( im mois entier avec cent trois

mille hommes et cent die louches à feu, mais de la bombarder en sept à huit jours, avec vinyt-cinq bouches à feu et seize mille hommes ; et remavquez, Citoyens, qu'en lui confiant cette tâche inexécutable, il lui écrivait, qu'au moyen des iatelligences qu'il avait dans la ville, "il était sûr que le pays était bien disposé; que le " commandant n'était pas militaire; que les troupes bruus- " wiekoiaes, au service de la Hollande, n'avaient point " inteutiou de se battre ; que l'armée de Clairfayt ne " serait pas prête de sitôt, et n'était composée que de "nouvelles levées qui ne valaient pas les nôtres; qu'elle " était d'ailleurs mal approvisionnée ; qu'à l'égard du Oé- " néral Beaulieu, il était gravement malade, et trans- " porté à Luxembourg, et son corps d'armée manquant " do tout ; en un mot, que la ville ne tiendrait pas plus " de deux ou trots jours, et se rendrait à la troisH-me " bombe.^

L'homme brave n'est pas moins circonspect dans -sa conûance, que le sage dans sa crédulité. Jliranda ne se. laissa pas séduire par l'assurance exaltée de' Dumouriez, même en supposant certains les renseignemeua que celui-ci disait avoir; il ne lui dissimula pas les obstaclas qu'il aurait à vaincre, et il écrivit même, le 14 février, au Ministre Beuruonville: "L'entreprise me *' paraît étonnante et très-difficile ; ainsi j'espère qne si *' la réussite n'est pas conforme en tout à nos désirs *' et à l'espoir que vous avez pu former, on aura pour " nous cette indulgence qu'un zèle ardent pour le ser- *' Vice et la gloir» de la patrie mérite d'une nation libre, ** qui voit ses enfans courir au dévoûment avec joie."

Mais, quelq^ues difficultés que présentât l'exécution d'un pareil projet, son devoir l'obligeait à l'exécuter; parce qu'il était soumis, comme général en second, aux ordres du Général en Chef, seul chargé de la responsabilité de l'outieprise ; et ce devoir inviolable, je vous prie, Citoyeus, d'observer avec quelle exactitude religieuse il s'est empressé do le remplir.

On voit d'abord par les lettres do Dumouriez, du 23 janvier et du 8 février, que celui-ci voulait se chai'ger personnellement, dans l'origine, de jyremlre Maiistrklit: et celle de Miranda, du 28 janvier, annonce les préparatifs qu'il fit alors, en fortifiant pi'ovisoirement les postes, pour le seconder dans cette entreprise; et l'on voit même par une du 7 février, au Ministre, qu'il alla plus loin : il y annonce que n'ayant re^u aucune nouvelle officielle de la déclaration de guerre à la Hollande, mais la croyant certaine sur la notoriété publique, il se précautionne pour prendre des forts, eu demandant à cet égard des instructions ; et par sa réponse du 14 à cette lettre, le Ministre approuve ses mesures et trouve ses dispositions fort sages. Mais bientôt Dumouriez reconnaissant que son projet est hardi un vrai coup de désespoir [lettre du 11], il en charge Miranda, laissant à Valence et à Lauoue le soin de soutenir Aix-la-Chapelle, et do défendre le passage de la Koiir; et Miranda dès le i'2, lui annonce qu'il va mettre, s'il est possible, ses ordres à exécution ; qu'il a pris les forts de Steveuswert et de Saint-Michel, et qu'il fait établir inmmédiatement le pont de Visé, très-essen- ■ tiel pour nos opérations sur Maéstricht.

Ensuite il fait; faire par les officiers du génie et de l'artillerie la reconnaissance des lieux ; il fait venir et disposer tontes les pièces d'artillerie qu'on pouvait se procurer dans les arsenaux de l'armée; donne ordre aux chefs d'artillerie et du génie de se tenir tout près pour l'opération; se pourvoit de tous les approvisionnemens nécessaires pour le bombardement de six à huit jours, ainsi que le Général en Chef le supposait ; fait passer, conformément à ses ordres, la Meuse à toutes les troupes de l'armée des Ardennes, pour former avec celle de la Belgique, qui gardait la Roër, une armée d'observation, propre à couvrir le bombardement, et garantir l'armée qui faisait le blocus de Maëstricht, de toutes surprises; place ses batteries à la distance de cinq cents toises de l'enceinte de la ville; envoie ses plans pour le bombardement au Ministre, qui, par sa lettre du 22 février, les trouve très-sages et très-bien concertés.

Enfin, il ne néglige aucune précaution, et fait avec l'exactitude la plus scrupuleuse tous les préparatifs nécessaires.

Alors, il ouvre la tranchée, en personne, avec tous les chefs du génie et de la artillerie; ne quitte pas le quartier-général, si ce n'est pour établir des batteries, faire une reconnaissance, et voir si les troupes se tenaient en ordre; bombarde la ville pendant sis jours, et au lieu des trois bombes qui dévoient suffire, suivant Dumouriez, pour la prendre, en jette cinq à six mille; fait aux Groavorneur, Magistrats et Commandant de la ville des sommations où il profite avec adresse

du succès que nos troupes veuaient d'obtenir à Bréda, pour jeter dans leurs âmes la terreur, et dans lesquelles ou ne saurait qu'admirer davantage, ou la fierté du républicanisme, qui parle au nom d'un peuple libre, ou la dignité de la raison, qui cherche à éclairer un peuple esclave, ou la douceur de la philanthropie, qui veut épargner le sang des peuples pour n'écraser que les tyrans ; enfin, dans toutes ces opérations, ne prend rien sur lui, et les communique toiyours, et au Général en Chef, et au Conseil Exécutif qui les approuvent.

Ce n'est pas tout ; voyant que le bombardement et les sommations n'opéraient pas leur effet, il s'occupe à établir des batteries de vingt-quatre pour tirer à boulets rouges; vingt-quatre pièces allaient tirer sur la place: il allait laisser ia continuation de l'attaque au G-énéral Valence, en se portant sur Nitnègue [son avant-garde était déjà sur Grave] pour empêcher que les troupes prussiennes qui étaient dans la Gueldre sous le prince Frédéric de Brunswick n'entrassent dans la Hollande et n'arrêtassent les opérations du Général Dumouriez.

Mais bientôt il apprend que les ennemis, après avoir attaqué nos avant-postes sur la Roër, et forcé leurpassage à travers l'armée d'observation, commandée par les Généraux Valence, Lanoue, Stingel et Dampierre, se portaient rapidement, avec une force de trente-deox mille hommes, sur la partie de Wyck pour faire cesser l'attaque; alors, quoiqu'il n'eût en tout qu'un corps, do douze mille hommes à opposer aux ennemis, il les rasfait retirer l'artillerie sur Tongres qu'il couvre

par cinq à six mille homines; met le reste des tvoupes sur les hautoui-s de Visé den-iôi-e le J:iar, pour couvrir également la place de Liège ; donne avis au G-iînéral Valence de se réunir à lui à l'effet de former un corps assez considérable pour s'opposer à l'eunemi; exéaute avec succès cette réunion hardie, raltio entiôremeut toutes ses troupes, ainsi que quelques postes qui étaiout restés en ari'ière; opère sa retraite dans le plus grand ordre, et n'y perd pas trente hommes, quoique toujours en face de l'ennemi, et ayant à rappeler l'avant-garde qui était à plus de vingt-cinq lieues sur la rive gauche de la Meuse ; enfin, fait prendre à l'aiTuée sa position derrière la Dyle, sur les hauteurs do Louvain, où il couvre la Belgique; protège les opérations de la Hollande, et se met dans le cas de recevoir facilomont tous les renforts qui pouvaient arriver de France, pour agir offensivemeut ou défensivemeut sur les ennemis.

Ce fut il cette époque, le 11 mars, que le Général en Chef Dumouriez arriva de la Hollande pour prendre le commandement de toutes les armées.

Miranda s'aper(;ut dès lors qu'il apportait de la Hollande une nouvelle doctrine, et que son esprit était exaspéré contre la Conve:ition Nationale ; mais il crut que c'était un effet du mauvais succès de ses plans indigestes, et le mouvement d'un orgueil humilié qui cherchait eu vain à se dissimuler ses fautes.

11 eut une occasion nouvelle de le supposer, lorsque, le lendemain, Dumouriez lui montra la lettre qu'il écrivait .à la Convention Nationale, et par laquelle il

rejetait nos pertes sur des causes qui lui étaient essentiellement personnelles.

Mais il était loin encore de présumer que cette injustice allait bientôt éclater en une trahison ouverte. Ils aljc'i'eut ensemble passeï- l'aimée en revue.

Là, Dumouviez tiot aux soldats des discours qui parassaient tendre à se les attacher; il leur montrait même une gazette des séances de la société des Jacobins, et leur demandait ce qu'ils pensaient de la proscription élevée contre lui dans cette société fameuse, à laquelle apparemment il ne pouvait pardonner d'avoir prédit sa lâche défection. Miranda lui fit à ce sujet des remontrances, disant que de telles démarches lui paraissaient répréhensibles; que l'armée était à la République ; qu'il ne devait pas l'entretenir de querelles individuelles, ni lui permettre d'y prendre part. Dumouriez parut se soumettre à ces réflexions, et fut dès ce moment plus réservé devant lui à cet égard.

Cependant l'ordre pour l'arrestation des Généraux Lanoue et Stingel étant alors arrivé à Miranda, ainsi qu'au Général Valence, Dumouriez saisit cette occasion pour demander à Miranda ce qu'il ferait, si un pareil ordre lui arrivait pour le faire arrêter lui-même. Ce brave homme lui répondit: "que, comme serviteur fidè- "le de la République, il obéirait; mais que d'ailleurs "l'ordre no lui serait pas adressé, attendu que le Général "Valence était le plus aueieu." Il viendra précisément à vous, lui dit Dumouriez, mais l'armée n'y obéira pas ; aith^i, vous n'avez qu'à faire un procès-verbal et le renvoyer. Enfiu, étant à table quelque temps après, il alla

jusqu'à dire, qu'à la fin il faudrait venir à Paris. Mirauda lui demanda de quelle mauière. — Avec l'armée.— Bt pourquoi faire? — Pour rétablir la liberté. — Je crois le remède pis que le mal, répondit Miranda, et certainement je l'empêcherai, si je le peux. — Donc, vous vous battrez contre moi f — Cela peut être si vous vous battez contre la liberté.— Fort bien, vous serez Labieuus. — Labienus ou Caton, vous me trouverez toujours du côté de la République. — Et la conversation se termina ; Dumouriez eut l'air de tourner tous ces discours en plaisanterie, lorsqu'il n'eut plus de doute sur la résolution de Miranda. Mais il paraît que, dès ce moment, il jura de le perdre.

Eu effet, il cessa de consulter avec lui les opérations militaires, ne faisant son conseil privé que des Généraux Valence, Thowenot et Egalité; le chargea, comme on va le voir, des opérations les plus périlleuses, dans l'espérance que la mort pourrait le déban-asser de son incommode pei-sonue; le calomnia auprès des représentans du peuple, commissaires dans la Belgique; et surprit à leur sagesse un arrêté qu'il garda quatre jours, pour l'employer après la mort de Miranda, comme une preuve que ce n'était pas lui, Dumouriez, qui était la cause de nos revers, ou pour ne pas s'en servir, si Miranda survivait, et qu'il vouh'it partager sa trahison qu'il était sur le point de déclarer.

Le lendemain, le 15 mars, on reçoit la nouvelle que les ennemis se faisaient voir, et avaient attaqué et repoussé les troupes de notre avaut-garde qui occupaient Tirlemont. Nous fîmes un mouvement vers cette

ville; et le jour suivant, vei-s les ueuf heures du matin, Miraudft à la tête <îe sa division attaqua les troupes ennemies qui étaient à Tirlemont, prit la ville de force, et les euuemis se replièrent sur leurs avant-postes, entre les deux (rheetes, en avant de Nerwinde- Le 17, l'armée prit sa position entre les deux Gheetes, la division do gauehe derrière AVommersom à l'exception de vingt-nn bataillons sous les ordres du Général Champmorin, qui eurent encore le lendemain à passer la grande Gheete.

Enfin, le 18, ti la pointe du jour, nous attaquâmes le village d'Ovtsmael pour prendre le pont, ainsi que le village d'Heelen, avec son pont que les ennemis occupaient.

A dix heures et demie, Miranda retjut l'ordre du Général Dumouriez de se rendre auprès de lui, à la droite, pour une conférence: il ne put arriver que sur les onze heures: il trouva le Général seul avec le Mar^ chal-de-Camp Tboweuot; et au lieu d'avoir avec lui une conférence, Dnmouriez lui donna l'ordre par écrit et cacheté do ce qu'il devait faire, en lui annonçant que l'on allait donner bataille. Cet ordre était insensé et la bataille une folie; Dumoiu'iez n'avait pas même ordonné du côté gauche la moindre reconnaissance ; nous avions devant nous une riviiVe, très-peu de ponts sur une grande longueur, et point de pontons pour y jeter; les ennemis étaient postés sur les hauteurs de Halle et do Willeré, couverts d'une artillerie formidable, taudis que nous étions dans un terrain conpé, où il nous était impossible de nous déployer; ils avaient d'ailleurs plus de 52.000 hommes, lorsque nous en avions

à peine 36.000; en un mot, il y avait de la téméi'ité, pour ne pas dire de l'extravagance, à exposer nos troupes, sans préparation et contre les règles de l'art, au sort d'âne action, où le seul avantage de la bravoure avait contre lui tous les avantages du nombre, du teri-ain ot de l'artillerie.

En vain, lorsque Miranda rei;ut l'ordre de donner bataille, il voulut commencer à faire à Dumouriex des représentations ; Dumouriez ne voulut rien entendre ; Miranda fut obligé de s'en retourner à sou poste, et, son ordre à la main, il instruisit les commandants des colonnes de leur devoir, en les sommant d'exécuter ponctuellement les ordres du Général en Clief.

Enfin il attaqua, et [c'est une justice qu'il est bien aise de pouvoir rendre aux troupes de la République], à l'exception do quelques corps commandés par de mauvais officiers qui ont abandonné leur poste, elles ont fait dans cette journée des actes de la plus grande bravoure, dont les viles oalomniew de Dumouriez ne pourront jamais effacer la gloire.

Mais, comme l'avait prévu Miranda, leur seul courage ne put tenir contre tous les avantages réunis ; et s'il lui fut impossible d'einpèchei* un peu de désordre dans la retraite qu'elles fureut forcées de faire, après trois heures du combat le plus sanglant, parce que dans des circonstances pareilles cela n'est pas au pouvoir d'un général, ainsi que le prouve l'histoire de tous les plus grands hommes de guerre, anciens et modernes, au moins sut-il arvcter la confusion, rallier ses troupes, ot les ramener aux postes, conformément aux

ordres du Géaéral en Chef; et le leademain et les joui's suivants, il continua sa retraite, encore suivant l'ordre du Géuéral en Chef, devant Tirlemont, dans la position qu'il avait prise antérienremeut, en protégeant la retraite de l'armée. Partie de sa division de gauche se retira sur Louvain, prit la position de Pellemberg, où elle fut vigoureusement attaquée par l'ennemi, l'arrêta dans un combat qui dura presque toute la journée du 22, le i-epoussa à plusieurs reprises, lui fit essuyer une très-graude perte, et finit très-heureusement sa retraite pendant la nuit, après avoir donné le temps à l'armée d'opérer la sienne sur Bruxelles.

C'était à ce moment même où Miranda combattait ainsi, au péril de sa vie, pour la gloire de la République, en couvrant la retraite do l'armée à Pellembei^, que Dumouriez sui-prenait aux commisaires de la Convention Nationale l'arrêté en vertu duquel il se trouve accusé devant vous, et vous vous rappelez. Citoyens Jurés, que le citoyen Lacroix, député h la Convention Nationale, a déposé que te traître eut la bas.sesse de lui dire que la bataille avait été perdue par la faute fhf Général Miranda, auquel il avait donné V ordre de se tenir ferme sans combattre, tandis que l' ordre signé de sa propre main lui enjoint expressément le contraire.

Mais l'ayant obtenu le 21 mars, et sans que Miranda eut même été entendu, il le garde, ainsi que je viens de le dire, pendant près de quatre jours sans en faire usage : et je dois ici l'euouveler une observation décisive dout ou ne saurait trop se pénétrer.

Pourquoi Dumouriez, ayant le 21 l'ordre d'arrêter

le Général Mirauda, ue met-il cet ordre à exécution que quatre jours après?

Il ne peut y en avoir que deux raisons.

Si Miranda venait à périr, alors il voulait eu représentant l'ordre qu'il vouait d'obtenir contre lui se faire un honneur de sa dénonciatiou, et rejeter sur Miranda les suites fâcheuses de sa propre impéritie.

Si Miranda survivait aux dangers dont il avait soin de l'environner, et s'il ne parvenait pas à. séduire son inflexible républicanisme, alors il aurait en main un moyen toujours prêt d'en tirer vengeance.

Ce qu'il y a du moins d'incontestable, c'est que si Dumouriez avait eu Miranda pour complice, non seulement il n'aurait pas exécuté l'ordre, mais il ne l'aurait pas même obtenu.

Quoi qu'il en soit, cet arrêté du 21 mars, Dumoul'iez ne le fit notifier par un officier de son état-major à Miranda, que le 25 à dix heures du soir, et dans cet intervalle, il lui donna différens ordres importans auxquels Miranda se conforma toujours exactement pour le bien de l'armée.

Mais, quoiqu'on exécutant ses ordres, il fut loin de prévoir sa perfidie, il crut d'après les propos que le traître lui avait tenus et le danger auquel il venait d'exposer l'armée contre toutes les règles possibles, ne pouvoir plus douter qu'il y eût de la trahison ; et dès le 21, à son arrivée à Louvain, il l'écrivit à Pétion, l'un des représentans du peuple et membre du Comité de Sûreté Générale.

Lo lendemain, non content de lui avoir écrit cette premi'"-re lettre, il lui en dépêcha un duplicata par un nouveau courrier, ajoutant que lo Général en Chef lai avait comnauniqué son plan d'une retraite absolue.

Ensuite, il exécuta cette retraite, ayant toujours à ses ordres les troupes qui étaient le plus en danger, confoi-mément au désir que Dumoriez avait qu'un coup de feu le débarrassât d'un témoin redoutable.

A sou passage d'Enghien, Mirauda ne put s'empêcher de lui témoigner sa surprise et son indignation au sujet des proclamations infâmes qu'il venait de publier pour couvrir ses erreurs, dont il rejetait alors les suites sur des hommes braves qui s'en plaignaient ouvertement: il lui dit qu'il ne laisserait pas ignorer à la natiou comment et pourquoi ses soldats avaient été sacrifiés ; et comme lo traître s'exhalait en invectives contre le républicanisme et la liberté pour lesquels il eut l'audace insensée de prétendre que les français n'étaient pas faits, il lui répondit qu'un quart-d'heure de boutade et de folie de sa part no lui ferait pas, à lui Mirauda, abandonner des principes fondés sur l'expérience de vingt années d'études et de méditations.

Enfin, ce fut après cette conversation, dont il ci-oit se rappeler que le Général Duval fut témoin en partie, que Dumouriez lui fit notifier l'arrêté des commissaires. On conçoit que Mirauda dut être uon seulement surpris, mais profondément aflEecté d'un coup aussi imprévu: il en dut être surpris, parce que sa conscience ne lui reprochait rien, et qu'il n'avait pu rien prévoir, les commissaires de la Convention n'ayant pas cru

devoir le prévenir, ui même lui parler et l'interroger; et il en dut t-tre profondémeus affecté parce que leur caractère de représentants du peuple et leur grande répntatiou de républicanisme étaient propres à répandre sur lui les soupçons les plus âétrissaus.

Cependant, il n'eut rien de plus pressé que de se rendra à Paris pour se justifier, et déuoneer les faits importans qui venaient de se passer entre Dnmouriez et lui.

Arrivé le 28 au soir, il conjura les citoyens députés Pétion et Bancal, de prendre, à l'instant, tous les moyens de faire connaître ces faits aux autorités constituées, ajoutant qu'il avait tout lieu de croire que Dumouriez ne consentirait pas à. rentrer en France; mais qu'il se préparait à quelqu'acte de la plus haute criminalité; et c'est une chose bien remai'quable que l'un des officiers de l'armée que Mirauda commandait, et qui l'avait suivi dans l'intention de faire connaître la vérité, donna de sa part, à deux antres membres de la Conventiou, les citoyens Maignet et Artaut Blauval, les mêmes instructions. Le lendemain 29, il se présenta avec une lettre au Président de la Convention pour 8*expliquer lui-même à la barre ; mais en vain déerétat-elle par un premier décret de ce jour qu'il y paraîtrait le lendemain, et que les Comités de In Cluerre et Sûreté Générale feraient sommairement le rapport de sou affaire, et dresseraient la séiie des questions qui lui seraient faites, lors de sa comparution ; la fatalité des circonstances n'a pas permis que le décret put être exécuté.

En valu le 22 avril un second décret a-t-il renouvelé les mûmes dispositions : elles ont été sans effet comme les premières.

Eu vain deux jours après un troisième décret l'n-t-il renvoyé aux comités chargés du rapport pour y ('tre interrogé: il s'est empressé d'y subir son interrogatoire ; mais le sort qui le poursuit a voulu que le rapport n'ait pas eu lieu.

Enfin, les Crénéraux Miaezinski, Lauoue et Sttngel venaient d'Otre, le 12 avril, renvoyés au tribunal extraordinaire; et il y avait un mois que Mirauda ne cessait de provoquer sm- lai la lumière avec la confiance d'un homme pur de tout reproche, lorsque la Convention Nationale, qui n'avait pu dans l'immensité des g^■ands intérêts qui l'occupent, trouver le moment de l'admettre à la barre, et d'écouter le rapport de ses Comités Militaire et de Sûreté Générale, déjà prêts en sa faveur, l'a compris nommément dans son décret relatif aux autres généraux, et c'est en vertu de ce décret qu'il a été constitué prisonnier, et qu'il est accusé de s'être vendu coupable de haute trahison de concert avec Dumouriez.

Examinons maintenant, Citoyens Jurés, cette accusation.

Accusation invraisemblable.

Avant la salutaire institution des .iurés, la justioe ne connaissait parmi nous que les preuves légales; elle n'admettait dans la recherche des délits aucune moralité, et le juge, esclave du témoin, se trouvait souvent obligé

fie condamuer ou fl'absoiidre contre sa eouvictiou persouuelle. Mais aujourd'hui quo la réforuie do nos lois criminelles a fait houvensement pvévaloiv les preuves morales, les jurés libres n'ont d'autre règle que leur conscience, et ils peuvent dès lors, avant de prononcer sur le fait, examiner la personne de l'accusé, ou plutôt ils le doivent, puisque la loi pei-met les témoins apolojïétiques; et ce nouveau système, qui sans favoriser le crime, est plus favorable à l'innocence, n'a rien d'ailleurs que de conforme aux premiers élémeus de la raison : de même qu'il est des actions héroïques dont on ne saurait supposer tel homme capable ; de mOme il y a des crimes qu'il est impossible de croire de la part de tels ou tels individus.

D'après cela, Citoyens Jurés, quel est l'homme accusé devant vous d'avoir trahi les intérêts et la liberté de la République! et jugez à quel point l'accusation blesse toutes les vraisemblances.

Quelle est d'abord la réputation de Miranda 1 Vous venez d'entendre une foule de témoins de tous les ùges, de toutes les conditions, de tous les pays, dont la plupart lui sont inconnus, mais dont aucun n'a le moindre intérêt ù le flatter; et vous avez vu que s'ils diffèrent entre eux dans les termes de leurs éloges plus ou moins honorables, ils sont tous unanimement d'aceoi'd sur ses grandes vertus républicaines.

Quelle a été, depuis qu'il existe, sa vie habituelle ? Vous avez vu qu'il l'a consacrée tout entière h l'étude des sciences, des arts et de la philosophie ; au mépris des rangs, des honneurs et de la fortune; à la haine de l'oppression et du despotisme, ses persécuteurs; et

surtout il la lechercbe, à la propagation et à la gloire do la liberté, sou idole, saus laquelle il ne croit pas au vrai bouheur des peuples.

Quels ont ctô daus tous ces temps ses discours favoris ?

"Votre Constitution [de SD] ne peut tenir acec le *' tndaiif/e de la roi/mifé.'"

" Vous serez toujours trahis daus les armées, tant " qu'elles ue seront pas purgées de la noblesse.'"

"Prenez-y garde [en parlant du tableau des proa- " oriptious des Triumvirs,] x)rouez-y garde, voilà, le sort " qui vous attend si vous n'affermissez Vempire de vos " hh i^ur les débris do fanarchie."

"Ces deux êtres [l'impératrice et Joseph II] sont " nés avec des talons ot des vertus, mais ils ont été " dénatures par leur métier.^

" Tel est dans les mains d'un seul homme le poa- " voir souverain que ilarc-Anrèle ot Titus n'ont pas ou " le courage do rendre au peuple ses droits légitimes, " tant il est vrai que lors mémo que Vlmnme est bon, la " chose est toujours mauvaise.'"

Voilà comment il s'exprime avei; ses amis daus l'intimité de la conliaueo ot daus l'épauchement de ces conversations familières où l'homme se peint d'après nature.

D'ailloms: quelle a été sa conduite morale dans les armées *

l'u grand attentat a-t-il été commis en la personne d'un ropré«ontaut du peuple .' il fait porter à tons les

soldats le deuil qu'il a dans le cœuv. A-t'-il occasion de recevoir les eominissaires de la Conveution f Gossuin, l'au de ceux même qui l'ont fait arrêter, vous atteste qu'il est le seul des généraux qui s'empresse de leur rendre l'hommage qu'il doit à la représentation nationale. A-t-il à défendre les soldats-volontaires contre l'insolence d'un commissaire-ordonnateur t il traite ces braves défenseurs de la République avec le respect, et le commissaire avec le dédain qu'ils méritent.

Enfin: quels sont les sentimens qui l'animent?

Il vous a mis à portée d'en juger, par le calme, la dignité, l'énergie et l'élévation qu'il a montrées dans les débats; et je voudrais pouvoir vous le représenter dans sa prison tel qu'il s'est offert à moi, pour vous mettre en quelque sorte sous les yeux sa grande âme tout entière. Là même, son intérCt personnel est la dernière chose à laquelle il songe, ou plutôt son intérêt personnel n'est rien pour lui, il s'occnpe surtout des intérêts de la République, il ne désire que le bien de la Jiépubliqne; il ne parle que de la République, et je puis vous protester qu'à la veille et pour ainsi dire à l'instant même du jugement, c'est avec toutes les peines dn moude que je l'ai forcé de me donner les détails nécessaires à sa cause personnelle, il ne m'entretenait encore que de la cause publique ; et par cette sublime abnégation de lui-même il m'a, s'il est permis de s'exprimer ainsi, rappelé SSoci'ate apprenant son arrêt, sans se distraire des hautes pensées qui l'occupent, et cou- "tinuant son entretien sur l'immortalité de l'âme.

Tel est l'homme, Citoyens, que la calomnie a traduit devant vous comme criminel de iiaut^e trahison.

Si l'on disait ; Catou et Bnitus furent des traîtres ; les marseillais, les vainqueurs de la Bastille, les français sout des lâches ; les jurés sont iniustes, et ce tribunal auti-rcvolutionnaîre, . . . qui le croirait?

Eh bien, lorsqu'on dit que Mivauda a trahi la République, on dit la même chose eu d'autres termes.

Non, Oitoyeus, les jurés injustes, ce tribunal antirévolutiouuaire, les t'vanf;ais lâches, et Miranda, Caton et- Brutus coupables de trahison, voilà des choses que persoune au monde ne pourra jamais croire.

Mais combien surtout l'accusation devieut-elle incroyable par la pvôtenduo complicité de Miranda avec Dumouriez ?

Miranda complice de Dumouriez !

Je ne mettrai pas ces deux hommes eu parallèle, mais saus vous peindre l'un, je vous prierai, Citoyens, de vous représenter l'autre à vous-même, au moins SO'US quelques rapports ; et si vous daignez seulement observer que Dumouriez n'a jamais été qu'au courtisan intrigant, un ambitieux fanfaron et vain, un homme faux, et dî's lors vil et lâche, vous jugerez non seulement qu'il n'y a jamais eu entre ces deux êtres le moindre des rapports, saus lesquels on ne saurait concevoir de complicité, mais qu'ils offrent même tous les contrastes qui eu excluent jusqu'aux apparences ; ■ et qu'en un mot, il n'y a rien de plus inconcevable que Mirauda coupable de trahison, si ce u'est peut-être Mirauda complice de Dumouriez.

Cependant, voyous si cette accusation qui blesse toutes les vraisemblances, n'est pas appuyée de quelques preuves.

Accusation dénuée de preuves.

Avant d'examiner s'il est vrai que Miranda ait trahi la République, je me demande à moi-même où est la trahisoQ, et je la cherche eu vain: la trahison n'existe nulle part.

Si la cause de l'évacuation de Liège, de la levée du bombardement de Maéstrieht, et de la défaite de Nerwinde était ignorée, il y aurait môme alors de la déraison à conclure de ces échecs une trahison. L'art de la guerre est \m art si conjectural, que Frédéric a gagné ou perdu presque toutes ses batailles contre les règles; et voilà pourquoi Turenne, à qui l'on demandait comment il avait été battu, ne se crut pas un traître en répondant que c'était par sa faute.

Mais la cause de ces échecs est connue. Liège est 'saus défense, et l'évacuation en devenait forcée après la levée du bombardement de Maëstricht.

Maëstricht était imprenable en cinq à six jours par une attaque irrégulièvo et brusque, telle que l'avait ordonnée Dumouriez ; et dès lors, la levée du bombardement était indispensable.

Quant à la bataille de Nerwinde, cette bataille ayant été précipitamment ordonuée par le Général en Chef, sans aucune i-econnaissanee des lieux, contre les règles de l'art, et malgré tous les désavantages réunis du

lipn

nombre, du tevraiu ot de l'artillerie, notre était inévitable.

Eu un mot, ta raison de ces différens reveri la nature même des choses, mal ordonnées pa dence ou par l'impéritie de Dumouriezj et ces malveillance gratuite que de les attribuer à une trahison qu'ils ne prouveraient pas quand la cause en serait inconnue-

Je pourrais donc borner ici la défense du Général Miranda; car il est superflu de chercher un traître quaod il n'y a pas de trahison ; et le bon sens, d'accord avec la loi, dit que là où il n'y a pas de corps de délit, il ne saurait jamais y avoir de coupable.

jVIais je veux aller plus loin eucore, et démontrer qu' en supposant la trahison réelle autant qu'elle est imaginaire, Miranda mûme alors serait irréprochable.

En effet. Citoyens, il se présente à l'esprit une première observation décisive, à laquelle je vous prie de vouloir bien un instant vous arrêter: c'est que le bombardement de Maëstricht, la bataille de Nerwinde et l'évacuation honteuse de la Belgique, ouvrages du Général en Chef qui les avait ordonnés, sont des entreprises absolument étrangères à Miranda, qui, non seulement ne les a point approuvées, mais s'y est même opposé de tout son pouvoir ; et que par conséquent elles ne sauraient, sans la plus grande injustice, lui être imputées.

D'ailleurs, une seconde réflexion, non moins importante, vient à l'appui de la première, et porte l'évîdeuee au dernier degré : c'est que tous les témoins, mô-

me à la charge de Miranda, vous affirraeut qu'il a dans ces entreprises pouetuellemeut exécuté les ordres du Général en Chef, auquel il était subordonné ; et vous avez même vu qu'il n'a rien fait sans lui proposer ses plans d'exécution, ainsi qu'au Conseil Exécutif qui les a toujours trouvés fort sages et très-bieii concertés.

Or, s'il a ponctuellement exécuté les ordres de son Général en Chef, il faut, ou convenir qu'il n'est pas coupable, ou prétendre que la subordination dans les armées est un crime; taudis que chez un peuple libre, on ne pardonne pas même aux officiers subalternes de battre l'ennemi sans les ordres de leurs chefs, et que le reproche d'avoir vaincu, contre les lois militaires» ne saurait être effacé par l'éclat même de la victoire.

Miranda ne pourrait donc être répréhensible que dans les détails de l'exécution : et c'est en effet sur de simples détails que porte la trahison imaginaire qu'on lui impute.

Mais d'abord il semble assez extraordinaire, qu'ayant exécuté littéralement les ordres de son chef, dans des entreprises commues sans sa participation, ou même contre son avis, il puisse être, dans les détails, .coupable de trahison : et s'il s'était glissé dans ces détails quelques négligences, quelques erreurs, quelques fautes, ces fautes, ces erreurs, ces négligences, ne devraient être jugées que par une cour martiale, et d'après le code militaire, .mais dans les tribunaux, ofi la justice veut un fait précis, réputé crime par le code pénal, elles ne pourraient faire naître une accusation formelle de haute trahison.

Cependant, Citoyens, vous vous rappelez a force il a réfuté tous ces reproches de détai! out été faits: je u'imagïue pas que vous ayez ouDiie la moindre de ses réponses, tant elles étaient lumineuses; et je me garderai bien de les répéter pour ne pas les affaiblir : en marchant sur ses pas dans les armées, on est assuré d'aller à la victoire ; mais si j'osais parler aprrs lui, ce serait m'exposer inutilement à la défaite.

Permettez-moi seulement une observation que je crois indispensable.

Distinguez bieu, Citoyens, dans l'acte d'aeonsation, l'accusation en elle-même d'avec les faits qui la motivent ; et vous verrez qu'autant l'une est effrayante par sa gravité, autant les autres sont peu dignes de fixer un instant l'attention.

En eflfet, Citoyens, " ou l'accuse d'avoir méoham- ** ment et à dessein trahi les intérêts de la République, " et provoqué sa dissolution, en ne s'opposaut pas, et " même en facilitant l'invasion des ennemis de la Ré- " publique sur son territoire, tandis qu'il avait tous les " moye'iis suffisaus pour l'empêcher; et de lui avoir " causé des pertes incalculables, tant eu hommes, ar- "geut, vivres, que munitions de guerre, lesquels sont " restés au pouvoir du traître Dumouriez et de ses " adhérens."

Certes, voilà l'accusation la plus grave qui puisse ôtre portée contre un général; car elle renferme à la fois tous les attentats publics réprouvés par la justice

autant que par l'humanité; et ce serait un monstre que l'homme qui aurait pu s'en rendre coupable.

Mais cette accusation effrayante, épouvantable, horrible, où sont les faits qui la justifient?

Encore une fois, je ne dois pas revenir sur ces mi- Bérables détails si victorieusement réfutés par Miranda lui-même: je me borne ;\ vous en présenter le résultat.

En dernière analyse, on lui reproche :

A Maëstricht, la défectuosité des charbons, des grils, des poudres et des bombes.

A Liège, d'avoir assuré à plusieurs habitans qu'ils pouvaient être trauquilles, presqu'à l'instant où les ennemis allaient y pénétrer.

Et à Nerwinde, d'avoir donné bataille malgré le Gïénéral eu Chef qui lui avait ordonné de se tenir ferme pour former le pivot de l'armée ; d'avoir ensuite plié sans combattre ; et enfin de n'avoir pas instruit Dnmouriez que son aile gauche pliait au point de lui laisser ignorer, maître toutes ses rechercJtes, ce qiCelle était devenue.

Quels motifs plus légers, plus ridicules ou plus faux d'une accusation plus importante !

Les charbons, les grils, les poudres, les bombes, tout cela, dites-vous, était défectueux ; mais en supposant cette défectuosité prétendue, elle n'était rien ; car les témoins attestent que le bombardement a duré cinq jours, et qu'ils ont vu la ville consumée en plusieurs eudroits par les flammes: d'ailleurs, ces détails étaient sous la surveillance immédiate et la responsabilité personnelle

des cLefs d'artillerie; le devoir do Miranda s

consistait à leur donner ses ordres de tou

pour le bombardement, et de les pwnir de

geiiee: ce qu'il a fait avec la plus gi'ande «a»mwi.iiuo,

ainsi que lo prouvent encore, et la punition de d'Anghest,

et les dépositions des témoins oculaires.

Quant aux assurauces que vous Ini reprochez d'avoir dénuées aux liégeois, pour ainsi dire au moment de l'invasion des enuemis : premièrement, elles étaient fondées, parce qu'alors les postes de Tongres et de Visé, où il ne commandait pas persounGllement, pouvaient tenir encore, et n'étaient pas forcés ; eu second lien, l'an des commissaires du Pouvoir Exécutif, et les oflSciere municipaux de la ville eux-mêmes, vous ont attesté qu'il ne leur avait donné ces assurances qu'avec toute la circonspection possible: et d'ailleurs ee qui prouve de quels sentimeus il était alors animé, c'est la satisfaction qu'il témoigna lorsqu'on lui apprit le vœu que les habitans venaient de former de se réunir à la France, et l'empressement avec lequel il annonça au Conseil Exécnlxf cette heureuse nouvelle.

Euflu, rien ne peut égaler la oontradiction, le ridicule et l'évidente fausseté des reproches qu'on lui fait au sujet de Nerwinde.

Et d'abord, observez je vous prie, Citoyens, combien il est eoutradictoire de prétendre qu'il ait donné bataille et cepcntlaut plié sans se battre: à moins de snpposer qu'il ait pu combattre, et cependant n'avoir pas combatta.

Ensuite, remarquez à quel point il est ridicola de dire que Dumouriez n'ait pu découvrir l'aile gauche

.jâ

de son armée, quelque recherche qu'il en ait fait faire, k moins de préteudi-e, [pardouez-moi ogs termes] que Mirauda ait eu l'art d'escamoter quinze mille liommos.

Enfiu, CitoyeuB, ne perdez pas de vue que dans tous ces reproches, il u'y a pas un mot qui ne soit évidemment faux.

Il est faux que Dumouriez ait ignoré qu{! l'aile ganehe pliait et ce qu'elle était devenue ; trois messages lui furent dépêchés; Miranda personnellement l'ius- ■ tmisit à Tirlemont, sur les neuf heures du soir ; et Dumouriez était si bien iuformé, qu'ayant ordonné lni-mi*'me la retraite de cette partie de l'armée, il envoya le lendemain à Miranda nu nouvel ordre à Wominersom où il lui avait enjoint de reprendre, et où iliranda avait en effet repris sa première position.

Il est faux aussi que l'aile gauche ait plié sans combattre: les témoins affirment qu'un général d'artillerie, Quiscard. et trente officiers ont été tués; qu'un aide-de-camp de Miran<la est mort à ses côtés ; que près de deux mille hommes sont restés sur le champ de bataille, et que les troupes ont fait des prodiges de valeur.

Mais ce qu'il importe, Citoyens, de vous redire encore, de répéter sans cesse à la France, et d'annoncer à l'Europe entière, c'est qii'it est faux surtout ijtie Dumouriez eût ordonné à Miranda de ne pas combattre. Vous avez sous les yeux l'ordre contraire, écrit de propre main; et Lacroix lui-même, que Dumouriez avait trompé, vient presque a. l'instant do le reconuaîtrc.

Ainsi disparaissent, tels que des ombres, ces misérables faits d'une accusation effrayante, et s'évanouit comme un fantôme, ce colosse informe d'attentats imaginaires.

Mais ce n'est pas assez pour la gloire de Miranda, Citoyens, d'avoir établi que cotto accusation, en elle-même invraisemblable, est d'ailleurs dénuée de preuves: je soutiens qu'elle est démontrée fausse par les preuves les plus irrésistibles.

Accusation cUmontrée fausse par les faits.

Que Dumouriez ait trahi sa patrie ; cela n'est pas douteux, et dès qu'il a pu la trahir une fois, il ne l'a jamais sincèremeut aimée.

Mais bien qu'au fond de l'âme il ait toujours été traître, cependant, il ne s'est pas toujours montré tel dans ses actions; car enfin il ne trahissait pas la République lorsqu'il chassait les ennemis de son territoire, ou qu'il faisait la conquête de la Belgique, et commeni,'ait l'invasion de la Hollande.

Ainsi, l'époque à laquelle on doit réellement fixer sa trahison, est l'époque de ses revers : des faits constans peuvent d'ailleurs vous eu convaincre.

On voit d'abord, par sa correspondance avec Miranda, qu'il regardait son entreprise de la Belgique et de la Hollande comme un coup décisif, duquel dépendait, non seulement la liberté de la France, mais le sort de l'Europe entière.

D'un autre côté, cette même correspondance prouve qu'il est vain et présomptueux par caractère : tan-

tôt il se compare à CatoD ; tantôt il s'élève au-dessus de Luxembourg; toujours il regarde ses projets comme infaillibles; et telle est l'idwe avantageuse qu'il a de lui-même, qu'il prétend, en un endroit, que le courage des troupes fraui;aises a besoin du prestige de sa présence: on dirait qu'il est persuadé, qu'au seul sou de sa voix, les armées ennemies doivent se dissiper et les forteresses tomber anéanties.

Or, quand cet homme présomptueux et vain a vu cette entreprise infaillible suivant lui, mais décisive, manquer par son impéritie, et la victoire, qu'il croyait asservir à son char, l'abandonner, le délire de l'orgueil lui a touiTié la tête, et comme il n'avait été l'épublicain que par ambition, il s'est montré traître par désespoir.

Ce n'est dono réellement qu'à son retour de Hollande que Dumouriez a eu l'idée de sa trahison ; et ce n'est même qu'après l'arrestation de Mirauda qu'il l'a ouvertement déclarée.

Cela posé, comment à cette époque ces deux hommes se comportaient-ils l'un envers l'autre î

1? Il est certain, par leur eorrespondauee, que jusqu'alors Dumouriez avait toujours consulté Mirauda avec une confiance absolue, et qu'il régnait entre eux une intelligence parfaite, une amitié presqu 'intime ; mais que dès ce moment Dumouriez a commencé à ne plus faire son conseil que des Généraux Valence, Egalité, Thowenot; et plusieurs témoins vous ont appris qu'alors il fuyait Miranda, comme Mirauda s'éloignait

de lui, ne maugeant plus à la même table, et vivant tous Jeux daus uue méfiance i-éciproque.

1^9 A cette époque, avaut môme que Dumouriez se tut déelaré traître, et lorsque les commissaires de la Couventioa spéeialemeut chargés auprès de lui d'une active surveillance, ou n'avateut pas eu l'art de le soup'.'Oimer, ou croyaient devoir encore jeter un voile sur sa trahison : à cette époque, Miranda seul a eu le courage de dénoncer ses projets liberticides. Ce fait est constant, et par la lettre qu'il écrivit alors à Pétion, et par la déclaration qu'il lui fit à son arrivée à Paris, ainsi qu'îi Baucal; et par l'avertissement qu'il fit donner par un des officiers qui l'avaient acompagué jusqu'ici, aux deux autres députés, Maignet et Blanval.

3° Enfin, à cette époque où ces deux hommes jusqu'alors parfaitement unis vivaient séparés, et oh Miranda dénon^'ait les projets liberticides et trop constaus do Dumouriez, Dumouriez calomniait Miranda auprès dos représentans du peuple, pour le livrer à la Vengeance nationale.

Telle était leur conduite réciproque, au moment mf'me où l'on voudrait qu'ils fussent d'intelligence. Est-il une preuve plus invincible, non seulement que Dumouriez n'avait pas Miranda pour complice, mais qu'au contraire Miranda n'est ici que la victime de Dumouriez T

Quant ù la conduite particulière de Miranda, elle dément l'acousation de trahison, comme la conduite récipro<iue de ces généraux dément l'accusation de complicité : car vous avez la preuve, Citoyens Jurés, non

seulement qu'il n'a pas trahi, ni même négligé les iutérêts de la République, mais qu'au coutraire il les a bien utilement défendus. Des témoins oculaires vous attestent qu'à Maastricht il n'a quitté le quartier-général que pour aller deux ou trois fois par jour à la tranchée, ou faire des reconnaissances ; ils vous attestent qu'à Nerwiude il était à la tête de ses troupes, combattant au milieu du plus grand danger, assailli par les balles, environné de morts, dout un de ses aides-de camp tué à ses côtes, et couvrant ainsi, par une des plus glorieuses retraites, la retraite de l'armée, qui peutêtre n'eiit pu résister h l'impétuosité des ennemis sans cette vigoureuse résistance; en un mot, ces témoins oculaires vous attestent que partout et dans tous les temps ils l'ont vu le premier et le dernier au feu, ue mangeant, quand il fallait, que du pain, comme le soldat, ou couchant avec lui sur la paille, et par là lui donnant Pexemple du courage, de la tempérance et de toutes les vertus républicaines.

Mais je m'aperi,-ois, Citoyens, que je vous parie de jnstifieation lorsque le Général Miranda n'a pas besoin d'être justifié. J'abaudoune une accusation qui n'aurait jamais dû paraître, que l'Europe aura peine à croire, et que vous vous hâterez d'anéantir.

■ Songez qu'en décidant du sort du Général Miranda, vous allez prononcer sur le sort de uos armées; car si Miranda n'obtient pas une satisfaction éclatante, Dnmouriez seul est justifié; nul homme n'osera dévoiler à l'avenir la perfidie des généraux conspirateurs ; les soûls généraux conspirateurs auront intérêt à commander,

et dans ce momeut surtout oti la révolte dau3 l'intérieur de iios départemens et le despotisme sur nos frontières exigent à la tête de nos armées des généraux expérimentés et incorruptibles, c'en est fait de la République Fran(,'aise.

N°. 36 et 37. Bulletin du Tribunal Criminel Bévolutionnaire.

Le Président pose les questions, suivantes :

19 Est-il constant que François Miranda, général de division, a trahi les intérfits de la République, lors du bombardement de Maëstricht, commencé du 24 au 25 Février 1793, et discontinué le 2 Mars suivant î

29 Fran(?ois Miranda a-t-til trahi les intérêts de la République, lors de l'évacuation de la ville do Liège, le "» Mars dernier?

39 François Miranda a-t-il ti'ahi les intérêts de la République le 18 Mars, jour de la bataille de Nerwinde, cil il commandoit l'ailo gauche l

Oplinon di(- citoi/en Dumont, premier juré, sur la Xiremière question.

Nous n'avons d'autre juge que notre conscience;

inébranlables au tnilieu des orages do toutes les passions, nous ne devons compte de nos opinions qu'il uous-rarnies ; mais il importe au salut de la République que ce tribunal ne cesse uu instant dV'tre environné de la confiance de tous les bons citoyens, et cette considération m'a déterminé ù faire précéder do quelques réflexious ma réponse à la question qui m'est faite.

La nation a été indignement trahie ; la perfidie do plusieurs de nos généraux est constante; le peuple demande, aveu raison, la punition des coupables ; mais de si grands malheurs ont étendu les soupçons sur tontes les personnes mises en état d'arrestation ; ces préjugés se sont fortement enracinés, et .i'ai cru nécessaire de fixer l'opinion publique sur l'affaire actuelle.

Il est des circonstances on do simples soup(,'ons exigent des précautions extraordinaires ; les événemens qui ont précédé l'arrestation de Mirauda étoîent de (;etto nature, mais le peuple, toujoui'.s juste, ne peut vouloir la punition des innocens; si une grande nation doit être terrible dans ses vengeances, l'erreur no doit jamais dicter ses jugemens, et les criminels seids doivent expier leurs forfaits; partout où nous voyons le criiiit', uous le déclarons courageusement ; l'homme coupable doit trembler quand il approche <1g cg tribunal; il n*est pas de moyeu que uous ne mettions eu usage pour pénétrer dans les replis de sou âme; mais l'innocent peut s'y présenter aveu assurance. Nous ne .sommes point des hommes de sang, comme nous ont dépeints les ennemis do la liberté, et c'est pour nous uu beau jour que celui où nous rendons à ses parens à

ses amis, à la. société, un citoyen qui a'a pas mérité do perdre l'estime publique.

Le bombardement de Mai-striclit m'a paru avoir été entrepris avec trop de précipitation, et sans avoir suftisammeut préparé les pièces nécessaires à l'attaque que Bumouriez auuom,'oit ne pas devoir être lougae; mais outre que je n'aperçois point de trahison dans cette opération, l'artillerie étoit spécialement confiée au Général d'Aughest, et Mirauda no pouvoit pas être personoUoment responsable des fautes particulières de cet officier.

Sur la deuxième question. Mirauda ne s'est trouvé à Liège qu'en allant du poste de Visé à celui de Toqgres, qui tous deux étoient sous ses ordres. Valence commandoit dans cette ville ; c'étoit lui qui étoit chargé dos mesures nécessaires à sa conservation; et dans les réponses faites par Miranda aux liégeois pondant la journée du 4 Mars dernier, je n'ai rien vn qui manifestât le dessein de livrer la ville aux ennemis.

Sur la troisième question. Pour la bataille de Nerwinde, Miranda avoit re(.-u du Général Damouriez l'ordre positif d'attaquer sur tous les points; il m'a parti que la mauvaise position de l'ailo gauche de l'armée qu'il eommaudoit a été ta seule cause de sa défaite, et qu'il n'y avoit, à cet égard, aucun reproche à faire à Miranda.

Je pourrois mo borner à cette déclaration et aux doux précédentes, mais suivant l'expression énergique d'un témoin, auglois d'origine, il ne su0it pas à un gé-

néral français (Pétrc reconnu non coupahle, il Jiiut mifisi qnHl soit reconnu non sii.'ipcr.l. Et (loinuie I:i moniliti» des accusés est iiu des principaux motifs do la dûcisioii (les jurés, je dois à cet ûgai'd roudro uiio .instiitn {•Alitante ù Mirauda.

L'homme qui passa, il a dix ans, de l'Amôriiiuo méridionale eu Europe, ponr chercher les moyons do rendre la liberté à ses compatriotes euehaiués par lo despotisme; l'homme qui, lié eu Angleterre avec les plus chauds amis de la liberté, y professoit les principes du plus pur patriotisme ; l'ami de Priée, de Priestley, de Fox, de Slieridan, ue peut être qu'un excellent ci toyen.

02nnion du citoyen Fallût.

J'ai examiné sans partialité l'acte d'acuiisatioii porté contre Miranda ; j'ai suivi le coui-s des débats avec l'attention la plus scrupuleuse; je n'ai rien trouvé ipii prouve que Mirauda ait eu intention de trahir la Uépublique. Mais ce que j'ai remarqué, et ce dont j'ai la conviction intime, c'est que l'intrigue et la perfidie ont conduit Miranda à ce tribunal, dans l'ospoîr, sanH doute, que ses juges, trompés par l'astuce do certains intrigans, feroieut tomber sa tête.

Mais l'intégrité de ce tribunal, a dû prouver à tous les citoyens qui ont eu counoissaucu des jugemens qu'il

a rendus, que si lo crime revoit sa juste punition, l'in-

.noeent sort toujours triomphant.

ir.-

Opinion au citoyen Brochet.

lievétu du carautÎTe honot-able do juré, daus ce tribunal établi punr Caire tomber la tûte de tous les conspirateurs, j'ouvre la loi sur l'iustitution du Juré, et. jo liij : le Juré prononcera d'après son intime conviction Alors les soupi,'Ous que je puis avoir, doiveut tomber devant elle, et ijour m'y cout'ormer je déclare que le fait u'tîBt pas coustaut.

Opinion du citoyen Chrétien.

Appelé daus uu tribunal juste et sévère, j'ai toujours cherché à distinguer l'iunoeeut d'avec le coupable; luais dans ces momens de révolutiou, souvent l'hypocrite prend le masque de la vertu, et l'homme vertueux est souvent regardé par ses concitoyens, comme uu coupable. Souvent trompés, les républicains peuvent se tromper aussi. Mais c'est ans hommes à qui la natiou a confié ses plus grauds intérêts, de déchirer le voile qui nous cache la vérité. Il est déchii'é pour moi, quant it llirauda.

Opinion du citoyen Sentex.

La conuoissauco dos débats, celle de la moralité de l'accusé dicteront seules mon jugement. Jamais je ne transigerai avec I« tômoiguago de ma conscience.

Dans les débats, j'ai vu des témoius qui déposoieut soit d'apri's des ouï-dire, soit pour avoir vu par euxmOnies. Ces derniers sont peu nombreux et ils ne dé--

posent que des faits dont Miranda 63t sans doute responsable comme chef, mais dont la responsabilité est affoiblie par la punition du commandant secondaire et prévaricateur ; elle est anéantie par le zèle qu'il a mis à placer des commandans plus instruits et plus actifs. Les françois apprennent, depuis quatre ans, avec quelle rapidité vole la calomnie toujours vomie par le crime. Sans doute je dois écouter les effets de la calomnie, mais je dois les juger. Je déclare qu'il répugne à ma conscieuoe de pi'ononcer sur des ouï-diie, de favoriser la calomnie, d'être injuste : et de tels actes sont indignes d'nn fonctionnaire républicain et de moi. J'écarte donc ces dépositions par tradition; républicain par principes et par goût, le témoignage de ma conscience me fixe sur la déclaration des témoins qui mettent en contradiction avec lui-même le moteur principal de la calomnie, l'imposteur Dumouriez. J'ai suivi avec tranqnilité d'âme les déclarations eu faveur de la conduite de l'accusé, inculpé par ce traître ; ma conscience cesse de s'alarmer quand à ces puissaus motifs de conviction viennent se rallier les preuves de l'amour de l'aeeusô pour la liberté, pour le régime républicain. Je déclare donc que sourd à toute autre influence qu'à celle de la justice et de la vérité, j'ai la conviction intime que rien ne me prouve que iliranda ait tratii les intérêts de la République.

Opinion (la citoyen JourdeuH.

J'ai lu attentivement les différons ordres donnés par Dumouriez à Miranda, particulièrement celui du 11

Févriei- 1793, relatif au bombardement de Maëstricht, et Mirauda a pouctxiellemeot exécuté ces ordres.

Pendant l'instraetion de cette pénible affaire, j'ai reconnu dans Miranda le philosophe le plus éclairé, l'ami le plus sincère de la révolution, le père des soldats, le défenseur de l'opprimé, et je me suis dit plusieurs fois: Si la République n'a voit eu que des généraux semblables à Mii-anda, les despotes n'existeroient plus, nos intérêts les plus sacrés n'auroient jamais été obligés de se bander les yeux, pour soustraire à ses regards les Dumouriez et autres scélérats qui sans pitié firent égorger un grand nombre de ses meilleurs enfans et ses défenseurs les plue intrépides.

Mon âme me dicte, et je me fais un devoir de rendre à Miranda l'hommage que ses grands talens méiitent; sur mon honneur et ma conscience, je déclare qao le fait n'est pas constant.

Du 16 Mai 1793. — Ordonnance qui acquitte François Miranda.

Nous, Jacques Bernard Marie Montané, Président du Tribunal Criminel Révolutionnaire, créé par la loi du 10 Mars 1793, vu la déclaration unanime du Juré de jugement sur l'accusation portée contre François Miranda, général de division :

19 Qa'il n'est pas coastant que le dit Mirauda ait trahi les intérêts de la République, lors du bombardement de Maëstricht, commence du 24 au 25 Février 1793, et discontinué le 2 Mars suivant ;

2V Qu'il n'est pas .constant qu'il ait trahi les intérêts de la République lors de l'évacuation de la ville de Liège le 5 Mars dernier :

3° Qu'il n'est pas constant que François Miranda ait trahi les intérêts de la République, le 18 Mars dernier, jour de la bataille de Nerwinde ofi il comraaudoit l'aile gauche :

Disons que le dit François Miranda est acquitté de l'accusation contre lui portée par l'accusateur public du tribunal, par acte du 10 du présent mois : en conséquence, ordonnons qu'il sera mis en liberté sur-le-champ, si toutefois il n'est détenu pour autres causes, et que son écrou sera rayé et biffé de tous registres des prisons oh il a été éeroué.

Fait et prononcé à l'audieuce publique du tribunal, lo jeudi, 16 Mai, mil sept cent quatre-viug-treize, l'an •deux de la République.

[Signé] J. B. M. Montané, et

N. J. F. Fabricids, Greffier.

Et à l'instant le tribunal a ordonné que la présente ordonnance seroit imprimée et affichée partout ofi besoin sera, fait et jugé à l'audience oh étoient présens les

citoyens Montané, présideat; Etienne Foucault, et François Christophe Dufriehe Desmadeleines, juges qui ont signé la minute.

[Signé] J. B. Montané, Foucadlt, Dufeiohe Desmadeleines, et N. J. Fabiucius, Gref&er.

Pour copie (iouforme à ta minute,

"WoLFF, GrefBer.

Chuaveau-Lat/anle à ses Concitoyens. [*]

Dq vils calomniateurs, des hommes de saug qui ne voient que des coupables, qui no demandent que des victimes, ne rougissent pas d'outrager jusqu'à la vertu mOme. Le plus beau jour de ma vie est celui où j'ai défendu Miranda. Je déclare que je n'ai jamais connu d'homme qui m'ait inspiré plus d'estime; je dirai même plus do vénération. On ne sam'oit avoir plus de grandeur dans le caractère, plus d'élévation dans les idées, plus de cet amour vrai do toutes les vertus. J'aurois désiré que l'Europe entière pût l'entendre; il est impossible de mettre plus de justesse dans les réponses, plus de clarté dans les explications, plus de force dans le raisouuemeut, plus d'énergie dans tout ce qui tieut aux seutimens, et «urtoiit plus de ce calma imperturbable quô'

I*) D« riiiipriin(.'rie do V''. Ili'rÎBsaiit, nie Notre-Dame.

FOn ne peut imitei-, et que doaue seule une bonne cons-

Auesi les juges, les jurés et le publie oat-ils été tous oQtraîués par la forée de la vérité ; tous ont fini par lui rendre un hommage éclatant, malgré les préventions dont la calomnie avoit pu les environner; je Boutiens qu'il n'est pas un seul homme, ayant suivi les débats, qui n'ait été convaincu que Miranda, non seulement a'étoit pas coupable, mais étoit l'homme le plus moral et le plus vertueux; et je proteste, sur mou honneur, que déjii plusieurs des témoins qui l'avoient accusé avec le plus d'acharnement, proclament à présent son innocence, et ont déposé eutre mes mains les plus formelles rétractations.

Eh bien ! des intrigans qui n'ont cessé d'appeler sur lui les poignards, qui ont eu la férocité de le calomnier, lors même qu'il étoit dans les fers : ces intrigans, dis-je, ont eu l'infamie de le persécuter encore aujourd'hui que son innocence est reconnue; ils demandent hautement la tête de ce brave républicain ; ils publient qu'il a payé aou jugement au poids de l'or, ainsi que le peuple qui eutonroit le tribunal.

Hommes vils et corrompus! soyez donc moins stupides! et ne voyez-vous pas que cette espèce nouvelle de calomnie est plus grossière encore qu'elle est atroce f II est certainement impossible qu'aucun tribuual au monde mette plus de sévérité que les ju^es, Paecueateur publie et les jurés eu ont mis dans l'instruction de ce fameux procès, et c'est ce dont Paris entier a été témoin. Mais les hommes qui publient de

pareilles absui-dités n'y croient pas eux-mêmes. Citoyens, eu mentant avec cette impudence, ils espèrent égarer votre patriotisme, et ils voudroient voua persuader que le tribunal révolutionnaire doit tremper ses mains dans le sang de l'innocence. Prenez-y garde, citoyens, les plus grands ennemis de ce tribunal redoutable, et par conséquent les plus grands amis des conspirateurs, ne sont pas ceux qui se plaignent de sa rigueur inflexible: ce sont ceux qui calomnient son impassible justice, parce qu'ils ne peuvent le corrompre.

Rapport Officiel du Général autrichien, Priuco de Cobourg, sur la bataiilo de Xerwinde. — Extrait de l'Histoire de la Campagne de 1792, par lo Général Monoy. — Extraits du Tableau Historique de la Guerre de la Révolution de France, pendant les campagnes de 1792, 1793 et 1794. — Opinions favorables à Miranda.

Rapport Officiel du Prince de Goboiirf/ sur la hataille de Nenoinde.

Du Quartier-Géoéral de Tirlemont, du 16 au 21 Mars.

Le IG, après midi, l'armée quitta ses quartiers pour aller occuper le camp derrière le grand ruisseau de Gheete. Tout à coup !(is deux armées se reueoutrt'rout, Pennemi s'étant avancé de Louvaiu pour uous surprendre daus nos cautonuemens. Comme il étoit revenu à Tirlemout, il y eut de part et d'autre «ne vivo caiiou- BSde qui ne causa aucune perte essentielle. La uuit mit fîu à ce combat.

Le 17, l'armée prit sa position de manière à pouvoir fondro de tous c»îtés sur l'ennemi au raomeut qu'il avnucevoit. Nous avïous devant nous le petit ruisseau de Glieete dont les avant- postes occupoient le "bord. L'aile droite s'appuyoit sur la chaussée de St. Trond. C'est ici qu'étoit postée l'avant-garde aux ordres de aon Altesse Royale l'Arcliiduc. L'armée à côté en deux corps: le premier commandé par le Crénéral Comte de Colloredo, le second par le Lieutenant Peld-Maréehal, Pi-ince de Wurtemberg; les villages d'Ortsmael, de G-utzeuboven et de Nerwinde restoient au front de l'armée. Le corps de réserve formoit l'aile gauche sous les ordres du Général Comte de Clairfayt; cette aile gauche alla se poster entre Raucoux et Landen. L'ennemi occupoit toujours son poste près do Tirlemout et derrière cette ville.

Le 18, à la pointe du jour, on vit l'ennemi s'avancer vers nous sur plusieurs colonnes. Il se déploya à droite et à gauche sur les hauteurs en deçà de Tirlemont, appuyant son aile f/aucJic sur Wilmorsttm, et sa droite à Ooldsenhoveu. Vers les 8 heures, une de ses colotnies ai/ant beaucoup de gros canons, ^avança par la cJiaiissce de Saint Trond jusqu'à Ortsntaeî, délogea de ee vilUige nos corps francs, et éleva des batteries considérahles 2>r>'s de Véglise. S. A. R. ordonna d'abord de faire avancer, on batteries, l'artillerie de notre avant-garde, et démonta plusieurs canon» de Pennemi, que celui-ci remplaça toujours par (Vautres. Quoiqu'il ne 2}ùt j}ercer plus avant, il projita cependant de l'avantat/e du terrain pour faire avancer une de ses colonnes à gauche sur Leau, l'autre à droite snr Raucoux pour nous prendre en flanc et à dos, et

uons euvelopper, laissant son centre bien garni pour agir avec plus de force. Le Prince Feld-Marécbal ordonna d'attaquer tontes ces colonnes. Eu conséquence, le Prince de "Wurtemberg avança vers Leau, le Lieutenant Feld-Maréclial Beujossky vers la chaussée d'Ortsmael et de Dormael, S. A. K. l'Archiduc à la tète de deux bataillons de Starey vers le village d'Ortsmael, et le Général Comte de Ciairfayt vers Raucoux ; le Géuéral CoUoredo resta au centre. Ces généraux attaquèrent chacun le corps d'ennemis qu'ils avoient devant eus, et parvinrent, par le secours de Dieu, leur intelligence et la bravoure extraordinaire de nos troupes, à battre l'ennemi partout où il se présenta. C'étoit le Général Dumonriez lui-même qui, à la tête de 30.000 hommes, conduisit l'attaque près de Raucoux, qui étoit le point le plus important dont dépendoit notre sort; mais le Général Comte de Ciairfayt alla à sa rencontre avec son corps de réserve, fort à peine de 7 à 8.000 hommes, battit Dumouriez, et quoique celui-ci réunit tous ses efforts pour réussir dans une seconde attaque, il fut repoussé comme à la première. Pendant cette attaque près de Kaucoux, l'ennemi fit avancer une colonne vers notre centre, mais le Général CoUoredo le repoussa à son tour, le délogea de Kerwinde, et resta maître du village. La nuit mit fîu au combat qui avoit duré pendant onze heures; elle empêcha nos troupes victorieuses et invincibles de poursuivre l'ennemi. Vu la bravoure extraordinaire avec laquelle l'ennemi combattit, cette victoire nous coûta cher; nous y avons perdu, tant en tués qu'en blessés, 12 à l.'îOO hommes, du nombre

sont le Major Hugo Odonell, tué; le Général Rebacb et Colonel Risclie, blessés, aiusî que plusieurs autres officiers. La perte de l'euuemi est au moins de 4.000 hommes eu tués et blessés ; nous lui avons pris au delà de 30 canons et fait prisonniers.

Le 19, il la pointe du jour, on vit au poste qu'avolt occupé l'ennemi une forte arrière-garde, et son armée occupée i\ faire sa retraite assez en désordre} le Lieutenant Fekl-Maréchal Benjossky fut détaché à sa poursuite avec six bataillons et dix escadrons ; il manœuvra avec tant d'habilité, qu'il obligea l'arrière-garde ennemie à quitter le poste qu'elle occupoit; de sorte que ee lieutenant feld-maréchal s'est trouvé avec son détachement tout près de Tirlemont.

Le 20, Mr. le Lieutenant Feld-Maréchal Benjossky a chassé les frani;.ois de Tirlemont et les a poursuivis à une lieue et demie au delà de cette ville. L'ennemi a couvert sa retraite avec heaucoiq) iVordre et de sang froid. A midi précise, notre armée s'est portée sur la droite et a passé Tirlemont. Une partie fut camper derrière cette ville, ayant ù dos le grand misseau de Gheete, au milieu la chaussée qui conduit à Louvaîn, le corps de réserve à sa droite et le village deHougarde derrière elle.

Mr. le Colonel Baron de Mylius, détaché près de Kempten avec deux bataillons de Mieh. "Wallis et quelques troupes légères, avoient re<,'U l'ordre de déloger l'ennemi, le 20, de Uiest, ce qu'il exécuta heureusement et avec beaucoup d'intelligence, ainsi qu'il appert par la relation suivante:

" A sept heures du matin, Mr. de Mylius avoit fait "la première attaque sur Diest ; il fut d'abord repoussé ; "mais à la deuxième attaque il entra daus la vilio do " deux côtés, fit '>0 prisonniers et s'empara d'un canon " ainsi que quelques caissons. Notre perte consiste ou " cinquante hommes, tant tués que blessés, dont un " capitaine. L'ennemi, ayant été coupé de la chaussôo " de Louvaiu, a dû se retirer vers Heerentlial."

" Le 21 Mars, l'armée a fait séjour."

[Oazetto de Liège du 27 Mars, 1793.]

extrait de l'Histoire de la Campagne de 1792 par le Général Money. [•]

Le Prince de Cobourg était alors à Bonne avec une armée de quarante mille hommes. L'armée de Valence qui /îouvrait le siège n'était pas supérieure <m nombre, et se trouvait mal dispersée en cantonnements sur une étendue de terrain de trente milles ou davantage, de sorte qu'elle fut défaite au premier choc des colonucs autrichiennes ; sa ligne fut rompue, et n'ayant ni vû-

[•J Traduit de l'uuglai^, l'ditiou de Loiidreti, 1794.

doutes, ni villages fortiflés, ui provisions auxquelles s'arrC'ter, tout devint confusion. A la vue même de l'avaut-garde autrichieune, toute l'armée française se retira précipitamment sur la Meuse. Quelques-uns s'en allîreut h Livge, d'antres rejoignirent Miranda qui leva lo siège et retourna à Saiut-Trond et aux villages environnants. Les yeux de Dumouriez commencèrent alors IL s'ouvrir devant la folie de son expédition en Hollande ; car jamais plus f/rande erreur ne fut commise pw un f/éural [Page 273.]

Il [Dumouriez] leva le siège de Williamstadt, dans lequel se trouvaient engagés vingt-trois mille hommes de ses meilleures troupes, et rétrogi-ada vers Anvers et Louvain, afin de rejoindre près de Tirlemont les armées eu retraite de Miranda et de Valence; le 17 et 18 mars il donna la bataille de Nerwinde, on Landen. Tout le monde a vu les rapports des journaux sur cette iûcoueevable action ; je vais en donner un, écrit par un officier autrichien qui était présent à l'engagement :

" Le Général Dumouriez arriva à Bruxelles le 10 " Mars et il trouva les habitants dans un état d'exal- " tatiou qui tendait à l'insurrection. Il les tranquilisa " en quelque sorte en admettant la justice de leurs " plaintes et en promettant d'y faire droit ; et eu même " temps il les menaça pour le cas où ils commettraient " des violences. Il ût hâter les troupes qu'il avait " appelées de Flandres, le rendez-vous général étant &

" Louvain et dans ses environs, et il y an-iva lo Hi au " matin.

" Le Ki nos tronpes légères avauctTent de St. Trond " il Tirlemout, dont elles s'empan-'i-ent, mais qu'elles " furent ensuite obligées de quitter à l'approeho du " Général Lamarcho avec un corps considérable de " troupes légères do l'ennemi, et à la vue en nn'me " temps d'un gros corps de cavalerie ennemie sur no- " tre gauche ; notre armée campa le soir à Nerwinde, "ayant devant elle le petit ruisseau de Gheete.

" Le Général Effalité, ci-devant Duc de Chartres, " avança le 17 sur notre gancho avec une colonne de ** vingt-mille hommes d'infanterie et un gros (?orps de "cavalerie; toute l'armée ennemie avança alors, et une " vive canonnade s'ensuivit. L'ennemi ayant passé la " Gheete, nous marchâmes sur lui et le repoussâmes '• vers sa position antérieure, eu lui prenant vingt piè- " ces de canon qu'il abandonna en repassant la Gheote.

" Le 18, à la pointe du jour, nous vîmes l'ennemi ."marchant sur nous dans plusieurs directions; sa ligne "dépassait la nôtre d'au moins un quarte de lieue de " chaque côté: l'extrémité de leur aile gauche était à " Wilmarsum, et celle de la droite à Gutzenhoveu- Ou a " BU après que l'ennemi avait soixante mille hommes ** sur le champ de bataille, outre plusieurs corps de ré- "^serve et des tronpes à l'arriève-garde. L'action eom- " mença entre six et sept heures du matin. Vers huit " heures une colonne considérable, ayant de nombreu- " ses pièces d'artillerie, avança par la grande chaussée " de Saint-Trond et délogea nos corps francs qui étaient

* postés il Ortsmnel. L'Archiduc, qui commandait l'avant- ' gavde, établit une batterie qui devait porter sur Orts-

* mael, «t démonta plusieurs de leurs cauous; les en- ' iiemis, profitant du terrain et de leur nombre, eiivo- ' yi'Teut nue forte eolouno de leur gauche, commandée ' par le Oéuéral iliiauda,- vers Loau, et une autre à 'droite di? Raueoux, afin de tourner nos deux flancs; ' leur centre demeura dans sa première position, pour ' agir selon ies cireon.stances l'exigeraient,

" Le Prince de Oobonrg donna l'ordre d'attaquer ■' toutes leurs colonnes avec autant d'expédition que ' possible ; le Prinee de Wurtemberg fut envoyé avec ' deux régiments d'infanterie, un de cavalerie et un ' détachement d'infanterie, le tout formant an corps de ' six mille hommes ; à la tOte de ces troupes il mar- ' eha sur Loau, attaqua la colonne ennemie, composée ' de vingt mille hommes, et la refoula jusqu'à Lier. Le ' massacre fut ici vraiment grand L'approche de la ' nuit obligea le Prince de Wurtemberg à cesser la per- ' séeutionet à rejoindre l'armée. Le Maréchal Benjossky

' avança entre Ortsmael et Dormael et le Prince de

' attaqua le centre des ennemis, tandis que le Priuee ' Charles chassait l'ennemi d'Ortsmael. Dans toutes nos ' attaques l'ennemi fut repoussé, abandonnant ses morts ' et beaucoup de canons. Nous nous aperçûmes apx-ès, ' que l'attaque avait été dirigée sur notre gauche par ■' Kauconx.

" Le Général Dumouriez était présent, à la tête de " trente mille hommes de ses meilleures troupes. Le " Oéuéral Clairfayt marcha à sa rencontre à la tête du

corps de réserve, y comptés quatre bataillons de grenadiers hongrois. L'action fut longue et douteuse. La première ligne du Général Dumoariez ayant été mise en désordre, il présenta la seconde. Entre quatre et cinq heures du soir nos hommes avaient dépensé toutes leurs munitions, quoique chacun eût le matin soixante charges complètes. Dumouriez amena ua corps frais de cavalerie de son centre. A ce moment critique, le Général Claîrfayt, avec sa présence d'esprit habituelle, fit charger !e régiment des cuirassiers de Nassau, composé de quatre cents hommes, lesquels partirent rapidement et pénétrèrent dans la ligne ennemie : ceci décida de Vévénement du jour ; \s. cskvalerie ennemie fut culbutée et mise eu fuite ; mais dans l'ardeur de l'attaque ce brave régiment de cuirassiers de Nassau se trouva pris entre deux batteries des ennemis et essuya une décharge de suize pic(;es de canon chargées à mitraille. Deux cent soixante tombèrent; l'ennemi chercha à couper la retraite des autres, mais ils se frayèrent un chemin et rejoignirent notre ligue. La gauche et le centre de l'ennemi étaient à ce moment en pleine retraite ; la droite se retira alors, et comme la nuit arrivait, le feu cessa.

" Nous avions passé deux nuits et trois jours en mouvement ou couchant sur nos armes. Tous nos bagages avaient été envoyés à une distance à l'arrière, en égard aux éventualités d'une bataille.

" Nos troupes n'eurent on ce jour, le 18, d'autre nourriture quo du pain et de l'eau boueuse. Nous n'avions plus de munitions, et nous ne pouvions en

" attendre avant le lendemain matin, lorsque l*engage- " ment serait probablement renouvelé. Un conseil de " guerre fut tenu et on y décida de prendre d'assaut à " la baïonnette le camp ennemi, entre trois et quatre '* lieuros du matin. Nous avanijames dans le plus grand " ordre ot dans nu profond silence sons le commande- *' meut du Général Clairfayt ; eu arrivant au camp des " eunemis, nous trouvâmes à notre grande surprise qu'ils " avaient profité de l'obscurité de la nuit et se retiraient " sur Hongarde. A la pointe du jour nous reçûmes une " nouvelle provision de munitions, et ù dix heui-es nous " avaui,'âmes pour attaquer l'ennemi ; mais il commença " bientôt à so retirer, et en si bon ordre et si bien " couvert par sou artillerie, que notre cavalerie ne "parvint pas à le vorapvo; l'infanterie hongroise, deve " nant impatiente, avança vivement et chassa l'enuemi " en grand désordre hors de ses batteries, tellement " que beaucoup se noyi-reut dans la grande Gheete et un " nombre considérable fut passé au fll de l'épée. Ainsi " termina uue bataille qui dura, ou peut dire, trois " jours."

Que la conduite d'un général soit blâmée par quelqu'un qui n'a pas été sur le terrain, cela peut paraître injustifiable; cependant un général est quelquefois fois jugé et condamné à mort par ceux qui n'ont jamais vu une aotion de guerre. •Pal en Poccasiou de connaître chaque pouce ili( terrain .iiir IcjhcI la bataille eut Heu, car j'ai commandé un corps de sept mille hommes à Tirlemont, dans la révolution du Brabant ; je ferai donc, sans scmpalej quelques observations sur cette bataille.

Lo Général Dnmouriez ne devait pas passer la Gheete avec des canons ; il aurait dû élever des redoutes fortes Bur les hauteurs, des deux côtés de la chaussée qui mène à Tirlemout. Il n^a pa>i dû envoyer le Géiural Miranda pour tourner le flanc droit des autrichiens , puisque le terrain, de l'autre côté de la ville, est si avautageux que six mille hommes, paraît-il, défirent viugt mille.

Il aurait dû tenir les autrichiens en échec au moyen des redoutes dont j'ai fait mention, sur le cliemiu de Tirlemont, et avoir fait marcher un corps sur le tlaiic gaucho de l'ennemi, l'obligeant ainsi infailliblement d'abandonner sa position à Nerwinde et do se retirer à Saint-Trond, peut-être à Maëstricht, ou de risquer une action sur un terrain moins avantageux que celui sur lequel la bataille de Landen a eu lieu. Il a traversé une rivière, la Gheete, pour attaquer un ennemi posté du côté opposé; en recevant un échec, il fut obligé d'abandonner vingt pièces de canon. Le Roi Guillaume livra une bataille entre les deux rivières; le Prince de Cobourg choisit une position meilleure, qui n'était vraiment pas attaquable par le front. Le Hane gauche de cette position pouvait être tourné par une armée supérieure; ou bien Dnmouriez aurait pu couvrir Bruxelles et tous les Pays-Bas duus cette position, ayant la Gheete devant lui, sans risquer une action. [•]

Après sa retraite des provinces belges, après que son plan pour livrer Lille aux autrichiens et sa tentait] Voyez la relation do cette bataille, faite par Diiiuoiiriez Ini-mëme dans sea Mémoires publiées apri's IV'crit ci-dessus.

tive de maraher sui- Paris pour renverser la Convention eurent échoné, Dumouriez quitta son armée, après avoir envoyé devant lui au camp des ennemis cinq commissaires qui étaient arrivés de Paris pour l'ari-êter. Sur cette conduite je ne ferai d'autre commentaire que eelui-ci : il attrait été phis honorable rfe sa part de partir sans avoir commis un 2>cireil attentat. [Pages 275 à 286.]

Extraits du Tableau Historique de la Guerre de la Mévolution

de France pendant les campagnes de 1792, 1793 et

1794.— Pnm 1808.

Le i'rout des deux armées [franyoise et autrichienue] oft'roit uu développement de près de deux lieues : celle dos fran(,'oîs du Groldzechoven aux hauteurs de Wommevsom et d'Opliuter, et celle des autrichiens depuis les hauteurs du village de Raucoux jusqu'au delà de Halle, dans la plaine de Leau. L'avant-garde étoit aux ordres de l'Archiduc Charles ; la première ligue, avec partie de la seconde, à ceux du Général CoUoredo; l'infanterie de la seconde ligne et les dragons de Cobourg avoient à leur tête le Général Prince de Wur-

temberg; deux divisions de cavalerie et quelque infanterie, commandées par le Q-éoéral Stipshitz, avoient pour objet de défendre la plaine de Leau ; le corps de réserve étoit aux ordres du Général Clairfayt. La petite Gbeete eouvroit le front de cette ligne et séparoit

..les deux armées.

La première colonne formant la droite de l'armée françoise, composée de l'avant-garde aux ordres du. Général Lamarche, débouchaut par le pout de Neer-Heilissem, devoit ee porter daus la plaiue entre Laudeii et Ovenvindea, pour déborder la gauche de l'eanemi ot

.l'inquiéter sur ce flanc. La deuxième colonne, composée de l'infaoterie de l'armée des Ardennes, tîommandée par le Général Levenenr, débouchaut aussi par lo même pont, soutenue par un gros corps de cavalerie, devoit se porter avec rapidité sur la tombe de Middelwinden, et attaquer le village d'Ovorwiudeu, qui ue paroissoit pas devoir résister au cauou da 12 placé sur la tombe. La troisième coloiiue, aux ordres du Général Neuilly, débouchant aussi par le miJme pont, devoit attaquer eu même temps lo village de Nerwindo par sa droite. Ces trois colonnes formoient l'attaque de droite commandée par le Général Valence.

L'attaque du centre, conduite par le Duc do Chartres, étoit composée de deux eolounes : l'une, aous les ordres du Général Dietmann, passant un ruisseau suv le pont de Laer, devoit traverser rapidement le village et se porter directement sur le front de celui do Nerwinde; l'autre, commandée par le Général Dampierre,

(ïevoit, après avoir passé au pont d'Esmael, se porter sur la gauche de Nerwinde.

L'attaque de gauche, aux ordres du Général Mirauda, étoit composée de trois colonnes: la première dirigée par le Général JXiacziuski, passant la petite Gheete à OverHespeu, devoit attaquer devant elle, en se portant siu' Neer-Landon ; la seconde, aux ordres du Général Ruault, passant la rivièro au pont d'Ortsraael, devoit attaquer par le grand chemin de St. Trond à Liège; la troisième, commandée par le Général Champmorin, devoit passer la grande Gheete au point de Biuger, et se jeter dans Leau

An point du jour, les diverses colonnes se mirent en mouvement, et à nenf heures la droite commença à passer la petite Gheete A la gauche le Général Miranda délogea d'abord les troupes légères ennemies du village d'Ortsmael; il s'établit lii ensuite de part et d'autre un grand feu d'artilkn-ie, ijondant lequel la troisième colonne se porta sur la villo do Leau, s'en empara et s'y maintint. En même temps, le Général Valence, après avoir passé le pont de Neer-Heilissem, attaqua les autrichiens dans le village de Raucoux, et les en chassa. Cet avantage assura le passage de l'avant-garde, et avec ce renfort le (ïénôral Valence poussa les ennemis et déborda leur aile gauche, ce qui permit aux colonnes commandés par les Généraux Neuilly et Leveneur de passer la petite Gheete et de s'emparer du poste d'Ovcrwinden ; en avant de oe village est un monticule nommé tombe de Middelwindeu qui commande les trois villages voisins et assure

l*avantage à celui qui en reste le maître; l'iufanterie fran<;oise s'en étoit d'abord emparée, mais n'y ayant pas été renforcée, les autrichiens le reprirent; on les y réattaqua, et ce poste fut disputé pendant toute l'action.

La colonne du Général Neuilly, après avoir emporté Je village de Nerwinde, au lieu d'y rester, commit la faute de le dépasser et de s'étendre dans la plaine; alors le Général Clairfayt, ayant rei;u de la droite des renforts que les succès de cette aile permettoieiit d'affoiblir, fit attaquer Raucoux, la tombe Middehvinden et Nenvinde, et en emportant ces trois points essentiels, mit l'armée fran^oise dans la position la pins dangereuse. Les allemands oceupoient alors les hautem's, leur front étoit hérissé d'artillerie, leur centre et leur gauche couverts par les villages de Raueoux et de NerAvinde, et chacun de ces postes soutenu pjvv une colonne formidable d'infanterie et de cavalerie l^rmée françoise, au contraire, étoit sur la pente du terrain, ayant la petite Gheete à dos.

A en croire le Général Dumouriez, il réussit à reprendre les villages de Raucoux et de Nerwinde, perdit de nouveau ce dernier, le reprit et l'abandonna rempli de morts et de mourans. Selon le Prince de (Jobonrg, au contraire, les fraui.-ois furent repousses au village de Raucoux, et quoique le Général Dumouriez fît tous ses efforts pour le reprendre, et qu'il eût fait en même temps avancer une colonne vers le centre pour s'emparer de Nerwinde, il fut délogé do ces

deux points, et les autrichiens en restèrent les maîtres. La nuit mit fin au combat qui dura onze heures. Quoi qu'il en soit, le Général Dumouriez, qui se seroit bien gardé de convenir de toutes les fautes qui ponvoient lui être reprochées dans cette journée, et qui, dès l'instant où il fut attaqué dans les villages dont il s'étoit emparé, dut s'apercevoir de la supériorité de l'ennemi et de l'impossibilité de le chasser des positions respectables où il se mantenoit, dut en même temps savoir, ou soupçonner, les mauvais succès de sa gauche, surtout en disant, comme il le fait, que le feu y avoit cessé dès midi; mensonge avéré, puisque l'attaque recommen<;a ù la gauche vers deux heures et finit à sept; mais il falloit trouver une excuse à sa défaite, et il n'hésite pas n en rejeter le blâme sur la division aux ordres du Gréuéral Miranda ; eu conséquence, il la fait débander, fuir jusque derrière Tirlemoot, sans pouvoir être arrêtée et repostée ou à "Wommersom ou à Oplinter. Il accuse aussi le Gïénéral Miranda lui-môme, d'avoir refusé de so servir de huit bataillons qui se tiouvoient à Tirlemont, pour reprendre ses positions du matin, ce qui est faux; car les divisions des Généraux Ruault et Champmorin se retirèrent le 18, sous le feu do l'ennemi, sans avoir été entamés, la droite à Oplinter, la gauche à Neerlinter, où elles ôtoient le 18 au soir. Quant au GJéaéral Mirauda, après avoir rallié les troupes derrière Tirlemont, il réoccupa pendant la nuit Wommersom, et y soutint le lendemain 19 les efforts de l'ennemi pendant sept heures.

Ainsi, i'armée fran(;oise ayant, le 19, son ctiutre et sa droite engagés et tournés, les ennemis étant déjà maîtres des hauteurs de Wommersom, d'où leur artillerie dominante foudroyoit les troupes qui se trouvoieut snr la chaussée de Tirlemont, il fallut se décider à la retraite; les fran(,'ois alors repassOnsnt la petite Glieeto assez en désordre, et l'armée se forma, la droite à Qoldzenhoven, la gauche à Haeckendover,

Cette bataille, dout les vrais détails ont été trop peu connus, et les suite.« infiniment funestes, fut li- ▼rée et disposée contre toutes lus rôgles de l'art militaire. La première faute fut de déplacer l'armée de devant Louvain, où l'avoit postée le Général Jlirauda, lorsque les ennemis la chassèrent des bords du' U Roër et de la Meuse, En effet, quel devoît ôtre le but principal et unique? Celui de protéger et de défendre la Belgique. Et quelle étoit la position la plus avantageuse, après l'événement malheureux qui venoit d'arriver pour remplir cet objet î Celle en avant de Louvain par la raison que la prise de Louvain et de Malînes donnoit aux ennemis les moyens de reconquérir la Flandre hollandoise, et for^oit les françois de se sauver à toutes jambes, eu prêtant le flanc, par Mons et par Ath, derrière Bruxelles, pour le soutenir, sans aucune certitude encore d'y réussir, et après avoir abandonné un pays immense.

La seconde faute fut de vouloir livrer bataille dans un moment où il y avoit plus d'inconvéuiens à la perdre que d'avantage à la gagner; où l'on écoit très-inférieur a l'ennemi, n'ayant au combat que trente

deux mille hommes contre eiuquante deux mille ; où on attendoit des renforts, et il en aniva la nuit même de l'action; où l'ennemi enfin étoit posté très-avantageusement sur des hanteui-s : les Eran<;oiR, au contraire, occupoient une mauvaise position. Mais le rapport sur la bataille de Nerwiude, fait par le Général Miranda il la Convention Nntiouale le 19 Mars 17i)3, rapport qui se trouve parfaitement d'accord avec les ordres par écrit du Généra] Dumouriez et la relation dn Prince do Cobourg, répand le plus grand jour sur cette journée.

" Le 18, à la poiute du jour, les troupes aux ordres du Général Miranda, emportèrent les villages de Ortsmael et de Bingeu avec leurs pouts occupés par les euiieiitis. A dix heures et demie, le Général Dumouriez manda le Général Miranda, qui en i-eçat l'ordre par écrit sur ce qu'il devoit faire, et l'avertissement verbal de sa détermination à livi'er bataille. Surpris de cette nouvelle, le Général Miranda, qui n'avoit l'é^ aucun ordre pour faire uue reeonuoissance sur la gauche, qui voyoit devant ses colonnes une rivière et point de pont à y jeter, demauda à son chef s'il connoissoit à peu près la force des ennemis. — Je les crois forts de cinquante deux mille hommes, et dous de trente cinq mille. — Et vous croyez pouvoir réussir à déposter les ennemis dans uue pareille position ? Mais on ne vouloit pas de réflexioi], ot le Général Miranda, qui s'en aperçut, retourna à son poste, y ouvrit le paquet qui contenoit ses ordres, et en donna en conséquence.

*' A deux heures après midi, les colonnes se mii*ent en mouvement et, à trois, l'attaque commença à la gau-

che. Quatre eoloûnes passèrent sur le pout d'Ortsmael et par la chaussée, uue autre par le pout de Leau. La position de l'eunemi étoit si avautageuse par lo terrain, par le nombre et par la formidable artillerie qui lo couvroit, que l'infanterie, avant d'avoir pu approcher sos lignes, avoit été obligée de repousser la cavalerie, les troupes légères qui oecupoient les \'illages, et d'essuyer le feu des batteries croisées, avant de pouvoir gravir les hauteurs sur lesquelles était postée l'infantei'ie ennemie sur deux ligues. Les frauçois prirent d'abord les villages et repoussèreut la cavalerie; mais le feu de l'artillerie ennemie fit un tel effet sur leurs colonnes qui, h cause du terrain coupé, ne pouvoient se déployer, que l'infanterie, après les plus vifs efforts, et avoir essuyé une perte considérable, ne put pas déposter celle de l'ennemi qui étoit sur les hauteurs, couverte de toute son artillerie, tandis que celle des françois, démontée et perdant ses chevaux dans les chemin oit elle se trouvoit engorgée ou embourbée, ne put être mise avantageusement en batterie. L'infanterie fi'ançoise fut doue obligée de se replier après trois heures et demie de combat derrière la petite Gheete, en cherchant à reprendre la position qu'elle occupoit avant l'attaque. Dans cette retraite il y eut quelque désordre, mais qui ne put être attribué ui aux généraux, ni aux troupes, si ce n'est par le (Jfénéral Dumouriez, dont l'impéritie égale la malveillance envers lo Géuéral Mivauda,

Pour prévenir néanmoins la confusion daus laquelle l'infanterie se retiroit, le Général Hirauda lit porter SUT les hauteurs de Wommersom cinq bataillons, qui

an-ivoieiit de Louviiiii, !e 18 au soir, et fit arrêter les troupes derrière Tirlemont pour les rallier plus facilement. A raiuuit, il les rameua aux postes, par ordre du f-iléiiéral eu Chef, persuadé qu'il vouloit reoommeucer l'action à Ui pointe du jour, ce qui étoit iosensé.

Lo leiidemaiu li», le même général occupa, à quatre beurt;s du matin, les hauteurs de "Wommersom, où il l'ut attaqué à neuf heures, et d'où il se retira vers Tirlemont sur les cinq heures du soir, après sept heures de combat [•]. Il re^ut là de nouveaux ordres pour traverser la ville dans la nuit et prendre la position de Cnmptich, derrière Tirlemont, avec le reste de l'armée qui, le lendemain 20, continua sa retraite, et vint occuper devant Louvain la position de Bautersem, d'où elle étoit partie si mal à propos pour aller se faire battre à Nerwinde. Afin de couvrir la retraite, le Général Miranda prit une position à Pellemberg, où il fut attaqué très-vivement, le 22, par des forces infiniment supérieures, auxquelles néanmoins il résista toute la jounaée, les repoussa à plusieurs reprises, leur fit essuyer une grande perte, et leur échappa pendant la nuit, après avoir donné le temps à l'armée d'effectuer sa retraite ; action de laquelle le Général Dumouriez se garda bien de parler. Ainsi il est démontré qu'il livra et perdit la bataille de Nerwinde, par inconséquence et ignorance; que cette défaite entraîna la perte de la Belgique, ainsi que des places conquises sur

[*| On voit ])ar vc lOeit, coinbieu sont enlomnienses les assenions <hi Général Dumonriez contre le Général Miranda et les troupes ii ses ordres.

— Selles hollandois, et que, malgré ses efforts pour rejeter ces revers sur ses subordonués, on ne peut accuser que lui. [Tome II, pp. 255 il 261.]

Le Général Dumouriez, plus célèbre par ses intrigues que par ses exploits, veuoit de lever le masque ; mais il ne put assurer le succî's de ses démarches : le mépris et la haine fnreut le fruit de ses complots, et il no lui resta, après l'inutile promulgation d'un manifeste publié le 3 Avril, tendant à débaucher les troupes, que le parti honteux de fuir; encore manqua-t-il d'être assassiné le 4 Avril, eu se sauvant, ot il n'emporta dans sa fuite que la réputatiou d'un ambitieux et d'un factieux, dont on pouvoit même contester les talens militaires.

[Ibid. p. '2Q3.]

Aussitôt que la guerre eut été déclarée à la Hollande, le Général Dumouriez, qui revoit depuis longtemps aux moyens de s'élever ot de soi-tir de sa sphère, résolut d'envahir les Provinces-Unies: première faute qui en entraîna beaucoup d'autres. Pour remplir sou projet, il rassemble à Anvers un corps d'environ quinze mille hommes, qui affoiblit l'armée dans un moment oii H aurait fallu ta renforcer. Il disposa ensuite les diffé-

Kc^vr

rens corps de troupes à ses ordres, de manière à les lier à sou opération de Hollande et à son grand plan d'insurrection : seconde faute, qui permettoit aux autrichiens de porter une partie de leurs forces, alors assez nombreuses, sur l'extrémité de la droite des françois, et presque sur les derrières de la ligne d'opérations. Le Général Dumonriez agit ensuite comme s'il avoit été assuré que les bataves s'insurgeroient contre le Stathouder: troisième faute, puisque d'après un espoir mal fondé, il porta ses tentatives vers le Moerdick, avec la prétention de traverser ce bras do mer sur vingt-trois bateaux qui pouvoient à peine porter quinze cents hommes à la fois, au lieu d'opérer par Nimègue, où il n'auroit eu qu'une rivièi'e à passer, où il se seroit trouvé sur la gauche des hoUandois, et lié de plus près aux opérations sur la Roër. Revenu ensuite à, la tête de l'armée de la Belgique et des autres corps qui agissoient avec elle, au lieu de concentrer ses forces et de les réunir, il voulut livrer une bataille avec des forces très-inférieures à celles des ennemis, et il choisit le moment où ils oceupoient une position avantageuse: quatrième faute, d'où s'en suivit la jierte de la bataille, une retraite faite avec assez peu d'ordre, et l'invasion de la Belgique de la part des coalisés. Enfin voyant son plan chimérique de la Hollande conquise, de la Belgique insurgée eu sa faveur, n'être qu'uu rêve, il s'abouche avec les généraux ennemis, pour tScher de faire, d'aecord avec eux, ce qu'il n'avoit pu exécuter à lui seul: cinquième faute, qui entraîna sa perte et qui jeta la France dans des crises désastreuses, en la livrant à tous

les excès do la démagogie ot à tous los dangers d'une invasion sur la plupart des points do ses frontières.

[ Tomo II, pp. 264 et 20",.]

Opinions farorabhs à Miranda.

J. P. Brissot, député (PEtirn et Loire à ses commetlans. [Extrait.']

Je me demande comment ces commissaires, vivant intimement avec Dumouriez, les autres généraux et leur État-Major, entendant tous les jours les déclamations de Dumouriez et de ses principaux officiers contre la Convention, ils n'ont pas pcuétré leurs desseins perfides ; comment ils n'ont pas cherché à en prévenir les effets ; je mn demande comment, au lieu de les faire eounoître, ils sont venus au Comité et à la tribune de la Convention taire l'éloge de Dumouriez; comment ils se sont élevés avec feu contre cette section, qui demandoit un décret contre lui. Je me demande comment, et par quel hasard, précisément ù ■cette époque, Robespierre cessa ses déclamations contre

Dumouriez ; Marat uon seulement cessa de le dénoncer, mais même affirma que le salut de la France dépendoit de Dumouriez, de cet homme qui alors même conspii-oit contre la République ! Je me demande comment et par quel hasard, ces éloges subits, inexplicables pour nous, coïncident avec la conspiration du 10 Mars, conspiration, qui tendoit aussi à dissoudre la Conventiou, et à changer notre gouvernement. Ja me demamfe comment, an milieu de toides ces traJitsms, les commissaires ii'oni suspendu, qii'un seul t/ém'ral, et un général fdèh ir la SépulUque, tjui avait refusé (Venircr dans la coalition <fes contre-révolutionnaires, le Général Miranda.

Paris, Mai 1793, [ pp. 92 et 93.]

Réponse très-siiccinctc de Jérôme Fétion, au long libelle de Maximilien Jîohespierre.

[E.drait.]

Quant à Miranda, les faits sont très-simples. J'étais Maire de Paris, lorsque Garran-Coulou le présenta chez moi, il y a, à peu près, un an.

Je trouvai dans Miranda un homme extrêmement instruit, uu homme ayant médité les principes des gouvernemcns, paroissant fortement attaché h la liberté : un véritable sage, li vouoit nio voir de distance à autre, et j'avois avec lui dos entretiens très-instructifs.

Miranda avoit servi avec distinction en Amérique,

lorsque les américams versoient leur saug ponv la libei-té.

L'emieiui étoit sur notre territoire. .le dis à Miranda: "vous devriez prendre du service en France;" et il y consentit. Je le recommandai au Ministre Servan, comme j'aurois reeommandé tout officier que j'au- TOÏs cru pouvoir t'tre utile à la cause de la liberté. Le Ministre l'employa, et il eut lien de s'en féliciter. La conduite de Miranda, dans les plaines de Champagne, a été louée par tous ceux qui l'ont connue; elle a été louée par les commissaires ; Dumouriez ne tarissoit pas d'éloges sur sou compte,

Miranda vient d'exposer celle qu'il a tenue dans la Belgique, et je prie tous les membres île cotte assemblée, de lire le compte qu'il vient do publier. Si, ce que je ne puis croire, Jliranda étoit coupable, on verra que je ne serai pas le dernier h m'étever contre lui, et je sevois d'autant plus sévère à son égard, que je l'aurois cru plus homme do bien.

Mais je l'avoue, il est des faits qui me parlent hautement en su faveur. Il est le seul des généraux que Dumouriez ait sacrifiés. En mt^me temps, avant que la trahison de Dumouriez fût connue, Miranda m'a déclaré, ainsi qu'à Bancal, que Dumouriez l'avoit pressenti pour savoir s'il feroit marcher son armée sur Paris, ce qu'il avoit repoussé avec indignation. Ht ce fait, je l'ai dénoncé au Comité de Défense Générale, en présence de Bancal, et avant que la conspiration fût dévoilée.

Or, c'est cet homme que Robespierre iie balance pas ù frapper avec une espèce de férocité. Il ne le frappe pas comme un préveun, mais il affirme qu'il est coupable. Ldcbes que vous êtes! attendez au moins qu'il ait été entendu; il sera temps alors de pronon- ■ eer, de punir ou d'absoudre.

Valencieunes, 20 Mai 1793.

L'an 2 de la République Françoise.

Digne et respectable Général,

Je vous félicite, aiusi que la République, de la justice éclataute que le tribunal et le public ont rendue à V0.S vertus civiques et militaires. On peut vous dire, avec Sénèquo: virtics, ciiiii violata est, refulsit. Vos ennemis n'ont pu vous perdre et leurs persécutions n'ont servi qu'à montrer à la Franco ce que vous valez. Puissiez- vous bientôt, reudu à des fonctions publiques, servir longtemps la belle cause qui vous a fixé cîiez les frau<;ois.

Mon amour pour cetlo sublime cause m'a valu aussi les honuours do la persécution ; j'ai été chargé de fere et traîné ignomiuipuseuieut dans les prisons de Maëstrielit. .le vous avois écrit le '1 Avril, une heure avant mon arrestation ; mais je crains bien que ma lettre n'ait été interceptée. Tour moi, il ue m'en est parvenu aucune depuis Liège, et j'ai de fortes raisons de croire qu'on les livroit au scélérat do Thowenot.

Adieu, respectable Général, j'attends avec impatience de votre souvenir un petit mot, si vous eu avez le temps. Vous eonnoissez mes principes et les sentimeos que je vous ai voués. Ils sont invariables, parce que je suis persuadé que les vôtres ne changeront pas, malgré les intrigues et les séductions dont on cherche à vous entourer, à ce que l'on dit ici.

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