L. Antoine Pille, [•] Adj. Gén
A Vouziers, le 7 Octobre 1792.
L'an 1" de la République.
Parmi les ordres dont M. Dumouriez me charge, je n'en eonnoit pas de plus agréables, mon Général, que ceux qui me fournissent l'oocasion de vous écrire. Je commence donc par vous dire, on son nom, que votre début dans votre commandement et le sermon que vous avez fait aux troupes pour le maintien de la subordination et la discipline, joint aux talens militaires qu'on vous connoissoit déjà, prouvent assez que le Pouvoir
[•] Cet officier étoit le seul de son état-major qui fût auprès du GtJnijral Miranda quand il fut aiTPté par l'ordre du G&iéral Dumouriez, ayant perdu, dans les actions du 18 et 19 Mors, trois de ses iiîdes-de-camp; et ce ne fut ciu'avec le jeune Dulac qu'il se rendit, à Paris pour se justifier, Pille ayant été, comme on le voit, délivré aux antrichiens par Damouriez, avec l'intention probablement de saiirfr Miranda, pour qui il témoigne des yi/n-ts à cette occasion. [Vide Mémoires, seconde partie, p. 78.]
Exécutif a fait en vous un choix digne d'une République. Il approuve également votre conduite envers M. de Lille, et il est très-cliarmé que les choses se soient bien passées.
Si je comprenois l'espagnol, mon Général, je répondrois à votre lettre toute entière. Je suis très-fâché d'ignorer une langue que vous savez: cette ignorance me prive tout à la fois du plaisir de lire de bonnes choses et de profiter entièrement de la confiance que le Général a en moi, car je suis persuadé que vous lui dites tous vos secrets en espagnol.
Votre ordonnance me dit qu'il est très-pressé de s'en retourner, ainsi je ne vous dirai point de nouvelles. Le Général me charge de vous dire qu'il espère que vous viendrez le voir, demain, au château de Vouziers, et je me joins à lui, mon Général, pour vous prier de vous souvenir qu'il y a trois jours que je ne vous ai pas vu, et que c'est bien long pour un honame qui vous estime, qui vous aime et qui vous respecte.
[Signé] Philippe de Vaux,
Lient. Colonel, Aide-de-camp.
Au Citoyen JVIiranda, Lient. Général.
A l'Abbaye, le 17 Mai 1793.
Ce n'est pas vous, mon cher Général, que je dois féliciter le plus mais la République, d'avoir conservé son plus ferme et son plus vertueux maintien. Vous avez
été acquitté de la manière la plus honorable et la plus touchante. Vous avex fait pleurer vos juges, les jurés et tout l'auditoire; voilà un triomphe qui vous manquoit et qui vous étoit du. Puisse le tribunal me rendre une partie de la justice qu'il vous a rendue, pour avoir practiqué depuis qne je vous connois les leçons et les bons conseils que vous m'avez quelquefois donnés sur l'amour de la liberté. Cest mardi prochain qu'on me juge. J'apporterai au tribunal le témoignage de ma conscience et ma vie irréprochable. J*espère qu'il sera juste et que la malheureuse préventiou du peuple coutre Dumourioz n'influera pas sur lui et n'enveloppera pas dans la mûmo disgrâce l'homme qui a partagé ses dangers et ses travaux, mais jamais ses projets conti'e la liberté.
Je crois, mou cher Général, que vous eonuot«.sez mon cœur et mes principes. Je si>rois lieureux si mes juges pouvoient tes conuoître par votre bouche. Je ne veux point vous assigner comme témoin t>aus savoir si vous le désii-ez vous-même. Consultez votre cœur pour moi, je m'en rapporterai à ce qu'il vous dictera.
Je vous adresse cette lettre par le citoyen d'Albarede. C'est un de mes amis en qui j*ai toute confiance, et à qui vous pouvez donner la vôtre.
[Signé] Philippe de Vaux.
Extrait d'une lettre de Quentin au Général Miranda.
Liège, le l'"" Prairial, an 5 de la République.
Daiguez, Général, me continuel" votre ancienne bonté, et me donner votre avis qui me sera iDÛniment utile dans le sentier délicat où je suis placé depuis longtemps. Je l'attends, et vous prie de me répondre le plus tôt qu'il vous sera possible.
[Signé] Quentin.
Au Général Miranda.
P. S. Pour mettre à profit les excellens conseils que votre lettre enferme, je Us de bons livres. J'ai commencé par ceux que vous m'avez donnés ; j'ai lu ensuite vos commentaires de César en latin, et je lis dans ce moment-ci Plutarque. C'est un auteur inimitable, et dont la lecture me charme. Le matin je travaille à mon bureau, l'après-midi je monte à cbeval et je fais un peu de musique, et le soir je lis. Je pense cependant que le printemps apportera quelque changement à ma manière de vivre. Mou adjud. gén. sollicita une autre destination.
Certifleat du Général Joseptt Hervaii, ex-MiniBtte de la Crueire, en faveur de Miranda. — Notes du Général Servan sur lo second volume des Mémoires do Damounez.
Certificat du Ministre Servan.
Je certifie qu'il l'époque où j'étois dans le Ministôre, après le 10 Août, et daus le moment où les oqnemis péiiétroient en Champagne, le Général Jliranda, alors à Paris, et décidé à quittât" la France pour contianer ses voyages, me fut présenté par les membres leB plus reoommandables do la Législature, et qu'instmit de ses connoissanees, de son extrême amour pour la liberté et de ses services dans la guerre des Etats-
Unis contre l'Angleterre, Je le sollicitai vivement d'aider la France ' de ses talens dans un moment où elle embrassoit une aussi belle cause Ce fut sur ces représentations ou celle do quelques-uns de ses amis du Corps Législatif, qu'il se décida à pi-endre le grade de Maréchal de Camp dans les armées françoises soaa la condition que, dans le cas de l'établissement de la liberté, et au moment de la paix, le gouvernement lui garantissoit un grade militaire, tel que celui mérité par ses services, et pouvant lui assurer eu même temps une existence honnête, qui lui étoit due par le sacrifice qu'il faisoit, en combattant pour la liberté françoise, de la fortune qu'il possédoit déjà et de celle qu'on lui assuroit ailleurs conditions qui lui furent entièrement accordées.
Je certifie en même temps qu'ayant rendu des services très-essentiels on Champagne dans la campagne des fran(.'ois contre les prussiens, et d'après les rapports très-avantageux du Géuéral en Chef, le Conseil Exécutif dont j'étois membre, s'empressa de rendre justice au Général Miranda en l'élevant au grade de Lieutenant-Général.
[Signé] Joseph Sebtam.
Paris, ce 3 Nivôse, an 3'"" de la
République Françoise.
Notes sur le second volume des Mémoires du Général
Dumouriesi, écrits par liU-incme Par le Général
Servan, ex-Ministre de la Guerre [•].