‹ Mirifiques aventures de Maître AntiferChapitre 5 sur 15 · M I H 1 F I Q U K S AVENTURES · texte numérisé non relu

M I H 1 F I Q U K S AVENTURES

demain que j'ai eu tort, ça ne le racom modéra

— Que dira mon cousin Juhcl? s'écria Éno-

— Il ne dira rien, et il fera bien de ne rien dire! riposta maître Antifer, en manifestant le regret de n'avoir devant lui que deux femmes sur lesquelles il ne pouvait raisonnablement soulager sa colère. — Et au fait, ajouta-t-il, où est Juhel?...

— Tu sais, mon oncle, qu'il est parti pour Nantes, répondit la jeune fille.

— Nantes ! . . . Voilà autre chose ! . . Qu'est-il allé faire à Nantes?..*

— Mon oncle, c'est toi-même qui l'as envoyé... tu sais... 1 examen de capitaine au long cours..*;- • ;

— Capitaine au long cours... capitaine au long cours! grommela maître Antifer. Il ne lui aurait donc pas suffi d'être comme moi capitaine au cabotage?...

— Mon frère, fit observer timidement Nanon, c'est d'après ton propre avis... tu as voulu...

— Eh bien... parce que je l'ai voulu... la belle raison!... Et si je ne l'avais pas voulu,

c'était sur une gabare quë's'êtait écoulée sa vie. (Page 70.)

est-cc'qu'il no serait pas parti tout de même... pour Nantes?... D'ailleurs, il sera rc toqué... Non, mon oncle.

Si, ma nièce... et s'il l'est... je lui promets une réception... en vent de surouêt ! »

Vous le comprenez, il n'y avait aucun moyen de s'entendre avec un pareil homme. D'une part, il ne voulait pas que Juhel se présentât aux examens de capitaine au long cours, et de l'autre, s'il échouait, le dit Juhel attraperait une semonce dans laquelle ces « ânes d'examinateurs, ces marchands d'hydrographie »

seraient traités de la belle manière.

Mais Enogatc avait sans doute le pressentiment que le jeune homme ne serait pas refusé, d'abord parce qu'il était son cousin, puis parce que c'était un garçon intelligent et studieux, enfin parce qu'il l'aimait, qu'elle l'aimait et qu'ils devaient s'épouser. Imaginez, s'il vous plaît, trois meilleures raisons que ces raisons-là!

11 convient d'ajouter que Juhel était neveu de maitre Antifer, lequel lui avait servi de tuteur jusqu'à sa majorité. Orphelin dès le bas-âge par la mort de sa mère, une Morlaisienne à qui sa naissance avait coûté la vie, et

par la mort de son j^èrc, lieutenant de vaisseau, survenue quelques années ensuite, il était resté, enfant encore, à la charge de son oncle. On ne s'étonnera donc pas qu'il fût écrit làhaut qu'il serait marin. D'ailleurs, Enogate avait raison de penser qu'il obtiendrait sans peine son brevet de capitaine au long cours.

L'oncle n'en doutait pas non plus ; mais il était de trop mauvaise humeur pour en convenir.

Et cela importait d'autant plus à la jeune Malouine que le mariage, depuis longtemps arrêté entre son cousin et elle, devait suivre d'assez près l'obtention dudit brevet. Les deux jeunes gens s'aimaient de ce franc et pur amour, qui doit suffire au bonheur de deux existences. Nanon voyait approcher avec joie le jour où serait célébrée cette union tant souhaitée de toute la famille. D'où aurait pu venir un obstacle, puisque le chef tout-puissant, à la fois oncle et tuteur, donnait son consente^ ment... ou du moins s'était réservé de le donner , quand le futur serait capitaine? Il va sans dire que Juliel avait fait le complet apprentissage de son métier, d'abord mousse et novice à bord des navires de la maison Le Bailltf, matelot au service de l'État, et lieutenant pen-

DE

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