POUR L'ENFANT 1S
transformées dans l'agenouillement et la prière :
Dieu de mon enfance, 6 vous, Dieu de douceur, Qui venez de nouveau là, tout près de mon cœur, Secoure2-moi, donnez à ma peine cruelle La pleine vision de la vie éternelle...
J'aspire et je gémis, aceordez-moi Tespoir Et la force jusqu'au délice du revoir !
Mais avant d'en arriver à ceci qui n'^st pas encore la résignation, à peine la soumission aux dures lois de la vie, quel calvaire visible dans toutes les poésies du recueil : Pour P enfant! Nous voudrions en faire sentir tout l'attrait navrant et c'est presque impossible, même avec des citations, car elles rompent ce lamento, ce chant funèbre où le poète n'est plus poète que pour sa petite fille, pour sa douleur, pour la chère intimité de ses larmes auxquelles se joignent celles d'une mère tendre et désolée; cette association de deux cœurs en détresse, comme elle nous apparaît dans ces vers :
Au temps où nous avions notre ange auprès de nous Il arrivait parfois... vous en souvenez-vous, Chère âme abandonnée au mal qui vous désole.
Il arrivait souvent que par une parole,
Un doux mot, survenu dans ses jeux familiers
Notre enfant ravissait nos cœurs émerveillés.
Et le regret de l'être adorable se poursuit, se fixe à tout ce qui le faisait vivant et précieux quoique le père nous dise tout à coup :
Mon cœur ne se rappelle pas Tous les doux instants de la vie, Tous les mots, les gestes, les pas Par où mon àme fut ravie.
Mais tous les traits multipliés De ton enfance enchanteresse L'un après Tautre déployés Servaient à former ma tendresse.
Lisez cette évocation de l'inquiétude paternelle autour de l'enfance qui tient tout ailée de Toiseau et du papillon :
Si le bruit de ses jeux cessait dans le jardin, Je ne supportais pas de rester incertain Et, me penchant vers elle, au bord de la fenêtre, Espérant bien la voir aussitôt m'apparaître Avec son doux visage et son geste attendu, Je l'appelais : Petite ? Eh bien ! où donc es-tu ?
POUR L'ENFAXT IST
Puis comme le contraste, l'envers noir de ce souvenir, écoutez les vers délicieux de la Petite âme du jardin :
Dans ce rose Jardin discret Peuplé de l'image mortelle Où ton enfance m'apparaU, Ta petite âme revient-elle?
Des espaces perdu» au loin Oit l'appui connu te délaisse, Retronves-lu cetliamble coin Qui suffisait à la faiblesse?
H semble qu'une femme seule pourrait toucher aussi délicatement l'insaisissable, l'irrévocable; mais, peut-être pour ménager la sensibilité de ceux qui lisent cette étude rapide (l'un livre rare, je ne me suis pas assez arrêtée à ce qu'il contient parfois de violent et de révolté. Ce poète qui pleure touche le fond du désespoir humain dans toutes ses causes et ses résullals et c'est notre malheur à tous qui tient dans le sien : l'incertitude atroce du bonheur, la fatalité des séparaiinn* la nlnma.... de la vie devant la mort, e
plus avoir de cris que pour se faire entendre de Tautre côté du rivage où touchent les barques lourdes ou frêles, rapides ou lentes, emportant, avec ceux qui nous étaient chers, les belles confiances qui font vivre.
A ce titre, le livre de M. de Pomairols n'est pas seulement Pour Venfant^ mais pour tous les aimés perdus et disparus au delà de Fespoir.
Il est une pièce, parmi d'antres aussi belles, que je voudrais citer presque entièrement pour finir : apaisée, quoique douloureuse, et d'un sentiment si particulier et si pur qu'on ne peut la relire sans émotion, elle clôt pour ainsi dire le livre de deuil et fera la fin de cette analyse trop courte d'une œuvre admirable, Clartés dans la nuit :
Ton être relégué dans les ombres funèbres Appartient à la nuit, au mystère, aux ténèbres,
Toi, sans pouvoir sortir de la zone de Tombre
Tu t'approches pourtant, tu viens au bord des feux
Qui dardent le plus loin leur éclat vaporeux,
Afin que le foyer où brille ta tendresse
Touche au moins tes regards d'une vague caresse.