‹ Miroirs et miragesChapitre 2 sur 12 · SIMPLE RÉCIT · texte numérisé non relu

SIMPLE RÉCIT

refuge, où je me retenais des deux mains à . chaque mouvement qu'elle faisait; cette jupe, je la tiens et je m'y enfouis chez les fournisr seurs à crédit, j'ai dans les oreilles leurs réclamations insultantes et la plaintive voix de ma mère répondant « samedi prochain » toujours « samedi prochain »; je la tiens, cette jupe, à la porte de l'église où nous regardons entrer et sortir les beaux mariages, les grands enterrements, où je quête un sou malgré la lape qui me punit chaque fois. Et il me semble que toute mon enfance elle est la même, cette pauvre jupe de maman, couleur de poussière et de boue, car elle s'amincit sous mes doigts, des trous s'y forment à côté des reprises ; c'est une loque dont la charpie me reste aux mains.

« Enfin, plus tard, je marchai seule et la rue, cette rue bruyante et large, fut mon domaine* Je suivais la retraite vers le soir, aux sorties d'école, aux heures de gaminerie ; je réglais mon pas sur ceux des soldats, avec tous les enfants de mon âge, aux mesures du clairon qui sonne aigrement et gaiement! C'étaient ces sorties

des caserves comme des processions de F église, qui sont un peu plus qu'une promenade, un peu moins qu'une prière. Il nous en venait au cœur comme une petite fièvre d'un civisme inconscient, de même que je ressentais une sorte de ferveur pieuse aux processions de la Fôle-Dieu , aux petites chapelles de coin de rue ; même un soir maman m'a donné une vieille* serviette, un bénitier sans eau bénite, une pauvre croix de sa Communion avec deux brins de lilas tombés d'une charrette. Voici la petite chapelle, installée ; et tout de même, c'était blanc, c'était fleuri,' c'était joli, et moi-même je ne devais pas être trop laide, puisque volontiers on me mettait une aumône dans la main.

« Mais j'entends un grand bruit de voix dans le faubourg, oii je cours, je joue et je chante, qui est plus mon chez moi que le pauvre logis déhibré, oh ! si triste avec son mur en soupente qui cache tout un coin du ciel, son carreau taché de graisse, quoiqu'on n'y mange guère, et ses pauvres meubles branlants. J'entends donc des voix, des portes qui se ferment, des fenêtres qui claquent. On met notre unique

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