Scena prima
CINIRO
Oh sventurato, oh misero Perec!
Troppo verace amante!... Ah! s'io più ratto
que je demande, j'en mesure l'importance: allons, crois ma raison; il est encore temps; faute de
quoi, tu regretteras, mais en vain, de ne
pas m'avoir porté le secours d'une épée.
CECRI
Ma chère fille bien-aimée... certes, c'est la douleur qui te fait délirer. Tu ne demanderais jamais une épée à ta mère... Que l'on ne parle plus de noces désormais: un effort inouï t'a malheureusement presque contrainte à ce mariage; mais la nature est plus puissante que toi et, quant à moi, j'en remercie vivement les divinités. Tu resteras toujours dans les bras de ta douce mère:
et si tu te condamnes à des pleurs éternels, alors
je veux pleurer avec toi éternellement et,
jamais, pas même d'un pas, je ne veux
te quitter; nous ne serons qu'une seule
personne; et de ta douleur même, je veux me revêtir
moi-même. Soeur plutôt que mère j'espère être pour toi...
Mais, oh ciel! que vois-je? Oh fille... tu t'emportes contre moi? tu me repousses?... Et tu refuses
de m'embrasser? Et ces regards ardents?
Hélas! fille... contre ta mère aussi?
Ah! te voir ne fait que trop ajouter à ma douleur: plus tu m'embrasses de ton affection, plus tu me déchires le coeur...
mais... hélas!... qu'est-ce que je dis?
Ah! mère! Je suis une fille ingrate, inique, indigne, et qui ne mérite pas d'être aimée.
Laisse-mai à mon destin horrible...
Ou, si tu éprouves une véritable pitié pour moi, je te le redis: tue-moi.
CECRI
Ah! c'est moi que je tuerais si je devais te perdre hélas, cruelle ! peux-tu encore
me dire et me rétorquer des mots si
amers? Désormais, je veux moi-même
veiller toujours sur ta vie.
Toi, veiller sur ma vie? Je devrais à chaque instant te voir? Toi, toujours devant mes yeux? Ah! je veux que mes yeux soient plutôt d'abord ensevelis sous des ténèbres éternelles:
c'est de mes propres mains que je veux plutôt d'abord les arracher de mon front...
CECRI
Oh ciel!... qu'ai-je entendu?
Oh ciel! tu me fais trembler d'horreur.
Tu me hais donc?...
Toi, la première, toi la seule, toi l'éternelle funeste raison de tous mes maux...
Crise de larmes, elle tombe évanouie dans les bras de sa mère.
Tableau d'angoisse et de pitié.