‹ Misanthropie et repentirChapitre 28 sur 57 · LA COMTESSE, LE MAJOR · texte numérisé non relu

LA COMTESSE, LE MAJOR

LA COMTESSE

est sans doute une manie de singularité qui re'duit cet homme à s’enfermer dans c«tte cabane.

L E MAJOR

Kous voyons ici que le domestique est le singe de son maître.

L A COMTESSE

Allons, mon frère, allons rejoindre mon mari, quf est avec madame Miller.

L E MAJOR

Deux mots pourtant , ma chère sœur , nous avons été interrompus par l’aventure arrivée à ton mari- je n’ai pu apprendre de toi ce qu il importe tant à mon cœur de savoir : Dites-moi, qui est-elle cettè madame Miller dont la vue et l’entretien mont égalemant charmé? Qui est-elle ? parle , je t’en conjure.

Ce qu’est madame Miller? je te fai déjà dit, mon ami, je n’en sais rien. Cela t’étonne ; c’est pourtant l’exacte vérité. Quand elle s’est présentée chez moi, elle m’a paru plongée dans la plus profonde tristesse. Je ne l’ai point pressée de m’en dire la cause, parce que le secret d’un malheureux est presque toujours dans son malheur même, et qu’il est du devoir d’une a me sensible d’en distraire celui qui souffre, en éloignant de lui l’objet de sa douleur

£ E MAJOR

Mais comment l’as-îu reçue chez toi?

LA. COMTES SE

le voilà. Il y a trois ans , qu’ici sur le soir , on m’annonça mie jeune étrangère qui demandait avec instance la grâce de me parler; j agréai la visite. Madame Miller parut avec ce maintien et cette modestie qui t’ont d’abord charmé. Mais tous ses trait s portaient l’empreinte visible des tourmens secrets qui semblent s’être convertis depuis en une douce mélancolie. Elle se jeta à mes pieds, et me pria de sauver une infortunée prête à céder au désespoir. Touchée par ses pleurs, sa jeunesse, je la reçus chez m .ans la presser de questions affligeantes ; je m’attachai seulement bien connaître son ame, et je vis qu’elle étar digne de se; vir e temple à la Vertu* Dès-lors j’en fis, non ma femme- e-chambre , comme elle me lavait demandé ; mais mon amie, t» jour qu’elle m’vccompagnait

à la promenade , j’apperçus dans ses yeux le ravissement paisible où les beautés de la nature paraissaient plonger son ame. Je lui proposai de rester au château , et d’en diriger l’économie intérieure. Elle prit ma main, la pressa contre ses lèvres avec une ardeur extraordinaire; sou ame reconnaissant ce bienfait. Depuis ce moment , ellç n’est point sortie d’ici Elle y fait , en secret, beaucoup de bien , et est adorée de tous ceux qui Rapprochent. r

Voilà, mon cher ami, tout ce que je sais, et ce qu’il m’est possible de Rapprendre.

LE MAJOR

Ce n’est pas assez , sans doute , pour satisfaire entièrement ma curiosité ; mais ctest assez pour me déterminer.

LA COMTESSE

Quoi ?

LE M A J O R

Ma sœur, seconde-moi et cherche à pénétrer son secret ; qufell& tienne à une famille honnête, je l’épouse.

LA COMTESSE

Ma sœur , je t’entends.

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