TOLOSA
L n'existe pas de livre plus rare que celui dont nous venons dHndiquer le titre; on n'en connaît qu'un seul exemplaire qui, après avoir passé en Angleterre et s'être montré deux fois à Paris en vente publique, est entré dans le cabinet d'un bibliophile toulousain des plus instruits, M. Desbarraux-Bemard. Il était juste qu'après de longues pérégrinations ce précieux volume revint dans son lieu natal. Ce n'est point un recueil d'édits, comme on pourrait le croire sans l'avoir vu ; ces Ordenansas sont un échange de propos entre de vieilles languedociennes qui exposent sur différentes circonstances de la vie. humaine, les préjugés, les superstitions de l'époque. L'auteur a pris pour modèle les Evangiles des quenouilles^ dont il reproduit parfois les étranges idées. C'est après tout un livre des plus curieux à tous égards, et il mérite bien les détails étendus que lui consacre le Manuel du lAhf^ire.ikrt, Libre.)
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Les Ordenansas ont été réimprimées deux fois, d'abord en 1846, à Bordeaux, par les soins d'un bibliophile qui avait copié ces facéties d'après l'exemplaire qui était alors aux mains de M. Silvestre, libraire, rue des Bons-Enfants, ensuite et tout récemment, par les soins d'un savant toulousain, M. le docteur Noullet, auquel on doit d'excellents travaux, notamment sur la littérature des patois du Midi : texte revu avec soin, notes instructives, glossaire très-bien rédigé, rien ne manque à cette réimpression. (In-8° Montpellier et Paris, xm et 199 p.)
Jusqu'à présent les Ordenansas seules ont revu le jour; elles sont suivies dans l'exemplaire dont il s'agit de deux autres opuscules, 8 et x6 feuillets, contenant diverses petites pièces dont le Manuel du Libraire donne exactement les titres. Le premier de ces opuscules est indmlé : Las Nom-' pareilhas receptas per fa las femnas tindentas, ri:(entas, plasentas, polidas et bellas. Un amateur qui est en possession d'une copie manuscrite de ces Receptas (il y en a cinq), nous communique la première ; nous la reproduisons par respect pour la rareté de ce texte et pour VanHcquaille.
Las Receptas contengundas al présent liure. Et premièrement Recepta à las Femnas per guarir les maritz de iaslousie et fan que aian tan de pacience coma un aze ou un mouton.
Quan les Maritz an fantasie De lors Moilhes ou ialousie Et quant son trop mal estagians, Recipe d'amours de sergians Et de teste d'un mouto Vn taparel et un basto
Et mes lo fron dvn cabirol En aysinant qualque Payrol * Dedins lequal métrez la sanc Dvn Âuzel que nés qua3n:e blanc, Li quai ni sap qvne canson Aras per lo bose fa bel son .
Et va souuent à la verdolla De la quala prendretz vno alla, Tout partit; an bella pigassa En ou lazen tout coze amassa Et que nou fassatz par re caze Prenetz vnas capsetas daze Et mettez ou tout dins un corn, En forma dvn cap Dalicorn Âpres laretz sen sona mot Qpe lo marit ou begua tôt Et non sera ialoux dvn an Mais contatz ly : le pauvre loan Et reliquo sancti Comelii Et peyssas a prop fasetz ly De mais tantis que vous voudretz Car ia per aquo bruch nauretz Mais si gronho, gronhatz tambe En disan, qu'etz femna di be, Cridatz coma vna agassa preza Et peys, quan seretz ben presa Ly faretz crese ben et mal Coma s'era qualque animal.
Observons que le Recipe dont il est question au commencement de ce morceau, est une plaisanterie dont les exem-*
pies ne sont pas rares chez nos vieux auteurs. Quelques ciutions à cet égard se trouvent dans les notes qui accompagnent, p. 56, la réimpression donnée en 1847 des Joyeuts Recherches de la langue tolasainCy par Odde de Triors ; nous en ajouterons deux autres ; Tune se trouve dans les Fantaisies de Bruscambille qui recommande de prendre la quintessence du poumon d'une puce, une demi-once de queue de grenouille, le son d'une cloche, et de broyer le tout dans une pantouffle ; l'autre se rencontre dans le Nathveau PanurgCj édit. de 16 16, p. 284 : Recette pour faire un hérétique ; prenez deux poignées de cigûe, trois d'aconit» la cervelle d'une enclume, les plumes d'une chauve-souris, une douzaine de langues de limaçon, le poil d'un œuf, etc.
Le hihliofhile JoB.