‹ Miscellanées bibliographiques (volume 2)Chapitre 51 sur 101 · LA LÉGENDE FLAMANDE DE SAINT BRANDAN · texte numérisé non relu

LA LÉGENDE FLAMANDE DE SAINT BRANDAN

ET

SA BIBLIOGRAPHIE

[u moyen-âge, la Flandre était riche en légendes. Le savant allemand Edouard Kausler croit même que la plupart des légendes ou sagas germaniques ont pris naissance sur le sol néerlandais et se sont répandues de là avec les Franks dans le reste de l'Allemagne *.

Ces contes merveilleux se sont développés dans un ordre qui correspond au développement de la conscience humaine.

L'homme, en apparaissant sur la scène du monde, est tout d'abord saisi par le spectacle des phénomènes de la nature extérieure.

Le soleil, la nuit, la lune et les étoiles, le ciel et la terre rimpressionnent vivement ; il les personnifiera. Des cata*

* m la, wahrscheinlich 4st die grosste aller germanischen sa* « gen auf niederlandischea Boden erwachsen, und von hier lyiit « den Franken nach den Ubrigen Deutschland gewandeft. > Reimchronik von Flandem^ p. ;XVIII.

clysmes, des tremblements de terre, des famines seront considérés comme des puissances supérieures auxquelles rien ne résiste.

Plus tard, ces personnifications et ces puissances deviendront des divinités, amies ou ennemies, selon leur influence bonne ou mauvaise ; on les invoquera en allant combattre les animaux féroces et les monstres, et ceux qui se distingueront dans ces combats seront des héros. De là, les traditions héroïques.

Plus tard encore, lorsque les nationalités commenceront à se constituer, que les peuples rivaliseront et lutteront entr*eux pour la suprématie, on verra naître les traditions chevaleresques.

L'âge des traditions ou des légendes, qui se transmettent de bouche en bouche, finit à l'époque où les trouvères s'en emparent et les fixent par l'écriture.

A chacune des périodes légendaires correspondront des poèmes épiques qu'on appellera « Bestiaires, » si les animaux en sont les héros, comme ceux du roman du Renard, Reinaert de Vos. Us seront de véritables épopées, si les héros en sont des hommes valeureux, qui se font remarquer par leur courage, leur énergie et leur sagesse. Ces poèmes recevront aussi le nom de romans de chevalerie.

Ceux qui se donneront la mission d'écrire les événements dignes d'être transmis à la postérité, seront des poètes; ils se serviront du vers, parce que la forme métrique pénètre mieux dans la mémoire populaire.

Les légendes mises en vers sont donc une partie importante de l'histoire littéraire du moyen-âge. Nous pouvons même dire qu'en Flandre toute la littérature du moyen-âge est comprise dans la poésie. Et lorsqu'on entrera dans la

période historique, c'est encore en vers qu'on écrira les premiers rudiments de l'histoire. Il en devait être ainsi, car toute poésie épique a été primitivement une manifestation de rhistoire, comme toute l'histoire se confond à son origine avec la poésie épique. Les vieux poèmes épiques ne sont en effet autre chose que l'exposition de traditions historiques, telles que les anciens peuples les avaient comprises.

C'est au douzième siècle, que les trouvères flamands, les vinderSy recueillent les Jégendes de la bouche même du peuple. C'est alors que paraissent le fameux poème du Renard, qui fait allusion à des luttes intestines entre des seigneurs, leurs vassaux et les paysans attachés à la glèbe ; celui de la Guerre de Troie par SigerDieregodgaf, qui chante les actions héroïques et la mort d'Hector ; la chanson des Nibelungen et celle de Gœdroen, qui sont pour les peuples germaniques ce que rniade et l'Odyssée sont pour les Grecs ; le roman de Charles et Elegast (Caerl ende Elegast), et celui des Lorrains, poèmes épiques qui se rapportent au cycle carolingien ; enfin les poèmes religieux de la Vie de Jésus et du merveilleux voyage de saint Brandan.

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