‹ Miscellanées bibliographiques (volume 2)Chapitre 78 sur 101 · LETTRES · texte numérisé non relu

LETTRES

De m. l^Abbé de Saint-Léger de Soissons A M. LE Baron de H**\

LETTRE PREMIÈRE Sur le premier Livre imprimé, orné degraimres en taille-douce,

!usQ.u'ia, M. le Baron, nos Bibliographes et nos Littérateurs François ont regardé le Dante, édition * de Florence 148 1, in-folio, comme le premier livre orné de gravures faites sur métal; M. Heineken lui-même, qui s'est attaché d'une manière très particulière à la recherche des anciennes gravures, n'a pas connu de livre, orné de planches en taUle-douce» plus ancien que ce Dante de 1481, qu'il regarde comme le premier de tous qui ût cette prérogative *» Il en existe pourtant un antérieur de quatre ans ; c'est le livre mystique d'Antoine Beitim de Sienne, Jésuate, intitulé : il monte fanto di Dio, et imprimé pour la

^ Voyez son Idée d'une collection d'estampes^ avec une Dissertation sur l'origine de la gravure^ imprimée à Leipsic en 1771, in-80. pag. 141, 142 et 232; ouvrage curieux, dont j'ai donné l'extrait dans Y Année Littéraire 1771, Tom. 6, pag. 335- 346. L'Auteur y observe que le Ptolémée de Rome, 1478, ne contenant que des cartes géographiques gravées sur métal, le premier liv^e imprimé en Italie avec des estampes en taille-douce, est lé Dante de 1481, comme le premier imprimé en Allemagne, est le Mïssale Herbipolense de la même année 1481, où l'on trouve une gravure en cuivre.

- i$4 première fois à Florence^ par Kicolo di Lorenzo Dellam»gna, le lo septembre 1477, m-4^, grand format, caraaères ronds, sans chiffres pour les feuillets, mais avec signamres. Cette première édition est d*ane excessive rareté ; je n'en connois que deux exemplaires, Tun dans la bibliothèque Casanate à Rome, Tautre qui est indiqué dans le catalogue de Jackson, publié à Lîvoume en 175e, in-8*. et qui passa il y a quelques années, dans la bibliothèque de feu M. le Duc de la Vallière à Paris. Je n'ai pas vu l'exemplaire de la Casanate ; mais le P. Fabricy ayant bien voulu, à ma sollicitation, m'en envoyer la notice accompagnée des dessins des planches faits avec soin, je crois pouvoir en parler avec assurance.

En tète du volume on doit trouver quatre feuillets séparés, contenant une espèce de sommaire de l'ouvrage divisé en trois parties, lequel sommaire est suivi de la table des chapitres qui finit par cqs mots : Finit tabula per Nicbolaum Florintia. Au verso du quatrième de ces premiers feuillets, est la première estampe qui remplit toute la page et qui a neuf pouces et demi de haut sur six de large. Cette estampe représente la Montagne Sainte, an sonunet de laquelle on voit Jésus-Christ glorifié au milieu d'une multitude d'Anges adorateurs. A la montagne est adaptée une échelle qui y est assujétie par des chaînes de fer, et sur chaque échelon on lit le nom d'une vertu. Prudence, Tempérance, Farce, etc. Un honmie vêtu d'une longue robe et qui paroit être un Moine^ monte à l'échelle, la tète tournée du côté d'un grand Crucifix planté sur la droite, et de sa bouche part une banderole avec ces mots : Pirami doppo te ; on volt, à côté dr lui, tia second personnage, les yeux fixés vers le haut de la montagne, disant ces paroles : lipavi oculùs meos

in monUs, etc. La- secoade esumpç qui se trouve ftprès le Qiapitre 1x5*, feuillet dgnaturé Iv. représente encore Jésofr<Ihrist dans sa gloire, environné d'Anges adorateurs ; elle n'a que quatre pouces et cinq lignes de haut sur six pouces de large, aussi bien que la troisième qui est au feuillet signature P vij ; celle-ci représente l'enfer d'après les idées du Dante. Ces trois estampes (assez bien dessinées et gravées pour le tenis, surtout la seconde) sont sûrement en taille-douce, et elles paroissent de la même main que celles qui ornent le Poème du Dante, édition faite en 1 481, par le même imprimeur qui avoit donné celle dû livre de Bettini. Ces planches sont assurément gavées sur métal et non sur bois ; elles n'ont pas été gravées postérieurement à l'impression du livre, puisqu'elles se trouvent ' au verso de feuillets dont le recto est en partie imprimé. Ainsi, l'on peut regarder le livre de Bettini comme le premier monument connu, jusqu'à présent, qui réunisse la gravure sur métal à la Typographie. L'exemplaire de cette première édition conservé à la Casanate, est d'autant plus précieux % que celui de feu M. le Duc de la Vallièrej que je vis il y a quelques années, quand ce seigneur en eût fût l'acquisition, est défectueux; le troisième et le quatrième feuillets du volume y manquent, et par conséquent la première des estampes qui, comme je l'ai dit, doit couvrir le verso du quatrième feuillet. En outre, la place de la seconde

' ^ La Casanate n'a fait que depuis 1761 Tacquisition de ce livre ; aussi n'est-il pas indiqué au tome premier du catalogue imprimé de cette bibliothèque [où il devroit être sôus le met Bettini] mais seulement dans l'avertissement du Tome III, pu* bliéen 1775^ pag xvetxvf* CeTome lU* finit avec la Lettre G et.en. fait désirer ardemment la syite*

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estampe est restée en blanc dans cet exemplairej qui ne pié* sente que la troisième et dernière.

Le livre de Bettini fut réimprimé à Florence en 1491, h 20 Mars^ par Laurent de Morgiani et Jean de Maytnct,mfolio. Cette seconde édition est encore très rare» je n'en connois point d'exemplaires dans aucune de nos Btblkidièques de Paris, et on ne la trouve pas dans les meiUean catalogues. Mazzucchelli, qui n'a pas connu celle de 1477» la donne pour la première et l'unique. M. Bolongaro Crevenna, mon ami, résident à Amsterdam, où il a forme Tune des plus belles bibliothèques qui existent en Europe, chez aucun particulier, possède un exemplaire dé cette seconde édition de 149 1, et il a bien voulu m'en donner k description. C'est un petit in-folio en belles lettres rondes, sans chifires ni réclames, mais avec signamres , imprimé à deux colonnes de 39 lignes chacune ; le volume ouvre par quatre feuillets non signatures ; sur le premier de ces feuillets on lit le titre suivant : Libro del moite di Dio et dd monte délie orationi et scala dd Paradiso diutissimo et spirituaU; au-dessous du titre est l'estampe de la Montagne Sainte. Le verso de ce premier feuillet est tout blanc, les trois autres sont remplis par le sommaire, la table des chapitres et le registre des signatures. La seconde estampe se trouve au verso du quatrième feuillet de la signature iC, au-dessous de sept lignes d'impression sur chaque colonne ; enfin, la troisième estampe est imprimée au verso du feuillet signature m. Le sujet de ces trois gravures est le même quetlaos celles de la première édition ; mais ce ne sont pas les mè** mes planches, puisque les trois de la seconde édition sont de la même grandeur, au lieu que dans l'édition de 1^77, la première des trois est, comme je l'ai dit, plus grande du

dcmUe^ue les deux tatres. D'ailleurs, M. Crevenna ose assurer que ces trois estampes soient gravées sur métal plu* tdt que sur bois ; au lieu que quand on a vu celles de l'édition de 14779 on ne peut douter qu'elles n'ayent été gravées sur métal. H paroit donc assez probable que les planches de rédition de 1791 sont des copies de celles de la première, mais copies qui ne sont pas de la même grandeur que les originaux gravés sur métal, et qui ont fort bien pu être gravées sur bois .

Ce seroit ici le cas de dire un mot des planches du Dante de 148 1, du nombre qui en a été gravée et de la variété des exemplanres à cet égard; mais cette Lettre-ci étant déjà assez longue, je réserve ce détail pour une autre, et je finis, mon cher Baron, par une courte notice sur la personne et les écrits de TAuteurdu livre dont je viens de vous entretenir.

Antoine Bettim, né à Sienne en 1396, entra chez les Jésuates de S. Jérôme * en 1439, ftit élu en 146 1 Evèque de Foligno, où il établit un Mont de Piété et fit d'autres bonnes œuvres. Etant avancé en âge, il remit son Evèché

* L'Ordre des Jésuates, fondé en i365 par Jean Colombin, de Sienne, fut supprimé en 1668 par le Pape Clément IX. 11 suivoit un règle dressée par Jean de Tossignano,qui, de Jésuate, devine Evèque -de Ferrare, et mourut en 1436. Paul Morigia\ connu par plusieurs ouvrages, et entr'autres par une Histoire des Illustres Jésuates, fut Général de cet Ordre, qqi. eut aussi des Rc< ligieuses, dont il existe encore en Italie quelques Monastère^, Voyez VHUtoite des Ordres Monastiques^ etc. par le P. Helyot. PicpuSt T« 3, p, 407 et suiv- Creseimbeni a donné un article à Jean Cqlomhin^ ainsi qu'à un Paulin de Sienne^ autre Jésuate, à cause de leurs Laudi dont il offre un échantillon, Tome II, Part, II, pag. 174 et suiv. de ses Comment, alV istor, délia Volgar

et se retira dans son Couvent de Sienne, où il mourut saior tement le 22 Octobre 1487. Outre son Monic santa ai Dk^ où il est nommé Antonio da Siena, sans le surnom de &^ tinif il a laissé une exposition de rOraison Dominicale écrite en Italien^ et imprimée à Brescia en 1586, et i Gênes en 1690, m-/2. On conserve à Rome'dansU Bibliothèque Ghisi, un manuscrit contenant le recudl de tous les écrits de ce pieux Evêque» parmi lesquels on es distingue un latin de divind praordinateonc vitaet mords ht marue^ qui paroit n'avoir jamais été imprimé, et qui est probablement le même dont Mabilion dit , (^Musaum BtL Tom. I, pag. 196.) qu'il existe un manuscrit dans TAbh^ de S. Sauveur à Bologne, sous ce titre : Quod umcuiçÊH ê Dec constitucus est terminus mortis. Nos Diaionnaires Historiques François auroient pu donner un article à Bettini que m'a fait connoltre le Comte Mazzucchelli, Tom. 2, Part. 2| pag. 1097 ^^ ^^ Scrittori Italiani, ouvrage excellent dmit il est fâcheux que la continuation ait été interrompue par la mort du savant Auteur.

J'ai ITionneur, etc.

Paris ^ 21 Novembre 1783.

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