LA BIBLIOGRAPHIE DES FOUS
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l'iL y a encore un livre curieux à faire en bibliographie c'est la Bibliographie des fous. » Ces paroles, écrites en 1829, ont été depuis rapportées invariablement par tous ceux qui se sont occupés des œuvres dues à des cerveaux plus ou moins désorganisés. C'est qu'en effet, elles furent le cri de découverte d'un monde nouveau et sont demeurées le point de départ d'études fort nombreuses. Mais, lorsqu'il formulait pour la première fois cette proposition d'un aspect tout paradoxal, Charles Nodier ne parut-il point s'offrir en exemple et mériter de prendre place en tête des auteurs dont les singulières figures devaient, prétendaitil, former une si belle galerie ? (sans compter qu'il est l'auteur très avoué des Sept châteaux du roi de Bohême).
Quoiqu'il en soit, l'ingénieux écrivain fit bientôt la démonstration de sa thèse dans un de ces merveilleux articles qui ont ouvert la voie à une foule de découvertes heureuses ou profitables pour la science des livres. Il n'avait guère pour auditeurs qu'un groupe d'adeptes , le maitrebibliophile : le Bulletin où il enseignait était alors le seul organe possible ; mais la parole de l'initiateur eut vite franchi les limites de ce petit monde ; elle était trop séduisante, trop féconde pour se perdre sans fruit.
A peine Nodier eut-il abordé le sujet si neuf, si curieux de la littérature des fous, que les bibliophiles se mirent à l'œuvre.
L'heure était certes propice : grâce aux travaux de Peîgnot, auxquels succédaient ceux des deux Brunet, de P. Lacroix et de tant d'autres, un public instruit et s)rmpathique suivait les progrès des travailleurs. Or, sur le point spécial qui nous occupe, il y eut vraiment bonne fortune pour tous, car le sujet se trouva plus vaste, plus riche qu'on ne l'avait soupçonné.
Déjà Ângoulevent, Postel, Simon Morin, Bluet d'Ârbères surtout, avaient attiré l'attention des érudits; ces excentriques avaient été replacés dans leurs vieux cadres et la patience des restaurateurs modernes avait ravivé leurs physionomies. Toutefois ce n'étaient là que des études isolées et la notice de Nodier ne devait pas borner à si peu son influence.
Vint, en effet, un très habile chercheur que les sujets étranges et toutes les singularités de la production littéraire ont presque exclusivement passionné. L'auteur regretté du Macaroniana et du Livre des Visions^ fixé comme par un heureux caprice du sort dans l'atmosphère inspiratrice de cette Angleterre si féconde en excentricités, fit une moisson des plus amples. Le résultat de ses recherches parut à Londres, non pas une fois comme on semble l'aiErmcr généralement, mais à deux reprises différentes. Ces publications ont leur place marquée sur les rayons des bibliothèques les mieux choisies: qui pourra dans un avenir prochain les rayer aisément de ses desiderata? On n'a pas suffisamment relevé toute l'attention que Delepierre avait accordée à son sujet : ce soin est attesté par la persistance avec laquelle il
y est revenu et dont je suis bien aise de fournir la preuve complète.
Tout d'abord son travail, paru en 1857 dans le 4* vol. des Mélanges de la Philobiblon Society^ formait à part un petit volume in-8° de 135 pp., contenant 38 notices, sous ce titre : Essai biographique sur l'histoire littéraire des fous. II avait été précédé d'Etudes bio-bibliographiques sur les fous littéraires publiées dans le 3^ vol. des mêmes Mélanges (1856, in-8** de 79 pp.), où il est surtout question du fameux comte de Permission. Enfin M. Gustave Brunct indique une autre brochure du même auteur, le Dementiana, in-4°de 44 pp. (Voir i< le Livre, » première part., n** i, p. 27).
Octave Delepierre ne devait pas s'en tenir là. En 1860, groupant ses travaux antérieurs, l'érudit belge fit paraître à Londres son Histoire littéraire des fous (in-8* de 184 pp.)f qui renferme cette fois cinquante et une notices distribuées en deux parties : la première, composée des quatre sections adoptées par l'auteur dans un travail précédent : les Théologiens, les Littérateurs, les Savants, les Politiciens ; et la seconde comprenant des biographies diverses.
Certes, après des travaux aussi persévérants, aussi étendus, aussi riches en renseignements, le sujet pouvait paraître épuisé; il n'en était rien. Un bibliographe, qui signe modestement Philomneste Junior et qui sous son nom vrai ou emprunté, égale en science et en talent de vulgarisateur ses illustres homonymes^ M. Gustave Brunet a repris en sous-œuvre les travaux de ses devanciers.
Delepierre, sentant la difficulté de réaliser au total le programme tracé par Nodier et de nettement délimiter un aussi vaste champ d'exploration, Delepierre s'était borné à
— fo —
M tottcfaer qo'ttiz tenvies et aux penoan^es nuqbés
apertemcnt da sceau d'une folte avirie. Citàh KOdie^lk' fois la tâche moiiis lourde et moins ardue. - '' -,
M. Gustave Branet n'a pas cm dtvtâl s'aftreifi&e l^etf ter un seul côté de U question : il Ta tiwaxtàe tt aam% montre sous tous ses a^ects. Extravigance. faal&dnlKloi^ iblie, voilà TeosçinUe de son sujet ; 3 en pMnnik ToS» tàoa dans cette triple ivoludon dont if. Ddepietiiê t?it& vocln oaminer que la dernière, diits ces trù^ oActfaiDoessiâ, si j'ose di^^ où l^ttlligenoe honuiiie, soo lipSÊ- Ipe lomiKi, loule en disordre jusqu'à ce qit'emrdnée hem de tt s^ière elle s'ivanonisse comme os monde perAp tfi èdu^^ aux lois de U gravitation.
Les ezceotriques, les visionnùres, les ibus, vcAies trcùs catégories làen tranchées, mais insiparablefl dank An itnde qui a poiir bot de présenter le Ud4eaa lîttfaidHrtt Inbli(^rapliiqae des manifestations anormales 'de l'écrit himiain.
Il faut féliciter M. Brunet d'avoir compris cela, d'être revenu courageusement à la tradition du m^tre, et de n'avoir point hésité à tenter la réalisation d'une œuvre ausà immense que difficile. Malheureusement les difficultés se sont pas seulement venues pour l'indomptable travaiUeor de l'étendue de son sujet : il s'est rencontré que, par une de ces contradictions si rudes pour nous, chercheurs consciencieux, l'éditeur s'est avisé d'être d'autant plus paràmonieux, il semble, que l'auteur s'était imposé un plan ptns vaste. Je reviendrai tout à l'heure sur cette faute et ses conséquences.
Mais je tiens i dire d'abord que dans l'élégant petit volume qui vient d'être publié à Bruxelles chez MM. Gay
et Douce, on trouve une masse d'informations et de documents nouveaux ou peu connus.
Le livre de M. Gustave Brunet publié sous ce titre : Lu Fous littéraires, essai bibliographique sur la littérature excentrique, les illuminés^ visionnaires, etc., forme un charmant volume in-8°, comprenant environ deux cent soixante-sept articles (cinq fois plus que la dernière édition d'Octave Delepierre), fort joliment imprimé et jtiré à petit nombre sur papier légèrement teinté.
Par ses séductions matérielles, comme par son mérite bibliographique, il est digne des bibliophiles les plus délicats, et il est destiné à prendre rang^ dans un avenir très prochain, parmi les raretés les plus recherchées. Aussi la critique lui a-t-elle fait le meilleur accueil et les juges les plus compétents lui ont décerné de complets éloges. Je m'y associe sans réserve ; les observations qui vont suivre font ^ le procès des éditeurs et ne sauraient s'adresser à l'auteur qui, dans une matière aussi complexe a su ménager la clarté et l'intérêt, grâce à l'habileté de ses recherches et à un ordre de classement fort simple.
Maintenant, je l'ai promis et je dois tout dire. Je suis d'ailleurs à l'aise pour exprimer toute ma pensée, car Philomneste Junior m'a précédé dans la voie de l'aveu : « D aurait fallu plus d'un gros volume, écrit-il, si nous avions tenté d'énumérer tous les fous littéraires, tous les écrivains excentriques, tous les visionnaires. » En effet, cette nouvelle œuvre, si substantielle, où se trouve condensé sous chaque anicle le résultat de tant de recherches, ne nous laisse qu'un regret : on sent que l'auteur n'a pas eu la liberté de nous montrer toutes ses conquêtes.
Dans la trop rapide revue où nous convie à sa suite notre
aimable cicérone , dès l'entrëe il nous mène an pas d^ coorse, jetant aa-devant de chaque portrait des indicaticms brèves qai excitent notre curiosité sans la satisfaire pleinement. A la sortie de ce train-éclair, on est bien un peu ahuri. On eût voulu s'arrêter au milieu vie tan: de science accumulée sur des sujets si divers, et l'on voit bien que le guide lui-même en nous donnant à regret des explications hâtives, a passé bien des noms qu'il aurait voulu commenter à loisir. C'eût été tout plaisir et tout profit pour le lecteur.
Ce défaut de développements, ces omissions quasi imposées^ font souhaiter qu'une édition nouvelle vienne combler les lacunes de la première. On s'est plu déjà à signaler quelques oublis de la savante et curieuse monographie de M. Brunet. Â mon tour, et en attendant l'édition nouvelle que j'appelle de tous mes vœux, je voudrais ajouter quelques indications, désigner quelques personnages qui doivent être légitimement restitués à Philomneste Junior.
Je demande la permission de grouper d'abord un petit nombre de notules qui ont leur place marquée sous le texte actuellement publié.
Ainsi, dans l'article Jacques Fernand, le fougueux et intarrissable lamartinolâtre, le rimeur aussi fécond qu'excentrique, qui a multiplié les tomes et les étrangetés de son Rememberl — je souhaiterais de plus abondants détails et quelques citations, qui pourraient être fort gaies.
A l'article d'Hoverlandt, il y aurait à mentionner que la curieuse notice de R. Chalon a été tirée à part (Bruxelles, 1846, in-8de 23 pp.).
Aux singularités mystiques énumérées à la fin du volume ne faudrait-il pas ajouter la Livrée seconde de l'Iris espanouie,
florissante au parterre sacré de Vordre de Madame saitide Claire, par le P. J. Lafroigne, réduit en ordre et meilleur usage par J. Statut (Paris, 1624, p. în-12)?
Je pense aussi qu'il y aurait des indications utiles à prendre dans la très savante compilation de M. A. Canel , Recherches historiques sur les fous des rds de France (1873, in-i8), que M. Brunet ne cite que deux fois, il me semble. Enfin, comme j'ai quelque grief contre les éditeurs qui ont si chichement mesuré l'espace à notre ami Philomneste, je signalerai, au bas de la page viij^ une assez drôle de coquille qui attribue à Oct. Delepierre une Revue analytiq. des ouvrag. écrits en contour : il s'agit de la première esquisse du Tableau de la littérature du union.
Mais, sans m'attarder plus longtemps à ces détails, je vais présenter quelques figurines de fous littéraires que je n'ai point rencontrées dans le volume de MM. Gay et Douce.
N'y avait-il point de place pour cet excentrique docteur Clavel qui dédia Aux improstituables patriotes purs, son Enki-^ ridion des mélanges philosophiq.y moraux , littéraires et politiq. du philantrope vieux Ermite de Philomélie d'HaurimontSy au bas de Montmartre (Parisy 1834, 2 vol. in-12). Ce singulier ouvrage est un salmigondis de vers et de prose, divisé en plusieurs parties dont les titres sont dans le goût de celui-ci : « Epître et palinodie d'un vieux pécheur endurci, à Nostradamus de Bérenger, avec magique réponse du grand et divin sorcier. »
Place aussi à l'acrimonieux abbé Rive qui donna si furieu* sèment la Chasse aux bibliographes malavisés et multiplia ses Lettres violettes, noires^ purpuracées et tant d'autres écrits extravagants.
Place aa diéologien protestant Marin Annand de Valaobrèe, qui emploie presqne autant de points d'ezdamation que Jacques Fernand et encore pins de grandes et petites capitales qn'un antre théologien dont je vais parler toot à rheure. Son très curieux livre, rempli d un bout à ïzuxrc d'extravagances, est intitulé fort naïvement : Etrtrmes du sens commun pour l'année MDCCLy dédiées à H. de Gué-
briant par Monsieur D. \ Londres, s. rf., (1749),
in«i2. Il n'a été cité ni par Barbier, ni par Qjiérard.
Place, très grande place, à côté du précédent, à l'auteur de Théologie des chemins de fer, de la vapeur et du feu; le voile levé et avertissement aux chambres sur les volcans qu'elles appellent. Paris, Th. Pitrat, s. d. (1842), in-8**. L'ouvrage, anonyme, n'est pas cité dans la dernière édition du Dictionnaire de Barbier. C'est regrettable. Juste un siècle auparavant un respectable allemand, A. Fabricius, avait préparé l'antidote aux maux exposés par l'excentrique exégète de 1 842 : voir Théologie de Veau, ou essai sur la bonté et la sagesse de Dieu manifestées dans la création de Veau, ouvrage curieux traduit par le D' Bumand (1742, in-8*^).
Mais, à côté des théologiens, les mystiques, les illuminés, les gens à opinions singulières, tous les sectateurs de ces trop nombreuses sciences créées par une imagination délirante : l'astrologie, la divination, le magnétisme, le spiritisme, — écarté peut-être à tort par M. Brunet, — ont suscité une foule immense de rêveurs parmi lesquels Philomneste Junior a trouvé et peut trouver encore un grand nombre de ses justiciables.
En inscrivant dans ses listes M. de Mirville, il aurait pu lui donner pour voisins : le fécond magiographe Eliphas Lévi (feu l'abbé Constant), l'auteur de la Scienu des esprits,
révélation du dogme des Kabbalistes, esprit occulte des évangiles (1865, in-8®), non citée dans la dernière édition des Supercheries littéraires; et Anatole le Pelletier, écrivain fécond de tant de livres bizarres^ entre lesquels se distingue : le Dieu inconnu (1867, in-8°). Ce Dieu « inconnu des philosophes et de la plupart des chrétiens, c'est, noqs dit l'auteur, le S*-Esprit qui nous donne la clef des trois plus grands mystères de la mystique divine : la triple théophanie de l'Etre des êtres; la triple vie de l'homme ; la double mort, savoir : la mort naturelle du corps dans le temps, et la mort surnaturelle du périsprit dans la vie future. »
Mais ne querellons pas trop ces pauvres pneumatologues pour les faire entrer dans notre musée^ si nous n'amenons à leur suite les divagateurs que les engouements de la science moderne a fait naître de tous côtés. Je néglige à dessein les inventeurs et leurs prospectus si curieux à collectionner, les faiseurs de systèmes, lès métaphysiciens à outrance, les illuminés de la libre pensée; mais je m'arrête volontiers aux utopistes et aux néo-messies. Comment la bibliographie des fous n'a-t-elle pas encore recruté Thomas Morus l'inventeur d' Utopie^ Cabet l'auteur du Voyage en Icarie, l'abbé Constant que je citais tout à l'heure, et qui a aussi composé une Bible de la Liberté? Je lui désigne encore l'extravagant anon)ane à qui la philosophie du livre de VEsprit avait assurément fait perdre le sien, et qui dans ses Lettres sur les préjugés du siècle (1760, in-12), quitte la vile prose (mais quelle prose !) lorsque l'enthousiasme le gagne, pour vati-ciner de la sorte :
Vive la vérité sur son char victorieux ;
Sa gloire retentit jusqu'au plus haut des cieux ;
Il ne faut qu'écouter et lui prêter l'oreille
Pour être déchaîné par ses sages conseils!... Je prouverai toujours la vérité céleste En dépit des héros des préjugés funestes Qui veulent nous mener par les sottises à Dieu !
Ces extravagances sont trop solennelles ; trop grave aussi est « la haute science retrouvée après vingt ans de recherches patientes sous les ruines de Tantiquité orientale » par P. Christian, l'ancien bibliothécaire du Ministère de Tinstniction publique, l'auteur; non recueilli par Phiîomneste Junior, de Y Homme rouge des Tuileries^ « cette œuvre extraordinaire qui ressuscite (en 1867 !) T ASTROLOGIE ou science de l'HOROSCOPE telle que la pratiquaient le sacerdoce de l^antique Egypte et les Mages de la Chaldëe. »
Laissons ces hallucinés doctrinaires ; n'oublions pas que nous sommes en France où, jusque dans ses aberrations^ l'esprit ne saurait jamais abdiquer tout à fait.
Nos vieux auteurs nous offrent encore quelques joyeuses recrues que M. Brunet n'a pas enveloppés dans sa presse. Sans essayer de faire violence aux facétieux lunatiques et aux auteurs d'amphigouris, y a-t-il injustice ou abus à enrégimenter : Béroalde de Verville (s'il est vrai qu'il soit bien l'auteur du Moyen de parvenir) ; Montluc comte de Cramail, dont les Jeux de l'inconnu renferment tant de pages singulières surtout dans le Herti ou l'universel; le bizarre abbé Bordelon ; Tauteur non moins excentrique des Nouveautés dédiées à gens de différens états depuis la charrue jusqu'au sceptre (1724, 2 vol. in-12), ouvrage plus que drolatique, qui oflFre, dit l'Approbation : « cinquante Epistres dédicatoires à soixante-dix personnes de différentes Professions, deux cens Titres bizarres , avec quatre Tables d'une' nouvelle fabrique » ?
Enfin, nos modernes pourraient aussi fournir un assez grotesque arrière-ban^ où je me contenterai de montrer :
Pierre SoUier, qui a fait la satire des personnages et des mœurs de son temps dans les plaisants dialogues de son Manuel des fous (an VIII, in- 12};
Le chevalier de Laurence, lançant triomphalement à notre siècle peu sacramentaire son fantasque programme : Plus de maris ! plus de pires ! ou le paradis des enfants de Dieu (PariSf 1838), 2 vol. in-S*» s'il vous plaît;
Jean-Pierre Cansson, un nouvel historien de . la Papesse Jeanne, mademoiselle Agnès Alla Eielhert^ nie en Angleterre, (1877, in-i6, imprimé en italique); l'auteur préconise les suprêmes ifïfluences de l'élément féminin : « la femme jouant un rôle surnaturel est, comme l'observe judicieusement M. Gustave Brunet, une des aberrations les plus chères aux écrivains qui ont dit adieu au bon sens. »
Enfin, je ne sais si je dois parmi nos poètes revendiquer l'auteur du Grand Testament (1868, in- 12), E. Vermech, qui a bien un peu essayé d'exécuter de son vivant quelquesunes de ses dispositions testamentaires ; et ce grand diable de Glatigny, qui a fait lui aussi son testament, le Testament du Comédien^ et que je vois encore avec sa figure hâve, ses vêtements en désordre, son caniche dans les bras, laissant échapper en fusées des tirades étranges et qui jointes aux avantages de sa personne, faisaient garer hâtivement les timides bourgeois, comme devant un Triboulet en goguettes.
Cette kyrielle pourrait s'allonger encore ; mais il faut se borner, et, puisque je viens de citer deux poètes, je clos mes addenda sur un parnassien de hasard, un sieur J. Canquoin, qui dans une brochure aussi rare que folichonne, a chanté les miracles du Fluide du Ni:^am (1873, in-8®). C'est
au milieu des divinités de TOlympe que le merveilleux fluide accomplit les prodiges décrits par notre rimeur hétéroclite.
Dans rîle de Cythère, la Vénus vieillissait, Comme une fleur éteinte son parfum s'envolait.
Mais elle n'était pas seule, la superbe déesse, à subir les injures du temps; tous les dieux, moroses et splénétiques, étaient plongés dans un morne ahurissement :
C'est que les cheveux blancs, ces herbes parasites. Avaient tout envahi, jusqu'aux hermaphrodites ?
Pleurs, larmes et désobtion !
La belle Hélène aussi poussait bien des hélas ! Faute de son Paris, il restait Ménélas ; Mais ne pouvant plus lui faire quelques niches. Elle tente un essai avec des postiches.
Vain subterfuge ! Les déesses se montrant impuissantes à conjurer un tel malheur, tout semblait irrémissiblement perdu, lorsque
le digne roi Priam *
Vint un jour leur offrir le Fluide du Nizam.
Hélène en profita. . . .
L'Olympe tout alors prit une autre tournure,
les nymphes et Vénus,
Rajeunissent à vue d'oeil, et toutes sont charmantes ; Les dieux sont retournés à leurs anciens exploits; Du Fluide du Nizam on reconnaît les doigts l
Je laisse le lecteur rêver sur ces exploits et sur le miracle opéré par les doigts du ^xhcitnii fluide. Je n'émets plus qu'un vœu : c'est que les curieux étudient dans le savant livre de M. Gustave Brunet, le plus riche jusqu'ici en informations de ce genre, les bizarres produits de la littérature des fous.
Avouons que c'était une mine riche à exploiter que celle qui a attiré l'attention de ta t de bibliographes modernes ; elle a été l'objet des recherches des plus célèbres d'entre eux, Nodier, J. Ch. Brunet, P. Lacroix, Qpérard, Reiflfenberg ; mais à M. Gustave Brunet restera' l'honneur de la définitive victoire de cette brillante campagne.
Gustave Mouravit.