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SOUVENIRS DE BIBLIOGRAPHIE SATIRIQUE

N a presque toujours Fheureuse fortune de faire d'intéressantes découvertes en parcourant les anciens pamphlets littéraires. Nous en apportons une preuve aujourd'hui en signalant une plaquette assez rare intitulée La nouvelle Astronomie du Parnasse François ou l'Apothéose des écrivains vivans dans la présente année IJ40 7 C'est un opuscule très-satirique qu'on suppose dérobé aux régions célestes, puisqu'il est muni de cette marque originale : « Sur l'imprimé au Parnasse, che:(^ Férologm, seul imprimeur d'Apollon pour la satyre en prose. » L'auteur est un certain chevaUer de Neufville-Montador, né près de Calais en 1707, qui passa son existence à composer des abeilles, des almanachs, des lettres plus ou moins piquantes sur toutes sortes de sujets, sur les expositions de peinture, sur les romans, sur la rentrée de M"* Lemaur à l'Opéra, etc.,

etc., et qui vint échouer à Lorient, comme capitaine d'une compagnie de bas officiers invalides. La Chesnaye Desbois répondit assez vertement à sa nouvelle Astronomie en publiant une critique sous le titre de V Astrologue dans le puits, qu'on trouve ordinairement reliée à la suite du premier opuscule. Mais venons au fait.

'Nous ferons grâce au lecteur de VOrdonnance d'Apollon pour r Apothéose des auteurs et de l'assimilation des principaux écrivains de l'époque aux planètes et aux signes du zodiaque. On y verrait, par exemple, que l'abbé Goujet est assimilé au Bélier dont la tête dure est passée en proverbe ; que le Journal des Savants représente la Balance ; que Moncrif est le Lion, dont on dit que l'étemuement a produit la race des chats... * et mille autres facéties du même genre : mais nous voulons spécialement attirer l'attention des curieux sur le Catalogue des Livres qui paraîtront dans l'année 1740. Ce catalogue absolument imaginaire forme le dernier paragraphe de la plaquette et voici la section qui porte pour titre : De Messieurs de V Académie françoise. Ces plaisanteries rétrospectives qui datent de cent quarante ans ne sont pas sans intérêt pour l'histoire de la bibliographie : elles en forment le chapitre amusant et viennent jeter une note franche et gaie dans un concert dont plus d'un profane redoute les notes graves et sévères. Nous copions textuellement :

I. Nouveau règlement pour la distribution des prix, qui statue que dorénavant les pièces qu'on en voudra bien gratifier, seront imprimées, et les auteurs connus quinze jours devant la séance publique.

* On connaît la curieuse Histoire des chats, de Moncrif.

n. Preuves de l'histoire des Vil Donnants, par les XL de l'Académie.

in. Dissertation sur ce qu'un Académicien peut gagner chaque jour d'Assemblée, lorsqu'il y est assidu ; et un traité du Change des jettons de ladite Académie, par douze de ses Membres.

IV. Œuvres Mêlées de M. de Crébillon, contenant un Eloge des Huîtres : des Recherches curieuses sur le Tabac à Fumer ; Deux Dissertations sur les Pipes Françoises, Hollandoises et Turques; les Règles de l'Estaminée. Diverses Lettres écrites à un Chartreux d'Utrecht au sujet d'une Tragédie de Catilina.

V. Les Contes à dormir debout et Petites Fadaises en vers, par M. de Moncrif.

VI. L'Histoire des Pommes en Madrigaux, tirée de plusieurs chansons du siècle passé, par M. Danchet.

Vn. Du prix des Panégyriques et Oraisons Funèbres tant à acheter qu'à vendre, par M. l'abbé Séguy *.

Vin. Le conte des trois Barils ou la Moutarde de Dijon, par un Anonyme de la même Académie.

* On accusait le pauvre abbé d* avoir prononcé en 1 729 devant l'Académie, un panégyrique de S* Louis composé par Lamotte : Ce qui ne Tempêcha pas de devenir académicien en 1736.

IX. La Vie du P. Bamabas à la Béquille par M. T Archevêque de Sens *.

X. Instrumenta pastoralia : Unum de Potionibus abortivis, in quo dilucidantur et opprobativi proponuntur universi modi nias componendi.

XI. Alterum de matrimoniis clandestinis , propugnans Pueros adversus Parentes, Legesque et Usus Imperii Gallicani Senatuum. Ab eodem Autore.

Xn. La Pharmacie pratique, ouvrage posthume du feu sieur Alary, Apoticaire de la Montagne Sainte Geneviève, donné au public par M. l'abbé Alary, son fils **.

Xin. Gros Jean qui remontre à son curé, par M. l'abbé d'Olivet, auteur des Remarques sur Racine

Arrêtons-nous ; il ne faut pas abuser des meilleures choses et nous réservons pour une autre fois le plaisant catalogue des ouvrages que durent publier aussi en l'an de grâce 1740 Messieurs les Censeurs des Livres.

René Kerviler.

* J. J. Languet de Gergy, archevêque de Sens, venait de publier la vie de la Bienheureuse Marguerite Marie.

** L'abbé Alary était en effet fils d'un pharmacien.

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