TRAITEMENT DOSIMÉTRIQUE DES HERNIES ÉTRANGLÉES
Le Progrès médical, dans son numéro de mai 1882, donne des observations de hernies crurales étranglées, terminées par la gangrène, et ayant nécessité un anus contre nature. Nous pensons que ces terminaisons seraient moins fréquentes si on avait recours à l’hyosciamine et à la strychnine, préalablement à tout taxis. Le Répertoire en a rapporté de nombreux exemples. Dernièrement, nous fûmes appelé près d’une femme corpulente qui, depuis quarante-huit heures, avait une hernie crurale étranglée, avec vomissements stercoraux. Nous prescrivîmes : 1 granule sulfate de strychine, 1 granule hyosciamine et 1 granule bromhydrate de morphine, toutes les. demi-heures (lés trois ensemble) et fîmes recouvrir tout le ventre de flanelles trempées dans une infusion de fleurs de camomille ; à notre deuxième visite, qui eut lieu trois heures après, la hernie rentra facilement par la simple pression des doigts. On objectera qu’il
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n’y avait pas eu d’étranglement véritable : admettons-le ; mais alors encore l’opération eût été plus facile par la cessation des hoquets et des vomissements.
Généralement on se presse trop d’appliquer le taxis, ou on l’institue d’une manière brutale, et on se crée ainsi des difficultés qui n’auraient pas lieu si on instituait préalablement le traitement dosimétrique. Le plus souvent les coliques ont précédé la formation de la hernie et les vomissements : il y a donc eu entéralgie (nous parlons des hernies d’emblée). Il faut donc commencer par calmer l’état vital — avant d’en venir aux moyens mécaniques. C’est parce que le traitement interne est négligé que le traitement externe ou chirurgical devient nécessaire. Mais le plus souvent le malade y répugne ; et voilà comment on perd un temps précieux. Ajoutons que la kélotomie se pratique alors dans les circonstances les plus fâcheuses : quand le malade est froid, presque sans pouls. Ici encore il faut le relever par la strychnine, l’hyosciamine, la morphine, qui produisent une détente générale.
Nous faisons ces remarques pour les jeunes chirurgiens — s’ils veulent se ménager des triomphes au lieu de défaites.
DES TRAITEMENTS IATROCHIMIQUE ET DOSIMÉTRIQUE DES AFFECTIONS GOUTTEUSES ET RHUMATISMALES;
Il y a des médecins — mais surtout des pharmaciens — qui pensent que les maladies dites humorales doivent se traiter chimiquement : s il en était ainsi la goutte, qui a été considéréé depuis Hippocrate comme incurable, aurait c< ssé d’exister depuis longtemps, vu les remèdes chimiques employés « pendant qu’ils guérissaient encore » ; c’est-à-dire que ce sont de purs palliatifs. Nous ne voulons pas étendre cette proscription à 1 acide benzoïque et aux benzoates de soude, de lithine, les employant nousmême journellement — mais non dans un sens iatrochimique.
On a supposé que l’acide benzoïque se transforme, après son ingestion, en acide hippurique, lequel se substituerait ainsi à l’acide urique. L’acide benzoïque passe, en effet, dans les urines ; mais il n’est pas démontré quil y soit transformé en acide hippurique. Voici ce que dit à ce sujet Bouchardat : « J’étais curieux de répéter les observations du docteur- Ure : en effet, si la transformation de l’acide urique se reproduit^ tou-
jours, l’acide benzoïque constituerait, à n’en pas douter, le meilleur lithontriptique. Un malade de la salle Sainte-Jeanne atteint de rhumatisme aigu, rendait des urines qui déposaient abondamment de l’acide urique. On lui prescrivit 1 gramme d’acide benzoïque dissous dans 1 litre d’eau sucrée. Le lendemain, les urines furent examinées : quoique très colorées elles ne déposaient plus spontanément ; elles se troublèrent fortement par l’addition de 1/10 de leur volume d’acide chlorhydrique, et il se déposa, non pas de l’acide hippurique, mais bien de l’acide urique. La même expérience fournit les mêmes résultats pendant trois jours de suite. (.Manuel de matière médicale.) »
Il n’est pas démontré non plus que l’acide urique — pas plus que l’acide hippurique — puisse donner aux urines le degré d’acidité voulu pour dissoudre les calculs phosphatiques ; sans cela il y a longtemps que ces calculs n’existeraient plus et il ne faudrait ni lithotimie ni lithotritie.
L’acide benzoïque agit donc comme modificateur vital; et c’est pour ce motif qu’il faut le combiner à la strychnine, l’aconitine, la digitaline. C’est du moins le traitement que nous avons adopté généralement dans les affections goutteuses. De cette manière nous modérons les accès et les rendons, en quelque sorte, insensibles — sans faire courir aux malades le danger d’un traitement perturbateur. En fin de compte, la goutte se rattache à une atonie de l’économie. Il est nécessaire que nous rappelions ici ce que nous savons sur l’urée. A l’état normal, l’urine contient de l’urée en quantité variable : on peut évaluer à 30 ou 40 grammes la quantité qui en est évacuée dans les vingt-quatre heures — comme il résulte de nombreuses recherches analytiques de Lehmann. On sait que les tophus des goutteux sont formés d’urate de soude et d’urate de chaux. Quand on enlève les reins sur un animal, l’urée s’accumule dans le sang, d’où elle est rejetée par la salive, la sueur. Une partie est convertie en carbonate d’ammoniaque — de là, le caractère putride ou ataxique des affections qui en sont la conséquence.
On voit par là que c’est dans le sang que l’urée se forme ; elle est évacuée par les urines; mais la quantité séparée du sang est très variable ; elle dépend beaucoup du poids du corps et de la nourriture : avec un régime peu azoté, elle tombe au-dessous de la moyenne physiologique, puisque de 30 à 40 grammes elle peut descendre à 15 grammes ; de là l’erreur dans laquelle on verse : de vouloir empêcher la goutte par une alimentation pauvre en azote. La diète diminue également la quantité d’urée dans l’urine, mais il ne la fait jamais disparaître complètement. C’est donc également une erreur de ne pas nourrir les
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malades dans les fièvres graves, puisqu’il se forme alors dans le sang du carbonate d’ammoniaque.
Il résulte de ce que nous venons de dire que l’urée est un produit excrémentitiel ou de la métamorphose régressive, et que ce n’est pas en affaiblissant l’économie qu’on peut en empêcher la formation ; au contraire on l’augmente. Il faut donc aux goutteux un régime tonique, sans être échauffant. Le sel Chanteaud leur est indispensable comme rafraîchissant. La strychnine, l’aconitine, la digitaline agissent comme défervescents et empêchent ainsi la fièvre goutteuse — en même temps que les alcaloïdes favorisent la diaphorèse et la diurèse. L’acide benzoïque et les sels n’ont pas d’autres effets ; quant à prétendre qu’ils désuratent l’urine, c’est une véritable illusion. D’ailleurs calculez combien d’acide benzoïque il faudrait pour donner aux urines l’acidité nécessaire pour dissoudre les calculs phosphatiques et même les urates de soude ou de chaux. Au reste, c’est contre les urines alcalines que l’acide benzoïque conviendrait ; et on sait que c’est l’exception. La véritable propriété de l’acide benzoïque est de favoriser la diurèse. Sous ce rapport il se place à côté de la digitaline et de ses succédanés.
Après la goutte viennent les rhumatismes musculaires. On sait que dans ces affections le suc des muscles, qui dans l’état normal est neutre, devient acide ; et cette acidité se rattache à l’état de la digestion et des excrétions, c’est-à-dire des dyspepsies et des diathèses. Cette acescence du système musculaire établit une grande analogie entre la goutte et le rhumatisme, qui sont frère et sœur. Il semblerait que les préparations alcalines soient également indiquées ici ; mais moins comme neutralisants que comme excrétants. Par les vents du nord et d’est qui ont régné au mois de mai dernier, nous avons été pris de mal de gorge : c’était d’abord la forme angineuse, et un instant nous avons craint la diphthérie. Le sulfure de calcium, l’aconitine, la digitaline, l’hydroferro-cyanate de quinine en ont eu raison ; mais l’affection s’est alors portée sur les muscles du voile du palais et du pharynx : nous avons eu un véritable rhumatisme de ces parties, avec rigidité et difficulté plus o.u moins douloureuse de la déglutition. Nous avons dissipé cet état par l’arséniate de soude et la cicutine. Ainsi, le soir, à la strychnine, l’aconitine, la digitaline, que. nous prenons habituellement, nous avons ajouté l’arséniate de soude, à raison de 6 granules, et la cicutine à raison de 2. Le résultat favorable ne s’est pas fait attendre, grâce également au Sedlitz Chanteaud, qui a eu pour effet d’alcaliniser légèrement le sang.
Pour conclure, nous dirons que, même dans les maladies humorales
(en apparence), il ne faut pas se départir du principe de la vitalité. Le corps vivant n’est pas un laboratoire de chimie où il suffirait de mettre les substances en présence pour produire des réactions opposées aux actions morbides. Hahnemann, avec son principe similia similibus , n’est jamais allé jusque-là : aux maladies naturelles il prétend opposer des maladies artificielles, mais sans autre preuve que les irritations allopathiques : de sorte que si l’homœopathie a un titre à invoquer, c’est de nous avoir délivré des excès de la polypharmacie. Les iatrochimistes voudraient tout réduire à des réactions chimiques — comme dans les laboratoires; les iatromécaniciens aux lois de la mécanique; mais ce qui survivra éternellement, c’est la loi d’Hippocrate ou le principe vilal.