CLXXVIII
DES ACCIDENTS PERNICIEUX DORIGINE PALUSTRE PAR LE DOCTEUR BARD, MÉDECIN DES HÔPITAUX DE LYON.
Le mot « pernicieux » suppose quelque chose de mystérieux et de promptement mortel. Jadis on disait que c’étaient, des « miasmes » ; aujourd’hui on parle de.« microbes ». « Miasmes » ou « microbes », ce sont des agents qui s’attaquent directement à la vie et qui, si on ne parvient pas à les neutraliser ou les tuer, tuent les malades en un ou deux accès. A ce titre nos fièvres palustres atteignent quelquefois cette intensité, qui en constitue la gravité ou perniciosité. Ces deux mots sont donc synonymes.
La distribution géographique des accidents palustres — dit l’auteur — est la même que celle de la « malaria » ; ils se montrent d’ailleurs plus fréquents au centre même des zones palustres et dans les régions voisines des tropiques, surtout pendant la saison d’été, lors d’élévations notables ou d’oscillations brusques de la température. Les hommes — et en particulier les enfants— sont plus fréquemment atteints d’accidents pernicieux ; et, d’une façon générale,les constitutions délabrées par les excès, les fatigues, les maladies antérieures, les traumatismes graves, payent un plus lourd tribut au fléau. La race nègre présente, à l’égard des accidents pernicieux, la même immunité relative qu’à l’égard des autres formes plus simples de l’impaludisme. Quant au type de fièvre palustre qui s’accompagne le plus fréquemment de perniciosité, on a constaté le danger plus grand durant la première atteinte d’accidents paludeux, et, au contraire,
labénigité relative—encore inexpliquée—du type quarte. L’extrême variabilité des manifestations symptomatiques des accidents palustres pernicieux ne permet guère un tableau d’ensemble; et l’auteur, après avoir tracé les traits généraux de la perniciosité dans l’impaludisme, étudie successivement un certain nombre de formes cliniques, auxquelles peuvent se rattacher presque tous les cas observés. Ce sont : les accès comateux, ataxiques, adynamiques, algides, douloureux ou névralgiques, syncopaux, hypercrmiques, caractérisés par l’exagération de sécrétions normales, ou l’apparition d’évacuations critiques par les voies digestives; enfin, les accès à symptômes thoraciques, hémorragiques, hémogloburiques, etc. Les accidents pernicieux d’origine palustre — toujour- graves et trop souvent mortels — réclament un traitement énergique qui peut se résumer dans ce principe fondamental : administrer la quinine à dose suffisante, le plus rapidement possible, et utiliser en même temps toutes les voies d’absorption.
On voit que le docteur Bard est profondément versé dans la question des fièvres pernicieuses. La chose n’est nullement étonnante, se trouvant dans la vallée du Rhône et de la Saône, où ces fièvres régnent endémiquement. Dans un de mes voyages à Lyon, le fait suivant m’a été raconté par un vieux confrère—et je pense l’avoir inséré, dans le temps, au Répertoire.
Une nuit, il fut sonné pour se rendre auprès d’un de ses clients. Il le trouva dans une anxiété extrême, respirant avec difficulté, presque sans pouls et couvert d’une sueur froide, se plaignant de douleurs épigastralgiques et diaphragmatiques. Le confrère prescrivit un calmant opiacé et fit mettre des compresses chaudes sur les parties endolories. Le calme étant en partie revenu, il quitta le malade disant qu’il serait venu le voir le lendemain à sa première visite. Ce qu’il fit en effet. Il trouva le malade assis dans son fauteuil, ne se plaignant plus de rien, mais très fatigué de la crise qu’il venait d’endurer. La nuit d’après, à la même heure, le confrère fut sonné de nouveau ; mais cette fois trop tard, car le malade avait été pris d’un nouvel accès, auquel il succomba vers le jour.
Ily àvaiteu ici, manifestement, fièvre pernicieuse dont le point de départ avait été la moelle épinière, et qui avait suspendu l'hématose (1). Quelques granules d’hydro-ferro-cyanate de quinine et d’arséniate de strychnine, combinés à l’hyoscjamine ou à l’atropine, eussent sauvé le malade— ce qui n’a pas été fait; cependant la dosimétrie était déjà connue alors. En 1826, nous avons vu une épidémie de fièvre pernicieuse dans le
une fièvre algide au plus haut
(1) C’est ce qui arrive également dans le choléra indien, qui est degré.
genre-de celle dont parle le docteur Bard. Tous les malades auxquels on administra la quinine à temps, furent sauvés; les autres, où l’on se contenta de traiter les accidents locaux signalés par le docteur Bard, succombèrent ; et l’autopsie fit voir des congestions veineuses avec épanchement séreux, soit dans les ventricules du cerveau, soit dans le péricarde, soit dans les plèvres, soit dans le péritoine, mais nulle part trace d’inflammation. Comment avait agi le miasme? Évidemment en refoulant le sang vers le centre et en suspendant l’hématose.
Faut-il dans ces cas attendre la fin de l’accès fébrile pour donner le sulfate de quinine à haute dose? Nous pensons qu’il faut recourir immédiatement à la strychnine, à l’hydro-ferro-cyanate de quinine : 2 à 3 granules de chaque, à quinze minutes d’intervalle ; et la période de chaleur étant survenue, si la température s’élève brusquement à 34, 40, 41, 42° c., ne pas hésiter un seul instant à donner l’aconitine, la vératrine, la strychnine : 2 granules de chaque toutes les demi-heures jusqu’à détente complète. Tel est le traitement dans les fièvres pernicieuses, qui nous a constamment réussi. Nous ne saurions donc trop appeler l’attention des médecins sur le travail du docteur Bard.
OBSTRUCTION INTESTINALE CHEZ UN HOMME DE SOIXANTE-QUINZE ANS, INJECTIONS FORCÉES d’eAU DE SELTZ ET ÉLECTRISATION.
M. le docteur Bonnefin a communiqué à la Société de médecine pratique un cas intéressant d’obstruction intestinale chez un individu de soixantequinze ans. Son père, qui vit encore, a atteint cent deux ans. Nous notons cette circonstance parce qu’elle prouve un grand fonds de vitalité. Cet individu avait une rétention de matières fécales qui durait depuis quinze jours ; on lui avait fait des injections forcées avec de l’eau de Seltz, qui avaient amené quelques matières ; mais purgatifs et lavements, ont été insuffisants. Le malade a de la fièvre, des hoquets fréquents ; il est dans un état d’agitation extrême, ne dort pas, a des nausées continuelles, des vomissements, mais non stercoraux ; le ventre est ballonné à droite, surtout vers la région du cæcum où l’on sent des matières dures ; les sueurs sont abondantes, le pouls petit et fréquent. M. Bonnefin fit subir au malade
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
quatre électrisations à courants d’induction, le 10 juillet, la première à cinq heures du soir, et après on fit une nouvelle injection forcée d’eau de Seltz, sans résultat. Le 19 au matin, deuxième électrisation, deuxième injection for. ée— pas de matières. Dans l’après-midi, une troisième injection forcée a amené des matières colorées en jaune et peu dures. Le soir, nouvelle électrisation et nouvelle injection forcée qui amène, cette fois-ci, des matières abondantes. Dans la soirée, garde-robe naturelle avec matières dures. Le 20 juillet, nouvelle électrisation le matin et injection forcée, qui ont amené des. matières demi-liquides. Le ventre est redevenu souple, et la pression ne donne pas les douleurs-caractéristiques delà péritonite.
Nous ne nions pas le résultat: un fait est un fait; mais en dosimétrie on procède autrement'. On commence par donner l’atropine ou l’hyosciamine afin de dissiper le spasme de l’intestin, puis la strychnine pour lever la subparalysie au-dessus de l’obstacle C’est ainsi que dans un cas de constipation saturnine dont le Répertoire .a rendu compte, nous avons eu un résultat plus certain et plus prompt que n’auraient pu le faire les électrisations et les injections forcées. Ces dernières sont toujours dangereuses à cause de la péritonite suite de rupture, comme on en a vu des exemples.
Nous bornerons ici nos remarques, qui suffiront aux médecins — non prévenus — de la supériorité de la méthode dosimétrique, précisément parce que c’est une méthode et non un système.
RECHERCHES EXPÉRIMENTALES SUR LE LAIT DE LA FEMME ET SES MODIFICATIONS SOUS L’INFLUENCE THÉRAPEUTIQUE,
(■Gazetta med. Lombardia.)
1° Tous les remèdes végétaux pénètrent dans le lait; donc, nécessité de les administrer avec modération aux nourrices ; 2° un remède qui paraît être un véritable lactogène est le jaborandi ; la belladone aurait des propriétés opposées ; 3° quand les mamelles sont inactives, la sécrétion lactée peut être accrue par certains médicaments ; 4° l’alimentation adipeuse peut ‘augmenter la teneur en principes gras du lait dos
nourrices ; 5° les sels administres à 1 intérieur passent dans le lait, 6° par la voie thérapeutique susdite, on peut encore susciter une action purgative, altérante, diurétique, etc. Ces propositions ne sont pas nouvelles; mais : Bis repetita placent.
Le jaborandi et, partant, la pilocarpine augmentent la sécrétion du lait, comme la sécrétion lacrymale. Quant à la médication par les nourrices, les granules Sont préférables à toutes autres préparations. Nous avons préconisé l’entraînement puerpéral par la strychnine et l’hyosciamine, sans aucun danger pour l’enfant. On prépare ainsi la lactation. S’il existe des diathèses, on donne avec succès les granules d’assolement, tels que les arséniates, les iodés, les ferrugineux, etc. On peut ainsi médicamenter, à la fois, la mère et l’enfant. Ainsi, quand il y a des germes de tubercules, on donne l’arséniate de strychnine, dans la supposition qu’il s’agit de microbes tuberculeux, comme on l’a prétendu dans ces derniers temps.
De même quand les microbes sont de nature syphilitique. Le docteur Aufrecht, de Magdebourg, qui poursuit depuis longtemps l’étude des germes animés dans le sang, au cours des maladies infectieuses, croit avoir découvert le véritable agent de la contagion syphilitique. Jusqu’à présent, on n’avait pu différencier les parasites spécifiques correspondant à chacune de ces affections; il a aujourdhui la conviction dêtre arrivé à un résultat pour la syphilis. Les germes de cette maladie constitueraient donc des granulations d’un volume assez fort, rarement isolées, le plus souvent accouplées par deux ( diplococcus ) ; quelquefois même par trois [triplococcus), ef sont colorées par la fuschnine. L’auteur dit les avoir rencontrées dans la sérosité qui s’écoule des condylomes après le sang qu’a donné l’incision. A une période avancée des accidents vénériens — où ils ont déjà été soumis à un traitement mercuriel — on ne trouve plus que de rares granulations. [Med. Central Blatt., 1881.)
Il y a longtemps qu’on a parlé de svphilizoaires ; et même on a voulu chercher entre eux et les spermatozoaires une incompatibilité d’humeur — comme dans certains ménages. Le fait est que la syphilis rend souvent les femmes stériles, et qu’on peut faire cesser cette dernière par un traitement mercuriel. Mais quant au rôle de ces infiniment petits, ce sera l’éternel mystère de la science.
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
DE LEMPLOI DE LIODOFORME DANS LE TRAITEMENT DE LA BRONCHO- ALVÉOLITE EN VOIE DE CASÉIFICATION ET DANS DAUTRES AFFECTIONS DE L’APPAREIL BRONCHO-PULMONAIRE, PAR LE PROFESSEUR SEMMOLA.
La dosimétrie en permettant d’administrer l’iodoforme en granules, a rendu ce médicament — auquel les malades répugnaient — usuel, comme le sulfure de calcium ; ainsi, nous associons souvent ces deux médicaments dans les affections des bronches, le premier : l’iod'oforme, comme calmant et désinfectant; le second, le sulfure de calcium, comme antiparasitaire.
Voici les conclusions auxquelles le médecin italien est arrivé quant à l’iodoforme :
1° Diminution des produits expectorés, souvent très considérable et très rapide ; diminution de la toux et surtout cessation des quintes, résultant probablement d’une anesthésie locale ;
2° Désinfection des produits accumulés dans le canal aérien et même dans les petits foyers de ramollissement ou dans les cavernes, à une période plus avancée de la maladie ;
3° Diminution progressive de la fièvre. Cette diminution, selon lui, est due en grande partie à l’action désinfectante et à la diminution des produits putrides qui sont absorbés par les foyers de ramollissement et qui constituent une des conséquences les plus graves du processus local de la maladie ;
4° Amélioration progressive dans le processus local et, dans quelques cas, travail de réparation assez remarquable ;
5° Amélioration de l’état général des malades et, dans quelques cas de broncho-alvéolite caséuse au début, une vraie guérison.
Il faut faire une distinction entre la phtisie tuberculeuse — c’est-à-dire par germes morbides, susceptibles de reproduction — et la phtisie caséuse provenant d’éléments mal élaborés. Cette dernière est curable, ainsi que nous en avons eu de nombreux cas dans notre service chirurgical à l’hôpital civil de Gand, quand des ouvriers de fabriques y étaient amenés pour des mutilations graves. Un bon régime, les arséniates, l’iodoforme, le sulfure de calcium produisent des effets qu’on pourrait
presque dire spécifiques. Nous abondons pleinement dans la manière de voir du confrère italien. « Je comprends, dit-il, la méfiance ou l’indifférence avec laquelle doivent être acceptées toutes les médications nouvelles (1), et je suis un partisan acharné du scepticisme en thérapeutique, devantes déceptions incessantes que nous sommes habitués de subir pour les nouveaux remèdes recommandés contre des maladies plus ou moins incurables, et je me garderais bien de conclure avec trop de facilité ; mais les effets thérapeutiques favorables que je constate depuis quatre ans dans l’emploi de l’iodoforme contre les maladies broncho-pulmonaires, ont été si frappants et si répétés, que je crois qu’il est de mon devoir de le faire connaître â mes confrères. »
M. le docteur Semmola enfonce une porte ouverte, puisque tous ces bons effets de l’iodoforme étaient connus avant lui. Ce qui l’est moins, c’est l’emploi du sulfure de calcium, dont le docteur Fontaine, de Barsur-Seine, a fait connaître les précieux effets dans les diphthéries.