TRAITEMENT DE LA COLIQUE DE PLOMB PAR LA BELLADONE
Depuis la découverte de l’atropine, l’emploi de la belladone s’est trouvé fort restreint parce que c’est un médicament incertain et souvent dangereux. Ainsi nous avons vu un empoisonnement violent produit par une simple infusion d’une pincée de feuilles de belladone sèches, administrées en lavement. Les autres préparations ne sont pas moins incertaines. C’est ainsi que M. le docteur Malherbe, dans des cas de colique de plomb, a pu aller progressivement jusqu’à la dose énorme de 60 centigrammes de belladone par jour, soit en poudre, soit en extrait. Chez les malades dé M. Picot, des doses moins élevées ont réussi — dès le premier jour — à faire cesser la constipation et les coliques. M. Picot administre 20 à 25 centigrammes d’extrait de belladone, en quatre ou cinq doses, de demi-heure en demi-heure. En même temps il donne 2 gouttes de Croton Tiglium. Les malades de M. Berault qui expérimente en ce moment la belladone contre les accidents saturniens — se sont montrés plus réfractaires : il a fallu recommencer le lendemain l’administration des mêmes doses, et quelques-uns ont présenté des signes d’atropisme.
Que conclure de tout cela? c’est qu’il est préférable d’avoir recours à l’atropine ou à l’hyosciamine, dont les effets peuvent être mathématiquement calculés.
Nous vous avons fait voir que ces alcaloïdes doivent être combinés à la strychnine ; ainsi, dans un Cas de constipation saturnine, nous n’avons obtenu la débâcle qu’en ajoutant à l’hyosciamine le sulfate de
strychnine : 1 granule de chaque, de demi-heure en demi-heure, avec une cuillerée d’huile de ricin. A la troisième prise la débâcle avait lieu, le spasme et la subparalysie de l’intestin ayant été levés. Ceci ne doit pas étonner, puisque nous voyons dans l’intoxication saturnine la paralysie des extenseurs de la main coïncider avec la contracture des fléchisseurs. Tant il est vrai qu’il ne faut jamais perdre de vue l’antagonisme physiologique. D r B
doit-on saigner dans l’apoplexie?
Tel est le titre d’un article inséré dans la Gazette des Hôpitaux, et qui présente un intérêt pratique trop considérable pour ne pas le commenter.
L’auteur de l’article établit que si l’influence de la mode sur la pratique • médicale était encore à démontrer, il suffirait de rappeler l’histoire des émissions sanguines. En effet, les docteurs Sangrado étaient de redoutables saigneurs, puisque la vie de leurs malades devait fléchir devant leur esprit de système. A vrai dire les saignées coup sur coup n’etaient pas de la science, mais une mode. Dans un voyage en Italie, nous avons trouvé encore ces échoppes où l’on peut se faire tirer du sang en même temps que se faire faire la barbe. La saignée générale — même après les travaux de Razori — est encore de mode au delà des Alpes; et on ne comprendrait pas qu’une pneumonie pût être conjurée sans elle. Aussi, il ne faut pas parler à ces médecins d’alcaloïdes : ils ne vous comprendraient pas ou vous prendraient pour un fou. En France, Trousseau lutta courageusement contre les abus des saignées. Nous disons « courageusement », parce qu’une fois qu’un usage est établi en médecine, s’en écarter c’est prendre la responsabilité de la maladie, tandis qu en suivant la voie battue, c’est au malade à guérir... s’il le peut; le médecin dort sur ses deux oreilles : il a traité secundum artem.
Cependant nous ne voulons pas exclure les émissions sanguines ; et il y a longtemps que nous disions que dans les congestions pulmonaires ou cérébrales, il faut faire une petite saignée, « pour donner de l’air au tonneau », c’est-à-dire rétablir la circulation. Ce sont ces idées que nous aimons à voir professer par un praticien aussi sagace que M. Peter. « Ce n’est pas, dit-il, uniquement par la déplétion des vaisseaux quen
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
pareil cas la saignée peut agir, car il peut suffire d’ouvrir la veine et d’en laisser sortir quelques grammes de sang pour arrêter une hémorragie qui se prolongeait depuis des heures. »
En un mot, dans toutes les congestions actives, il faut saigner : mais avec mesure, et non à large jet, ainsi que le pratiquaient les docteurs Sangrado. Combien de fois n’arrivait-il pas que les malades tombaient alors dans un collapsus dont il était impossible de les tirer ?
C’est que la saignée n’est qu’un moyen purement mécanique, et qu’il faut recourir immédiatement aux agents vitaux : l’aconitine, la vératrine, la strychnine, la digitaline, la quinine; en un mot aux excitomoteurs, afin de prévenir la paralysie vasculaire et d’opérer la défervessence, ainsi que la résolution de la maladie.
Ce sont là les principes que la dosimétrie a mis à l’ordre du jour et contre lesquels aucune idée de mode ou de système ne saurait prévaloir.