‹ Miscellanées de médecine dosimétrique (volume 2)Chapitre 120 sur 179 · EMPLOI DU JABORANDI CONTRE LA PLEURÉSIE · texte numérisé non relu

EMPLOI DU JABORANDI CONTRE LA PLEURÉSIE

Les adversaires de la dosimétrie disent à qui veut l’entendre, que la jugulation des maladies aiguës est impossible; aussi nest-ce quen désespoir de cause qu’ils se décident à faire un traitement actif— trop heureux quand ce n’est pas trop tard. Nous recueillons dans la Gazette des Hôpitaux du 22 juillet dernier, le fait suivant :

« M. le docteur Dufour (de Fécamp), avait été appelé, le 21 février de cette année, pour un enfant âgé de six ans, de constitution très délicate, de tempérament lymphatique et même scrofuleux, qui toussait depuis la veille, était oppressé et accusait un point de côté, à droite. De ce côté, il constata tous les signes d’une pleurésie évidente : matité jusqu à 1 angle de l’omoplate, abolition des vibrations vocales, inspiration soufflée à l’angle de l’omoplate, souffle pleurétique au-dessous, égophonie parfaite, langue chargée, fièvre, pouls fréquent. Traitement : vésicatoire, lait, bouillon. Le surlendemain, même état à droite; à gauche épanchement en nappe. Vésicatoire à gauche, alimentation liquide fortifiante : lait, jus de viande, bouillon. Malgré les vésicatoires, l’épanchement ne dimi-

nue pas. La fièvre persiste, le tracé varie entre 38 et 39,5/10. Le 4 février, treize jours après le début de la maladie, vu l’état général qui lui faisait craindre la transformation de l’exsudât en pus, M. le docteur Dufour administra 4 grammes de jaborandi en infusion. L’enfant en avait à peine pris la moitié qu’il eut des sueurs profuses, mais pas de ptyalisme. Ce fait se produit fréquemment avec le jaborandi, tandis que la pilocarpine — outre la sudation — fait beaucoup cracher. Le 17, au matin, percussion normale, respiration revenue des deux côtés. Le 18, même amélioration. Le 28 idem. L’enfant se lève, un régime sévère, fortifiant, rend ses forces au petit malade qui ne tarde pas à sortir et à reprendre son activité passée. » La rapidité avec laquelle les accidents se sont dissipés fait voir ce qu’on eût obtenu avec le traitement dosimétrique. Treize jours se sont passés depuis le début delà maladie; et c’est miracle que l’enfant n’ait pas succombé, vu sa faible résistance vitale. Les vésicatoires n’ont fait qu’empirer la situation ; et quant au jaborandi, l’effet eût été plus prompt avec la pilocarpine. Nous, médecins dosimètres, nous commençons par faire un lavage du canal intestinal avec le sel de Sedlitz, puis nous donnons : strychnine, aconitine, vératrine, de chaque, 1 granule tous les quarts d’heure ou demi-heures ; et il est rare qu’endéans les vingt-quatre heures, la maladie ne soit jugée. Le Répertoire en a rapporté de trop nombreux exemples pour qu’il soit nécessaire d’y insister ici. En médecine, le tout n’est pas de réussir : il faut encore éloigner toutes les chances aléatoires, c’est-à-dire l’expectation. Nous ne voulons, en aucune manière, incriminer le traitement institué par le confrère de Fécamp, mais nous pensons que le traitement dosimétrique eût été plus sûr, plus prompt et plus commode. Il y a quelquefois des difficultés insurmontables à faire prendre à de jeunes enfants des potions écœurantes — et on ne saurait dire que le jaborandi en infusion ne soit dans ce cas — tandis que les granules dosimétriques ne sont jamais refusés par l’enfant qui y voit des dragées. Avis à nos confrères les allopathes. On donne 1 granule de nitrate de pilocarpine de quart d’heure en quart d’heure, selon la marche de la maladie; mais il est bon généralement de la combiner aux autres alcaloïdes défervescents qui se prêtent ainsi un appui réciproque. Nous avons donné dernièrement les granules dans un cas de diphthérie, conjointement avec les granules de sulfure de calcium. La maladie a été arrêtée du coup et il n’y a pas eu de fausses membranes, mais quelques plaques grisâtres que le badigeon avec le suc de limon a enlevées — d’après la méthode du docteur Fontaine, de Bar-sur-Seine. — Quand les médecins allopathes ouvriront-ils les yeux à la lumière ? Il serait triste de penser que toute la génération

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actuelle doive disparaître avant. Malheureusement, l’Ecole est comme l’hydre de la fable : dont une tête coupée renaît aussitôt, et dont la queue s’insinue partout.

DIABÈTE SUCRÉ. — TRAITEMENT PAR LE SULFURE DE CALCIUM ET LA STRYCHNINE.

Un médecin américain — M. le docteur U. S. Tomlinson — rapporte qu’ayant eu une attaque de rhumatisme aigu qui résista à l’emploi du bicarbonate dépotasse, il fut pris de polyurie; l’urine contenait 18 p. c. de sucre et avait une densité de 1022. Il se soumit aussitôt au régime le plus sévère, ne mangeant aucune substance amylacée, ni sucrée. Il prit, en même temps, du sulfure de calcium et de la strychnine ; mais d’après des tableaux qu’il dressa des variations des quantités de sucre et de la densité des urines, c’est au régime plutôt qu’aux médicaments qu’il attribue sa prompte guérison. Au mois de juin, en effet, la quantité d'urine pour les vingt-quatre heures était d’un litre et demi ; la densité était revenue à 1020, après avoir été jusqu’à 1046 ; enfin il n’y avait plus trace de sucre. Il revint peu à peu à un régime normal, et quatorze mois après son affection, il put s’affirmer radicalement guéri.

On voit là un médecin sceptique (comme il y en a tant) à l’endroit des remèdes, parce qu’il n’a pas d’idée arrêtée en thérapeutique. Il ny a pas de doute que dans son cas, le confrère américain n’ait dû sa guérison à la strychnine, puisqu’elle a eu pour résultat de remonter la vitalité. En effet, à quoi est dû le diabète? A un épuisement nerveux. Quand Claude Bernard produisait artificiellement la glycosurie en irritant, suides animaux, le plancher du quatrième ventricule, c est qu’il épuisait ainsi le fluide nerveux — comme on tire l’étincelle dune machine statique. La preuve, c’est qu’il faut soumettre cette dernière à de nouveaux frottements. L’action du sulfure de calcium est moins facile à saisir ; cependant il est probable que c’est en rétablissant l’action périphérique de la peau, qu’il soulage la sécrétion urinaire, si épuisante quand elle, est poussée outre mesure.

Quant au régime exclusivement animal auquel le docteur américain rapporte sa guérison, il faut remarquer que dans le diabète, la glyco-

gine continue à se former, soit aux dépens du sucre, soit aux dépens des albuminoïdes, suivant la qualité et la quantité de l’alimentation, mais en proportion relativement moindre qu’à l’état normal.

On connaît la consomption glycosurique ou l’autophagisme des diabétiques ; or, les auteurs ne sont pas d’accord sur ce point : les uns en ont placé l’origine dans l’élimination d’une quantité excessive d’urée, c’est-àdire Yazoturie ; d’autres la font dériver de la perte trop considérable de la matière sucrée, c’est-à-dire de la glycosurie. Il est incontestable qu’une production trop active d’urée doit épuiser l’organisme ; et comme l’azoturie est constante dans le diabète, on est en droit de reconnaître en elle un des facteurs de l’autopbagisme. (Spring, Accidents morbides.) M. Lecorché lui a même attribué une influence exclusive. ( Considérations théoriques et thérapeutiques sur le diabète sucré.) Il a été plus loin : il a voulu faire de l’azoturie — ou plutôt de la tendance exagérée des tissus à la désassimilation — le phénomène essentiel et primitif du diabète ; le sucre ne s’accumulerait dans le sang que parce que les parenchymes absorberaient l’oxygène disponible, et qu’il n’en récolterait plus assez pour oxyder les matières saccharines. Le principal argument de cette théorie, c’est que dans l’urine des diabétiques il existe un rapport direct entre la proportion d’urée et celle du sucre. La conséquence de ceci, c’est que, dans l’azoturie comme dans la glycosurie, il faut un régime mixte. On n’enfreint jamais impunément les lois de la nature — ainsi que le font certains médecins qui se prétendent plus catholiques que le Pape.

La goutte — qui est, en définitive, une azoturie — exige également un régime mixte. Les goutteux qui ne mangent que des féculents en sont bientôt dégoûtés et perdent ainsi leurs forces digestives. Au reste, la nature l’indique par la polyphagie, et le gastricisme — qui en est la conséquence habituelle — se calme par la strychnine et l’hyosciamine.

La faiblesse musculaire est encore un effet de l’épuisement général, et il faut y parer par la strychnine. Il en est de même de la dépression des fonctions génitales chez l’homme, et de l’aménorrhée chez la femme.

En somme, il est heureux pour le docteur Tomlinson qu’il ait eu recours au grand excitant de la vitalité : la strychnine; sans cela il eût fait comme beaucoup de médecins qui se laissent mourir faute d’idée arrêtée en thérapeutique, et qui sont victimes de leur propre scepticisme.

Le docteur Tomlinson a d’abord eu recours aux alcalins contre l’acidité de la pulpe ou chair musculaire. Nous avons connu un confrère rhumatisant émérite, qui avait également la pensée que c’était l’accumulation de l’acide lactique et qui prenait force alcalins, au point qu’on le vit fondre comme une chandelle. En vain nous lui prêchions l’emploi de

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la strychnine : cela n’allait pas à ses idées extra-chimiques, et il mourut persuadé de la vérité de son système — qu’il s’était appliqué à lui-même comme à ses malades. Ce fut là son excuse.

Chez les diabétiques il y a toujours abaissement de la température animale : une grande partie du sucre n’est donc pas brûlée, et il n’est pas étonnant qu’il se produise chez eux des acides abnormes — notamment l’acide lactique — et qu’ils demeurent ainsi dyspeptiques. Mais ce n’est pas à coup sûr par les alcalins qu’ils empêcheront ces oxydations incomplètes. Par contre, la strychnine (principalement l’arséniate) est le coup de fouet donné aux organes atones.

Nous préférerions de beaucoup aux alcalins, dans le diabète, l’emploi de la glycérine, qui est un corps qui s’oxyde plus facilement — et d’une manière plus complète— que les graisses. Mais en tout état de choses il faut relever la vitalité par la strychnine. En faisant de cet alcaloïde le cheval de bataille du médecin, nous n’avons pas exagéré, puisque dans n’importe quel traitement, pour n’importe quelle maladie, c’est toujours par remonter.le ton vital qu’il faut commencer. Or, dans le diabète, il y a épuisement nerveux : ce n’est donc pas le moment de débiliter. Au laxurnk il faut opposer la strychnine. Il est triste que ces idées, que nous prêchons depuis plus de vingt ans, aient tant de peine à s’introduire dans le monde médical : mais l’École y est un grand obstacle, puisque ellemême n’a pas d’idée arrêtée en médecine. Elle ne voit que la maladie et perd de vue le malade. Or, qui dit système, dit exclusivisme : et on l’applique à tout propos et, le plus souvent, hors de propos. C’est au malade à guérir.... s’il le peut.

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