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LE GACHIS DU NOUVEAU CODEX FRANÇAIS

Voici deux articles du Journal de médecine de Paris; c’est le cas de répéter : « On n’est trahi que par les siens. »

Potion Todd (page 506).

Voici une malheureuse potion qui - comme les soldats de 1 armee française - change bien souvent d’uniforme. En 1870, la formule publiée, pou la première fois dans Y Union pharmaceutique, se compose avec: Eau-de-vie 60 grammes ; -eau, 60 grammes; - sirop de gomme, 30 grammes. - La -meme année, le Répertoire de pharmacie, de son côte, donnait, d apres Beh , les doses suivantes : Eau-de-vie, 50,60 ou 120 grammes ad libitum temtuie de cannelle, 8 grammes ; — sirop simple, 30 grammes ; — eau, 100 grammes. Comme cela se ressemble ! - En 1817, le Rapport sur les médicaments nouveaux donne : Eau-de-vie, 60 grammes; - sirop 40 grammes; eau, 90 grammes ; — teinture de cannelle, 10 grammes. — Enfin, le Codex de 1884, inscrit à son tour : Eau-de-vie, 40 grammes; - sirop, 30 grammes; - teinture de cannelle, 5 grammes ; - eau distillée, 75 grammes. - Chacun, comme on le voit, cuisine cette formule à son goût. C’est charmant ; et Todd, qui n a pas été consulté, qu’est-ce qu’il eût pu dire à ce petit méli-mélo? Il serait bien plus simple de laisser dans ce cas le pharmacien faire à sa fantaisie, sans lui indiquer la formule. »

MM. les pharmaciens ne se gênent nullement avec les mixtures magistrales : pourquoi le feraient-ils avec une potion aussi insignifiante que celle de Todd? Pourquoi ne pas tout bonnement le petit verre? Il est vrai qu’il y a ce diable de grognard à qui on avait donné de 1 eau-devie pour se frictionner la jambe, qui préféra se faire la friction à l’intérieur. Mais avec le petit verre cela ne pourrait avoir lieu. La potion de Todd (ou soi-disant telle) a un autre inconvénient. Cest d empêcher 1 administration de médicaments sérieux. Espère-t-on relever les forces du malade avec quelques grammes d’eau-de-vie noyée dans de leau de gomme ? Pour Dieu ! donnez la strychnine et l’effet sera bien plus certain.

Poudre de Power (page 522).

Dans cette formule la poudre de réglisse est supprimée ; la poudre d’opium remplace celle d’extrait, et la dose de ce dernier est descendue de 9 centigrammes à 5, pour 1 gramme. Voilà, par exemple, une poudre très employée par les médecins, qui va singulièrement atténuer les effets qu’ils sont habitués à en obtenir. Si c’est un & petite farce qu’on a voulu jouer, eh bien! elle n’est pas drôle. Je demande si on a le droit de tortuer ainsi une formule qui ne vous appartient pas?

Non certainement, on n’en a pas ce droit; mais les Codex se font par et pour les pharmaciens; et, comme on sait, ces Messieurs ne pèchent point par modestie et exactitude : le dernier venu croit être le plus fort. Avec cela que les médecins qui collaborent à ce méli-mélo n’y entendent souvent rien eux-mêmes !

Poudre de rhubarbe (page 526).

Pour la poudre de rhubarbe on cessait la pulvérisation quand le résidu devenait ligneux et blanchâtre : maintenant on fait tout entrer, ce qui doit la rendre moins active.

Plût au ciel qu’on pût en faire autant pour tous les médicaments allopathiques; les malades ne s’en trouveraient que mieux!

Potion antispasmodique (page 502).

Dans le Codex de 1866, cette potion — qui est de 141 grammes — contient 0,03 d’extrait d’opium. Dans le nouveau Codex elle est de 154 grammes 80 centigrammes et contient 5 centigrammes d’extrait, c’est-à-dire pour l’ancienne 212 p. c. et pour la nouvelle 323. Traduisant, on trouve que la nouvelle potion contient sensiblement 1/3 d’extrait d’opium en plus que l’ancienne. Croit-on que les médecins seront mis à même de tenir compte de cette différence et de voir le piège qui leur est tendu à eux qui ne sont pas tributaires du Codex?

Il ne suffisait pas que l’opium soit un composé complexe, il fallait encore en rendre le dosage incertain. Ainsi, quand chez un enfant ou à une femme délicate on aura provoqué des convulsions en leur donnant la potion antispasmodique opiacée, où sera ie coupable? La loi ne reconnaît que le médecin : à lui donc d’éviter le piège que le Codex lui tend.

de médecine dosimétrique.

Potion de Rivière (page 504).

La potion de Rivière, formée par les deux solutions mises dans un verre, perd évidemment la plus grande partie de son activité avant d’arriver dans l’estomac. Le Codex nouveau n’aurait pas dû indiquer ce mode d emploi; il est défectueux. Quant au second mode, s’il doit y avoir un intérêt à prendre un numéro avant l’autre, il me semble qu’il eût mieux valu indiquer le n (potion acide) à administrer la première, à cause des acides lactique et chlorhydrique qui se trouvent dans l’estomac.

Il nous semble qu’il y a ici pléonasme quant aux acides, et que le carbonate de potasse seul suffit. Mais mieux vaut le lavage de l’estomac avec le Sedlitz Cbanteaud, et donner ensuite les antigastralgiques : strychnine, hyosciamine, etc. Mais pourquoi demander le bon sens au Codex ? Autant demander la raison à des fous.

Looch huileux.

Il ne faut, vraiment, pas être praticien pour développer un mucilage avec la gomme et l’eau — comme cela est indiqué pour le looch huileux — au lieu de battre la gomme avec le sirop. On évite ainsi la formation de grumeaux et du magma, qu’il est fort difficile d’éviter en suivant le premier mode, et qui sont longs à disparaître. Cette considération a d’autant plus de valeur que le looch huileux se délivre au client au moment de la préparation.

Ce pauvre Codex ! il n’a même pas les qualités du Parfait Cuisinier! Ajoutez à cela la malpropreté qui règne dans beaucoup de pharmacies. Est-il étonnant que tout ce qui vient de chez l’apothicaire répugne à l’odorat, à la vue et au goût ? On en a la nausée à -1 avance. La préparation des sirops, des loochs trouverait mieux sa place dans les ménages. Ce serait meilleur et moins cher. Aujourd’hui, on paye souvent le médecin pour une prescription banale. Un pharmacien (bon enfant) nous fit voir un jour une vingtaine de prescriptions se composant dun mucilage et d’un sirop... le tout pour rire, comme disait le vieux Meckel, de Halle.

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