DACCIDENTS CÉRÉBRO-SPINAUX. —MORT. — AUTOPSIE
Le 5 mars 1880, se présente à l’hôpital militaire de Suze un soldat au 108 e de ligne, âgé de vingt et un ans, incorporé depuis six mois à peine. Il est dans l’état suivant : Peau chaude, figure colorée, langue chargée de saburres épaisses, anorexie, constipation, qui remonte à plusieurs jours, toux quinteuse légère, sans signes sthétoscopiques. Le malade s’exprime facilement et répond nettement à toutes les questions ; il se tient droit et a pu faire un trajet de plus de 100 mètres pour se rendre à la visite. Le jour précédent, sa santé était excellente; la veille encore il a pu faire son service et il a mangé sa soupe avec appétit. De caractère peu communicatif, il n’y a — au dire de ses camarades—rien de changé dans ses moeurs et ses habitudes.
Diagnostic : Embarras gastrique.
Traitement : Ipéca et tilleul.
Le lendemain, 6 mars, cet homme est appoi’té sur un brancard. Sous l’influence de l’ipéca ; il a vomi la veille plusieurs fois. La nuit, il a eu du délire et il a été trouvé le matin sans connaissance. Le malade est étendu dans le décubitus dorsal, le corps couvert de sueurs ; la tête inclinée à gauche et la figure, rouge, tournée à droite; le sternomastoïdien gauche est contracturé, le regard est hébété, les pupilles très dilatées, inégales, mais sensibles à la lumière; l’ouïe obiuse; le ventre n’est pas ballonné,'mais rétracté en forme de carène ; pas des taches rosées
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
lenticulaires, pas de gargouillements, ni douleur — même à forte pression au niveau des fosses iliaques ; pouls petit, mou à 48.
Admis d’urgence à l’hôpital, avec diagnostic : méningite, suivie d’un point d’interrogation (?). Une heure après, le médecin traitant, après un examen approfondi, se ralliait à ce diagnostic, et prescrivait 'pour tout traitement du bouillon, une potion cordiale et des sinapismes. Les jours suivants les symptômes cérébraux s’accentuèrent : délire — alternant avec la stupeur — carpologie, rétention d’urine, contracture persistante du muscle sterno mastoïdien, puis, à partir du 7, coma qui n’est interrompu que par quelques convulsions. La mort arriva dans la nuit du 8 au 9 mars.
Autopsie. — Toutes les lésions anatomo-pathologiques de la fièvre typhoïde.
Réflexions. — On voit ici la marche de la fièvre typhoïde latente que l’auteur nomme ambulatoire à cause de la rapidité avec laquelle elle s’est jetée sur le système cérébro-spinal et a amené la mort en quatre ou cinq jours. C’est surtout la moelle allongée qui a été engagée, ainsi que le démontrent les contractures du cou. Qu’eût fait un médecin dosimétriste en semblable occurrence? Après un lavage, à.fond, avec le Sedlitz Chanteaud, il eût prescrit les acaloïdes défervescents : aconitine, vératrine, caféine, hydro-ferro-cyanate de quinine, etc. On voit le danger qu’il y a à donner les émétiques quand il y a prostration vitale; à moins de relever immédiatement après les forces vitales par la strychnine. Les ventouses sèches au cou ou le vésicatoire étaient indiqués dans le cas présent.