DE LHYSTÉRICISME ET DE SON TRAITEMENT
Cet article nous a été inspiré par un cas remarquable d’hystérie larvée avec sueurs profuses des extrémités, observé dans le service de M. le professeur Seredey, à l’hôpital Lariboisière.
La malade est une jeune fille de dix-neuf ans, sans aucun antécédent particulier, parfaitement réglée, qui a été atteinte, l’année dernière, d’une pneumonie,.àda suite de laquelle elle a présenté, de temps à autre, des sueurs aux pieds et aux mains qui la gênaient et l’inquiétaient. Plus tard, survinrent des palpitations, avec diminution de l’appétit et douleurs épigastriques. Il y a un mois, les sueurs furent tellement abondantes quelles condamnèrent la malade au repos et la forcèrent à entrer à l’hôpital. Ces sueurs n’ont pas cessé depuis un mois, et la malade a les pieds et les mains constamment baignés de liquide. Localement rien ne peut mettre sur la voie d’un diagnostic. L’état général ne fournissait pas non
plus davantage l’explication de ces singuliers phénomènes. Il survint quelques phénomènes douloureux, qui firent penser à une manifestation rhumatismale, mais qui cessèrent spontanément. On donna tout d’abord un vomitif, puis du sulfate de quinine, de l’atropine, de la pilocarpine en injections hypodermiques, après lesquelles la sueur diminua un peu, mais revint bientôt aussi abondante. Des injections d’ergotine furent également sans résultat. L’atropine avait déterminé la sécheresse de la gorge et la dilatation des pupilles. Les choses en étaient là, lorsqu’il y a un mois environ, la malade tomba en léthargie, le 4 avril, avec des intervalles d’hallucinations et de délire gai. Cet état dura pendant quatre jours, pendant lesquels les sueurs disparurent. Puis la malade revint à elle et les sueurs reparurent quoique moins abondantes. Pour la première fois, le 4 avril, on constata une anesthésie cutanée et sensorielle diffuse, avec prédominance à gauche, caractérisant bien la nature hystérique de ces accidents. A partir de ce moment, les phénomènes hystériques se succédèrent. Après un nouvel accès de léthargie et des accès convulsifs, la malade se réveille le 22, avec une amaurose double et complète ; les sueurs sont revenues encore* une fois, mais pendant les crises hystériques elles diminuent, en se supprimant presque chaque fois pour reparaître dans les intervalles lucides. Le 1 er mai, le sel sur la langue, les inhalations d’ammoniaque et d’acide azotique ne déterminent aucune réaction ; plus de sueurs. Le 3 mai, la vue est revenue, mais reste trouble du côté gauche. A partir de ce moment il ne se produit plus de crises nerveuses, mais les sueurs sont aussi abondantes que par le passé ; l’anesthésie persiste, avec prédominance à gauche et, de plus, une impotence presque complète des membres inférieurs empêche la station debout. Le 22 juin M. Seredey fait appliquer quatre gros aimants sur le côté gauche, pendant quelques heures. Le 28, la sensibilité est revenue de ce côté, et les mouvements reviennent également dans les membres inférieurs. Enfin, le 7 juillet, la sensibilité est revenue presque complètement des deux côtés. Les jambes ont recouvré presque tous leurs mouvements, et la malade peut marcher en prenant un point d’appui sur le bras d’une aide. Les sueurs ont persisté, mais sont moins abondantes qu’au début.
Cette observation est remarquable puisqu’elle nous fait voir un trouble des nerfs vaso-moteurs sous la dépendance d’une névrose générale — ce qui est généralement l’exception. Le traitement a été rationnel quoiqu’on ne puisse dire qu’il ait complètement répondu à l’attente. On sait que ces névroses sont quelquefois très persistantes et également mystérieuses — comme tous les phénomènes nerveux indépendants de toute lésion organique. Le Répertoire a relaté le cas d’un état complexe où tous les phé-
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nomènes du magnétisme animal se sont faits voir de la manière la plus bizarre. Ce qu’il y eut de remarquable dans ce cas,, c’est que nous pûmes déterminer les accès nerveux par le simple attouchement. La maladie se rattachait à un état d’engorgement utérin, et les crises cessaient chaque fois à la suite d’une application de sangsues sur le col. D’autres fois cependant, la matrice est, au contraire, inerte ; et dans l’observation qu’on vient de lire, on a vu que l’ergotisme est resté sans effets. Dans des cas analogues on avait donné le phosphure de zinc, mais sans grand succès. En général, c’est une question de temps et de régime.
DE LEMPLOI DE l’iODOFORME EN MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
On sait que l’iode est le fondant par excellence — pour nous servir de ce vieux terme qui veut dire : dissiper les engorgements. Les goitres sont dus, généralement, â l’absence de ce métalloïde dans les eaux potables ; et déjà, dès la plus haute antiquité, on se servait contre ces engorgements de l’éponge brûlée. La pratique précède donc la science; celle-ci n’est qu’un empirisme raisonné et, par suite, expérimental.
Cependant de ce que l’iode est un agent médicinal efficace, il ne faudrait pas conclure qu’on peut l’appliquer impunément sous toutes les formes et à doses exagérées. Il en est de l’iode comme du mercure à l’état métalloïde, c’est un agent dangereux, comme le mercure à l’état métallique. Nous rappelons ici une leçon de M. J. Simon, sur les inconvénienls et les dangers de l’iode, chez les enfants. « En essayant, dit-il, de traiter nos teignes tondantes à l’aide d’un mélange de teinture d’iode et de glycérine en parties égales, nous fûmes frappé, après un mois de traitement, de l’abattement d’une de nos jeunes teigneuses. Cette fillette, âgée de dix ans, avait le visage bouffi, les yeux injectés, les joues colorées et couvertes d’une éruption papuleuse ; la gorge, très sensible, présentait également une coloration anormale ; la muqueuse nasale, congestionnée, avait donné lieu à une épistaxis assez abondante; enfin l’enfant ressentait un grand malaise et se plaignait de soif et d’inappétence ; une légère accélération du pouls, sans chaleur notable, complétait cet ensemble symptomatique. La congestionnes muqueuses
oculaire, nasale, gutturale, nous fit songer à l’iodisme, et un examen minutieux des urines nous confirma dans cette opinion : la réaction par l’amidon et l’acide nitrique nitreux, nous donna une belle •'coloration bleue. Une fois sur cette piste, nous nous mimes à.rechercher l’iode dans les urines de nos petites teigneuses traitées de la même façon; notre résultat-fut identique : toutes leurs urines contenaient de l’iode en plus ou moins grande quantité. Je me hâte d’ajouter que la première seulement pi’ésentait des accidents généraux ; les autres n’offraient aucune altération apparente dans la santé et le caractère. »M. J. Simon relate ensuite les expériences qu’il a faites sur quatorze enfants traités par l’usage externe de l’iode et qui tous présentaient de l’iode dans les urines. C’est ce qùi arrive également avec l’usage interne de l’iodure de potassium, composé peu stable et qui abandonne fréquemment dans le sang son iode qu’on retrouve ensuite dans les urines.
Ainsi l’iode peut produire et produit souvent la cachexie qu’on a désignée sous le nom d’iodisme et qui consiste précisément dans la subinflammation des muqueuses oculaire, nasale, gutturale et la chloro-anémie contre lesquelles on l’emploie. C’est donc un cercle vicieux dans lequel on tourne, ajoutant le mal du remède à celui de la maladie et rendant cette dernière interminable. C’est pourquoi, de toutes les préparations, l’iodoforme est la plus convenable, On sait que c’est un iodure de carbone, découvert par Serullas, et dont la nature nous a été dévoilée par Dumas : il se compose de 3 atomes d’iode, 2 atomes de carbone et 1 atome d’hydrogène. « La grande proportion d iode — dit le professeur Bouchardat — sa combinaison avec l’hydrogène et le carbone, en font, pour ainsi dire, un composé organique d’une assimilation qui doit être plus facile ; sa saveur qui est douce et n’a rien de corrosif, pouvaient faire penser que ce produit deviendrait un médicament précieux lorsqu’on voudrait administrer l’iode • à l’intérieur, dans les cas de scrofules, de goitre, d’aménorrhée. Quelques essais que j’ai entrepris, m’ont démontré qu’il pouvait être d’une grande utilité dans les accidents scrofuleux, et pour s’opposer aux progrès du cancer je l’ai administré en pilules à la dose de 5 centigrammes et l’ai successivement porté à 60 centigrammes par jour. «
Restait la difficulté de la conservation du médicament, à cause de sa volatilité et de son odeur pénétrante. Ces inconvénients sont évités par nos granules dosimétriques qui entourent l’iodoforme d’une coque imperméable mais facilement soluble. Pour l’usage externe, on se sert de la poudre impalpable d’iodoforme, après avoir bien détergé les ulcérations, soit scrofuleuses, soit cancéreuses, pour-lesquelles on l’emploie, et on recou-
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vre immédiatement après la partie d’an gâteau d’ouate, imbibée deglycérine, qu’on soutient au moyend’un bandage légèrement compressif. C’est, à la fois, un anesthésique et un désinfectant, car quant à l’odeur de l’iodoforme, elle n’est point désagréable. On a cherché à la neutraliser, mais c’est également neutraliser son action curative : en effet, l’odeur d’un corps odorant, c’est sa composition même. Comme usage interne, l’iodoforme est une précieuse ressource pour le médecin et un grand soulagement pour le malade. Les granules d’iodoforme calment les toux rebelles sans lès supprimer, favorisent l’expectoration et améliorent les crachats. On peut en donner jusqu’à 20 par jour, deux par deux : il est même bon d’en faire mâcher afin de répandre une atmosphère d’iodoforme autour du malade et de désinfecter l’air ambiant. Enfin l’iodoforme convient dans toutes les inflammations et engorgements scrofuleux. C’est la dosimétrie qui a mis ce médicament en vogue en facilitant son emploi.
DE L’IODOFORME COMME CALMANT ET DÉSINFECTANT DANS LA DERNIÈRE PÉRIODE DE LA PHTISIE PULMONAIRE.
On sait que dans cette période les malades s’empoisonnent eux-mêmes par la résorption ichoreuse. Déjà des chirurgiens américains avaient tenté défaire des injections désinfectantes dans les foyers pulmonaires. Ou peut y arriver de deux manières : par le cathétérisme ou par la thoracocentèse. La précision du diagnostic permet d’arriver, d’une manière sûre, dans le foyer purulent ; et on peut ainsi drainer le poumon dans tous les sens. Toutefois, ce sera toujours l’exception, les praticiens n’ayant pas à leur disposition les moyens nécessaires. On ne tient pas d’ailleurs à prendre la responsabilité d’une maladie qui se termine généralement d’une manière fatale. Il est donc de la plus haute importance d’avoir un agent qui puisse être facilement inhalé et jouissant de qualités calmantes et cicatrisantes, tel que l’iodoforme.
On sait que cette substance est employée dans les plaies de mauvaise nature ; et dernièrement le docteur Saint-Henri-Serre, à l’exemple des docteurs Naillier et Dujardin-Beaumetz, a indiqué un mode d emploi qui
consiste à pulvériser sur les parties malades une solution d’iodoforme dans l’éther : 1 gramme d’iodoforme sur 100 grammes d’éther. L’éther s’évapore et l’iodoforme se dépose en poudre impalpable sur toutes les parties lésées. C’est un procédé très utile et très efficace dans les affections de la gorge, et on pourrait l’étendre jusqu’aux cavernes pulmonaires au moyen de la sonde. En effet, il n’est pas aussi difficile qu’on le croit de faire pénétrer cette dernière dans la glotte; et une fois engagée, elle peut y rester un temps plus ou moins long sans produire la moindre irritation. C’est une question d’accoutumance. Mais enfin, cela peut encore présenter des difficultés aux praticiens qui ne sont pas familiarisés avec la manœuvre c’est pourquoi il est beaucoup plus simple d’administrer l’iodoforme en granules, et, comme nous l’avons dit, en faire mâcher quelques-uns aux malades. Cela leur donne une bouche fraîche, et ils répandent autour d’eux une atmosphère iodée, qui étant respirée à son tour, contribue à la désinfection des poumons. Nous conseillons ce moyen parce qu’il nous a souvent rendu de grands services dans la dernière période de la phtisie tuberculeuse.
L’iodoforme est un cicatrisant des plus énergiques et qui modifie avantageusement les ulcères de mauvaise nature. On l’a employé avec succès dans l’ulcération des organes génitaux.
Les granules dosimétriques d’iodoforme sont dosés au milligramme, mais contiennent de l’iodoforme pur et sont complètement solubles, tandis que les pilules faites avec un excipient inerte sont insolubles. Nous avons fait prendre ces pilules à un jeune chien, qui les a rendues par la voie anale presque sans aucune déperdition. Il est donc préférable de se servir des granules dosimétriques.
L’iqdoforme n’exclut pas les autres moyens ; c’est ainsi qu’on emploiera concurremment l’iode, le sulfure de calcium, l’aconitine, la vératrine, l’hydro-ferro-cyanate de quinine, la quassine, suivant les indications, car dans les maladies des voies respiratoires, le médecin ne doit jamais rester inactif. On en jugera par l’observation suivante.
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.