‹ Miscellanées de médecine dosimétrique (volume 2)Chapitre 148 sur 179 · NEUSE.— PURPURA.— MORT. — AUTOPSIE · texte numérisé non relu

NEUSE.— PURPURA.— MORT. — AUTOPSIE

« Le nommé Hahn, balayeur, entre le 3 novembre 1881 à la Pitié.— Le malade ne peut fournir sur son état que des renseignements vagues, La parole est difficile, — la dyspnée très intense. A chaque respiration, accès de toux violents, avec expectoration fort abondante de crachats mousseux, légèrement rosés.

L’orthopnée rend l’auscultation très difficile à cause des accès de suffocation; néanmoins, on constate dans les poumons des râles souscrépitants aux deux temps de la respiration. La sonorité est la même à gauche qu’à droite et ne paraît pas diminuée. Les bruits du cœur sont très sourds, très éloignés. Le malade a, du reste, l’air très vigoureux ; il ri a pas de fièvre ; aucun symptôme du côté du tube digestif ; pas de douleurs.— Ventouses sèches aux deux côtés de la poitrine.— 4 novembre : la dyspnée a diminué; l’expectoration est très abondante toujours, mais les accès de toux ont diminué de fréquence et d’intensité. A l'auscultation on entend toujours des râles sous-crépitants fixes, mais la percussion ne donne aucun résultat bien net. — Le malade demande à manger. — Les urines sont de quantité suffisante, un peu troubles — traces d’albumine. — Le 5, pas de changement dans l’état général ; le malade parle tranquillement sans être obligé de s’arrêter pour tousser ; il dit être malade depuis cinq ou six jours seulement et s’être toujours bien porté ; il n’annonce aucune maladie antérieure ; il mange de bon appétit, mais l’expectoration, quoique moins abondante, persiste toujours mousseuse et en grande quantité. L’attention est attirée plus particulièrement sur le côté gauche de la poitrine, qui est le siège d’une douleur qui n’est pas continue, mais qui se produit à chaque moment ; le malade se plaint de ne pouvoir se coucher sur ce côté. A la percussion, sonorité normale à droite, en avant et en arrière ; matité franche aux quatre cinquièmes inférieurs de la poitrine, à gauche. A l’auscultation, respiration cude à droite; silence compléta gauche, excepté au sommet où on entend un souffle profond, aspiratif. — Abolition des vibrations thoraciques dans toute la zone de la matité. Le soir, matité de tout le côté

gauche, aussi bien en avant qu’en arrière. — Souffle très faible en haut. — Les bruits dm cœur sont très sourds et ne s’entendent plus à la pointe ; il paraît dévié vers la droite.

Le 6, le malade ne se plaint pas; il mange; la dyspnée n’augmente pas. Mêmes symptômes physiques que la veille.

Le 7, on se décide à faire la ponction vu l’abondance de l’épanchement et la déviation apparente du cœur. La ponction est faite au lieu d’élection avec l’appareil Blain.— On retire un litre et demi d’un liquide jaune séreux. Après la ponction, la sonorité revient à gauche dans les trois quarts supérieurs et en avant,— les bruits du cœur sont moins sourds. — Expectoration abondante, mais n’ayant pas les caractères de l’expectoration albumineuse.

Même état pendant les jours suivants. — Application de vésicatoires.

Le 15, la sonorité a disparu de nouveau au côté gauche de la poitrine,— matité complète en avant et en arrière. Une dernière ponction est faite et donne 3/4 de litre de liquide jaupe et séreux. — Amélioration les jours suivants.

Le 25, le malade se plaint de nouveau de son côté ; il est jaune, bouffi. — On trouve de l’albumine èn quantité considérable dans les urines ; — la matité cependant n’existe que dans le tiers inférieur de la poitrine.

Le 27, œdème considérable de la jambe gauche. — Les urines sont albumineuses et renferment un'grand nombre de cylindres granuleux.— Les symptômes thoraciques restent les mêmes : matité au tiers inférieur gauche, en arrière; — souffle dans le reste du poumon. — De temps en temps, quelques râles fins. — A droite, respiration rude; — quelques râles bronchiques,

Les 29 et 30, l’oedème augmente et apparaît à la jambe droite. — La face est bouffie.

Le 1 er décembre, l’état général du malade s’aggrave et l’œdème persiste. — Régime lacté.

Le 5, pui’pura hemorragica des jambes. — Le malade dépérit. — Les urines renferment beaucoup d’albumine et beaucoup de cylindres granuleux.

Le 7, apparition d’une grande plaque de purpura au nez, et de plusieurs petites plaques aux mains ; — quelques crachats rouges d’apoplexie pulmonaire. — Le malade reste dans cet état, sans grand changement, les jours suivants.

Le 11, délire vague. — Pas de changement dans les symptômes thoraciques.

Le 13, mort dans le délire.

Le 15, autop§ie.— A l’ouverture de l’abdomen, il s’écoule une grande quantité de liquide de la cavité’ péritonéale. — La plèvre gauche est remplie de fausses membranes fibrineuses et renferme 1 1/2 litre environ de liquide citrin. La plèvre droite est normale.— Le poumon gauche est rétracté vers la partie supérieure jusqu’au niveau du hile ; il est atélectasié et renferme quelques noyaux d’apoplexie, gros comme une noisette. — Pas de tubercules. —- Le poumon droit est emphysémateux et renferme de même quelques noyaux d’apoplexie, sans tubercules. — Le cœur est uniformément dilaté et hypertrophié; la pointe est formée par le ventricule gauche; il a environ le volume de deux poings. — Aucune lésion d’orifice.— Le foie est rouge, congestionné, très dur ; — la veine centrale du lobule tranche en violet sur le fond rouge. — Le volume de l’organe est augmenté. — Les reins sont très gros ; néanmoins, ils sont granuleux ; la capsule fibreuse se détache difficilement en entraînant des portions du parenchyme. — Le rein gauche renferme, à sa périphérie, un infarctus gros comme un gros pois; — à la coupe, ils sont durs.— La zone corticale s’étend très loin sur le hile, et empiète sur la zone médullaire. — Les autres organes paraissent normaux. »

Nous, allons faire quelques remarques, en priant l’honorable confrère dans le service duquel le cas a été recueilli, de ne voir de notre part aucune intention méchante. Nous étant fait le promoteur d’une, thérapeutique que nous croyons bonne, notre devoir est de la pousser en avant dans toutes les occasions.

Nous voyons ici une pleuropneumonie sans fièvre, preuve évidente que ce n’est pas la lésion organique qui détermine cette dernière. Cependant, il est à regretter que les constatations thermométriques n’aient pas été faites. On aurait pu s’assurer ainsi de la cause de l’affection — probablement l'impaludation — et, partant, y opposer les fébrifuges, tels que l’aconitine, la vératrine,la quinine (arséniate ou hydro-ferro-cyanate). — On aurait pu également' tenir les forces du malade à hauteur par la strychnine (arséniate ou sulfate) et prévenir l’analbuminose par un régime analeptique. — Ceci n’est pas une critique de ce qui a été fait, car les ventouses sèches, les vésicatoires, le régime lacté étaient indiqués. Mais on aurait pu aller au delà et faire une thérapeutique appropriée au cas.

Maintenant, tirons cette conclusion : que l’École a tort de faire fi de la dosimétrie, et de ne pas vouloir voir dans les maladies les troubles vitaux précédant les désordres organiques.

On ne dira pas que dans le cas présent on n’a pas eu lé temps, puis-

que la durée de la maladie a permis aux lésions anatomo-pathologiques de se produire. L’autopsie a fait voir , comment ces désordres se sont étendus successivement aux poumons, au cœur, ' au foie, aux reins ; preuve, manifeste qu’il s’est agi, au début, d’un mal généralisé : l’impaludation, qu’explique la profession du malade, de balayeur.

Nous nous bornerons ici àces quelques observations.

Page 1