‹ Miscellanées de médecine dosimétrique (volume 2)Chapitre 149 sur 179 · ENCORE DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE · texte numérisé non relu

ENCORE DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE

Il y a des vérités sur lesquelles il faut revenir sans cesse ; non quelles soient difficiles à saisir, mais parce qu’il y a (et qu’il y aura toujours) des gens ayant des yeux pour ne point voir et des oreilles pour ne pas entendre. Et à ce sujet nous croyons pouvoir rappeler la lettre qu’un honorable professeur de Saint-Pétersbourg nous fit l’honneur de nous écrire au sujet de notre doctrine de la jugulation des affections aiguës. « Je crois, disait-il, que la simplification dans le traitement est toujours bonne et utile ; je partage entièrement votre avis que les alcaloïdes et certains sels ont une efficacité médicale telle, qu’ils n'ont pas besoin d'être réunis en formules composées — comme on les rencontre aujourd’hui dans les prescriptions polypharmaceutiques de plusieurs de nos confrères. Mais je serai franc : sous un rapport je ne puis me ranger de votre avis ; je ne crois pas que l’on puisse couper, après ses prodromes et sa première période, ni une inflammation de quelque organe que ce soit, ni une des fièvres dites cycliques ou infectieuses. Je n’oserais jamais — avant d’avoir constaté par un diagnostic aussi exact que possible la maladie — me décider à l’emploi d’alcaloïdes aussi efficaces que la strychnine, l’atropine, la digitaline, etc. »

Comme on le voit, l’honorable professeur verse dans un cercle vicieux : « il ne croit pas que l’on puisse couper, après ses prodromes et sa première période, ni une inflammation de quelque organe que ce soit, ni une des fièvres dites cycliques ou infectieuses ». Par conséquent, il croit à cette possibilité dans les prodromes et la première période. Cependant il ajoute « qu’il n’oserait jamais, avant d’avoir constaté par un diagnostic aussi exact que possible de la maladie, se décider à l’emploi d’alcaloïdes

DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.

aussi efficaces que la strychnine, l’atropine, la digitaline ». C’est-à-dire qu’il veut que la maladie soit bien établie, comme ces pompiers qui ne s’attaquent à un incendie que lorsqu’il est en plein.

Dans une conférence sur le traitement de la fièvre typhoïde, sir William Jenner (rien d’Edgard Jenner), l’auteur célèbre de : On the identity or non identity of typhus of typhoid fever, a été beaucoup plus loin que le professeur de Saint-Pétersbourg : en commençant sa conférence il a déclaré impossible d’enrayer par le traitement un cas de fièvre typhoïde quelconque. « Dans ce traitement, a-t-il dit, il ne faut pas perdre de vue que, dans la généralité des cas, il s’agit de l’action nocive d’une grande quantité d’excréments, provenant des intestins d’une personne souffrant de fièvre typhoïde. L’air d’un égout, ou l’air soufflant suites matières fécales sèches, peut porter le poison au'patient ; ou bien ses propres doigts peuvent le‘porter à sa bouche ; ou bien encore le véhicule du poison peut être un liquide, tel, par exemple, que le lait, l’eau. Les propriétés délétères des excréments peuvent être détruites en bouillant le liquide qui les renferme, mais non pas en filtrant ce liquide. » Aujourd’hui on dit au lieu de propriétés délétères , des microbes. Mais s’ils peuvent être si facilement détruits, nous ne voyons pas pourquoi il n’en serait pas de même de la fièvre. Or, avec des soins hygiéniques, le lavage intestinal avec le Sedlitz Chanteaud, les alcaloïdes défervescents, on arrive promptement à arrêter la fièvre et on empêche ainsi les désordres organiques. William Jenner dit que la durée naturelle d’une fièvre typhoïde bien développée est de vingt-huit à trente jours. Mais il y a des exemples de guérison au bout de cinq à six jours. Ce n’étaient pas des fièvres typhoïdes, répondra-t-on. Alors qu’on nous ramène aux galères!

Les hommes chargés de l’enseignement devraient être plus réservés dans leurs affirmations, et ne pas repousser de parti pris les assertions contraires. Leur devoir est d’examiner consciencieusement les faits avant de se prononcer ex cathedra. L’École, faute du contraire, s’est donnée plus d’un soufflet à elle-même : elle a nié la circulation du sang contre Harvey; de même qu’elle s’oppose aujourd’hui à la jugulation de la fièvre ; mais le moment est proche où la fièvre se tournera contre elle, c’est-à-dire en disparaissant devant les alcaloïdes. L’École aura beau dire, elle ne pourra faire que la médecine reste une inutile histoire naturelle. Les maladies disparaîtront et avec elles tout ce fatras qu’on nomme anatomie pathologique.

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