‹ Miscellanées de médecine dosimétrique (volume 2)Chapitre 151 sur 179 · FOYER BRONCHO-PNEUMONIQUE FRAPPÉ DE GANGRÈNE. — GUÉRISON · texte numérisé non relu

FOYER BRONCHO-PNEUMONIQUE FRAPPÉ DE GANGRÈNE. — GUÉRISON

Le Répertoire est loin d’être exclusif ; et quand il rencontre un cas de guérison, il le signale à ses lecteurs. A ce titre, l’observation suivante mérite toute leur attention :

DeW..., Jean, quarante-quatre ans, charpentier, retour des Indes hollandaises où il a passé six ans, se présente à l’hôpital de Berchem (faubourg d’Anvers) en avril 1881,' deux jours après son débarquement. Aux Indes il fit plusieurs fois une bronchite dont sa santé générale et sa constitution eurent peu à souffrir. Il y a trois mois, il fut pris d’un malaise général accompagné de perte complète d’appétit. Dès ce moment, sa constitution, robuste jusque-là, déclina rapidement ; ses chairs s’en allèrent avec ses forces, et une toux opiniâtre rejeta des crachats d’un goût désagréable (à ce que disait le malade) et d’une odeur repoussante, qui se communiquait à son haleine. Sur le conseil de son médecin, il se rembarqua pour son pays natal ; il demeura tout le temps sur le pont et prit ses repas isolément, à cause de son haleine repoussante.

Au moment de son entrée à l’hôpital, le malade n’était plus qu’une ombre, tant il y avait d’amaigrissement et d’épuisement physique 'et moral. L’odeur de l’haleine est celle de la gangrène des poumons ; l’expectoration amène les crachats fétides, foncés, tirant sur le jus de tabac, peu abondants toutefois. L’auscultation accusa dans le tiers supérieur du poumon gauche, à côté d’un bruit de souffle, une’ crépitation sourde produisant quelquefois un bruit de gargouillement, du probablement au passage d’une forte ondée d’air. On peut constater de la pectoriloquie. Le pouls est petit, presque misérable, accéléré. Le malade accuse une dizaine de selles' par jour. En présence de ces signes anamnesthésiques objectifs et subjectifs, je me crois en droit de poser le diagnostic de “ gangrène d’un foyer broncho-pneumonique à pronostic grave ». Je fais isoler mon malade et institue un traitement désinfectant et tonique : les chlorures, hyperchlorites et le quinquina en constituent les frais. Trois

semaines de ce traitement n’amènent aucun résultat-; la maladie même s’aggrave; les crachats fétides sont rejetés plus abondants que jamais; l’appétit se perd totalement et le dépérissement marche vers le marasme. Voyant l’inutilité du traitement suivi jusque-là et me rappelant les propriétés antiseptiques de l’huile de sapin de Norwège — qui m’avait déjà rendu des services dans les bronchites chroniques — je n’hésitai pas à le prescrire : une capsule toutes les heures. A ma grande satisfaction, je vis la fétidité de l’haleine et les crachats disparaître au bout de quarantehuit heures déjà. Encouragé par ce premier succès, j’insistai sur l’emploi des capsules, ët le malade en prit deux par heure. Sous l’influence bienfaisante de ce remède, la toux se modéra progressivement, les crachats, moins abondants, se dépouillaient et de leur couleur jus de tabac, et de leur odeur fétide ; l’appétit fut stimulé et les selles devinrent normales. Bref, au bout de quinze jours de ce traitement, tenté en désespoir de cause, mon malade entra en pleine convalescence et reconquit sa santé. Un an s’est passé, et mon charpentier se livre aux occupations de son état, ayant repris, avec la santé, ses chairs et ses forces. La guérison radicale s’est maintenue, et de sa maladie Jean De W... ne garda plus que le souvenir. (D r Vermeulen.)

Voilà donc un magnifique succès à mettre à l’actif de l’huile de sapin de Norvège. Cette huile est siccative et n’a pas les qualités irritantes du goudron végétal, dont on vante les vertus, mais que les personnes à tempérament irritable ne supportent pas. — Comment la gangrène du poumon s’est-elle produite? Par apepsie ou inertie de l’estomac, comme il arrive chez les aliénés qui refusent le manger. Il faut donc, de prime abord, recourir à la quassine ou à la strychnine, sauf à donner ensuite l’huile de sapin. L’huile de foie de morue pourrait également être donnée comme succédané : à parties égales. De même la toux peut être calmée par la codéine et l’iodoforme, comme anesthésique et désinfectant. Mais tout cela n’ôte rien à la valeur de l’observation du confrère belge, surtout eu égard à sa promptitude. Il en est des foyers purulents des poumons comme des abcès profonds ; le pus s’y décompose et donne lieu à la fièvre de résorption ou septicémique. C’est dans ces cas que nous avons vu les chirurgiens américains drainer les foyers, comme nous en avons relaté une observation.

DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.

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