‹ Miscellanées de médecine dosimétrique (volume 2)Chapitre 158 sur 179 · PAR LE DOCTEUR WERNICH · texte numérisé non relu

PAR LE DOCTEUR WERNICH

(. Zeilsch . f. Min. Med., IV-V.)

La fièvre typhoïde est due à l’invasion, de l’intestin d’abord, puis de tout l’organisme, par un microbe qui présente avec celui de la putréfaction la plus grande analogie. Le bacillus qui préside à la décomposition des substances albuminoïdes, se rencontre d’une manière constante dans le gros intestin. Si à l’état normal il n’y exerce pas davantage son action et ne rend par les fèces infectieuses, c’est parce que les substances alimentaires, à leur arrivée dans le cæcum, se trouvent déjà dépouillées de la presque totalité de leurs matières azotées. Celles-ci ont été réduites en peptones, puis résorbées dans l’estomac et l’intestin grêle. 11 ne reste plus que des résidus qui ne sont pas sujets à l'action de ce microbe. En outre, dans le gros intestin les matières sont rapidement condensées par la résorption des parties liquides, et elles progressent à l’état solide vers le rectum, qui les expulse avant que les albumines restantes aient pu donner naissance à des produits de décompositions fétides (1).

Ainsi limités dans leur activité et dans leur multiplication, les microbes — qui n’exercent qu’une faible action sur le contenu intestinal — ne peuvent rien; à plus forte raison, contre la muqueuse intestinale elle-

(1) C'est-à-dire pourvu qu’elles ne séjournent point. Or, c'est à cela que le médecin fait souvent trop peu d'attention. Il s'informe de la chose sans s’en assurer lui-même. Aussi, quand la débâcle arrive, elle remplit la chambre d’une atmosphère fétide. On peut dire que dans la lièvre typhoïde, les trois quarts des malades succombent à une auto-infection.

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même. Tout en étant enfermés dans l’intestin, ils restent (les microbes), à proprement parler, aussi étrangers à l’organisme que les champignons et microbes qui recouvrent, sans la pénétrer, notre surface cutanée tout entière.

Le bacillus de la fièvre typhoïde — si semblable au bacillus de la putréfaction — présente-t-il des rapports d’origine avec ce dernier ou n’a-t-il avec lui aucune affinité? Existe-t-il un microbe spécial : le bacillus de la fièvre typhoïde — toujours né du bacillus typhoïque, et donnant naissance à des organismes doués de la même virulence spécifique? ou bien l’hôte, d’ordinaire si inoffensif, des matières fécales peut-il, dans certaines circonstances, ne plus rester confiné à la surface de l’intestin, mais pénétrer dans la muqueuse elle-même, s’engager dans la profondeur des glandes de Lieberkühn, gagner de là le tissu lymphatique folliculaire et, de cette première étape, envahir les ganglions mésentériques par l’organisme entier (1).

La même question se présente donc ici que celle si débattue et non encore résolue, du microbe de la diphthérie.

Celui-ci est-il un organisme spécifique et invariable, ou n’est-il qu’un produit de transformation et d’adaptation invasive de l'un des nombreux organismes qui se rencontrent en tout temps dans la bouche, sur les amygdales, etc. La possibilité de ces transformations ne saurait plus être contestée : Pasteur, Buchner, etc., ont mis hors de doute la transformation des microbes delà plus haute virulence, c’est-à-dire éminemment invasifs de l’organisme animal ; par exemple, les microbes du choléra des poules, du charbon, en microbes beaucoup moins violents, et même complètement inoffensifs ; et Buchner a fourni la preuve expérimentale de la transformation des bactéries inoffensives et vulgaires du foin, en bactéries douées au plus haut point de propriétés infectieuses.

Dans le cas spécial du bacillus typhoïque, l’invasion ou la non-invasion est une question de rapports entre la puissance du microbe et la résistance de l’intestin, de son revêtement épithélial, etc. Un excès habituel de matières albuminoïdes non résorbées, peut amener une culture plus abondante et plus puissante de microbes, et peut être à même de lui communiquer, à la longue, des qualités invasives et virulentes. D’autre

(1) Nous répondrons qu’il ne faut pas que le microbe ait pu pénétrer à l’intérieur ; il suffit qu’il englue la muqueuse de manière à suspendre toute absorption et qu’il retienne ainsi dans l’économie les produits excrémentitiels. L’oïdium de la vigne enveloppe le grain de raisin et l’empêche de se développer.

Le docteur Wernich — l’éminent critique et micrologue de Berlin — se fait le champion de cette thèse ; pour lui, le bacillus de la fièvre typhoide n’est qu’une variété de culture naturelle de la bactérie de la putréfaction. D r B.

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part, des conditions spéciales de débilité de tout l’organisme ou de faiblesse locale de l’intestin, peuvent, soit provoquer, soit favoriser, l’invasion du microbe.

Cette invasion et les troubles secondaires locaux et généraux qui en résultent, donnent lieu à un ensemble de symptômes anormaux, connus sous le nom de fièvre typhoïde

Le docteur Wernich admet : 1° Les fièvres typhoïdes par contagion , dues à des bacilles ou des spores provenant de sujets typhoïques, c’est-àdire à des germes ayant acquis déjà — dans d’autres organismes — leur puissance invasive et leurs propriétés virulentes. La contagion se fait, soit par des déjections et excrétions diverses d’abord desséchées, puis emportées, comme la poussière ordinaire, avec le microbe qui s’y trouve mêlé. Ces germes voltigent aussi dans l’air, s’introduisent avec l’air inspiré, dans la bouche, le nez, le pharynx, puis sont avalés avec la salive et la nourriture, et peuvent, si les sucs digestifs ne s’en rendent pas maîtres, envahir l’appareil glandulaire et folliculaire de l’intestin ;

2° Des fièvres typhoïdes occasionnées par des aliments en voie de décomposition. — Les bactéries de la putréfaction, extrêmement abondantes, s’y trouvent en pleine activité et semblent y acquérir — en certains cas non exactement déterminés — une puissance invasive très grande (viandes malsaines, gibiers faisandés, etc.) ;

3° Les infections miasmatiques gazeuses peuvent augmenter la réceptivité pour les germes invasifs. Les fièvres typhoïdes développées sous ces influences, constituent le groupe des fièvres typhoïdes endémiques. Ainsi la respiration d’un air chargé d’émanations putrides de provenance diverses : canaux de décharge, égouts, marais, décompositions organiques se dégageant du sol, etc., peut altérer le sang et favoriser indirectement l’invasion des bactéries vulgaires qui habitent l’intestin ;

4° Fièvres typhoïdes développées à la suite de troubles digestifs ; fièvres typhoïdes idiopathiques. — Sous l’influence d’une nourriture absolument ou relativement trop abondante et d’une digestion incomplète des albumines, les germes de la putréfaction entrent vivement en action, non seulement dans le gros intestin, mais aussi — en certaines circonstances — dans des sections plus élevées du tube digestif. C’est ainsi que l’intestin grêle peut devenir le siège d’une prolifération de bactéries active et d’une décomposition anormale du chyme. Les produits fétides et les dégagements intra-miasmatiques qui en résultent et qui s’absorbent surplace, affaiblissent la résistance locale et prédisposent 1 organisme entier, absolument comme les infections miasmatiques d’origine

externe. Étant donnée, d’autre part, l’augmentation des germes, tant en nombre qu’en puissance, l’on conçoit que l’invasion typhoïque puisse s’établir ;

5° Des causes très diverses peuvent affecter la digestion d’une part, la résistance organique de l’autre. C’est ici, sans doute, que doivent se ranger les fièvres typhoïdes dites nerveuses , que l’on voit se développer dans le cours de dépressions morales prolongées.

Le docteur Wernich passe ensuite à l’examen des divers processus qui entraînent — dans le cours delà maladie — ledanger de mort. Il s’appuie sur 39 autopsies et sur 244 observations propres, dont un grand nombre se trouvent détaillées dans son travail. — La terminaison mortelle procède : l u de lésions, soit du tube digestif, surtout dans la première période, soit plus tard du système lymphatique, et finalement du cerveau. Les dangers correspondent ainsi aux stades successifs de l’invasion. Ils sont habituellement proportionnels — toutes choses égales du côté de l’organisme atteint — à l’intensité de l’attaque et à l’étendue des parties atteintes; 2° il se produit en outre des coagulations intra-veineuses de sang. Ces thromboses ont, le plus souvent, leur point de départ dans la rate et coïncident avec le second stade de la maladie. Elles peuvent amener secondairement, soit par extension de la thrombose, soit par transport et embolie des caillots, des troubles dans la circulation des organes abdominaux, des gros troncs veineux, du-cœur droit, ou des poumons, ou aussi avec des thromboses secondaires des veines pulmonaires, avec projection embolique dans le système artériel; 3° les germes infectieux peuvent aussi se Axer et se coloniser sur des parois des vaisseaux et de l’endocarde, et amener, par cet intermédiaire, leur embolisation et une infection générale de la petite et de la grande circulation. — Les troubles relevant de l’invasion locale de l’intestin, consistent d’abord dans un catarrhe et une injection diffuse de la muqueuse. L’affection s’accuse ensuite davantage dans et tout autour des follicules clos, pour se concentrer finalement presque exclusivement dans ces derniers.

Le premier stade de l’altération anatomique ne se révèle pas par des transports morbides sensibles in vivo.

Les symptômes locaux et l’infection générale se développent au fur et à mesure que les différentes étapes s’accomplissent. ~Le processus local se termine par la séquestration des escarres ou parties nécrosées (follicules agminés surtout) par l’effet de l’invasion et de la multiplication des microbes. Ceci a lieu du onzième au quinzième jour. Les symptômes qui Se trouvent sous la dépendance des coagulations sanguines se prolongent

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jusqu’au trente-cinquième et quarantième jour, et sont souvent suivis de lésions secondaires à durée indéfinie.

Le pronostic est relativement favorable lorsque toutes les périodes se succèdent lentement et régulièrement. Les modifications rapides et brusques, saccadées, sont toujours suspectes.

Les fièvres typhoïdes légères peuvent être considérées comme occasionnées par des germes à adaptation incomplète, germes dont la puissance invasive s’épuise en partie déjà dans les intestins, en partie dans les ganglions mésentériques et la rate, sans avoir pu amener une infection générale notable.

L’auteur termine par l’exposé des principes qui doivent, d’après lui, guider le médecin dans le traitement de la fièvre typhoïde. Il les résume à peu •près comme suit : 1° Indication causale. Elle diffère selon le cas : les fièvres typhoïdes dues à des éléments corrompus ou subissant après coup des décompositions dans le tube digestif (classes II et IV) exigent l’emploi des purgatifs et avant tout du calomel, et l’usage interne de substances antiseptiques. Les fièvres nées par contagion (classe I) peuvent être 'prévenues ou combattues au début par de légères doses de quinine. Les cas dans la genèse desquels intervient le miasme de la malaria appellent la quinine à haute dose, ou les préparations salicylées. Les typhus idiopathiques réclament les purgatifs et la diète.

2° Indications symptomatiques. — Lorsque l’indication causale ne peut être établie, ou lorsque le temps en est passé, l’infection générale est le plus avantageusement combattue par l’alcool à haute dose. Le collapsus ou paralysie cérébrale exige la morphine en injections hypodermiques. Les thromboses ont leurs indications propres, indépendantes de la fièvre typhoïde.

Le docteur Wernich n’est pas un partisan systématique des bains en tant que moyens antithermiques — pratique très répandue en Allemagne — l’abaissement permanent de la température ne s’obtient qu’au prix de pertes de calorique trop grandes. L’abaissement intermittent qui doit constituer l’objectif vrai de la méthode des bains, n’est plus guère indiqué dès que la.seconde période est bien établie, parce que cette intermittence se produit généralement alors d’elle-même et indépendamment de toute médication.

Il faut réserver les bains froids et prolongés aux cas où la marche excessive de la température l’exige impérieusement, où les premiers bains soulagent considérablement le malade et où l’état actuel des forces, telles qu’on peut les escompter pour la durée de la maladie, permet de faire face à cette dépense de calorique et aux combustions plus actives quelle

entraîne nécessairement à la suite. Il ne peut donc être question de refroidir le malade à tout prix et de couvrir la consommation qui en résulte par une alimentation plus forte. Les organes digestifs malades exigent la plus grande circonspection, et l’on ne saurait faire impunément appel à leurs fonctions — comme se le permettent certaines Écoles. En dehors de la faiblesse fonctionnelle et des lésions, ainsi que des dangers qui résultent directement de ces chefs, il est établi que l’ingestion de nourriture est souvent suivie d’une multiplication de microbes et d’une invasion nouvelle. Le docteur Wernich conseille, pour éviter toute exacerbation tardive et toute récidive, d’exclure de la nourriture tous les aliments albumineux ou contenant une quantité notable de substances azotées ; ainsi : la viande, les œufs, môme le lait, substances dans lesquelles certains bacillus se développent le plus facilement. Il conseille une diète à l’eau pure et à l’alcool.

Tel est le fond du travail du docteur Wernicht

On voit que — comme dans la fable de maître corbeau — le langage ne répond point au plumage. Beaucoup de micrographie, mais peu de thérapeutique. Nous cherchons vainement ici les modificateurs vitaux ou alcaloïdes défervescents, si puissants dans les fièvres par dépression vitale. De la strychnine, de l’aconitine, de la vératrine, il n’en est pas question. L’auteur néglige également de signaler la papaïne, qui transforme en peptones assimilables les matières albuminoïdes, et dispense ainsi de soumettre les malades à la diète aqueuse et alcoolique.

Quoi qu’il en soit, le travail du docteur Wernich méritait d’être signalé et sera lu avec intérêt par les adeptes de la dosimétrie.

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