‹ Miscellanées de médecine dosimétrique (volume 2)Chapitre 160 sur 179 · CCXXXVIII · texte numérisé non relu

CCXXXVIII

NÉCESSITÉ DË SOUTENIR LES FORCES DIGESTIVES DANS LES MALADIES DE CONSOMPTION.

Le Journal de Médecine et de Chirurgie pratiques , dans son numéro de janvier 1882, donne un article sur « ïalimentation artificielle dans la phtisie pulmonaire et le lavage, stomacal dans les vomissements incoercibles ». — Qu’aucune ressource de l’art ne doit être rejetée et que le médecin doit lutter jusqu’au bout contre la maladie, c’est là un des préceptes d’Hippocrate, surtout par rapport à la diète; mais il faut.se garder des extrêmes en voulant faire mieux que la nature.

Chez les phtisiques et les poitrinaires en général, l’apepsie n’est pas la règle : ils ont, au contraire, bon estomac; ce n’est donc-qu’en cas contraire que l’art doit intervenir : par exemple dans les obstacles gisant au-dessus de l’estomac, comme dans la phtisie laryngée, le cancer de l’œsophage, etc. Quoi qu’il en soit, nous reproduisons l’article du jour-

nal français, afin d’y faire ensuite nos observations. C’est une ligne de conduite que nous suivrons dorénavant, afin d’arracher la Presse médicale à son silence vis-à-vis.de la dosimétrie.

«■ Le docteur Debove a fait, tout récemment, à la Société médicale des Hôpitaux une communication qui a eu un certain retentissement, et d’après laquelle le lavage de l’estomac et l’alimentation par la sonde, déjà fort employés, prennent une nouvelle importance dans la pratique. Depuis, des faits assez nombreux sont venus corroborer cette manière de faire. L’emploi de l’alimentation par la sonde a été suggéré au docteur Debove par ce fait, que dans la phtisie, comme ailleurs, l’appétit et le pouvoir digestif—qui marchent parallèlement à l’état physiologique — peuvent, dans ces cas morbides, être très bien dissociés : autrement dit, un malade qui n’a aucun appétit peut avoir un estomac qui digère bien ou qui, tout au moins, a conservé un certain pouvoir digestif que ne ferait pas supposer l’anorexie. Il est encore possible que chez un pareil malade le dégoût violent qui accompagne l’ingestion des aliments, trouble les phénomènes digestifs et devienne une cause de vomissements. Or, cè raisonnement paraît au docteur Debove pleinement applicable à un phtisique de son service, arrivé à un état de dépérissement' excessif et qui, toutes les fois qu’il essayait de manger, était pris d’un violent dégoût, puis de toux et de vomissements. Il était arrivé à ne plus pouvoir avaler le quart d’un verre de lait. Celui-ci fut parfaitement toléré, introduit par la sonde œsophagienne, après le lavage préalable de l’estomac. Le malade put ainsi en prendre un litre : il n’y eut ni diarrhée, ni vomissements, ni envie de vomir. Les jours suivants la ration fut augmentée, le sondage fait deux fois par jour, et en deux fois on introduisit 2 litres de lait, 200 grammes de viande crue et râpée et 10 œufs. Les digestions se firent bien, car il n’y eut pas de diarrhée, et le liquide parfaitement clair qui sortait après chaque lavage, montrait que la digestion stomacale s’était très bien opérée. D’ailleurs, le poids du malade augmentait de 92 grammes en moyenne par jour. Il n’y eut comme accident à signaler que deux indigestions, dont l’une fut consécutive à l’introduction d’une certaine quantité de tapioca, et l’autre à l’ingestion d’une forte ration de rhum, pendant une sortie accordée au malade. En outre, les sueurs abondantes de la nuit, ainsi que les insomnies ont, cessé ; les forces qui avaient disparu presque complètement sont revenues en grande partie. L’expectoration a diminué ; les signes d’excavation sont, bien entendu, les mêmes, mais la bronchite est beaucoup moins intense. Ces résultats ont engagé le docteur Debove à employer le même procédé sur d’autres tuberculeux. Le second malade était un phti-

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sique encore peu avancé (comparé au précédent) ; il avait quelques craquements humides au sommet des poumons, spécialement au poumon gauche; il était très amaigri, toussait beaucoup, dormait mal, était fatigué par des sueurs nocturnes, n’avait aucun appétit et prenait difficilement quelques potages. Il fut soumis à l’alimentation forcée, sans lavage préalable de l’estomac. On est arrivé au bout de quelques jours à introduire, en une ou deux fois, 2 litres de lait, 200 grammes de viande, 10 œufs, c’est-à-dire la même ration que chez le malade précédent. Il n’y a eu aucune espèce d’accident. L’augmentation du poids a été en moyenne de 192 grammes par jour ; les sueurs ont cessé, le sommeil est revenu, les forces ont augmenté. Le malade a pu faire une longue course sans trace d’anhélation. Les râles sont moins nombreux dans la poitrine. Un troisième malade, dans un état beaucoup plus avancé que les précédents, pai’ut aussi tirer certains avantages de l’alimentation forcée, beaucoup moins marqués, il est vrai, que chez les malades précédents, et cela pour la raison évidente qu’il était arrivé à la phase ultime de la maladie. Mais un phénomène identique a été observé chez les trois malades : c’est le retour de l’appétit. Ils ont la sensation de la faim, se plaignant lorsque la sonde n’est pas introduite à l’heure habituelle ; et le retour de l’appétit fait penser qu’on pourra suspendre le traitement au bout d’un certain temps. Le docteur Debove s’est servi d’un modèle de sonde imaginé par lui ; d’autres ont utilisé de préférence le tube Faucher. Aucun de ces procédés, sauf dans quelques cas exceptionnels, n’a paru pénible aux malades, qui ont accepté volontiers.ee mode de traitement. Le docteur Debove a terminé sa communication en faisant remarquer que, d’une part, on peut par ce procédé introduire sans dégoût.dans l’estomac des substances médicamenteuses diverses, et que, d’autre part, ce mode d’alimentation est applicable à d’autres affections où la nutrition souffre par suite de vomissements ou de spasme œsophagien, comme dans l’hystérie, par exemple. U en est de même de l’ulcère de l’estomac ou de la dysenterie chronique, où le régime lacté est si utile et pourtant quelquefois impossible à faire suivre, à cause du dégoût qu’il provoque.»

Voici maintenant nos observations : L’alimentation forcée est usitée chez les aliénés qui refusent de manger. Or, on sait que ces refus sont souvent insurmontables, au point qu’il survient des gangrènes par inanition, comme feu le docteur J. Guislain en a cité des exemples. Elle est encore nécessaire dans les cancers de l’œsophage. Nous avons entre- tenu la vie chez un malade pendant plus d’une année en lui injectant, deux fois par jour, une bouillie composée de viandes, poissons, crustacés, œufs, fortement assaisonnée de piment; mais la maladie organique

a continué sa marche. — Quant à l’introduction de la sonde, nous la faisons de préférence par l’une ou l’autre fosse nasale, pouvant ainsi longer plus facilement la paroi postérieure du pharynx, sans risquer d’engager le tube dans la glotte — comme cela est arrivé plus d’une fois.

Maintenant, en ce qui concerne les phtisiques, nous ne contestons pas l’alimentation forcée (1) ; maiscequ’on peut discuter, c’est son opportunité. Or, nous ne saurions admettre que des individus ayant un assez bon estomac pour digérer 2 litres de lait, 500 grammes de viande crue et 10 œufs, doivent être soumis à l’opération de la sonde œsophagienne. Mais, dira-t-on, la toux ? — Celle-ci est nécessaire pour l’expectoration. D’ailleurs, on peut la calmer par l'iodoforme et la codéine. Il y a, il est vrai, chez quelques phtisiques, anorexie; mais celle-ci est due à l’atonie de l’estomac, qu’on peut lever par la quassine, prise un peu avant le repas. Quant au lavage de l’estomac, il est facile de le faire avec le Sedlitz Chanteau d.

Quoi qu’il en soit, un fait ressort de cet article sur l’alimentation forcée ; c’est que le phtisique doit être soumis à un régime substantiel en rapport avec ses pertes. En même temps, on diminuera la fièvre de consomption par la caféine et ses sels (citrate, arséniate), et les sueurs nocturnes par l’atropine (sulfate). Or, il n’est question d’aucun de ces médicaments dans les observations du docteur Debove.

(1) M. le docteur Desnos a appelé l’attention des médecins sur les dangers de l’alimentation forcée chez les phtisiques et sur les moyens de prévenir ces accidents. Il cite, à l’appui de ses observations, un fait d’intolérance de l’estomac chez un de ses malades de son service de la Charité, phtisique au troisième degré. L’alimentation forcée donna lieu à des accidents de suffocation, d’asphyxie, de rejet des liquides introduits, dont une. partie pénétra par régurgitation dans les voies aériennes et détermina une pneumonie mortelle dans l’espace de trente-six heures. M. Desnos émet, en terminant, les conclusions suivantes : 1° En dehors des cas d’intolérance absolue, on peut prévenir le spasme en injectant doucement les aliments ; 2° une première dose de 1 litre à la fois est trop considérable et peut déterminer les vomissements ; il faut se contenter de 3/4 de litre ou de 1/2 ; 3° l’état fébrile est un obstacle à l’alimentation forcée ; de là la nécessité de modifier les heures de gavage, selon l’état des fébricitants ; enfin, lorsque le lait donne lieu à des accidents diarrhéiques, li sera avantageusement remplacé par du bouillon et des œufs.

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