MÉDICAMENTS NOUVEAUX
Si la dosimétrie n’est pas encore universellement répandue, du moins on s’attache à introduire dans la thérapeutique de nouveaux agents. C’est ainsi que la pelletiérine, alcaloïde tiré de l’écorce du grenadier, a été expérimentée contre le tænia. C’est un agent curarisant, c’est-à-dire annihilant la contracture musculaire ; par conséquent l’opposé de la strychnine. On sait, en effet, que le curare a été administré dans le tétanos, où la strychnine peut également convenir, preuve qu’il faut surtout tenir compte des indications et non de la spécificité des remèdes. On a administré la pelletiérine à la dose de 30 centigrammes chez l’adulte, 15 centigrammes chez l’enfant de treize à quatorze ans, 10 centigrammes chez les enfants en bas-âge, dans une solution renfermant 50 centigrammes de tannin.
Or, on sait que le tannin décompose les alcaloïdes; c’est peut-être pour ce motif qu’on n’a pas eu d’accidents à déplorer. Pourquoi ces doses maxima? Est-ce que tous les individus se ressemblent et n’ont pas leurs idiosyncrasies? Il nous semble que mieux'vaut procéder graduellement.
M. Dujardin-Beaumetz a employé la pelletiérine contre le vertige de Menière et il la conseille dans tous les cas où lé curare a déjà été indiqué (tétanos, rage) et dans les affections oculaires où il est nécessaire^ produire une congestion assez vive du fond de l’oeil. Sous ce rapport, la pelletiérine se rapprocherait de la pilocarpine. Il y a donc là toute une série d’expériences à faire, et nous nous proposons de nous en occuper dès que notre collaborateur nous aura livré ses nouveaux produits.
La valdinine et la cidrine sont des glycosides tirés des cédrons. La valdinine semble être très toxique, puisqu’il a suffi de 4 milligrammes pour tuer un lapin en dix heures. Chez l’homme, l’injection hypodermique d’une même quantité de valdinine a provoqué des vomissements une ou deux heures après son absorption. Nous ferons observer combien ce mode d’introduction de médicaments actifs est dangereux, tandis que l’absorption par l’estomac n’est nullement à craindre.
La cidrine semble être beaucoup moins toxique que la valdinine : il en a fallu 10 milligrammes pour entraîner la mort d’un lapin en quarantehuit heures. Elle n’a pas déterminé de vomissements chez l’homme et en
injection hypodermique elle a manifesté une action réelle dans la fièvre intermittente, à la dose de 4 à 5 milligrammes. Ce serait donc un succédané de la quinine.
On a donné la valdinine et la cidrine contre la rage, les morsures de serpents venimeux, mais sans résultat apparent. Nous nous sommes déjà expliqué sur la rage. C’est une affection qu’il faut plutôt chercher à prévenir qu’a guérir ; et nous avons dit que le traitement doit être méthodique, s adressant plutôt à la symptomatologie du mal qu’à sa spécificité. Ainsi nous avons particulièrement insisté sur l’emploi de la strychnine (arséniate) pour prévenir la paralysie des dilatateurs de la glotte, et de lhyosciamine contre le spasme des constricteurs, le camphre monobromé contre l’hyperesthésie de la moelle épinière. Un honorable médecin vétérinaire qui avait été mordu, par une chienne donnant des signes dhydrophobie, et justement alarmé du sort du malheureux Bourel, nous a consulté il y a près de trois mois. Je lui ai recommandé ce traitement prophylactique et jusqu’ici aucun symptôme rabique n’a apparu. Son moral s est également rassuré. Il faut donc espérer que son accident n’aura pas de suites fâcheuses.
M. William Squire, au Congrès de Londres, a résumé l’état de nos connaissances sur la pilocarpine. M. Jacobi (de New-York) a rapporté les résultats de son expérience avec cet alcaloïde dans la diphthérie, et le professeur Quenton, de Dublin, l’a introduite en Irlande; il la préconise à doses élevées. Nous préférons — et de beaucoup — la strychnine, dont l’emploi est bien plus général. Ainsi nous avons fait disparaître, dans un temps relativement court, des diabètes et des albuminuries. Bien entendu que tout est subordonné à l’état organique (1).