‹ Miscellanées de médecine dosimétrique (volume 2)Chapitre 164 sur 179 · DE LADOPTION DUNE PHARMACOPÉE INTERNATIONALE UNIVERSELLE · texte numérisé non relu

DE LADOPTION DUNE PHARMACOPÉE INTERNATIONALE UNIVERSELLE

La question d’une pharmacopée internationale universelle n’est pas nouvelle : elle vient encore.de se présenter devant le Congrès deLondres, sans avoir reçu sa solution. La raison, c’est que chacun a prêché pour sa chapelle (lisez « boutique »). C’est ainsi que les partisans d’un lucre illégitime, ne veulent pas de l’unité de poids et mesures. La vieille pharmacopée permet, en effet, de pêcher en eau trouble. Baudrimont et Chevalier, dans leur Dictionnaire des falsifications médicamenteuses, l’ont fait voir, de reste.

La question d’une pharmacopée universelle a déjà été agitée devant le Congrès international de médecine tenu à Bruxelles en 1875, et le rapporteur de la section de pharmacie a fait ressortir la nécessité de l’emploi des substances simples (alcaloïdes et sels). Le Répertoire a reproduit in extenso ce rapport — qui est allé où vont les vieilles lunes. En 1874, le Congrès pharmaceutique de Saint-Pétersbourg avait fait un pas en avant en prenant en considération le projet d’une pharmacopée universelle, préparé par la Société de pharmacie de Paris ; mais l’appel qu’il fit au gouvernement russe — par son intervention diplomatique — ne fut pas couronné de succès; et ne pouvait l’être devant l’association, si fortement constituée, des pharmaciens de ce pays, où, chose étrange! tous les produits pharmaceutiques sont refusés à la frontière— sauf les produits homœopathiques. En 1877, le Congrès de Genève, et en 1875, le Congrès d’Amsterdam, reprirent la question sans pouvoir aboutir à une solution. Le Congrès de Vienne ne fut pas plus heureux ; enfin vint le Congrès de Londres qui, par l’organe du professeur Eulenburg, de Greifswald, a examiné les points suivants :

a. Langue .— La pharmacopée sera-t-elle en latin ou dans une langue moderne (les traductions officielles seraient naturellement admises)? Dans tous les cas, les noms des drogues et des remèdes seraient-ils en latin, avec l’addition de synonymes en langage courant ?

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b. Poids et mesures , températures, etc. — Pour les poids et mesures, le système décimal français devrait être admis exclusivement. Toutes les températures devraient être inscrites d’après l’écbelle centigrade.

c. Nomenclature. — Le nom botanique des drogues devrait être appliqué d’une manière stricte et uniforme. Dans la nomenclature des composés chimiques, la formule moléculaire, partout où il sera possible.

d. Arrangement. — Sera-t-il alphabétique ou systématique? ou une combinaison des deux, comme, par exemple, dans la dernière pharmacopée française?

e. Contenu. — Sera borné aux remèdes de grande importance et d’usage général. Ces derniers formeraient le noyau d’une pharmacopée universelle. Des suppléments contenant les remèdes employés dans des localités particulières pourraient être ajoutés.

f. Une réglementation uniforme , quant au degré de pureté à exiger, et aux méthodes d’essai à employer pour les drogues et les préparations chimiques les plus importantes. Enfin une table de doses maxima.

On le voit : une véritable tour de Babel ! Aussi le Congrès s’est-il dispersé faute de... s’entendre. C’était à prévoir.

Et maintenant — nous le demandons — pourquoi des pharmacopées, c’est-à-dire ces remèdes indigestes que nous a légués une époque d’ignorance, et où l’on trouve encore des préparations rappelant la fameuse thériaque d’Andromaque? A quoi bon ces herbes et racines, dignes de la boutique d’un herboriste? Pourquoi imposer aux médecins ces formules surannées, qui n’ont rien de scientifique et profitent seulement à la « boutique»? Pourquoi ces étalages qui font concurrence à l’épicerie? Encore s'il en était des drogues comme des épices — c’est-à-dire qu’on pût les contrôler. Le moyen le plus simple de résoudre la question, c’est d’en venir aux préparations simples, et à une forme facile et commode ; c’est-à-dire, pour les principes actifs ; aux granules solubles. Pour tout le reste, c’est affaire de diététique, et nous ne voyons pas pourquoi un looch blanc, par exemple, devrait être préparé par le pharmacien, et pourquoi pas dans les familles; de même que les décoctions et infusions de plantes médicinales usuelles : l’althéa, la mauve, la camomille ; en un mot, pourquoi n’en reviendrait-on pas aux errements de Tissot et de Buchanan qui, sans doute, étaient des médecins sérieux et honnêtes.

A cette question d’une pharmacopée internationale universelle, est • subordonnée celle de la faculté et de l’obligation pour le médecin d’avoir constamment sur lui des médicaments actifs, afin de pouvoir les administrer dans les cas urgents.

Hippocrate, dans ses « Préceptes », dit, en parlant aux médecins de

son époque : « Ayez à l’avance les différents topiques émollients pour l’usage de chaque circonstance, et les breuvages incisifs préparés suivant la formule, selon les genres. Ayez aussi en provision les substances purgatives, prises dans les localités les meilleures, préparées suivant le mode qui convient, disposées selon les genres, les grosseurs et traitées pour être conservées ; pour les substances fraîches préparées au moment même, et le reste à l'avenant. -» (Le médecin était aussi pharmacien!)

Nous ne prétendons pas aller jusque-là : le médecin ne peut pas s’occuper des préparations pharmaceutiques; s’il doit le faire à la campagne, c’est au détriment de son temps et de sa dignité. Mais avec les médicaments dosimétriques il n’y a aucune manipulation, puisqu’ils sont tout préparés; il n’y a donc qu’à donner le tube. Nous disons « donner », parce qu’il ne le ferait pas payer : cela ferait partie des honoraires. Il est bien entendu que chaque fois que les lieux et les circonstances le permettront, il enverra chez.le pharmacien. Quant à la pharmacie, ce sera une transformation complète, puisqu’il n’y aura plus de ces longues manipulations qui, indépendamment de l’incertitude de la préparation, font perdre un temps précieux. Or, en médecine, le temps c’est souvent la vie. C’est également — si l’on veut — de l’argent, puisque plus tôt les remèdes sont donnés, plus vite le malade guérit — nous entendons les remèdes dosimétriques et non les remèdes grossiers ou pavés de l’ours de l’allopathie, où la plupart du temps la recette de la veille ne ressemble pas à la recette du lendemain.

En résumé, nous ne voyons pas la nécessité d’une pharmacopée universelle — dans le sens qu’on attache à ces compendiums indigestes. La science est universelle, c’est-à-dire que les produits pharmaceutiques chimiques sont les mêmes partout ; si on a voulu les distinguer d’après leur provenance, c’est par suite de préparations incomplètes ou incorrectes : ainsi l’aconitine, chimiquement, est la même partout. Quant aux dosages, ils sont également les mêmes, en tenant compte des idiosyncrasies. Or, comme le médicament est dosé uniformément, d’après son énergie d’action, au demi-milligramme, au milligramme, au centigramme, rien n’est plus facile que de l’approprier à l’âge, à la susceptibilité du malade et à la marche de la maladie. C’est pourquoi la dosimétrie a formulé cette loi : « Aux maladies aiguës, un traitement aigu ; aux maladies chroniques, un traitement chronique. »

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DE LACTION EXCITO-MOTRICE DU CHLORURE DE SODIUM ET DE l’aRSÉNIATE DE STRYCHNINE.

Le chlorure de sodium a une action excito-motrice très puissante. Les expériences de Claude Bernard ont fait voir que, parmi les substances neutres, le sel commun et la bile ont seuls la propriété de déterminer des contractions dans les pattes d’une grenouille séparées du tronc, dont on plonge le nerf dans une solution de l’une ou l’autre de ces substances. Cette action se continue pendant un temps assez long ; les muscles — déjà flasques et décolorés — reprennent leur contractilité et leur couleur.

Lors du choléra, on a tenté des injections salines dans les veines ; mais la vitalité était trop déprimée pour que la revivication pût avoir lieu. En 1881, le professeur BischofF, de Bâle, a tenté la même expérience sur une jeune femme exsangue, par suite d’une hémorragie puerpérale. La perte de sang étant environ de 1,490 grammes, il injecta dans l’artère radiale 1,250 grammes d’une solution contenant 0 gr. 6 de chlorure de sodium, pour 100 parties d’eau additionnée de quelques gouttes d’hydrate de potassium. Il mit une heure environ à faire pénétrer cette quantité de liquide dans l’artère ; pendant ce temps, le niveau du liquide dans le tube fut maintenu à 50 à 60 centimètres au-dessus du bras. Cette femme se ranima très vite, et elle se rétablit complètement malgré quelle eût à se débattre avec des complications puerpérales. La plaie artérielle guérit par première intention. (Centralblatt fur Gynécologie, n° £3.) Ainsi l’action du chlorure de sodium a été ici décisive. Il en est de même si on introduit le sel par absorption. Ainsi nous sommes parvenu à ramener à la vie un jeune chien noyé, en le plongeant immédiatement dans un bain très chaud (1) et en lui injectant une solution de chlorure de sodium dans l’intestin rectum. Dans une autre expérience sur des mouches noyées dans un verre d’eau, nous pûmes également constater l’action excito-

(1) La haute température du bain doit avoir contribué au retour à la vie. Ainsi le docteur Goyard a publié récemment un fait qui a fait sensation, celui d’un nouveau-né qui ne donnait plus signe de vie et qu’il ressuscita en le plongeant dans un bain de 52° c., au point de le rendre rouge comme une écrevisse — ce qui prouve que la tonicité des capillaires de la peau était conservée. Il y a là une indication pour les noyés — qu’on laisse généralement mourir faute de ramener la chaleur et la circulation périphériques, Au besoin, l’on ferait l’injection saline dans les veines. D r B.

motrice du chlorure de sodium. Après les avoir exposées au soleil sur un papier buvard, nous les saupoudrâmes de sel : à mesure quelles se séchaient, elles remuaient les pattes et les ailes et finirent par s’envoler. On connaît l’histoire de la mouche que Franklin trouva un jour dans son verre de vieux madère. Tout en causant avec un ami, il avait retiré la mouche du bout du petit doigt et l’avait placée, sans intention aucune, sur la tablette de la fenêtre où donnait le soleil. Dans le cours de la conversation son attention ayant été attirée sur la mouche, il vit, à son grand étonnement, qu’elle s’était ranimée; et elle finit également par s’envoler. Comme nous le disions, le madère était vieux : cela prouve que la vie ou l’ ultimum moriens peut se conserver longtemps dans les corps organisés, pourvu qu’ils soient soustraits à l’air.

Ce que nous disons du chlorure de sodium s’applique à plus forte raison aux sels de strychnine : notamment l’arséniate de strychnine, dont nous avons fait le cheval de bataille du médecin. Trop souvent celui-ci se déclare impuissant contre la mort. Comme on le sait, feu le docteur Piorry est le seul qui ait parlé du traitement des agonisants. Ses moyens consistaient dans les excitants ; mais il n’avait songé ni au chlorure de sodium, ni à l’arséniate de strychnine. Les mécréants diront : à quoi bon? Quand ce ne serait qu’à aider les malades à mourir ce serait déjà beau. Dans beaucoup d’affections, soit du cerveau, soit du cœur, jusqu’où l’intervention de l’art pourrait aller? Les marins disent :

« Tant qu’il y a du soufile il y a de l’espoir. »

Ainsi qu’Hippocrate l’a dit : « Le médecin est le ministre de la nature ; » c’est elle qui guérit; mais elle veut être aidée. Dans toute maladie, quels que soient leur nature et leur siège, il faut donc soutenir les forces vitales, d’autant plus que le mal est plus violent. Ce dont les malades meurent, c’est moins de la lésion organique que de la paralysie de l’organe qui en est le siège. Ainsi dans la pneumonie, la cardite, la cérébrite, etc. Relevez les forces vitales et peut-être la nature reprendra le dessus. Mais les médecins organiciens n’ont en vue que la lésion anatomopathologique. On dirait qu’ils guettent l’autopsie pour se livrer à une « inutile histoire naturelle » et faire parade d’une « fausse science ;». Cosinus de Lavergne, dans les Comédiens, fait dire à un de ses personnages, à propos de cette fausse bonhomie qui consiste à ne rien faire :

Mon Dieu, soyez méchant, mais faites-moi du bien.

On pourrait en dire autant à ces princes de la science qui se drapent dans leur nullité sous prétexte qu’il n’y a rien à faire. Il y a toujours à faire quand on a cette simplicité de cœur qui fait qu’on accepte le pro-

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grès. Nos adversaires n’en sont pas là : ils ont juré de tuer la dosimétrie sous leurs dédains, et voici que la dosimétrie, comme les flots de la mer Rouge, va bientôt les engloutir s’ils ne se .hâtent de gagner le rivage, c’est-à-dire les préceptes immuables du père de la médecine, qui, lui, n’était pas un anatomo-pathologue, mais un homme observant la nature et s’inclinant devant ses volontés. Quo tendit natura, eo ducenda. Eux, au contraire, prétendent la régenter. Ils sont comme ces politiques qui disent :

Sic volo, sic jubeo, sit pro ratione voluntas.

Il est vrai que la raison n’a de prise que sur les esprits sains. Or, mens sana in corpore sano. Qu’ils commencent donc par se guérir euxmêmes, car tous, ils sont cacochymes à quelque degré.

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