DU SOMMEIL PHYSIOLOGIQUE ET DES MOYENS DOSIMÉTRIQUES DE LE PROVOQUER
On a dit — à tort selon nous — que dormir c’est perdre son temps ; c’est en gagner, au contraire, puisque le mouvement se ralentit la nuit, qui est le repos de la nature. Le proverbe ne serait donc vrai que pour ceux qui font du jour la nuit, et vice versa. Aussi les viveurs ne vivent, généralement pas longtemps. C’est qu’en effet —comme nous le disions — la nuit est le repos de la nature. Le jour exige une action ou un effort continuel; nous avons d’abord à résister à l’action de la lumière. Voyez ce qui se passe aux pôles où, pendant de longs mois, le soleil ne descend pas au-dessous de l’horizon et où les nuits sont à peine des crépuscules. Voici ce que dit, à ce sujet, le docteur Gigot-Suard, dans son livre : Des climats sous le rapport hygiénique et médical, ou guide pratique dans les régions du globe les plus propres à la guérison des maladies chroniques :
« Il n'est pas sans intérêt de faire remarquer que l’action incessante de la lumière solaire sur l’organisme produit à peu près les mêmes effets que son insuffisance ou son absence. Passé le cercle polaire, un jour presque continuel succède à une longue nuit, et le défaut d’alternance
entre l’obscurité et la lumière influe péniblement sur la santé. Le sommeil en particulier, n’est jamais complet ni réparateur. En hiver les habitants des plus petites villes cherchent à prolonger la veillée, aussi longtemps que possible, en soirées, en dansant, en jouant la comédie, car chacun retarde le plus possible le moment de se coucher, parce qu’il sait qu’il ne trouvera pas le sommeil. Les enfants et les femmes sont surtout affectés de cette insomnie ; les petits enfants mêmes passent la nuit à s’agiter dans leurs berceaux; bientôt ils s’étiolent, deviennent rachitiques et meurent si on ne les envoie dans un climat meilleur, au sud de la Norwège. En été le même inconvénient subsiste; nous l’avons éprouvé par nous-même, et les gens du pays l’éprouvaient comme nous : le soleil ne se couche pas ; . l’action excitante de la lumière est continuelle, et on ne sent pas le besoin de dormir, comme chez nous. Vers onze heures, minuit, même une heure du matin, les habitants sont dans les rues, devant leurs portes. Enfin, on est pris d’un sentiment de fatigue, de lassitude; on gagne son lit, mais on n’y trouve qu’un sommeil agité et qui ne répare qu’incomplètement les forces. S’entourer d’obscurité est une précaution peu efficace ; et il faut que les habitants l’aient éprouvé, car il n’y a ni contrevents ni volets aux fenêlres. La constitution physique des habitants du Finmark porte l’empreinte de ces influences : les hommes, mais surtout les femmes, sont rachitiques ; les gibbosités sont fréquentes, la menstruation difficile et tardive; l’embonpoint est fort rare, ainsi que la coloration des joues. »
Cela équivaut à dire que dans les contrées polaires la chloro-anémie domine. Il en est de même dans les pays du Midi. Dans nos voyages, nous avons remarqué ces constitutions partout prédominantes où l’ègne un ciel constamment lumineux. C’est l’intensité de la lumière qui brûle le sang.
On voit par là combien les nuits pleines sont nécessaires à l’homme qui travaille, soit du corps, soit de l’esprit. Quant à ceux qui font de la nuit le jour, ils sont, en général, chloro-anémiques, les femmes surtout, qui ont un teint de vieil ivoire.
La règle de la nature est donc de se coucher avec la nuit et de se lever avec le jour, comme font les campagnards. Mais il y a des concessions à faire aux exigences sociales, sans aller jusqu’à leur sacrifier sa santé. Ainsi dans les grandes villes, les réunions de sociétés commencent généralement vers neuf heures et se prolongent jusqu’au jour. Pourquoi ne pas les commencer plus tôt et les finir moins tard?
Le sommeil naturel résulte de la fatigue du corps ; voilà pourquoi les campagnards et les ouvriers des villes ont le sommeil réparateur. Le
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mot réparateur est ici synonyme d’épargne, c’est-à-dire qu’on ne dépense pas ses forces intrinsèques ; il y a donc accumulation — comme une machine à vapeur qu’on met en marche après que îe feu a été couvert la nuit. Pendant le sommeil la circulation est moins active que le jour, le cerveau éprouvant moins les secousses que lui imprime le cœur ; il est comme un animal qui se couche, c’est-à-dire qu’il reste tranquille ; la respiration est à peine sensible ; les sécrétions sont également ralenties — voilà pourquoi être trop couvert ne vaut rien, puisque cela pousse à la transpiration. La digestion, commencée, s’achève lentement ; aussi n’est-il pas sain de souper avec excès : le lendemain on a la bouche pâteuse. Il est vrai qu’on a le Sedlitz Chanteaud.
Le travail intellectuel trop prolongé empêche le sommeil — parce qu’il se fait alors une sorte de digestion troublée de la pensée. On s’agite et on ne peut trouver le fil'de ses idées ; aussi ce travail est-il stérile. Quant aux rêves, ce sont, la plupart, des images de la réalité. Les anciens admettaient des rêves légers et des rêves lourds; les uns entrant par la porte d’ivoire de lame, les autres par la porte de fer du corps. La physiologie — moins poétique — nous apprend que les gros rêves sont déterminés par le recul du sang veineux dans les sinus du cerveau, tandis que les rêves légers sont dus au sang artériel, par une~sorte d’éthérisation. Aussi, autant il est nécessaire d’éviter les congestions veineuses pour se préparer à dormir, autant il est salutaire de se donner une occupation' agréable : la conversation entre amis, les distractions en famille, une pièce de théâtre gaie ou touchante.
Les mauvais dormeurs ont besoin pour s’endormir de la bière et du tabac : ce qui est un mauvais moyen, car le lendemain on a la tête lourde et on est hébété.
On connaît notre système de longévité, consistant dans l’emploi — au coucher — de 4 granules d’arséniate de strychnine et autant d’aconitine et de digitaline. Nous calmons ainsi le cerveau par le cœur, et préparons le renouvellement des forces nerveuses et musculaires. Quelquefois — mais rarement — nous ajoutons à ces agents la codéine ou la narcéine :
2 ou 3 granules, quand nous ne pouvons trouver notre sommeil. Nous pouvons donc dire : Eæperto crede Roberto.
MlSCELLANÉES
CONTRIBUTION AUX ACCIDENTS CARDIAQUES QUI PEUVENT SURVENIR DANS LE COURS DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE.
(Docteur F. Jacquemart. — Mémoire couronné de la Société médicale d’Amiens.)
Nous avons souvent combattu les tendances de l'Ecole expectante ; cette prétendue prudence qui est à la médecine ce que la tactique de Fabius Cunctator était à l’art de la guerre : •— On agit quand il est trop tard ; comme dit Shakspeare. « To loate. »
Ceci est surtout vrai pour la fièvre typhoïde : on se trouve en présence d’un ennemi insidieux dont on ignore sur quel point il se jettera. Le plus souvent même, c’est le centre, c’est-à-dire le Cœur, parce que c’est cet organe qui est le plus affaibli, vu la fréquence des pulsations. Quelquefois il y a des signes qui avertissent le médecin du danger que court son malade : la congestion de la face, la faiblesse du pouls, le refroidissement des extrémités ; mais souvent la maladie semble suivre son cours régulier; la convalescence a même commencé—■ du moins ce qu’on croit telle — quand, tout à coup, le malade est pris d’une syncope et meurt. A l’autopsie on trouve des lésions plus ou moins graves de la myocardite.
Suivons maintenant les expectants dans le cours de la fièvre typhoïde.
Pendant le premier septénaire — alors que l’excitation fébrile est fort grande et que le sphygmographe indique des oscillations ascendantes —■ les battements du cœur sont encore forts (du moins relativement) ; la pointe bat à sa place normale; la région précordiale n’offre rien de spécial; cependant, chez les personnes maigres on peut facilement y observer une ondulation plus ou moins étendue. Le pouls est large, régulier et discrote. Si l’on prend à ce moment le tracé sphygmographique on obtient le type du pouls fébrile.
Il est caractérisé par une ligne d’ascension brusque et élevée, et par un dicrotisme plus ou moins net.
Dira-t-on que ce n’est pas le moment d’agir — si on ne l’a pas fait tout au début — par la strychnine, l’aconitine, la digitaline?
Dans le cours ou à la fin du deuxième septénaire, il survient chez un certain nombre de malades un bruit de. souffle au premier temps. Ce,
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bruit, au moment de son apparition, peut être doux et peu intense ; son maximum siège à la pointe dans le voisinage du mamelon, mais il se prolonge jusqu à la base en s’affaiblissant. Souvent ce bruit systolique a d’emblée l’intensité et la rudesse des souffles organiques; ou bien, d abord peu intense, il sacoentue rapidement et pourrait faire croire à une endocardite. D’ailleurs il peut varier d’intensité d’un jour à l’autre, ou même se modifier plus ou moins par un changement de position, lorsqu’on ausculte alternativement le malade assis ou couché.
C’est également dans le cours du second septénaire qu’avec ou sans production d’un souffle au premier temps, on voit survenir un dédoublement du second temps, dont le maximum de netteté siège à la base, à la naissance des gros vaisseaux.
Dans un certain nombre de cas, malgré ces signes stéthoscopiques, les contractions cardiaques restent énergiques et régulières ; ou bien on îemai que seulement un affaiblissement léger de la contraction ventricu- ‘ laire. Mais chez d’autres malades cet affaiblissement du choc précordial devient le phénomène prédominant et le rythme cardiaque peut présenter quelques irrégularités. Ces derniers symptômes appartiennent plus spé- . cialement au troisième septénaire.
Ici encore, il est évident qu’il faut venir en aide au cœur de plus en plus affaibli.
Cet affaiblissement survient presque toujours lentement, progressivement; mais il n’en est pas toujours ainsi, et chez quelques malades ces signes de faiblesse cardiaque se montrent tout à-coup, alors qu’aucun trouble ne s’était encore révélé du côté du cœur ; et ils s’accentuent rapidement.
On observe peu de fièvres typhoïdes sans l’apparition, dans le cours du troisième septénaire, d’un affaiblissement plus ou moins marqué du cœur. C’est donc un fait d’une grande importance; et il se révélera non seulement par l’examen de la région précordiale, mais encore par celui du pouls. En effet, les modifications des pulsations artérielles se produisent quelquefois dès la seconde semaine et plus souvent encore dans la troisième.
Malgré l’ampleur considérable qu’elle acquiert à chaque battement,
1 artère s’écrase facilement sous le doigt. En comprimant très modérément on obtient un tracé très élevé, qui s’affaisse dès que la pression du ' ressort devient plus grande.
Très souvent on observe sur les-tracés des intermittences qui correspondent à des faux pas du cœur ou à de véritables pauses. Ces intermittences sont plus fréquentes et en général moins régulières dans leur
rythme que celle de la période fébrile. Elles n ont rien de spécial dans la fièvre typhoïde ; on les observe dans la plupart des convalescences des maladies aiguës.
Mais les convalescents de là fièvre typhoïde ressentent souvent — comme tous les anémiques — des accès passagers de palpitations du cœur, accès qui peuvent aller jusqu’à la syncope mortelle — surtout s’il se forme des embolies. C’est d’autant plus perfide que jamais les malades ne se plaignent dans la région précordiale; et s’ils ont de la dyspnée, elle est toujours en rapport avec la respiration.
Les malades succombent presque toujours dès la première syncope ; quelquefois cependant à la seconde ou la troisième.
Chez d’autres malades l'affaiblissement cardiaque devient extrême, et on voit survenir, non plus une syncope mortelle, mais le collapsus décrit par Wunderlich. Le choc précordial devient faible, presque insensible ; les extrémités se cyanosent et deviennent froides ; le visage est terne, bleuâtre, grippé; les yeux sont excavés, le regard fixe, sans expression, les paupières à demi closes; la voix faible, cassée; les mouvements -lents, incertains. En même temps la température est abaissée; plus .rarement' plus élevée, circonstance qu’il faut rapporter à l’adynamie.
Cet état de collapsus constitue une sorte d’accès; aussi se reproduit-il si on n’a soin de donner l’arséniate de quinine et le sulfate de strychnine : 2 à 3 granules de chaque toutes les demi-heures, jusqu’à ce que le pouls soit complètement relevé.
On peut observer des accès successifs plus ou moins nombreux et d’intensité variable. En général, ils appartiennent à la fin de la maladie; mais ils peuvent exister dès la fin delà première semaine. Ce qui prouve que dans la fièvre typhoïde il ne faut pas compter les jours, mais agir.
Voyons maintenant les lésions anatomo-pathologiques — ou ce que le docteur Amédée Latour nomme si justement une « inutile histoire naturelle
Les altérations cardiaques siègent dans le muscle lui-même; jamais dans les séreuses : on ne trouve ni endocardite , ni péricardite — ou du moins ces lésions sont extrêmement rares. Ceci prouve contre les organiciens qui voient dans toute fièvre la lésion matérielle.
Le cœur conserve sa forme générale; quelquefois il est notablement atrophié, le tissu charnu est terne et quelquefois présente des stries ou plaques rougeâtres, résultant d’hémorragies capillaires. On ne saurait mieux comparer son tissu qu’à des chairs qui ont subi un premier degré de décomposition. De là l’indication d’appliquer, dès le commencement de
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la maladie, une vessie remplie de glace sur la région du coeur ; mais surtout recourir aux alcaloïdes défer vescents.
Les principales modifications portent sur les fibres musculaires, et consistent dans une dégénérescence granulo-graisseuse — souvent aussi en une dégénérescence spéciale nomméè vitreuse. Le tissu intersticiel est également le siège d’altérations plus ou moins marquées, qui consistent essentiellement dans la prolifération d’éléments cellulaires. Il a donc eu dystrophie aiguë ou dystrophie irritative.
Ces mêmes altérations se rencontrent dans différents muscles, notamment ceux qui ont présenté le tremblement carpologique.
On les observe, dans toutes les maladies ataxo-infectieuses : telles que le typhus pétéchial, varioleux, diphthéritique, les fièvres pernicieuses palustres; en un mot, partout où la vitalité a été fortement déprimée.
Dans les fièvres typhoïdes — comme dans toutes les maladies infectieuses— le sang a perdu une partie de ses qualités normales; il ne fournit plus aux muscles les matériaux nécessaires à leur nutrition; les phénomènes physico-chimiques qui s’accomplissent dans l’assimilation et la désassimilation normales sont pervertis; alors apparaissent dans les fibres la graisse, la matière vitreuse, et le contenu strié subit ainsi une véritable métamorphose destructive. En d’autres termes, les lésions symptomatiques des muscles sont liées aux altérations du sang. Les anciens l’avaient bien compris ainsi quand ils insistaient sur l’emploi des acides minéraux et le quinquina dans les fièvres graves.
Ainsi, dans la fièvre typhoïde c’est plutôt par le cœur et le système musculaire que les malades meurent que par les plaques de Peyer et de Brunner ; celles-ci n’étant pas essentielles ou propres à la maladie, mais bien à l’extension qu’on lui a laissé prendre. Il ne suffit donc pas d avoir constamment l’oreille sur la poitrine pour y surprendre le moindre bruit de souffle; il faut agir au moyen de la strychnine, de la digitaline, des arséniates de fer, de quinine ; par conséquent, de préférence l’hydro-ferrocyanate de quinine. Le nombre des granules ingurgités par le malade n’importe point, puisqu’il faut aller jusqu à effet utile. Seulement il faut bien échelonner ces agents — comme un général habile dispose ses troupes sur le champ de bataille.
La digitaline et la strychnine sont ici les agents principaux, parce qu’il faut agir, à la fois, sur la nutrition et la dénutrition.
La rareté et l’état ammoniacal des urines — sur lesquels Hippocrate a tant insisté — prouvent un état d’azoturie très prononcé. Il faut donc rétablir la sécrétion urinaire le plus tôt possible.
Après avoir indiqué les troubles fonctionnels et organiques de la fièvre
typhoïde, il est 'intéressant dë suivre le traitement allopathique — non l’expectation comme beaucoup de médecins l’entendent, mais un traitement actif, rationnel, c’est-à-dire en rapport avec les symptômes et les forces .du malade. Nous verrons ainsi qu’entre l’allopathie et la dosimétrie la distance n’est pas aussi grande qu’on a voulu le croire.
Quels sont les éléments morbides, à combattre? Nous trouvons, tout d’abord, la fièvre, puis l’adynamie, les phénomènes gastro-intestinaux, les troubles de l’hématose, les symptômes nerveux et enfin les troubles cardio-vasculaires.
Contre la fièvre on a proposé un très grand nombre de moyens; nous ne parlerons que des principaux et nous négligerons à dessein les émissions sanguines et tous les moyens spoliateurs.
La fièvre typhoïde demande de la part du malade une force de résistance considérable ; aussi a-t-on abandonné toutes les médications générales ou locales qui dépriment l’organisme.
Les principaux moyens antipyrétiques sont : le sulfate de quinine, la digitale,l’alcool et l’hydrothérapie. Il faut encore mentionner le traitement par l’alcool, vulgarisé en Angleterre par Todd et en France par M. Béhier.
Mais tout cela ne constitue pas un traitement régulier et vraiment stratégique. Le plus souvent on ne pare qu’aux effets et nullement à la cause. Ainsi il n’est pas question de la noix vomique (aleoolature), dont les anciens médecins savaient tirer un grand parti comme antipyrétique, et que nous, dosimètres, nous remplaçons par la strychnine (arséniate ou sulfate). La digitale est un médicament incertain avec la plante cultivée, ' et dangereux avec la plante sauvage. Elle déprime fortement le cœur et peut ainsi précipiter la mort. On en a vu de nombreux exemples ; aussi beaucoup de praticiens reculent devant son emploi.
L’alcool pousse, à la dégénérescence graisseuse des tissus, et on s’étonne, à bon droit, qu’on en ait tant abusé en médecine. L’alcool est loin d’être un tonique; c’est, au contraire, un énervant, l’ennemi du système nerveux et musculaire, et que, par conséquent, il faudrait éliminer ;.: de la matière médicale, comme de l’hygiène.
Qu’on compare maintenant le traitement allopathique au traitement dosimétrique et on verra combien ce dernier est à la fois sûr, rapide et ■ commode.
D abord, un lavage à fond avec le Sel Chanteaud ; puis la strychnine (arséniate ou sulfate), associé à la quinine, pendant toute la période de sidération, c’est-à-dire des alternances de chaud et de froid : 1 ou 2 granules de chaque de demi-heure en demi-heure.
Dans la période pyrétique : acônitine, vératrine, digitaline : 1 granule
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de chaque jusqua défervescence, pour revenir à la quinine (arséniate ou hydro-ferro-cyanate) dès que la température commence à osciller, c’est-àdire dès qu’il y a des accès, soit le soir, soit le matin.
Être sobre de narcotiques, parce qu’ils constipent et congestionnent; mais, par contre, insister sur le lavage intestinal au moyen du Sedlitz Chanteaud.
Comment faut-il entendre la jugulation de la fièvre typhoïde? Estrce comme une fièvre intermittente qu’on coupe par la quinine (sulfate)? Nullement : l’empoisonnement miasmatique est trop profond pour qu’qn puisse espérer un résultat aussi prompt. Nous citerons le fait suivant, que nous empruntons au Mémoire du docteur Jacquemart :
Le sujet est un jeune médecin deBerne, âgé de vingt-trois ans ; il quitta . la Suisse dès les premiers jours de septembre pour terminer ses études en visitant les Facultés françaises. Il se dirigea d’abord vers Lyon. A cette époque régnait en cette ville une épidémie de fièvre typhoïde, et notre jeune homme se trouvait dans des conditions de déplacement et de fatigues physiques qui sont si favorables au développement de cette affection. Arrivé le 15 octobre, il est pris d’une céphalalgie frontale intense et en même temps de frissons répétés, de courbature générale, etc.
Au bout de quelques jours, les symptômes s’aggravant, il prend une purgation salineœt, malgré une diarrhée assez intense, il continue son voyage vers Paris, où il arrive vers le huitième jour de sa maladie. Toutefois il a encore assez de force pour gagner à pied son hôtel; et ce n’est que le 31 octobre qu’il se décide à entrer à l’hôpital.
C’est un jeune homme blond, d’une taille moyenne et d’une constitution assez chétive, habituellement bien portant. Le 1 er novembre, il est pâle, amaigri et.profondément affaissé; sa physionomie offrait une certaine hébétude ; ses réponses sont lentes et l’ouïe semble obscurcie. La fièvre cependant est peu vive, 37°,8 — pouls non dépressible, à 100. On trouve tous les signes d’une fièvre typhoïde légère, arrivée au dix-septième jour de son évolution : bouche un peu sèche, langue rouge sur les bords et à la pointe, blanche au centre, un peu trémulante, ainsi que les lèvres ; appétit nul, soif vive; ballonnement du ventre, sans gargouillement, mais diarrhée liquide, abondante (le malade avait eu 10 à 12 selles dans la nuit). On observe quelques taches rosées, lenticulaires, peu nettes, disséminées sur le tronc et l’abdomen. Du côté des poumons l’auscultation et la percussion ne révèlent que des signes négatifs. Il n’en est pas de même du côté du cœur : il n’y avait pas de modification importante dans la force des contractions cardiaques, pas d’augmentation de la matité; mais à l’auscultation on entendait un bruit de souffle systolique
assez rude et intense, ayant son maximum à la pointe et en dedans du mamelon et se prolongeant èn s'affaiblissant jusqu’à la base.
Les jours suivants la maladie a évolué d’une manière très simple : la diarrhée — qui fatiguait beaucoup le malade — a cessé le 3 novembre, et la température est restée constamment plus élevée (elle n’a jamais dépassé 38°,8 ; le matin elle était de 27°, et le soir de 36 ou 38°,2). L’état général. s’est maintenu constamment en rapport avec cette marche de la température ; cependant le bruit de souffle de la région cardiaque a persisté avec la même intensité et la même rudesse, et, le 5 novembre, on a pu constater un souffle doux, systolique, dans les vaisseaux du cou. Le 6, la défervescence s’est nettement prononcée ; la température — qui était de 37° le matin, comme les jours précédents — n’a monté le soir qu’à 37°,2. Le sommeil était revenu ; la physionomie avait pris un aspect plus éveillé et plus intelligent. Du côté du- coeur on constatait que le maximum du bruit de souffle avait une tendance à se déplacer sur la droite : on l’entendait au niveau du sternum.
Malgré ces phénomènes cardiaques la défervescence s’est faite sans aucun accident; et aujourd’hui — le sixième jour de la défervescence —la température dans l’aisselle ne marque que 36° c. Le malade mange une •portion entière depuis le 7, et bien qu’il soit encore pâle et amaigri, il ne tarde pas à reprendre ses forces.
On peut encore — malgré son bon état général — entendre un bruit de souffle assez rude dans la région cardiaque. Le maximum de ce bruit anormal siège vers le milieu du sternum ; de là, il se prolonge vers la base et vers la pointe. De même, le bruit de souffle systolique du côté des vaisseaux du cou. persiste. Les contractions cardiaques sont un peu plus fortes que les jours précédents, mais elles sont encore notablement affaiblies, et le pouls reste mou, presque filiforme et dépressible. Les tracés sphygmographiques,. pris au moment de la défervescence, offrent des caractères particuliers : le levier de l’instrument est à peine soulevé de 2 à 3 millimètres, et la ligne de descente présente des petites sinuosités qui constituent le polycrotisme.
Voilà un exemple de fièvre typhoïde abandonnée à son cours naturel, car au début le malade n’a fait autre chose que prendre un purgatif salin, qui l’a beaucoup fatigué. La maladie a commencé le 15 octobre — au milieu d’une épidémie — et s’est terminée le 7 novembre, c’est-à-dire vingt-quatre, jours ou trois septénaires. Qui dira que la faiblesse des : mouvements du cœur ne se traduiront pas plus tard en maladie organique? C’est le cas de beaucoup de maladies’chroniques de cet organe.
En résumé, la fièvre typhoïde est une affection qui est incompatible
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avec l’expectation ; mais c’est également parce que le traitement incendiaire de Brown la convertissait, le plus souvent, en fièvre ataxo-adynamique, que Broussais en a fait une entéro-gastro-encéphalite, qu’il traitait exclusivement par les sangsues et les mucilagineux. Il perdait ainsi beaucoup de malades ; et ceux qui survivaient restaient infirmes toute leur vie.
C’est donc au traitement dosimétrique qu’il faut en venir. Lui seul, en coupant court à la fièvre, permet de nourrir les malades et prévient ainsi les désordres de la dénutrition.