‹ Miscellanées de médecine dosimétrique (volume 2)Chapitre 166 sur 179 · C.CXLV · texte numérisé non relu

C.CXLV

CONTRIBUTION AU RÉGIME DES ENFANTS EN BAS-AGE ET DE LEUR TRAITEMENT DOSIMÉTRIQUE.

On s’occupe beaucoup de l’amélioration des espèces bovine, chevaline, ovine, etc., mais fort peu de celle de l’espèce humaine : peut-être parce que c’est une valeur problématique. Il est cependant évident que nous avons autant intérêt à avoir de beaux et vigoureux enfants que de belles races domestiques.

Malheureusement on se heurte à des questions sociales ; et les aborder est presque un danger. En attendant ces améliorations — qui doivent venir des hommes d’État — nous devons, nous, médecins, indiquer les meilleurs moyens d’arriver — dans le régime des enfants en bas-âge — aux meilleurs résultats et au plus bas prix possible ; car, en fin de compte, c’est toujours une question d’argent.

Le Nestor des médecins de notre époque, M. Bouchardat, depuis plus de cinquante ans, n’a cessé d’appeler l’attention des administrations hospitalières sur l'effrayante mortalité des enfants dits « des hospices ». Cette mortalité est due, en grande partie, au défaut de soins, à la rigueur des saisons, mais surtout à un régime alimentaire hors de rapport avec la faiblesse de ces petits êtres. Là est donc le mal, et là aussi il faut porter le remède.

Nous ferons ici quelques remarques sur « la nutrition rationnelle des enfants du premier âge ».

On sait, depuis longtemps, qu’une pourriture animale engendre le rachitisme chez les jeunes nourrissons. 11 est facile de s’en convaincre en

nourrissant des chiens à la mamelle avec du bouillon et de la viande. Sans doute le lait contient un principe albuminoïde, la caséine, qui est" parfaitement digérée et absorbée par les nourrissons ; mais la caséine existe dans le lait sous une forme diluée et parfaitement assimilable. C’est presque de l’albumine peptonisée dans les cellules des glandes mammaires.

Ce que Ion sait beaucoup moins, c’est que les matières grasses se prêtent tout aussi mal à l’alimentation du nouveau-né que les principes albuminoïdes donnés sous une forme grossière.

Des hommes d’une science éprouvée sont allés jusqu’à proposer d’additionner de matières grasses le lait destiné à l’alimentation artificielle des nourrissons, dans le but d’en accroître les qualités nutritives; or, qu’on y réfléchisse un peu : les sucs destinés à émulsionner les matières grasses dans nos organes digestifs, existent à peine dans l’intestin pendant les premiers temps de la vie. Le foie — qui présente un développement considérable chez les nouveau-nés — ne sécrète de la bile qu’en faible quantité. Pendant toute la période intra-utérine la glande hépatique sert exclusivement à l’élaboration de la matière glycogène; et ce n’est qu’à partir de la naissance que se développe sa fonction chologène.

Quant au pancréas, des recherches assez récentes démontrent qu’il est en état d’inertie fonctionnelle au moment de la naissance. Un physiologue allemand, M. Langendorf, a constaté — entre autres choses — que la pancréatine fait défaut dans le pancréas de l’embryon humain et du nouveau-né, tandis que la pepsine se rencontre déjà dans les glandes gastriques chez l’embryon de quatre mois.

D’autres recherches — celles de Zweifel par exemple — démontrent que le pouvoir émulsif du suc pancréatique est faible ou nul chez les jeunes enfants. Aussi les analyses qu’on a faites des matières fécales des jeunes nourrissons accusent-elles la présence dans ces déjections d’une notable proportion de matières grasses. Weyscheider a trouvé de la graisse non modifiée et des acides gras libres dans les matières fécales de très jeunes enfants bien portants, qui ne prenaient d’autre nourriture que le lait de la mère. Ces mêmes matières ne renfermaient point de substances albuminoïdes, pas de caséine, tout au plus quelques traces de peptones. Forster est arrivé aux mômes résultats, ainsi que Uffelmann, toujours en opérant sur des enfants nourris au sein et bien portants.

Il paraît donc hors de doute que l’aptitude des organes digestifs à digérer les graisses est très faible dans les premiers temps de la vie ; une partie de la graisse non émulsionnée donne naissance — à son passage à travers l’intestin —à des acides biliaires. Pour peu que ceux-ci

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se forment en quantité notable dans les voies digestives de l’enfant, ils irritent l’intestin, troublent la digestion et l’assimilation des nutriments nécessaires au développement du jeune organisme et entravent même la sécrétion des sucs digestifs.

Voilà des raisons sérieuses de proscrire l’usage de l’huile de foie-de morue aussi longtemps que l’enfant doit être soumis — de par les lois de la nature — à l’alimentation lactée. Ellès nous font voir encore combien s’abusent ceux qui se flattent d’accroître les qualités nutritives du lait et des. autres substances destinées à l’alimentation artificielle des nourrissons, en y ajoutant des matières grasses, telles que la crème, indigestes et partant nuisibles. Il faut, au contraire, s’assurer si les aliments substitués au lait de la mère ne renferment pas déjà un excès de graisse — comme,ç’est le cas habituel pour le lait de vache, par exemple.

On ne saurait ne pas reconnaître la justesse de ces observations. Le lait maternel de chaque espèce, a le tempérament qui convient au nourrisson ; voilà pourquoi le lait de la femme est préférable au lait d’un animal—quel qu’il soit — pour l’enfant. C’est donc surtout à améliorer l’état physique et moral de la femme qu’il faut s’attacher, l’un n’allant pas sans l’autre ; car on sait que les peines morales suspendent ou du moins appauvrissent la sécrétion mammaire.

C’est pourquoi il faut faire pour la mère ce que-Virgile conseille pour nos espèces domestiques :

At cui lactis.amor, cytisum, lotosque frequentes Ipse manu salsasque ferat præsepibus herbas^

Hinc et amant fluvios, magis ac magis ubera tendunt Et salis occultum referent in lacté saporem.

( Géorgiques .)

Ainsi la femme enceinte — comme celle qui nourrit — a besoin d’un régime salin, parce que le sel, indépendamment que c’est un condiment puissant pour la digestion, dissout les matières albuminoïdes et les empêche ainsi de se concréter et d’échapper à l’absorption nutritive.

Le nouveau-né n’a pas besoin de sucre, puisque son foie en sécrète en abondance. Pour le même motif il faut élaguer — dans les premiers temps de la vie — les matières féculentes, qui tendent à s’acidifier et à provoquer la dyspepsie acide, si fréquente dans le bas-âge, et qu’on combattra en écrasant clans le lait de l’enfant quelques granules d’hypophosphite de soude. Nous ne saurions trop insister sur ce moyen, parce qu’il est tout à fait inoffensif et qu’il est logique.

Les moindres coliques doivent être calmées par la codéine ; il suffit

misceLlanëbs

. de 1 granule écrasé dans un peu d’eau de gomme, à donner par petites cuillerées à café.

Si on se sert de lait de vache, il faut qu’il soit parfaitement écrémé, puisque les matières grasses ne sont pas réduites dans le tube digestif de l’enfant.

L’élevage au biberon—bien conduit — donne de bons résultats; souvent meilleurs que ceux d’une nourrice médiocre., et d’ailleurs épargne à lajeune mère la douleur de voir son enfant aux soins d’une mercenaire(l).

(1) A propos du biberon, nous croyons devoir appeler l’attention des médecins sur les altérations que le lait peut y subir quand il n’est pas suffisamment renouvelé, et . le biberon tenu dans les conditions de propreté voulues. •

Le laboratoire municipal de Paris ayant été consulté, il y a deux mois, par M. le docteur Du Mesnil, au sujet de l'odeur fétide qui se dégage des biberons employés pour l’allaitement artificiel, et sur les altérations que pouvait avoir subi le lait y contenu, M. le docteur Fauvel fut chargé de cette étude. Plusieurs biberons en service dans une crèche, remis au laboratoire parM. Du Mesnil, donnèrent lieu aux constatations suivantes : Dans tous les biberons le lait avait contracté- une odeur nauséabonde, sans qu’on eût pu y déceler la présence de l’hydrogène sulfuré; le lait était acide, à demi coagulé. A l’examen microscopique, les globules graisseux apparaissaient déformés; ils avaient une apparence pirifornie, et de nombreuses bactéries très vivaces, et quelques rares vibrions, se montraient dans le liquide. Le tube en caoutchouc, incisé dans toute sa longueur, renfermait du lait coagulé et les mêmes microbes que dans le lait du biberon ; mais en outre — et c’est le fait important de cette communication £? l’examen révéla dans l’ampoule la présence d’amas, plus ou moins abondants, d'une végétation cryptogamique. Ces végétations, ensemencées dans du petitlait, ont donné, en quelques jours, dans des proportions Considérables,-des cellules ovoïdes, se développant en mycéliums, dont M. Fauvel n’a pu encore observer les.fructifications.

En présence de ces faits, M. le Secrétaire général de la Préfecture de police a réuni les médecins inspecteurs du service des enfants du premier âge, et a prescrit une visite de toutes les crèches, faite concurremment avec les chimistes du laboratoire municipal. Le résultat de ces visites a été le suivant : Sur trente-et-un biberons examinés dans dix crèches, vingt-huit contenaient dans la tétine, dans le tube en caoutchouc et même, pour quelques-uns, dans le récipient en verre, des végétations analogues à celles indiquées ci-dessus et des microbes de la même espèce. Plusieurs de ces appareils lavés avec soin et par conséquent prêts à servir, contenaient une grande quantité de cryptogames Dans deux biberons en très mauvais'état, on a trouvé des globules purulenls et sanguins, et il a été constaté que ces biberons avaient servi à alimenter des enfants atteints de stomatite ulcéreuse.

Maintenant que les médecins accoucheurs sont avertis, ils auront l’oeil sur les biberons, afin qu’ils ne deviennent pas une cause de contamination. Il faut plusieurs biberons de rechange, et les tubes doivent être souvent renouvelés. Jamais un biberon ne doit être employé pour plusieurs enfants à la fois. On comprend que les faits de négligence ne doivent pas faire condamner un système bon en lui-même. D r B.

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