LA PHARMACIE EN FACE DE LA MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE
Nous lisons dans le journal le Concours médical :
« Nous n’en sommes plus aux formules abracadabrantes de la thériaque et du diascordium, et ce progrès — il faut en convenir — est dû avant tout à la spécialisation en médecine. Il est des pharmaciens qui ne peuvent plus vivre ; mais le Corps médical, l’État, le public ont vraiment autre chose à faire qu’à les faire vivre envers et contre tous. — Avons-nous entendu assez souvent cette exclamation : « Le médecin ne formule plus! » Avonsnous, non moins souvent, entendu ajouter : « Il ne sait plus formuler! » C’est l’abomination de la désolation. — Eh! bonnes gens, si le médecin ne formule plus, c’est qu’apparemment il n’en sent plus le besoin; c’est qu’il trouve ailleurs que dans ces formules—que vous regrettez tant —les armes dont il a besoin. Et si quelqu’un peut porter un jugement sur ce' mode de faire nouveau, ce n’est certainement pas vous, qui n’entendez rien à ia chose et qui ne pouvez même porter un jugement désintéressé puisque vos intérêts en souffrent. »
Nous serons moins cruel envers les pharmaciens dont nous devons, au contraire, encourager l’existence puisqu’ils nous couvrent vis-à-vis du pouvoir et du public. Mais nous leur dirons, à notre tour : « Ralliez-vous à la dosimétrie qui seule peut vous faire vivre. N’espérez plus rien des formules complexes : elles ont fait leur temps — comme les cochers d’autrefois vis-à-vis de nos chemins de fer — mais du médecin faisant un traitement actif dans les maladies aiguës, là où il se borne aujourd’hui à l’expectation — et vous verrez votre clientèle doubler, tripler, quadrupler. »
Loin donc de tuer la pharmacie, la dosimétrie la relèvera d’une décadence de jour en jour plus rapide. Le pharmacien sera le dépositaire de ces armes salutaires dont dépend la vie des malades; dun simple boutiquier il deviendra un fonctionnaire public ; quelqu’un dans la société ; et ce quelqu’un on le respectera parce qu’on le saura à labri de tout soupçon en sophistication. Sa pharmacie deviendra un élégant salon où les médecins pourront se rencontrer pour causer de leur art. — Libre de son temps, le pharmacien pourra se livrer à la science et aider le médecin dans ses investigations par des analyses correctes ou des observations
microscopiques. Aujourd’hui que tout est aux infiniment petits, le médecin pourra contrôler par lui-même les résultats annoncés dans les journaux. En un mot, la pharmacie redeviendra un sanctuaire où malades et médecins ne viendront pas frapper en vain.
Voilà la position que nous rêvons pour la pharmacie. Pourquoi donc serait-elle hostile à la dosimétrie?