‹ Miscellanées de médecine dosimétrique (volume 2)Chapitre 169 sur 179 · LHYPERESTHÉSIE ET LE SPASME DU LARYNX · texte numérisé non relu

LHYPERESTHÉSIE ET LE SPASME DU LARYNX

On connaît l’asthme de Millar, ou faux croup ; on l’a attribué successivement à l’hypertrophie du thymus, à la compression des nerfs récurrents laryngés ou des pneumogastriques. Marshall y vit des convulsions réflexes, dues surtout au travail de la digestion. On en a accusé également le rachitisme ; de là, le nom de croup cérébral. On en a donné aussi pour cause : la coqueluche, la laryngite et enfin la bronchite. Il est certain que toutes ces causes peuvent produire le spasme laryngien, mais ce qui est important de savoir, c’est si le spasme est paralytique ou non. Ces deux mots : spasme et paralysie semblent s’exclure réciproquement, et cependant rien n’est plus vrai. En effet, le larynx a deux sortes de nerfs : les laryngés supérieurs — qui animent les muscles constricteurs de la glotte — et les laryngés inférieurs, qui sont dilatateurs. Entre ces

deux sortes de nerfs il existe une harmonie d’action, laquelle, venant à se rompre, produit tantôt la fermeture (laryngés supérieurs), tantôt la dilatation (laryngés inférieurs) de la glotte, et dans l’un et l’autre cas il y a danger, puisque d’une part il peut y avoir asphyxie, de l’autre pénétration dans les voies aériennes des corps étrangers par ingurgitation ou régurgitation. C’est ainsi que dans une ablation d’une tumeur au cou, où avait dû être coupé le nerf laryngé supérieur, des vomissements étant survenus, le malade est mort asphyxié par la pénétration des matières dans les voies aériennes. Ceci peut également se produire dans les affections spasmodiques,, surtout par cause réflexe ou rachidienne.

Si nous y insistons ici, c’est au point de vue du traitement qui doit consister dans 1 emploi simultané de l’atropine (principalement le valérianate) et la strychnine ou brucine, qui auront pour effet de rétablir l’équilibre physiologique. Le bromure de potassium doit être administré comme auxiliaire. Quant aux moyens antiparasitaires, nous avons le sulfure de calcium, et contre l’hyperesthésie vasculaire l’aconitine, l’hydroferro-cyanate de quinine. Dans le spasme catarrhal, il faudra avoir recours à 1 émétine ; mais ici encore l’associer à la brucine et à l’hyosciamine afin de favoriser l’émétisme. Tel est le traitement dosimétrique des spasmes et hyperesthésies laryngés. Ce traitement est avant tout physiologique, car ici le temps presse, et avant de discuter sur les causes, il faut venir en aide aux petits malades, qui, sans cela, menaceraient d’étouffer. Les médicaments doivent ici servir de pierre de touche.

UN CAS DEMPOISONNEMENT PAR LA PELLETIÉRINE, PAR LE DOCTEUR BOUTÉ FILS, DE RENNES.

(Journal de médecine de Paris, 3 mai 1883.)

On sait que la pelletiérine est l’alcaloïde du grenadier sauvage, longtemps usité contre le tænia. A ceux qui prétendent que sa vertu tænifuge réside dans l’ensemble de la plante et non dans un de ses principes, nous opposerons le fait suivant qui, pour prouver trop, montre clairement que c’est réellement l’alcaloïde qui tue le ver solitaire. Nous laisserons parler le docteur Bouté.

En mai 1881, M. C..., propriétaire (trente-cinq ans), me consultait sur la

DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.

manière la plus rapide et la plus sûre d’évacuer un tænia dont il venait de rendre quelques anneaux. — Le tannate de pelletiérine venait d’être prôné avec insistance dans la presse médicale; je résolus d’y avoir recours. Je prescrivis donc 0.40 centigrammes de cette substance, à prendre le matin à jeun (le dîner delà veille n’étant composé que de lait); une demi-heure après, 30 grammes d’huile de ricin.—Cette prescription fut suivie à la lettre; et j’eus la satisfaction de constater dans le vase, après la purgation, deux énormes tænias. Tout alla bien dans la soirée de ce jour-là; mais le matin, le malade fut pris de vomissements accompagnés de diarrhée, survenus après une petite promenade et l’ingestion d’un verre de malaga. Ayant été appelé, je trouvai le malade dans l’état le plus alarmant: les vomissements se succédaient toutes les trois ou cinq minutes, accompagnés d’une diarrhée aqueuse extrêmement abondante et de coliques atroces; la peau était froide, le pouls presque insensible, le visage horriblement altéré, la voix presque éteinte. — Je fis avaler immédiatement un demi-verre de café additionné de cognac — application de glace sur le ventre et bouteille d’eau chaude aux pieds — et j’injectai sous la peau 1 centigramme de morphine. Un quart d’heure après, l’état du malade ne se modifiant pas, nouvelle injection de 1/2 centigramme de morphine, café glacé, cognac, frictions avec une flanelle chaude surtout le corps. Alors seulement les coliques diminuèrent d’intensité, les vomissements s’éloignèrent et la diarrhée diminua — le pouls et la chaleur revinrent — tout danger avait donc disparu. Dès le surlendemain, M. C... pouvait sortir et commençait à s’alimenter.

Cette observation prouve, une fois de plus,' le danger des doses maxima. 40 centigrammes d’un alcaloïde qui n’a pas été suffisamment expérimenté, c’est énorme! Mieux vaut recourir aux granules Chanteaud, qui sont au centigramme et qu’on peut pousser graduellement jusqu’à effet. Nous ferons cependant remarquer que les accidents cholériformes n étant survenus que le lendemain, après une imprudence, la pelletiérine n’a pas été seule coupable. Quant au traitement, institué par le confrère de Rennes, il est à l’abri de tout reproche. Dans des cas analogues nous conseillons l’emploi du valérianate d’atropine et la codéine : 1 granule de chaque tous les quarts d’heure jusqu’à sédation.

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