COMMENTAIRE
On voit que l’absence momentanée de sucre n’est pas un motif de croire que le diabète a disparu. Il disparaît en effet, mais pour reparaître à la moindre cause débilitante. Voilà pourquoi il faut un traite-
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ment long et persistant afin de refaire la constitution. Comme nous l’avons dit, c’est sur les arséniates qu’il faut insister, surtout larséniate de strychnine qui est l’antidyscrasique par excellence. M. Verneuil en terminant, a formulé les conclusions suivantes :
1° L’étude de la glycosurie et du diabète doit être faite par les chirurgiens et pour les besoins de la chirurgie ;
2° Au point de vue chirurgical, la présence de la glycose dans l’urine quelle qu’en soit la proportion — est toujours un fait sérieux ;
3° La disparition du sucre — spontanément ou artificiellement — ne met pas à l’abri des accidents locaux et généraux;
4° Il est donc impossible de compter sur les bons effets des traitements préparatoires, tels au moins que nous les instituons aujourd’hui ;
5° Nous ne connaissons ni les causes réelles de la gravité du trauma chez les glycosuriques, ni les moyens sûrs d’atténuer cette gravité ;
6 ° Certains diabétiques supportent les blessures accidentelles ou chirurgicales comme des sujets ordinaires, mais d’autres succombent plus ou moins rapidement en dépit de la médication préliminaire et de l’antisepsie la mieux conduite;
7° La mort survient de trois façons différentes : A par septicémie consécutive à des complications phlegmoneuses ou gangréneuses nées dans le foyer traumatique lui-même; B par aggravation du diabète ou l’apparition d’une des complications viscérales qui lui sont propres : pneumonie ou coma ; C par développement simultané d’accidents locaux et de complications viscérales.
L’épithélioma est toujours de mauvaise nature et indique un vice de nutrition. La question est de savoir si celui-ci peut être éteint. Or, comme nous venons de le dire, il faut un traitement fort long, pendant lequel l’affection peut se modifier en bien et rendre ainsi l’opération inutile. Les cas de réussite de cette dernière sont tellement rares qu’à moins de nécessité urgente il y a lieu d’y surseoir. Dans l’observation communiquée par M. Verneuil il n'y a eu que treize jours environ d’intervalle entre le traitement préparatoire et l'opération. Evidemment c’était trop court ; et il ne faut pas s’étonner que le diabète ait réapparu cette fois avec une violence telle, que le malade a succombé soixantequinze heures après l’opération dans l’adynamie la plus profonde — comme c’est là l’éternelle question : « Si le malade en avait eu la force il eût survécu. » Monsieur de La Palisse. Pour conclure nous dirons que toute opération pour des affections spontanées, doit être reculée le plus possible, en attendant on instituera un traitement dosimétrique énergique et persévérant ( 1 ).
(1) C’est ce que
; de
soumettre à l’opération de 1 ithotritie.
DE l’emploi DU PHOSPHORE DANS LE TRAITEMENT DE L OSTÉO-MALACIE, PAR LE DOCTEUR EUSCH.
(Centraïblatt fur klin. Med., février 1883. — Paris médical. Revue bibliographique, avril 1884.)
Le phosphore a été souvent employé en médecine comme excitant du système nerveux génésique, mais on y a chaque fois renoncé à cause d’irritations gastro-intestinales. Dans l’ostéo-malacie il ne pourrait servir qu’à la formation du phosphate de chaux pour les os, mais, à ce compte, mieux vaut les phosphates solubles que l’économie trouve dans les aliments. C’est donc comme: incitant nerveux que le phosphore en substance agit. Le docteur Busch a rapporté récemment deux cas d’ostéo-malacie traités par le phosphore, que nous croyons utile de rapporter ici.
Le premier cas est relatif à une femme de trente ans, qui semblait jouir d’une excellente santé. La malacie était limitée aux os du bassin, qui avaient été comprimés latéralement, de manière que la symphyse pubienne était fortement saillante et les branches horizontales du pubis fortement incurvées. La femme ne pouvait marcher et se rendait avec beaucoup de peine de son lit à sa chaise. On prescrivit le repos absolu dans la position horizontale pendant trois mois ; en même temps on donna des pilules de phosphore. Après cinq mois de traitement la malade pouvait monter et descendre les escaliers sans difficulté. A ce moment elle changea de domicile et l’auteur la perdit de vue.
Le second cas est relatif à une femme de cinquante ans, qui se plaignait d’une violente douleur dans le bras droit au niveau de l’insertion du deltoïde. On diagnostiqua une ostéite, que l’on traita par les moyens ordinaires, sans amélioration ; et au bout de quelques semaines la malade cessa tout traitement. Elle se présenta à l’auteur, il y neuf mois : elle était amaigrie à l’extrême, ne pouvait presque plus marcher et présentait des déformations multiples . cyphose de la région dorsale, lordose de la région cervicale, la tête semblait enfoncée dans les épaules ; déformation du thorax, le bassin comprimé latéralement, les-fémurs et les os de la jambe incurvés. La malade a dû garder le lit pendant sept mois ; elle a pris les pilules de phosphore depuis dix-huit mois. A ce moment les os étaient beaucoup plus fermes ; elle pouvait marcher
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sans se plaindre; la difformité n’a pas augmenté. Yoici la formule des pilules :
Phosphore. 25 centigrammes.
Sirop simple .. 9 grammes.
Mêler et ajouter :
Poudre de réglisse. 10 grammes.
» de gomme arabique .. 5 »
„ de gomme adragante. 2 1/2 «
Pour 250 pilules ; chacune contient 1 milligramme de phosphore. A prendre 2 pilules par jour — On peut augmenter. — Busch ne croit pas à l’utilité du phosphore dans la carie et le rachitisme.
Cette formule est vicieuse dans ce sens que le phosphore s’évapore rapidement et qu’il ne reste que des substances inertes. C’est ce qui fait qu’administré pendant si longtemps, il na pas produit d intoxication. Nous préférons nous servir des granules d’hypophosphite de strychnine, qui agissent à la fois sur l’innervation et la nutrition.
DE LA RÉHABILITATION DE LA SAIGNÉE ET DES ÉMISSIONS SANGUINES DANS LES CONGESTIONS ET LES INFLAMMATIONS, DANGER DE LEUR ABANDON ; DE LEURS PRINCIPALES INDICATIONS, PAR LE DOCTEUR BORLÉE, MEMBRE TITULAIRE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE DE BELGIQUE.
En médecine rien de dangereux comme de généraliser. C’est pourquoi nous croyons ne pas devoir laisser sans réponse la note lue à l’Académie de Belgique dans sa séance d’avril 1884.
L’honorable académicien parle des émissions sanguines comme si elles étaient proscrites : il n’en est rien ; mais de l’usage à l’abus il y a tout un monde; nous dirons une question de vie ou de mort : Be or not to be.
L’honorable académicien commence par jeter une pierre dans le jardin micrographique de M. Pasteur — qui est étranger à la question, car M. Pasteur n’a voulu qu’une chose : empêcher les fermentations ; et qui pourrait dire que la fièvre n’en est pas une pouvant tourner en bien comme en mal, d’après la manière dont elle est dirigée ou traitée? — Il
s’appuie sur l’opinion de MM. Jaccoud et Peter ; mais nous ne pensons pas que la renommée de M. Pasteur en soit amoindrie — pas plus que celle de Jenner par les contempteurs de la vaccine.
La saignée est un expédient, qui laisse subsister le danger à moins de la faire suivre d’une thérapeutique efficace. Ainsi, à différentes reprises nous avons dit : « Il faut saigner dans les congestions pulmonaires actives, afin de rétablir la circulation, ou donner de l’air au tonneau ; mais immédiatement après, donner les alcaloïdes défervescents, strychnine, aconitine, vératrine, digitaline. »
Encore nous ne voudrions pas, dans ce cas, établir la saignée en règle générale. Bouillaud était un grand clinicien, et cependant sa méthode des saignées coup sur coup ne lui a pas survécu — et ce ne seront pas les autorités citées par l’honorable académicien qui la feront revivre. Un des collaborateurs du Compendium de médecine pratique ou exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne, dit : « J’ai traité par les émissions sanguines répétées, la plupart des pneumoniques entrés dans le service dont j’ai été chargé depuis trois ans ; cependant je reconnais que souvent je ne me suis pas astreint à suivre rigoureusement la formule et dès lors, je ne dois pas accuser cette méthode des insuccès que j’ai éprouvés; cependant le nombre des guérisons que j’ai obtenues est encore assez satisfaisant, puisqu’il a été en moyenne de un sur cinq (40 p. c.). Sans admettre que la médication par les saignées coup sur coup soit applicable à un nombre aussi considérable de malades que le faisait Bouillaud, nous sommes bien convaincu que dans les cas où il n’existe pas de contre-indications particulières par l’âge du sujet, sa faiblesse et quelques complications , telles que l’état bilieux, catarrhal adynamique, etc., les émissions sanguines doivent être employées aux doses et aux époques que Bouillaud a si bien indiquées. « En d’autres termes, il en est des saignées coup sur coup comme de la liberté d’écrire de Beaumarchais — dans le fameux monologue du Mariage de Figaro. Quelle est, en effet, la pneumonie où il n’existe pas une des complications citées par l’auteur du Compendium, c’est-à-dire ne se rattachant pas à un état catarrhal, bilieux adynamique? Dès lors, peut-on ériger la saignée en système? Mais il y a plus : la saignée provoque l’état bilieux par l’adynamie du foie; elle appauvrit le sang de son principe nutritif : l’albuminine, pour laisser prédominer le principe dénutritif, c’est-à-dire la fibrine. Et à ce point de vue il faudrait admirer la hardiesse de Bouillaud ne laissant aux pneumoniques que juste de quoi ne pas périr d’hémorragie, et auxquels la transfusion du sang eût été applicable.
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A part la pleuro-pneumonie traumatique nous pensons qu’il faut être avare du sang dans la pneumonie, parce qu’il faut s’attendre à une prostration. La preuve, c’est que les partisans de Bouillaud ont eu recours à la méthode contro-stimulante de Rasori ; au point que de ce côté l’abus a été aussi grand que de l’autre. S’il n’y avait pas d’autres moyens nous dirions : Soit! Mais aujourd’hui que nous avons les alcaloïdes défervescents, ne pas les employer est un déni de science.
L’honorable académicien n’a pas fait à la dosimétrie l’honneur de la citer; cela ne nous étonne ni ne nous afflige; aussi, c’est hors des académies que nous avons porté le débat ; et sans aller aussi loin que l’auteur de la Métromanie (Piron) « qui ne fut rien, pas même académicien », nous pensons que de milliers de médecins de tous pays, pratiquant aujourd’hui d’après notre méthode, valent les quelques savants qui s’enferment entre quatre murs pour avoir plus d’esprit que « tout le monde ».