DU TRAITEMENT DOSIMÉTRIQUE DE L’ATAXIE LOCOMOTRICE
Dernièrement, un honorable médecin vétérinaire nous consultait pour une ataxie locomotrice des membres abdominaux avec douleurs et secousses fulgurantes presque continuelles. Il n’accusait aucune cause spéciale, autre que celles inhérentes à sa profession : la fatigue, le froid humide. C’était donc, à tout prendre, une ataxie rhumatismale. Nous lui avons conseillé l’iodoforme et la cicutine, le phosphore de zinc, à raison d’une dizaine de granules de chaque par jour (3 par 3), l’arséniate d’antimoine : 6 granules à chaque repas ; pour la nuit, l’arséniate de strychnine, laconitine et la digitaline; et enfin, la flexion forcée des membres sur le bassin en vue d’une élongation des nerfs, des muscles et des parties tendineuses et aponévrotiques. Ce traitement devra être continué pendant cinq à six semaines, pour être repris après quelques jours d’intervalle. Nous le recommandons à nos confrères de préférence aux traitements allopathiques.
Dans un article très détaillé sur cette affection si souvent rebelle aux ressources de l’art, inséré dans le Concours médical, M. le docteur Gerac arrive aux conclusions suivantes :
gQ MISCELLANÉES
. On peut dire à propos des divers moyens qui ont paru quelquefois utiles dans le traitement de l'ataxie locomotrice, qu'il n'ex.ste encore aucun signe ou ensemble de signes qui permette d apres 1 examen du malade, de savoir si tel ou tel des moyens réussira dans une centime mesure à l'exclusion des autres. . (Vulpian.) Cette parole tombant dune bouche si autorisée, indique la nécessité d'essayer méthodiquement patiemment et successivement les divers moyens en question : 1 l .odure de potassium seul ou concurremment avec les frictions mercurielles, est celui qui a paru le plus constamment efficace; il ne les toutefois qua la longue et dans une faible mesure, hormis les cas ou la syphilis était nettement en cause, et encore; 2" le nitrate d'argent, journellement prescrit par M. Charcot, d'après Wunderlieh; lorsque ce traitement a été suivi d'une façon méthodique, pendant cinq à six semaines et qu aucun Iffet Jureux n'a été obtenu, .1 faut le laisser là, car il n'y a rien de bon à en attendre ultérieurement (Vulpian) ; 3- les préparationsP W™*»' phosphore de sine, huile phosphorée, ont paru quelquefois faire disparaître les douleurs et diminuer l'ataxie locomotrice; le chlorure d or e de sodium est d'une efficacité plus douteuse encore; 4 les levul cautérisations ignées le long du rachis, faradisation bains sulfureux (Oulmont), courant continus (Onimüs), 5 les jffié mènes douloureux qu'il faut à tout prix diminuer dans Hp^iioda '
; crises fulgurantes ou viscérales ont été combattues par les. mjed ous; de morphine, le bromure de potassium, plus récemment Par le ongat.on des
nerfs. Cette dernière méthode est encore aletude, es uns u
des succès, d’autres n'ont pas eu à s'en louer. Comme applications locales on a conseillé des vessies de glace (Charcot), les pulvérisations déther, les compresses de chloroforme, de laudanum » (1).
SUPPRESSION TOTALE DORME PENDANT SEPT ANTE-CINQ HEURES SANS SYMPTÔMES DE RÉSORPTION.
[The Lancet, mars
1333 . Journal de médecine de Paris, 28 aviil.)
Machiniste de chemin de fer, quarante-deux ans, a eu la syphilis, d y a vingt ans, et un psoriasis, il y a trois ans ; marié ; enfants bien portants ; dyspepsie alcoolique. Depuis vingt-quatre heures, ü na plu
(1) On voit que si les allopathes r de moyens.
ts clans leurs traitements c
it pas faute D r B.
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE 81
uriné, sans que le besoin fût bien impérieux. On sonde à vide; la vessie est contractée sur elle-même. Cataplasmes sur la région lombaire. A 1 intérieur : jalap, scille, digitale, esprit de nitre dulcifié. Bains de siège, ventouses sèches; bière chaude. Pas de fièvre urineuse, soif modérée. Après un retard de septante-cinq heures le malade se remet à uriner. Pas d’albumine dans les urines.
Le docteur Danovan — dans le service duquel ce cas remarquable s est présenté — l’attribue à une paralysie congestive des reins, due à 1 alcoolisme et au froid. La dosimétrie eût donné ici l’hyosciamine et la strychnine, puis la digitaline et la colchicine, afin de rétablir la sécrétion et l’excrétion urinaire. Mais en allopathie on-procède par les contraires : suppression d’urine, vite les diurétiques !
Le fait n’en est pas moins digne d’être médité.
Emploi de la teinture d’aconit dans les métrorrhagies névralgiques.
Malgré l’incertitude et les dangers de la teinture d’aconit, M. le docteur Chiron donne les indications suivantes :
Les métrorrhagies survenant comme épiphénomènes de la névralgie lumboabdominale, sont aujourd’hui admises par les auteurs. Il suffit d’établir nettement la relation entre les exacerbations de la névralgie et les retours hémorragiques pour qu’il y ait indication à l’emploi de la teinture d’aconit, quelles que soient les lésions de l’utérus ; si on n’obtient pas un résultat durable lorsqu’il y a lésion, on n’en obtient pas moins une rémission fort avantageuse. Pour arriver rapidement à supprimer l’hémorragie utérine, il faut fractionner l’emploi de la teinture d’aconit de la façon suivante : tous les quarts d’heure, on fait prendre une goutte de teinture dans une cuillerée à café d’eau pure — et cela pendant six heures consécutives, sans se préoccuper des repas. — Le lendemain, si l’hémorragie s’est modifiée très notablement, on fait prendre la teinture de la même manière et aux mêmes doses. Si, au contraire, il n’y a eu aucune diminution, au lieu d’une goutte, on en fait prendre deux à la fois. Le maximum de là dose quotidienne nécessaire ne dépasse pas 40 à 60 gouttes.
Nous ferons remarquer que la teinture d’aconit donnée par gouttes, est un moyen dangereux si on a affaire à une teinture mère, faite avec les racines de la plante, parce qu’on ne connaît pas l’idiosyncrasie du malade et que, d’autre part, les gouttes ne peuvent pas être exactement mesurées. Nous avons vu se produire des symptômes d’empoisonnement avec 3 ou 4 gouttes de teinture. Le traitement dosimétrique de la métrorrhagie névro-lombaire doit consister dans l’administration de la
g2 MISCELLANÉES
brucine ou de la strychnine, de l’aconitine, de la morphine et de lhydioferro-cyanate de quinine. On donne 1 granule des trois premières, toutes les dix ou quinze minutes pendant la durée des accès, et dans 1 intervalle 3 à 4 granules hydro-ferro-cyanate de quinine tous les quarts dheure, jusqu’à cessation de l’hémorrhagie.
Action du muguet (convallaria maialis) sur le cœur et les reins, par le docteur Desplats (Lille).
On sait que M. le docteur Germain Sée s’est constitué le parrain du muguet, en France, en remplacement de la digitale en Russie ce moyen est très usité, et, à ce titre, il pourrait prendre place dans la pharmacopée populaire. On sait que cette plante est de la famille des asparaginées, employées généralement comme diurétiques. Le muguet active la diurèse en diminuant les mouvements du cœur et, par conséquent, la pression intra-vasculaire. M. Stanislas-Martin y a découvert, en 1865, un alcaloïde : la mdialme. D’après M. Tuncret, c’est simplement un glycoside. On voit les analogies thérapeutiques qui existent entre-le muguet et la digitale et leurs glycosides; mais de là à vouloir remplacer l’un par l’autre, il y a loin. M. le docteur Desplats, à l’exemple des médecins russes et du professeur G. Sée, a expérimenté l’action du muguet sur le cœur et les reins. Il a administré l’extrait du muguet à des cardiopathes arrivés à la période de dyssystolie ; à des albuminuriques hydropiques; à un cirrhotique et à un ictérique. Il a constaté qu’à la dose de 1 à 1 1/2 gramme, la convallaria ralentit les contractions du cœur, les régularise et augmente leur énergie chez les malades atteints de lésions mitrales, avec dyssystolie. En outre, dans l’espace de deux ou trois jours, il a provoqué une abondante diurèse. Cette diurèse est beaucoup moindre chez les malades atteints de maladie de Bright, et nulle chez les autres malades. On ne peut, d’ailleurs, sans inconvénients, continuer plus de huit à dix jours l’administration du médicament : on voit dans ce cas l’énergie du cœur diminuer de nouveau, et reparaître l’asystolie. Les docteurs Moutard-Martin, Constantin Paul, Dujardm- Beaumetz ont constaté l’inconstance d’action de la plante—probablement d’après quelle est sauvage ou cultivée. Il faut donc en revenir a la digitaline combinée à la strychnine, comme on le fait en dosimetne.
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
De l'action antipyrétique du chlorhydrate de kairine.
On sait que c’est le professeur Felchne (de Erlangen) qui a introduit dans la matière médicale ce dérivé de la quinénoline.11 s’emploie dans la fièvre typhoïde, le rhumatisme articulaire, la tuberculose et la pneumonie franche. « On peut, dit-il, avec la kaïrine faire évoluer cette maladie tout entière dans l’apyrexie. » C’est ce que fait la dosimétrie avec les alcaloïdes défervescents : aconitine, vératrine, strychnine, etc. M. le docteur Hallopeau a pu vérifier l’exactitude de ces assertions sur plusieurs de ses malades, entre autres un jeune homme de vingt-quatre ans, atteint d’une pneumonie lobaire, chez un sujet de cinquante ans, également atteint de pneumonie, enfin chez un jeune homme de dixhuit ans, atteint de la tuberculose miliaire aiguë. « Il n’est pas douteux, dit l’auteur, que ce médicament ne constitue une ressource précieuse pour la thérapeutique ; il permettra d’éviter le danger que l’hyperthermie entraîne avec elle. La doctrine de l’École : que la fièvre est nécessaire pour juger les maladies, est ainsi battue en brèche, et on arrivera à supprimer la maladie elle-même, grâce à la dosimétrie.
Un aveu important fait à la séance d'ouverture de la Société de clinique de Londres (1883).
M. le docteur Andrew Clark, en prenant possession du fauteuil de la présidence, a fait un discours dont nous extrayons le passage suivant :
La maladie, dans sa condition première, est, au sens le plus rigoureux du mot, un trouble dynamique. C’est elle qui précède, règle, détermine, modifie les altérations anatomiques. Parfois celles-ci consistent en de simples changements de rapports, en cycles répétés dans lesquels les échanges organiques sont viciés dans des conditions différentes de distribution, de la force nerveuse, invisibles à l’œil nu, inséparables de la vie, et qu’il serait impossible de retrouver après la mort.
( Laissons cette logomachie pour n’en prendre que la quintessence, c est-à-dire que la maladie à son origine est un trouble dynamique ou vital ; partant, qu’il faut recourir aux modificateurs vitaux sans s’embarrasser de ce qui adviendra après. L’honorable président a cité plusieurs exemples, notamment l’hémiplégie temporaire, avec aphasie, que l’on
MI SCELLANTES
voit souvent survenir chez la femme : une personne oui n’est ni hystérique, ni nerveuse, cesse tout à coup de voir distinctement ; son champ visuel est envahi par des lignes mobiles en zigzag, en polygones, elle a des bourdonnements d’oreilles, un peu de confusion dans les idées, de la titubation de la langue, de la pesanteur du côté droit—plus rarement à gauche — ne peut plus trouver les mots qui correspondent à ses idées, le bras et la main droits ont perdu de leur force, les battements du cœur et la respiration sont accélérés, les mains et les pieds sont froids, puis au bout d’un instant — qui ne dépasse généralement pas trente minutes — l’attaque — accompagnée ou non de céphalalgie—finit par une évacuation d’urine limpide. Ce sont là évidemment des troubles fonctionnels où la lésion anatomique n’est pour rien. Que si le contraire a lieu le mal est incurable, souvent foudroyant. Donc, principiis obsta... C’est-à-dire recourir à la dosimétrie.
SOCIÉTÉ DE BIOLOGIE. — SÉANCE DU 21 AVRIL 1883. — (GAZETTE HEBDO¬ MADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE.)
Association de l'atropine à la morphine.
M. Aubert (de Lyon), cherchant à éviter les causes multiples d’agitation au début de l’anesthésie, ainsi que les phénomènes plus' tardifs de hoquet, vomissement, etc., trouve dans l’association de la morphine et de l’atropine, avant les inhalations d’éther, le remède à tous ces accidents. Il insiste également sur la tolérance plus marquée par la morphine, dans les premiers temps de la digestion, quand l’injection hypodermique de morphine contient une petite dose d’atropine.
Ceci est de la dosimétrie, car il y a longtemps quelle a fait connaître comment il faut considérer l’antagonisme thérapeutique, dont feu le docteur Gubler avait fait une question d’antidote. On sait que la morphine resserre les pupilles et que l’atropine les dilate. Il faut donc les combiner pour arriver non à l’antagonisme — ce qui serait annuler l’action thérapeutique — mais à l’équilibre physiologique. C’est ainsi que deux médicaments opposés deviennent congénères, puisqu’ils concourent au
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE. 85
même but. Mais les allopathes ne l’entendent pas ainsi : il leur faut une autre maladie. Encore si leurs médicaments étaient comme la lance d’Achille qui guérissait les blessures qu il faisait. Malheureusement c est tout le contraire.
Dans la même séance M. Burq a cherché à établir l’immunité presque absolue des ouvriers qui travaillent le cuivre dans les épidémies de choléra et de fièvre typhoïde. Les recherches statistiques qu’il a eu l’occasion de faire et les cas dont il a été témoin, lui ont laissé la conviction que l 'emmagasinage du cuivre dans l’économie constitue un procédé de préservation à peu près infaillible. Ceci est une véritable heresie médicale. Lors de la première épidémie de choléra en 1831, les boulangers mêlaient du sulfate de cuivre à leur pain et il a été démontré que ceux qui en faisaient usage étaient frappés les premiers.
Ouvrez les traités d’hygiène, ils vous diront tous la même chose. Est-ce que M. Burq prétend se substituer au vox populi vox Dei? Ce serait pousser l’amour du cuivre trop loin. Heureusement... pour ses malades qu’il ne l’emploie qu’en amulettes.